Notice historique sur les orgues de l’Eglise Saint-Gervais et Saint-Protais de Gisors





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Notice historique sur les orgues de l’Eglise Saint-Gervais et Saint-Protais de Gisors

L'abondance exceptionnelle des documents qui parviennent de la fabrique de Gisors et des diverses confréries religieuses de cette ville permet de reconstituer de la manière la plus précise l'histoire des orgues de l'Eglise Saint-Gervais. Parmi ces documents, la série des registres de comptes et de délibérations de la fabrique et de la confrérie Notre-Dame de l'Assomption, les devis et marchés de facteurs d'orgues sont plus particulièrement intéressants1.

Il ne semble pas que l'église de Gisors ait été pourvue d'orgues avant la fin du troisième quart du XVe siècle. Les registres de comptes de la confrérie de l'Assomption nous laissent entrevoir que le premier instrument fut acquis en 14722 par la confrérie de l'Assomption, pour être placé dans la chapelle qu'elle possédait dans l'église Saint Gervais ; I'initiative prise par la riche confrérie fut bientôt suivie par la fabrique ; en 1477, les trésoriers de Notre Dame de l'Assomption accordaient un subside de cent sous pour aider à faire les orgues de l'église ; ces orgues avaient été données par Geoffroy de Contens3, un bourgeois de Gisors qui n'est connu par ailleurs que par un don de cinquante sous parisis qu'il fit à la confrérie de l'Assomption en 14934. Nous ne savons où elles furent placées ; la seule chose certaine, c'est qu'on n'établit pas de tribune pour elles.

Nous ignorons tout de la composition de ces premières grandes orgues. Elles furent révisées, en 1503, par le facteur de Beauvais, Jean d'Abancourt, en 152O, par l'organiste Guillaume de Grève, et, en 1555, par un organiste rouennais dont le nom ne nous est pas donné ; mais, dès 1568, il était déjà question d'édifier de nouvelles orgues ; la fabrique désirait acquérir un instrument plus vaste, doté de plus de jeux et de tous les perfectionnements que les progrès de la facture d’orgues au cours du XVIe siècle lui offraient ; deux facteurs, dont un rouennais, venaient successivement proposer un devis de construction. La dépense parut-elle trop lourde ? Toujours est-il que l'on renonce à poursuivre les négociations, et, en 1573, le facteur Nicolas Votier travaillait à la réfection des Orgues de 1477 ; quatre ans plus tard, en septembre 1577, les trésoriers de la fabrique reprenaient le projet abandonné, et, constatant que de longtemps il avait été arrêté qu'il était très nécessaire de faire bâtir des orgues en ladite église, ils décidaient de consacrer désormais un des bassins de la quête à cet effet et de réduire le nombre des ouvriers maçons qui travaillaient alors à la reconstruction de la nef, afin de pouvoir réunir la somme nécessaire à l'aménagement d'un instrument digne de l'immense vaisseau que les Grappin achevaient de parer des magnificences les plus raffinées de la Renaissance. En 1578, le bassin des orgues avait produit 113 livres et les quêtes à domicile avaient permis aux trésoriers de réunir 1413 livres : les rues de Cappeville et du Fossé-aux-Tanneurs avaient fourni 361 livres, celles du Bourg, des Pâtissiers, et le faubourg de la Porte de Neaufles, 678 livres ; les rues de Paris, Saint-Ouen et le Boisgeloup, 282 livres ; la confrérie de l’Assomption avait donné 78 livres. Dès 1557, la fabrique était entrée en pourparlers avec l'un des plus habiles facteurs d’orgues de cette époque, le laonnais Nicolas Barbier5, qui avait déjà prouvé son grand talent par la construction des orgues de Nesle et de Saint-Quentin. Un traité était passé le 11 mai 1578 avec le facteur qui s'occupa dès lors et jusqu'en 1580 de la construction du nouvel instrument, et même jusqu'en 1582, de son aménagement complet. Un second marché fut fait avec le menuisier Philippe Fortin pour la construction du buffet et Jean Grappin était chargé d'élever la tribune de pierre qui devait supporter les orgues. On ne marchanda pas sur les moyens pour que l'œuvre fût en tous points parfaite ; Fortin et Barbier furent envoyés à Rouen pour s'inspirer des beaux buffets de style Renaissance que l'on pouvait admirer alors dans diverses églises de cette ville ; de ce buffet qui fut installé au mois de décembre 15796, il ne nous reste que la description qu'en fait, vers 1629, le poète gisortien Dorival dans sa description de l’église de Gisors7. Le jeu de seize pieds servait naturellement de montre.

De seize pieds de haut un jeu d'estain poly

Sert de monstre au buffet artistement joly

Là sont Ies gros tuyeaux, sur culs de lampes riches

Et vers l'extrémité d'en haut, sur les corniches

Deux dômes finissans sont encore garnis

D’autres de mesme estoffe et de bois tous unis

Au lieu plus avancé, sur les armes de France

Une autre monstre encore de pareille apparence

Aux costez de laquelle en bosse sont plantez

Des anges qui tenant entre tant de beautez

Chacun une trompette, entonnent les louanges

De Dieu, joignant leurs tons, avec tant de meslanges.

Un soleil d’or tournant et une estoille aussy

Décorent deux plafonds qui sont encore icy.

Deux grands rideaux d’azur tout parsemez de sceptres

Et de fleurs de lys d'or couvrent et font paroistre

Tout ce grand attirail.

Deux coulonnes portant l'ordre corinthien

Et deux autres piliers sont l'assuré soutien

D'un pulpitre remply d’autant belles figures

Que I’art en puisse voir sous les hautes cambrures

Des cercles estoillez. icy diversement

Chacun pourtraict humain jouë d’un instrument :

L’un bat un tambourin, I'autre sonne trompette,

Pince un luth, touche flûste, anime une musette,

La cimballe annelée accorde en ce bel air ;

L'autre d'un livre ouvert fait feinte de parler

Mais sur tous un David et l'heureuse Cécille

Ensemble s'accordant et chantant entre mille,

Assis également, mariënt leurs doux fredons

Aux refrains gracieux de leurs saintes chansons.

Au travers des périphrases de ces mauvais vers8, on distingue les traits essentiels de ce buffet qui rappelle beaucoup ceux que l'on peut admirer aujourd'hui encore à Saint-Maclou et Saint Vivien de Rouen.

Une balustrade de bois sculpté était ornée de neuf médaillons ovales représentant des personnages jouant chacun d'un instrument différent : tambourin, trompette, luth, flûte, musette, cymbale annelée ou chantant ; au centre, deux médaillons portant des armoiries, sans doute celles de donateurs, encadraient deux statues de bois : David avec sa harpe et Sainte Cécile avec son orgue. Il n'y avait pas alors de buffet de positif ; au-dessus des panneaux de bois qui recouvraient la partie inférieure du corps de l'orgue, le buffet des grandes orgues s'avançait majestueux ; de chaque côté, sur des culs-de-lampe finement sculptés, les tuyaux de 16 pieds de la montre dont l'extrémité supérieure était recouverte par un dôme de bois ouvragé formaient d'élégantes tourelles ; dans les deux renfoncements situés entre les tourelles et l'avancée centrale du buffet, deux anges de bois sonnant de la trompette, sculptés en ronde-bosse, étaient disposés. Au-dessus de la partie avançante et centrale du buffet où les tuyaux de la montre étaient placés, on voyait un blason aux armes de France9. Des feuillages en bois de chêne ajouré agrémentaient la corniche qui couronnait toute la façade de l'instrument. Deux rideaux de toile de Rouen, portant fleurs de lys et sceptres sur fond d'azur, dissimulaient la montre dans l'intervalle des offices.

La tribune, construite par Jean Grappin, en pierres de Vernon, est celle qui existe encore aujourd'hui : deux colonnes supportent, avec les deux piliers du bas de la nef, trois arcades portant un entablement chargé de motifs décoratifs. Les colonnes d'un ordre composite assez mal proportionné sont cannelées en torsades. Les six Renommées qui surmontent les arcades ont été souvent attribuées à tort à jean Goujon ; Il faut y voir seulement une imitation par Jean Grappin de la manière du grand sculpteur de la Renaissance, et la copie n'est pas sans défaut ; cependant malgré la lourdeur de l'ensemble et d'indéniables défauts de composition, la tribune de Jean Grappin est une belle œuvre et on l'admirerait plus encore si le buffet du XVIe siècle n'avait pas été remplacé par ce buffet du style Louis XV qui l'écrase aujourd'hui.

En avril 1580, le ravissant escalier qui conduit aux orgues était achevé. Le mois suivant, l'orgue était terminé et la fabrique invitait le grand musicien ébroïcien Guillaume Costeley à venir visiter l'instrument.

Il ne restait plus qu'à achever la décoration et notamment la peinture du buffet et de la balustrade.

Nous connaissons la composition de l'orgue de Barbier par le devis qu'il présenta à la fabrique en 1577, et dont il a réalisé les différents articles en 1579-1580. L'instrument comprenait vingt-trois jeux ainsi répartis :

Grand orgue :

1. Montre 16 p.

2. Montre 8 p.

3. Bourdon 4 p. bouché.

4. Prestant 4 p.

5. Fourniture (4 tuyaux sur chaque marche).

6. Trompette 8 p.

7. Sifflet (quarte).

8. Régale (voix humaine).

9. Gros nasard (2 tuyaux sur chaque marche).

10. Cymbale (3 tuyaux sur chaque marche),

11. Doublette 2 p.

12. Cornet d'écho (5 tuyaux sur chaque marche).

13. Tiercelette (Flûte à biberon).

14. Clairon 4 p.

15. Flûte 4 p.

Positif :

1. Prestant 4 p.

2. Bourdon 4 p. bouché.

3. Larigot (Quinte).

4. Cymbale (2 tuyaux sur chaque marche).

5. Doublette 2 p.

6. Cromorne 8 p.

Pédale :

1. Bourdon 8 p

2. Trompette 8 p.

Claviers de 48 notes.

Les cinq soufflets de 5 pieds sur 2 pieds et demi qui alimentaient l'instrument avaient été établis dans les combles, au-dessus des chapelles de Saint Vincent et de Notre-Dame de la Charité.

Barbier qui avait fait marché pour la somme de 2.000 livres le 11 mai 1578 avait mis tout son amour propre à rendre son orgue aussi parfait qu'il pouvait le faire. Il avait ajouté 30 tuyaux à la fourniture, 50 à la montre, que le devis ne prévoyait pas. Il avait augmenté trois chapiteaux faits en ordonnance de colonnes et pilastres dessus les trois maîtres tuyaux et ainsi de suite. Dans cet excès de conscience professionnelle, où l'on reconnaît le grand artiste passionné pour son œuvre, Barbier s'était ruiné. Dans une lettre datée de la Pentecôte 1580, que nous avons conservée, il conte en des termes fort émouvants sa détresse, il prie le bailli de Gisors, les gouverneurs de la confrérie Notre-Dame et les trésoriers de l'Eglise d'avoir en considération la perfection de l'œuvre accomplie et de ne point lui refuser une récompense qui lui permette d'éviter sa complète ruine et lui donne moyen d'entreprendre ailleurs quelque bel ouvrage. La confrérie de l'Assomption ne resta pas insensible et accorda à Barbier deux cents écus à la condition toutefois qu'il procédât à l’assemblage des anciennes orgues avec les nouvelles. La fabrique lui donnait cent écus, moyennant quoi il révisa la soufflerie, plaça et assit les anciennes orgues sur les nouvelles (Septembre 1581, septembre 1582). La soufflerie ne donna pas longtemps satisfaction et dès le début de l'année et jusqu'en juillet 1584, nous revoyons Nicolas Barbier y travailler encore.

Le 7 octobre 1584, des experts venus d'Amiens, et le 10 mars 1585, I'organiste du Roy Henri III, le plus grand contrapointiste de son temps, Thomas Champion, examinaient l'orgue de Gisors ; leurs rapports ne nous sont pas parvenus.

Le peintre Louis Poisson, au mois d'août 1585, peignait les piliers des orgues.

L’année suivante, I'organiste Etienne Aubriot réparait à nouveau la soufflerie ; en 1591, il devait remanier les tuyaux, y faire des pieds neufs et réparer les porte-vent, mais son travail parut vite insuffisant et une révision totale de l'orgue fut confiée au facteur parisien Roch Dargillières10 : celui-ci, d'octobre 1593 à juin 1595, travailla sans discontinuer.

En 1598, la soufflerie nécessitait une révision complète et sur le rapport du facteur d'orgues Ysacq Aubriot, avec le concours du menuisier Roland Mauvoisin entreprenait cette restauration qui ne fut terminée qu'en novembre 1601. Le 13 juillet 1603, l'organiste de Notre-Dame des Andelys, Simon Lesueur, et son collègue du Petit Andely l'approuvaient, sous réserve d'une légère réparation qui fut immédiatement exécutée. Après une nouvelle réfection de la soufflerie en 1615, une rénovation complète de l'instrument parut à nouveau nécessaire11 (2), et, par le marché du 24 octobre 1618, le grand facteur rouennais Crépin Carlier12 (3) fut chargé du travail. Tous les jeux furent refaits et Carlier ajouta au grand orgue un bourdon de bois de 8 pieds bouché sonnant à I'unisson du 16 pieds, un jeu de flûte traversière de plomb et une petite quinte (petit nasard ou flageolet).

En outre, Carlier fit construire un buffet de positif reproduisant en dimensions réduites le buffet du grand orgue ; trois statues : la Sainte Vierge, Saint-Gervais et Saint-Protais le couronnaient. Les travaux commencés en septembre 1619 furent terminés en juillet 1620 ; le 12 juillet 162O, l'organiste de Notre-Dame des Andelys était appelé à visiter l'orgue de Crépin Carlier ; puis, ce furent, en avril 1621, le facteur rouennais Guillaume Lessellier13 et l'organiste de la cathédrale de Rouen, Vincent Jolliet ; enfin, en juillet 1621, le célèbre organiste de la Sainte-Chapelle de Paris, Florent Bienvenu, vint le voir à son tour.

Des difficultés ne tardèrent pas à naître lorsqu'il s'agit de payer les 3.300 livres dues au facteur. Carlier obtenait, le 9 août 1621, une saisie arrêt sur le temporel de l'église ; la fabrique rétorquait que l'argent des fondations était insaisissable et le bailli de Gisors faisait sienne cette interprétation ; d'où appel au Parlement de Rouen qui, par arrêt du 30 juin 1623, condamnait la Fabrique à verser dans les six mois au facteur, les sommes dues. La fabrique obtenait, le 28 avril 1624, de l'assemblée des notables de Gisors, I'autorisation de lever cet argent sur la communauté des habitants et décidait qu'à l'avenir, les confréries participeraient annuellement par l'octroi de 30 sols chacune à l'entretien des orgues.

Dix ans après la restauration de Carlier, l'organiste Claude Aubriot devait, en 1630, faire quelques réparations à son instrument L'année suivante, l'organiste de Saint-Jacques de la Boucherie de Paris14 (1) venait visiter les orgues de Gisors et exécutait toute une série de révisions et de transformations. Nous ne connaissons pas le devis de son ouvrage et c'est seulement par l'état des jeux dressé vers 1680 par le curé de Gisors, Nicolas Thomas de Saint-André, que nous pouvons inférer que l'adjonction au positif de deux nouveaux jeux, une flûte allemande et une fourniture, doit lui être attribuée. Les comptes nous apprennent en outre d'une manière imprécise que, dans le moment de cette restauration, le menuisier sculpteur Claude Ladmirault refit une des statues de l'orgue. L’organiste Pierre Dufour, de Pontoise, vint visiter le travail effectué par son collègue parisien.

Les orgues de Gisors ne réclamèrent aucune réparation jusqu'en 1651, année où fut refaite la soufflerie. L'année suivante, l'organiste de la Cathédrale de Beauvais visitait l'instrument, et, le 8 mars 1654, marché était passé par les Trésoriers de la Fabrique avec Claude de Villers15, ce facteur rouennais qui s'était acquis une belle réputation en restaurant les grandes orgues de la cathédrale de Rouen. Tous les tuyaux des grandes et des petites orgues furent démontés et révisés, la soufflerie fut réparée pour 800 livres tournois. Pierre Dufour qui visita à nouveau alors l'orgue de Gisors fut satisfait de l'ouvrage de Claude de Villers. Une contestation s'éleva à propos du paiement du facteur entre la fabrique et la confrérie de I'Assomption, qui, après de longues discussions, ne consentit à rembourser à la fabrique que le tiers des 800 livres payées par celle-ci à de Villers.

En 1682, l'instrument demandait une nouvelle révision, mais ce ne fut pas au facteur rouennais Adrien Anquetin16, alors occupé aux orgues de Beauvais, qui était venu examiner l'orgue de Gisors, mais au rival de Claude de Villers, le facteur, rouennais lui aussi, Robert Ingout17, que s’adressa la fabrique. Par le contrat du 2 janvier 1684, Ingout s'engageait à démonter, nettoyer et réviser tous les tuyaux, à refaire complètement la soufflerie, remplacer par des tuyaux d'étain divers tuyaux de bois, à faire deux tremblants, à transformer en nasard la flûte du positif et le larigot en tierce, tout cela pour le prix de 9OO livres. La confrérie de l'Assomption s'offrit à contribuer à la dépense pour 250 livres. En décembre 1684, Thomelin, organiste du grand roi, visitait l'œuvre d'lngout, mais quinze mois plus tard, la fabrique portait plainte contre le facteur, qu'elle accusait d'avoir indûment remplacé deux tuyaux d'étain par deux tuyaux de bois. Le procès devant le Parlement traîna jusqu'en 1688 ; les archives de la fabrique ne nous en font pas connaître l'issue.

Après une légère réparation, effectuée en 1705 par le facteur Deslandes et la redorure du buffet faite en 1719, il fut procédé en 1724 par Ie facteur Labour18 à une nouvelle révision des jeux, complétée et généralisée l'année suivante par le facteur Jean Regnault19 qui refit encore la soufflerie et les sommiers moyennant 550 livres ; Regnault et le facteur parisien Nicolas Collard20 étaient encore occupés à remanier l’instrument en 1728.

Depuis sa construction par Nicolas Barbier, l'orgue de Gisors avait subi maintes révisions qui, en somme, l'avaient peu modifié ; il pouvait passer pour archaïque et nécessitait de fréquentes réparations. Nous possédons une lettre de l'organiste Hugot de 1731 où il déplore cet état de choses. “Cet orgue qui peut à juste titre passer pour l'un des plus beaux de Normandie et même du royaume, pêche néanmoins dans ses parties essentielles”. Hugot ne demande pas une pédale de bombarde ni un jeu de hautbois au positif, mais seulement le strict nécessaire, faute de quoi l'orgue de Gisors ne tardera pas à mériter à peine le toucher d'un musicien de la dernière classe, mais le strict minimum c'est encore beaucoup de choses ; 4 claviers à ravalement en E si mi en haut et H mi la en bas ; un cornet et une trompette de récit descendant jusqu'au sol, au-dessous de la clef d'ut, un marchepied de pédales à ravalement en F ut fa en haut et fa en bas, des sommiers plus larges, une refonte des jeux d'anches et des jeux de fond, deux nouvelles trompettes, de plus gros clairons et cornets au grand orgue, une trompette et une voix humaine au positif ; une pédale de flûte de 4 pieds, une autre de 8 pieds, une pédale de trompette et une de clairon.

Après une visite de l'organiste de la cathédrale de Rouen, d'Agincourt et du facteur rouennais Charles Lefebvre21, un devis est demandé à ce dernier ; ce devis, dressé le 13 septembre 1737, prévoit, pour 2.800 livres, la révision totale de l'instrument et les modifications suivantes à la composition des jeux :

Au grand orgue : suppression de la tiercelette, adjonction d'une flûte de 8 pieds.

Au positif, adjonction d'un jeu de larigot ; au pédalier, adjonction d'un gros clairon et d'une flûte de 4 pieds, établissement d'un clavier de récit avec 5 jeux, 2 trompettes, un clairon, un cornet et une voix humaine.

La somme parut trop forte et Charles Lefebvre fut seulement chargé de quelques légères réparations en 1732 et 1746.

Le 4 juillet 1751, les trésoriers approuvaient un marché pour la réparation des orgues passé avec Jean-Baptiste-Nicolas Lefebvre22, de Rouen, à la condition toutefois que la dépense ne dépasserait pas 1800 livres. Le facteur parisien Bessart23 approuva le devis proposé par Lefebvre, un marché ferme fut signé, le 5 septembre 1751, et les travaux suivants furent effectués de septembre 1751 à octobre 1752 :

Révision de tous les jeux, remise en état des sommiers du grand orgue, remplacement du flageolet et de la tiercelette par une flûte allemande de 8 pieds, suppression de la voix humaine, contrairement à l'avis de Bessart.

Au positif, adjonction d'un jeu de larigot.

A la pédale, adjonction d'un clairon.

Construction d'un cinquième soufflet.

Remplacement des claviers et du sommier du positif.

Ce fut encore à Jean-Baptiste-Nicolas Lefebvre que la Fabrique recourut le 2 avril 1769 pour la plus importante transformation que Ies orgues de Gisors aient subie depuis leur construction. Le 7 avril, Lefebvre déposait entre les mains des Trésoriers son devis s'élevant à la somme de 10.000 livres et qui comprenait la révision de tous les jeux, I'établissement de deux nouveaux sommiers pour le grand orgue, composés de 53 marches, I'adjonction au grand orgue de trois jeux nouveaux, une trompette, une double tierce, et une flûte de trois octaves, l'établissement de deux sommiers de pédales, I'adjonction de sept nouveaux jeux de pédales, de 29 touches : bombarde, trompette de 8 pieds, bourdon, clairon, flûte, nasard et quarte, la refonte des trois jeux anciens, I'établissement d'un nouveau sommier de positif, I'adjonction de 4 nouveaux jeux : montre de 8 pieds, voix humaine, cornet et trompette, I'établissement d'un sommier d'écho pour le cornet d'écho à 37 touches, la suppression de la trompette d'écho, la construction de 4 nouveaux claviers à main et d'un nouveau clavier de pédales de 53 touches, de trois soufflets supplémentaires, de porte-vent neufs, le remplacement des tuyaux des jeux suivants : au grand orgue : trompette et clairon ; au positif : cromorne, prestant, fourniture et cymbale ; I'augmentation du nombre des tuyaux de tous les jeux, la construction d'un nouveau buffet de positif plus large. Marché fut conclu le 8 septembre 1769, mais les travaux avancèrent lentement, et le 16 septembre 1772, la fabrique avait à se prononcer sur une nouvelle proposition de Lefebvre, vu le mauvais état de la plupart des tuyaux du grand orgue, I'état de vétusté et l'architecture démodée de son buffet, le facteur estimait qu'il y aurait avantage à reconstruire complètement le grand orgue ; il ajouterait aux jeux anciens, que d'ailleurs il rénoverait par des tuyaux neufs, un second clairon ; il ferait deux nouveaux soufflets et réparerait le plancher de la soufflerie pour 9.000 livres.

Le Duc de Penthièvre, le dernier seigneur de Gisors, prit à sa charge la dépense de la construction du buffet du grand orgue.

Ainsi fut fait ; la pose du nouveau buffet du positif nécessita la démolition de la balustrade de pierre et du pupitre de Fortin ; le serrurier gisortien Beauquesne les remplaça par une rampe de fer forgé24 pour laquelle on utilisa les deux anciennes grilles du cimetière.

Le buffet du grand orgue comme celui du positif fut l'œuvre des menuisiers Carbonnier et Greslez et du sculpteur Louis ; ces deux buffets Sont ceux qui ornent encore aujourd'hui les grandes orgues de Gisors. Trois consoles décorées de feuilles de palmier supportent de chaque côté, et au centre du buffet du grand orgue, les faisceaux de tuyaux de 16 pieds, la tourelle du centre dépassant d'un tiers les deux autres. De grandes urnes d'où s'échappent de gros feuillages couronnent le sommet de ces tourelles. Dans l'intervalle, au-dessus des huit pieds de montre, un amoncellement de feuillages stylisés monte jusqu'au pied de l'urne de la tourelle centrale.

Le buffet du positif présente la même disposition, sauf que les tourelles du côté sont au contraire plus hautes que celles du centre. L'ensemble est d'une bonne venue, un peu austère peut-être.

Les travaux de J.B.Nicolas Lefebvre ne furent terminés qu'à la fin de 1774. Le 13 décembre, le grand facteur parisien Francois Henri Cliquot, l’organiste de Saint-Germain-en-Laye, Lafont, et Dardel, le maître menuisier de Magny-en-Vexin, ne signalaient dans leur procès-verbal de visite, que quelques vétilles auxquelles il était facile de remédier. La Fabrique donna décharge de son orgue à Lefebvre et remit une gratification de 150 livres au commis de Lefebvre, le facteur Dubois, pour le jeu de hautbois qu'il avait ajouté et pour la réfection des cinq anciens soufflets25.

Après quelques réparations sans importance effectuées par Lefebvre en 1778, il n'est plus question de travaux aux orgues de Gisors avant l'an X de la République. Pendant la Révolution, I'instrument ne s'était jamais longtemps tu, il participa plusieurs fois aux fêtes qui furent célébrées dans l’église, devenue Temple de l'Etre suprême, et notamment aux fêtes de la fondation de la République. L'organiste Girod, I'an X et l’an Xl, effectua diverses réparations aux tuyaux de certains jeux. Vingt ans devaient pourtant s'écouler encore avant qu'on ne songeât à la restauration complète que le manque d'entretien rendait chaque année plus indispensable ; le 25 avril 1833, le conseil de fabrique faisait remarquer au conseil municipal que l'orgue “dont la beauté faisait l'admiration de tous les connaisseurs” se trouve dans un tel état de dégradation que s’il n'est prochainement réparé, I'on se trouverait dans la douloureuse nécessité de cesser d'en faire usage. Le conseil municipal resta sourd à cet appel et pour parer au plus urgent, on fit faire par le facteur Gorin les réparations les plus indispensables. Au cours de l’année 1840, on dut renoncer à se servir de l'instrument et pendant plus d'un an, I'orgue se tut. Le 2 janvier 1842, la fabrique demanda à la Maison Daublaine et Callinet l'établissement d'un devis de restauration. Le juge Hamel, de Beauvais, cet amateur si expert dans I'art de la facture, écrivait le 8 février à un des fabriciens : “Vous possédez un instrument fort beau mais qui est dans un état de délabrement tel que la restauration en est devenue indispensable et malheureusement on a attendu si longtemps que c'est plutôt une reconstruction qu'une réparation qu'il s'agit de faire maintenant”.

Trois devis successivement établis par Danjou, I'organiste de Saint-Eustache de Paris, et le facteur Girard, au nom de la Maison Daublaine, et se montant respectivement à 17.000 francs, 20.000 francs et 23.000 francs, prévoyaient la remise à neuf des 2.900 tuyaux de I'orgue. Le deuxième devis fut accepté par la fabrique le 19 mars 1842, Ce devis comprenait la réfection du sommier du grand orgue disposé pour contenir 20 jeux, la confection d'un sommier de récit pour 9 jeux, d'un sommier de pédales pour 7 jeux et d'un sommier de positif pour 16 jeux, la révision de tout le mécanisme, la fourniture d'une boîte expressive pour contenir le récit, l'établissement d'un nouveau système de soufflerie, la réparation de tous les tuyaux, l'adjonction d'une flûte de 16 pieds au pédalier, le remplacement de la troisième trompette du grand orgue par une de 8 pieds et d’une de 4 pieds, I'adjonction au récit d'une flûte harmonique, d'une trompette de forte taille et d'une voix humaine, adjonction au positif d'un salicional de 8 pieds et d'un de 4 pieds. Grâce à de fructueuses quêtes à domicile et à un prêt consenti par la municipalité, ce programme fut entièrement réalisé. Le 25 juin 1844, I'orgue était reçu solennellement par les experts désignés, Hamel, l’expert de Beauvais, Pierre Honoré Danainville, le facteur parisien, et Gautier, I'organiste de St-Etienne du Mont ; un beau programme musical fut exécuté par Danjou, alors organiste de Notre-Dame de Paris, les deux organistes de Saint-Roch, Lefebure-Vély et Dierth, Boulanger et Duwarlet, les organistes des Cathédrales de Beauvais et d'Evreux, par Gautier, enfin, I'organiste de Saint-Etienne du Mont. La restauration de Daublaine permit à l'orgue de Gisors de fonctionner d'une manière satisfaisante pendant près de cinquante ans.

Vers 1870, les sommiers avaient dû cependant être refaits par Mercklin et Schütze. En 1892, une nouvelle restauration s'imposait. Des devis furent dressés par Krischer, de Rouen, Abbey, de Versailles, Godefroy, de Paris26, mais sur le conseil d'un musicien de talent, mal avisé en l'occurrence, l'Abbé Cresté, ce fut au facteur Anneessens, d'Halluin, qui ne pouvait se recommander que du prix modique de ses travaux, que la Fabrique recourut. Par le marché conclu le 13 septembre 1894, Anneessens s'engagea à réparer et réharmoniser tous les jeux, à remplacer la soufflerie par un réservoir système Cummins, à 2 pompes, à faire un nouveau sommier de récit d’après son fameux système tubulaire pneumatique, à ajouter enfin au récif 4 nouveaux jeux, flûte harmonique de 8 pieds, viole de gambe de 8 pieds, voix céleste de 8 pieds et trompette harmonique de 8 pieds, à faire une boîte expressive avec pédale à bascule pour le récit, à réparer tous les sommiers, à mettre une soubasse de 16 pieds à la pédale, à faire enfin des entailles harmoniques aux principaux jeux de fond.

Le 24 mars 1895, l’orgue était inauguré par Alfred Josset, organiste de l'Ecole Sainte-Geneviève, les organistes Marie Voizard, Coling, Cabel et le titulaire de l'orgue de Gisors, I'éminent M. Jules Rousseau. Le travail d'Anneessens présentait déjà bien des défauts qui, sur les remontrances de Josset, furent en partie corrigées par le facteur en 1896.

Les modifications subies par le récit avaient été mal conçues et beaucoup de tuyaux furent rapidement hors de service.

La nouvelle restauration des orgues de Gisors que M. Ie Chanoine d'Hostel a confiée à l'habileté depuis longtemps éprouvée de l'un des meilleurs facteurs de notre époque, M. Gutschenritter a eu tout d'abord pour objet de parer à ces défectuosités de l'ouvrage d'Anneessens. M. Gutschenritter, outre une révision complète de tous les jeux, et l'application généralisée d'entailles harmoniques, a réalisé les perfectionnements suivants : application d'une machine pneumatique pour adoucir les claviers, adjonction de pédales d'accouplement pour réunir les claviers à main au pédalier et les accoupler entre eux, remplacement des tuyaux d'anches du grand orgue, complément des jeux de pédale portés à 30 tuyaux, d'où agrandissement des sommiers, application d'appel des jeux de combinaison, électrification de la soufflerie avec ventilateur appliqué, établissement de nouveaux claviers à mains de 54 à 56 notes et disposés d'une façon plus commode pour l'organiste, installation de réservoirs à double pli, modifications dans les jeux, transformation du prestant du récit en flûte octaviante, de la cymbale du positif en un piccolo, du salicional en une unda maris, de la gambe de 4 pieds du grand orgue en une dulciane, de la grosse flûte en flûte harmonique, déplacement des jeux de soubasse et du bourdon de 16 pieds qui encombraient le corps de l'instrument, adjonction d'une flûte de 32 pieds à la pédale ; d'un octavin et d'un basson-hautbois, un récit, transfert au positif du cromorne du récit, groupement par claviers des boutons de tirage des jeux, pose des tuyaux de façade sur de petits sommiers pneumatiques.

Les orgues de Gisors, avec leurs 3288 tuyaux parlants et leurs 70 tuyaux de façade, forment aujourd'hui un splendide instrument de 55 jeux qui se répartissent ainsi :

1er clavier, Grand orgue, 19 jeux, 56 notes

Montre 16

Tierce 1 1/3

Bourdon 16

Nasard 2 2/3

Montre 8

cornet V

gambe 8

Cymbale II

Bourdon 8

Fourniture III

Flûte harmonique 8

Bombarde 16

Flûte octaviante 4

1ère Trompette 8

Prestant 4

2ème Trompette 8

Dulciane 4

Clairon 4

Doublette 2



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