Amis de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation





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CONFERENCE DU MERCREDI 19 0CTOBRE 2005
RESISTANCE ET MONDE RURAL
ORGANISE PAR
LE CDDP de l’AUBE
L’OFFICE NATIONAL DES ANCIENS COMBATTANTS DE L’AUBE

salle des conférences du CDDP
Animé par Christian Lambart, intervenant au CDDP de l’Aube

M. Bruno Jonet, Directeur du CDDP de l’Aube accueille les participants. Il remercie M. Michel Roche, Vice Président du Conseil Général de l’Aube, de sa présence et de son intérêt pour les activités du CDDP de l’Aube. Il se réjouit également de la présence des représentants du monde associatif des anciens combattants et de la mémoire . Ainsi sont présents Mme Jeanine Ludot pour l’association des Amis de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation et Marina Bruzon Bascon pour les Combattants Volontaires de la Résistance et MM Pierre Brision, vice président de l’ADIRP, Jacques Ricoux, président de Rhin et Danube et de la délégation de la Fondation De Lattre et Bruno Collin, président des Amis de la Résistance (Anacr). Il termine son propos en rappelant les efforts que son établissement déploie pour le concours notamment par la création du site du CNRD et l’appuie apporté par l’Inspection académique de l’Aube.
Mlle Sophie Ravailhe prend la parole à son tour
Monsieur JONET Bruno, Directeur du C.D.D.P.,

Messieurs les intervenants :

Monsieur THIEBOT, historien du Mémorial de Caen,

Monsieur COUILLARD Gilbert, témoin historique, ancien résistant et président du Comité ANACR et Amis de Troyes-agglo.,

Monsieur LAMBART Christian, professeur d’histoire, animateur de la conférence,

Mesdames et Messieurs les membres du corps professoral,

Mesdames et Messieurs les représentants d’associations du monde combattant oeuvrant pour la transmission de la mémoire citoyenne (ANACR-Ass. Nationale des anciens combattants de la résistance- ; ANMR-Ass. Nat. Des médaillés de la résistance française- ; CVR-combattants volontaires de la résistance- ; ADIRP-Ass. Des déportés et internés de la résistance et des patriotes- ; ADADIF-Ass. Départ. Des anciens déportés, internés et familles de déportés- ;

Mesdames et Messieurs les élèves ;


C’est avec beaucoup de plaisir que j’ai l’ honneur de représenter Monsieur le Préfet de l’Aube, qui empêché par les devoirs de sa charge m’a rappelé combien ce concours créé en 1961 constituait la pierre angulaire du système éducatif, en amenant les jeunes aubois à réfléchir sur un passé historique riche d’évènements, véritable ciment de la conscience citoyenne.
La conférence de ce soir constitue une introduction au célèbre Concours de la Résistance et de la Déportation-session 2006-, en posant les jalons circonstanciels de la thématique.
Dans le même temps cette conférence augure un autre événement majeur dans le traitement de la Résistance, le 50ème anniversaire de l’érection du Monument de la Résistance et de la Déportation, « Gloire de la Résistance auboise » le 12 novembre prochain.
Pour l’année scolaire 2005-2006, le thème du concours porte sur la « Résistance et monde rural » ; l’occasion d’évoquer cette résistance de la ruralité française sous Vichy et l’occupation nazie souvent occultée par l’historiographie de la Résistance.
Ce thème a pour objet de réfléchir sur la Résistance du monde rural, les rapports entre la résistance urbaine et le monde rural, la relation des résistances avec l’espace rural.
Le département de l’Indre, département essentiellement rural, est un territoire qui peut se prêter de manière exemplaire à cette réflexion ; il n’est pas inutile de rappeler que la plus importante capitulation d’une colonne allemande obtenue par les forces de la résistance en France –les 18 000 hommes de la colonne Elster- a eu lieu dans l’Indre à Issoudun en septembre 1944.
Le Vercors, terre nourricière de la résistance, les Cévennes ou encore le département de l’Aube pourront également faire l’objet de recherches sur les aspects de la Résistance, par exemple les maquis, les refuges, le camouflage des réfractaires et des persécutés, qui témoignent du rôle décisif joué par la population des campagnes dans la lutte contre l’occupant.
Le thème du concours se veut donc une incitation à creuser un sillon dans un champ jusqu’ici laissé en friches ou superficiellement travaillé alors que le monde rural constituait un groupe essentiel et majoritaire de la société française des années noires. Entre 1940 et 1944, un bon tiers de la population était employé dans l’agriculture et sept à huit millions de personnes vivaient en zone rurale.
Cependant, il serait inexact de prétendre que le monde rural est absent du tableau que les historiens dressent de la période, moins encore de la mémoire collective. Il affleure dans nombre des récits que cette période convulsive a suscités.
A titre d’exemple, on peut évoquer l’important discours radiodiffusé du maréchal

Pétain, le 25 juin 1940. S’il y résume les clauses de l’armistice entrées en vigueur ce même jour, il y énonce aussi la morale qui dictera sa conduite et sa politique. L’heure est à la contrition et à l’examen de conscience, comme en font foi ces phrases et mots surprenants passés à la postérité : « La terre, elle, ne ment pas. Elle demeure votre recours. Elle est la patrie elle-même. Un champ qui tombe en friche, c’est une portion de la France qui meurt. Une jachère de nouveau emblavée, c’est une portion de la France qui renaît. »
Au sortir de la troisième République agonisante, il apparaît clairement que Pétain nourrit de vastes projets qui se fondent sur une vision de la France qui fait la part belle aux campagnes censées perpétuer les valeurs ancestrales, afin de contrecarrer ce diagnostic : « Notre défaite est venue de nos relâchements. L’esprit de jouissance détruit ce que l’esprit de sacrifice a édifié. »
Dès lors, le thème de la rédemption sera inlassablement décliné avec, dans une société que la défaite a privée de ses points de repères les plus établis, pour vertus cardinales et rédemptrices celles d’un monde rural magnifié comme jamais. Et la propagande vichyste de marteler : « La vie rurale n’est pas une idylle, et le métier du paysan est un dur métier qui exige toujours de l’endurance, souvent du courage, parfois de l’héroïsme. »
Pendant l’Occupation, l’ordre nouveau exigeait l’effacement d’une partie de l’humanité. Le repliement forcé sur l’éternité factice des labours, des troupeaux et des artisanats villageois allait, dans le pétainisme, avec le rejet, l’élimination de l’autre : du militant démocrate, du franc-maçon, du juif surtout.
Choyés par le nouveau régime, encensés par ses propagandistes, les paysans font figure de gagnants dans un contexte où on ne recense que des perdants. Ce cuisant renversement des positions sociales se double d’une aisance matérielle qui, si elle est relative, n’en est pas moins éclatante vécue comme telle en tout cas en regard de la vie de privations qui sévit dans les villes, il y a peu synonymes d’abondance.
De là vient probablement l’image maréchaliste et pétainiste qui colle à la France rurale, cette France de petits propriétaires qui aurait prospéré sur le marché noir, remplissant ses lessiveuses d’or. Un mythe sans doute, mais un mythe qui a la vie dure, une perception muée en représentation durable.
Cette imagerie a quelque chose du cliché. Loin des envolées du lyrisme pétainiste et des condamnations formulées rétrospectivement pour stigmatiser l’égoïsme rural, se niche une vie paysanne avec ses peines, ses douleurs, ses ambivalences.
Penser la Résistance et le monde rural implique impérativement de connaître intimement, c’est à dire de l’intérieur, un univers rétif à l’analyse. En effet, le constat de prime abord négatif, invite donc à nuancer le tableau d’une France rurale confinée dans la dévotion pétainiste avant de se glisser graduellement dans un attentisme prudent.
L’étude du monde rural met donc en évidence la diversité des attitudes au sein d’une société paysanne qui vit coexister résistances, indifférences et collaboration.
Pour sortir des visions stéréotypées d’une ruralité devant une allégeance totale au régime vichyste, penchons-nous sur le célèbre film « Le chagrin et la pitié » de Marcel Ophuls, où les seuls véritables héros étaient « les deux frères Grave, ces vieux paysans si tranquillement humains, héroïques et terre à terre, qui disent que leurs exploits dans la résistance ont nui à leur réputation, (…), ces admirables frères Grave, tellement en harmonie avec leurs collines, leurs terres et leur ferme, (…) des gens bien adaptés, qui décidèrent que ce qu’ils avaient valait la peine que l’on combatte et que l’on mesure pour le défendre ».
Si la France n’avait pas été unanimement résistante, les résistants les plus purs, c’est dans la campagne qu’on les trouvaient.
La Résistance, véritable acte de foi trouvait son essence dans la lutte qu’engagèrent les élites nouvelles et souvent insoupçonnées, qui se sont portées volontairement à la pointe du combat clandestin.
La Résistance au sein du monde rural était bien l’expression forte et virile du patriotisme profond, constant, meurtri ou outragé dont le seul dessein qui animait ses héros était de restaurer l’honneur de la France et de rendre la liberté à la mère patrie.
Nous avons toutes et tous un devoir de mémoire en notre qualité d’héritiers de cette sombre page de l’histoire de l’humanité, et ce devoir de mémoire implique et exige de cultiver au quotidien l’esprit de tolérance, la solidarité et l’attitude de vigilance face à l’absurde et l’innommable.
Je vous remercie de votre bienveillante attention.

Présentation des intervenants et de la problématique du thème de l’année.
M. Gilbert Couillard est le président du Comité ANACR de Troyes Agglo et Amis. Il fut très jeune un résistant dans le sillage de son père. M. Couillard avait 18 ans en 1943 et habitait un petit village aubois d'une trentaine d'habitants: St Mards-en-Othe. Il habitait le ferme familiale. Fréquemment des personnes venaient voir son père, chef départemental du Bureau des Opérations Aériennes (BOA), et un jour il a découvert des tickets d'alimentation en grand nombre dans sa ferme. C'est alors qu'il s'est douté que son père était résistant et qu'il devait suivre ce mode de conduite. Mais ce n'est pas là sa seule motivation pour se tourner vers la résistance, le manque de liberté comme le couvre feu, l'interdiction de se rassembler, l'interdiction de faire la fête…, les réquisitions, les privations… ont également poussé M. Couillard à résister.

Ses premiers pas de résistant, il les a fait pour aider son père : il transportait de temps en temps des papiers au compte du BOA. Par la suite, il a été affecté à la surveillance de la 5eme colonne (réseau d'espionnage à la solde des allemands composé essentiellement de Français) puis à la recherche de nouveaux terrains pour le parachutage. Trois terrains ont été homologués par le BOA autour de St Mards, pour cela il fallait qu'ils soient faciles d'accès, plats, entourés de bois pour se dissimuler, larges de 200 à 250 mètres et longs de 500 à 800 mètres.

Ensuite, il s'est occupé de recevoir les parachutages. Il fallait écouter tous les matins radio Londres "les Français parlent aux Français" vers 9-10h. S'il entendait des messages codés (comme par exemple : Bacchus n'aime pas le vin), ça signifiait qu'un parachutage était prévu sur un terrain homologué. Dans ce cas, il fallait de nouveau écouter la radio à 13h pour avoir confirmation et pour connaître le nombre d'avions qui participeront au parachutage. Et enfin, il fallait une dernière fois écouter radio Londres à 19h pour préciser les conditions de réception du parachutage. Après la réception de ce dernier message, il réquisitionnait des maquisards pour assurer la sécurité du parachutage. Vers 23h, un ou plusieurs avions arrivaient, la zone devait alors être balisée en signe de reconnaissance pour le pilote de l'avion. Il faisait des signaux lumineux avec une lampe torche pour guider l'avion. Ainsi, lors du premier passage de l'appareil, les hommes étaient parachutés et lors du second passage des containers étaient à leur tours parachutés. Ces containers contenaient de l'argent, de la nourriture, des tickets d'alimentation, des vêtements, des médicaments, des explosifs, des armes… En tout 17 parachutages ont été effectués sur la zone de St Mards-en-Othe pour récupérer jusqu'à 45 tonnes de matériels. Le matériel des containers était destiné aux maquis, au BOA, ou bien aux réseaux de résistances parisiens. Il était formellement interdit de redistribuer du matériel au FTP (réseau de résistance bourguignon) pour des raisons d'appartenance politique mais parfois, les dirigeants du BOA donnait du matériel à leur voisin bourguignon ce qui a valu à St Mards-en-Othes d'être le seul village de France ayant un monument commémoratif du BOA et du FTP.

Emmanuel Thiébot, historien au Mémorial de Caen et organisateur des projets pédagogiques, dossiers et mis en ligne à l’intention des enseignants et des élèves des collèges et des lycées. Sa bibliographie est importante. Celle-ci est intégralement reproduite en fin de dossier.

Le sujet est ensuite présenté dans sa problématique et ses composantes auboises. (lien avec la sous rubrique le sujet dans l’Aube).
M. Thiébot prend la parole et précise qu’il donne les conclusions d’un travail collectif réalisé par l'équipe de rédaction (dont il faisait partie) de la plaquette nationale qui sera distribuée dans les établissements d'enseignement, sous l'égide de la Fondation de la Résistance, à l'occasion du Concours de cette année.

Introduction
Être résistant signifie à partir de la défaite de juin 1940 qu’on souhaite poursuivre le combat par une action volontaire, clandestine, avec pour but de lutter contre l’occupant nazi et le régime de Vichy. Pour exprimer cette opposition, des hommes et des femmes, peu nombreux au sein de la société française, ont utilisé plusieurs moyens d’action : contestations orales, graffitis, diffusion de tracts et de journaux clandestins, recueils de renseignements pour les Alliés, protection de populations discriminées par le nouveau pouvoir, mais aussi lutte armée et constitution de maquis.
Dans ces multiples gestes de résistance, la part du monde rural est importante : un maquis par exemple ne peut survivre que grâce à l’aide des paysans fournissant l’alimentation, une ferme isolée est également souvent un excellent refuge pour ceux qui doivent se cacher des autorités. Même si l’ensemble du monde rural n’a pas été actif au sein de la Résistance, son appui a permis le développement de multiples actions.
Rappelons qu’en 1939, la France est un pays fortement rural : la moitié de la population vit dans les campagnes et l’agriculture est un secteur clé de l’économie du pays. Qu’entend on réellement par « monde rural » ? Cette expression, qui n’est pas employée durant la Seconde Guerre mondiale (on parle alors de monde des campagnes ou de France des paysans) désigne les espaces où la population est rassemblée dans des communes de moins de 2 000 habitants. Plus généralement, on associe à ces petites communes les petites villes qui sont étroitement liées aux espaces ruraux, tant par leur mode de vie que par les activités économiques.
Le monde rural se définit également par d’autres critères importants pour l’étude de la Résistance : les collectivités rurales vivent en autonomie relative par rapport à l’ensemble de la société. Le fonctionnement économique des campagnes permet d’être autonome, phénomène renforcé en temps de guerre. Les ruraux peuvent mieux subvenir à leurs besoins et ont entre leurs mains les clés du ravitaillement de l’ensemble de la population. Le monde rural est de plus composé de petits ensembles, où tout le monde se connaît et qui ont de faibles relations avec l’extérieur. Dans ces petites communautés, ceux qu’on appelle les notables, (maires, prêtres, instituteurs, gendarmes) jouent un rôle décisif. On va en trouver à la tête des organisations résistantes qui se développent en milieu rural.
Le discours vichyste du « retour à la terre » :

un piège pour la paysannerie ?
Le régime de Philippe Pétain voit dans le monde rural un des piliers de la France nouvelle qu’il souhaite instaurer grâce à son programme de Révolution nationale.
Après la défaite de juin 1940, l’agriculture française est fortement déstabilisée, d’abord par la mobilisation militaire puis par la captivité des prisonniers de guerre, ce qui la prive de 13 % de sa population active, mais aussi par les prélèvements allemands et le blocus anglais. Cela accroît un recul des terres cultivées et de l’élevage qui provoque une rapide pénurie alimentaire. Lorsque le maréchal Pétain et les hommes du gouvernement de Vichy instaurent leur programme politique, intitulé la « Révolution nationale », qui s’appuie sur un ensemble d’idées réactionnaires, le monde rural ainsi que l’artisanat en deviennent des composantes majeures. Sous l’égide de la devise «  Travail , Famille, Patrie » et sous couvert d’une longue tradition historique de la France rurale, ces hommes politiques prônent le « Retour à la terre » face à une industrialisation qui aurait appauvrie la nation. Pétain déclare dans un discours prononcé à Tulle, le 20 avril 1941, « La France redeviendra ce qu’elle n’aurait jamais dû cesser d’être : une nation essentiellement agricole. Elle restaurera les antiques traditions artisanales ». Le ministre de l’Agriculture et du ravitaillement, Pierre Caziot, surenchérit quelques mois plus tard, le 21 septembre, en déclarant qu’ « il faut oser proclamer la primauté de la paysannerie et la nécessité d’une politique donnant à la production agricole la première place dans l’économie de la nation ».
La paysannerie est donc mise à l’honneur par une intense propagande qui souhaite maintenir le poids de l’agriculture face au monde urbain, discours qui semble être entendu à l’heure des restrictions.
Les paysans y sont d’autant plus sensibles, dans les premiers mois du régime vichyste, qu’ils s’étaient sentis les laissés-pour-compte de la société française dans l’entre-deux-guerres, face à la promotion de la civilisation mécanique et industrielle. La Corporation nationale paysanne n’est pas vue d’un mauvais œil. Instaurée le 2 décembre 1940, elle regroupe sous un monopole l’ensemble des structures syndicales agricoles d’avant guerre, ainsi que les organismes de propriétaires, de crédits ou d’assurance. L’image qu’elle véhicule d’une solidarité paysanne venant au secours des populations urbaines pour leur assurer le ravitaillement, est même valorisante. Pétain ne déclare-t-il pas dans son discours du 1er janvier 1941 : « Je m’adresse aux Paysans de France. Il faut qu’ils tirent de la terre tout ce qu’elle peut donner. Les rendements devront être augmentés en dépit de toutes les difficultés » ? Ou bien encore, « Paysans, mes amis, je vous fais confiance et je compte sur votre dévouement pour m’aider à relever la France ». La propagande vichyste s’empare de ces thèmes pour mettre en avant la paysannerie et l’artisanat, l’idée étant d’affirmer qu’elle est garante de l’ordre social face à la culture ouvrière et citadine, jugée responsable, entre autres, de la défaite.


Afin d’enrayer l’hémorragie des campagnes, une « Mission de restauration paysanne » est créée pour remettre en état les cultures abandonnées, tandis qu’un « Service civique rural » est mis en place, en mars 1941, qui fait participer les jeunes aux grands travaux agricoles pour pallier la main d’œuvre masculine manquante. Un « pécule de Retour à la terre » est alloué, en mai 1941, aux familles ayant un enfant à charge qui, exerçant une profession industrielle ou commerciale, s’engagent à pratiquer un métier agricole pendant au moins six mois. Mesures qui ne sont que des pis-aller. Ce qui grève avant tout les récoltes, ce sont les prélèvements des Allemands pour leurs propres troupes d’occupation stationnées en France.
Dès l’été 1940, l’Allemagne organise les conditions d’un véritable pillage organisé qui touche tous les secteurs de l’économie française. De plus, le taux de change de 1 Reichsmark contre 20 Francs favorise les achats par l’Allemagne et la baisse des stocks des magasins. Très vite apparaissent les premières pénuries ponctuelles ou définitives. En septembre 1940, beurre, vin, œufs, charbon deviennent rares.
La population, surtout urbaine, n’a que faire de cette propagande du « Retour à la terre ». Pour elle, les campagnes sont devenues synonymes de ravitaillement. D’autant que certains paysans, par réflexe ancestral des temps de disette, constituent des réserves qui ne sont pas livrées aux coopératives malgré les appels à la raison du gouvernement. C’est dans ce surplus, parfois prémédité pour une revente au prix fort dans le cadre du « marché noir », que les habitants des villes vont chercher à améliorer leur ration alimentaire. De plus, certaines productions, faute de moyen de transport, ne peuvent être vendues comme avant-guerre sur les marchés. La venue des citadins à la ferme est donc une aubaine pour certains agriculteurs modestes. L’image d’une paysannerie redevenue le socle de l’économie française n’a été que l’un des nombreux mythes de la période vichyste d’avance voué à l’échec. Il n’en demeure pas moins que choyés par le régime de Vichy et souvent marqués par un conservatisme politique, de nombreux ruraux ont manifesté dans un premier temps de la sympathie pour Philippe Pétain, lui-même issu du monde rural et admiré pour son rôle durant la Première Guerre mondiale.
Pourquoi s’opposer à l’occupant et à Vichy dans le monde rural ?
En zone occupée, l’intense propagande visant à présenter un occupant « correct » ne peut faire oublier aux populations rurales, en premier lieu dans le nord de la France, les crimes commis par l’armée allemande dans plusieurs zones de combats. Ce ressentiment est accru là où le vainqueur impose l’hébergement chez l’habitant de ses soldats et s’empare des récoltes et des troupeaux.
Dans les deux zones, le nouveau régime politique mis en place par Vichy avec le soutien de l’occupant bouleverse de manière brutale et autoritaire les cadres de vie traditionnels de la population. L’encadrement de la population au sein de groupes tels les Corporations, les Offices, les Ordres professionnels, etc., heurte en milieu rural des mentalités séculaires de petits producteurs indépendants. Plus encore, l’interdiction de la chasse et la confiscation des armes qui remet en cause une liberté acquise par le monde rural à la Révolution française, suscite refus et opposition.
En milieu rural, les mesures de répression contre des gens connus dont on est souvent proche (élus, militants politiques et syndicaux, fonctionnaires, etc.) inquiètent. Dans des campagnes majoritairement catholiques les premières mesures discriminatoires contre les Juifs heurtent souvent les principes religieux et moraux de compassion et de tolérance de nombreux fidèles. En terre protestante, dans les Cévennes particulièrement, ces réprobations sont unanimes.

La ligne de démarcation, véritable frontière, entrave gravement les échanges économiques entre les deux zones donnant naissance à des pénuries de matières premières et de produits de consommation (charbon et minerais extraits essentiellement en zone nord , huile, vin et fruits produits majoritairement en zone sud). La production baisse et le chômage s’installe, les prix à la consommation flambent. Les saisies, les réquisitions et les pillages organisés par l’occupant aggravent cette situation.
Les premières actions concertées de résistance

De multiples signes de refus 


Dès l’automne 1940, dans toutes les régions occupées, des signes d’hostilité envers l’armée allemande se multiplient : cris et gestes d’insultes aux passages des troupes ou mutisme face à leurs sollicitations, attitudes de mépris lors de l’exécution de l’hymne allemand, lacération d’affiches ou inscription de graffitis sur les murs. Certains ramassent et cachent des armes abandonnées par l’armée française durant l’exode et, malgré les injonctions des autorités, on refuse majoritairement de remettre à la gendarmerie les armes de chasse familiales, malgré les risques d’arrestation et de déportation encourus.
Des hommes et des femmes engagent, spontanément, des actions de franc-tireur contre l’armée d’occupation : sabotage de panneaux indicateurs ou de lignes téléphoniques, tir au fusil contre des patrouilles et des éléments isolés.
La répression de tous ces actes est immédiate et brutale : imposition d’amendes aux populations, prises d’otages ou exécutions capitales. À titre d’exemple, l’ouvrier agricole Étienne Achavanne est condamné à mort le 28 juin et fusillé le 6 juillet 1940 à Rouen pour avoir coupé les lignes de communication reliant la Feldkommandantur de Rouen au terrain d’aviation de Boos (Seine-Maritime). Ce sabotage avait rendu l’aéroport vulnérable ce dont avait profité l’aviation anglaise pour le bombarder. Au final, l’acte isolé, sans moyen, d’Étienne Achavanne s’était soldé pour l’ennemi par la perte de 18 avions et de 28 hommes. Blanche Joséphine Paughan pour des motifs similaires est condamnée à mort le 17 septembre 1940 à Arras. Sa peine est commuée en détention. Déportée en Allemagne, elle meurt au camp de concentration de Bergen -Belsen en avril 1945.
Face aux réquisitions et aux pillages dans de nombreuses régions, des paysans se rassemblent sur les marchés ou les foires et manifestent leur colère comme 500 éleveurs à Chambéry (Savoie) le 30 octobre 1940. Ce dernier type d’action montre que dans les espaces ruraux comme dans les villes, une Résistance encore balbutiante tend à se mettre en place.

Premiers jalons de la « dissidence » 
Dans le même temps des groupes s’organisent et agissent en zone rurale en premier lieu dans les régions annexées et occupées.

Les premiers actes visent à soutenir l’effort du Royaume uni seul encore en guerre et la France Libre dirigée par le général de Gaulle. Ainsi naissent  des réseaux de renseignement d’abord dans les zones côtières tels « Alliance » au pays basque, « George France 51 » en Bretagne ou l’embryon de la« Confrérie Notre Dame » dans les environs de Bordeaux.


D’autres créent des organisations clandestines de Résistance souvent en liaison avec des éléments ou des groupes agissant dans les villes voisines. Dès l’armistice, dans le Cher, avec des habitants de Vierzon et de la région, Berty Albrecht, cofondatrice du mouvement « Combat », met en place des filières de franchissement de la ligne de démarcation pour les prisonniers évadés et les premiers résistants. En pays nantais, autour de Marcel Paul naissent et agissent des premiers groupes communistes de l’Organisation spéciale. Ces actions en milieu rural sont soutenues et popularisées par la reparution du journal La Terre en mai 1941. Des ruraux et des citadins du Nord, de Bretagne et du Cher fournissent les points d’appuis des activités de renseignement et d’évasion du réseau de résistance parisien du « Musée de l’Homme ».
Ce qui n’est encore qu’actes isolés et embryons d’organisation, devient peu à peu l’incarnation de l’esprit de Résistance dans l’espace rural.

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