À l’heure de la santé connectée





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L’hypertension artérielle

à l’heure de la santé connectée
Dossier de presse


Conférence de presse

Hôpital européen Georges Pompidou

le 16 décembre 2014


1. Introduction

Prévention du risque cardiovasculaire : d’une approche populationnelle à une approche personnalisée
Pierre Corvol, Professeur émérite au Collège de France


Il y a presque un demi-siècle, aux Entretiens de Bichat, un jeune médecin alors simple interne, présentait pour la première fois les résultats d’une étude où les malades avaient mesuré eux mêmes leur pression artérielle (1). Si tôt cette communication faite (en 1971 pour être précis), les médecins généralistes alors présents happèrent le micro pour faire part de leurs réactions d’opposition à cette idée alors franchement nouvelle : l’automesure de la pression artérielle, par les malades eux-mêmes. Selon les médecins qui venaient d’entendre de tels propos sortant des chantiers battus, l’automesure avait, l’énorme inconvénient d’obliger les patients à connaitre leurs propres chiffres de pression. Un vrai risque de « désastre psychologique » disaient-ils (2). Quarante années plus tard, leurs craintes ne se sont pas confirmées ; bien au contraire. D’abord l’automesure de la pression artérielle au domicile a fait la preuve de son utilité au travers de nombreuses études scientifiques si bien qu’elle est désormais officiellement recommandée et appréciée par les patients comme leurs médecins (3). Ensuite, la Loi droits des malades de 2002 affirme sans ambiguïté que les usagers sont propriétaires de leurs propres données de santé, il n’est plus question de cacher au patient ses véritables chiffres de pression artérielle.
Aujourd’hui une nouvelle étape est franchie : les autotensiomètres deviennent communiquants : connectés aux smartphones des utilisateurs, ils entrent dans le nouveaucadre de la santé connectée, également dite santé mobile (mobile health). Les chiffres de tension peuvent être mémorisés, partagés via Internet. Mieux, ils peuvent également faire l’objet d’un traitement automatisé. C’est une nouvelle dimension dont on n’apprécie pas encore complètement la portée à venir. D’aucun parle d’innovation destructive (disruptive innovation).
Les tensiomètres connectés sont disponibles pour le grand public depuis 2009. Aujourd’hui une équipe médicale spécialisée dans l’hypertension artérielle, celle de l’unité d’hypertension artérielle de l’Hôpital européen Georges Pompidou s’approprie cette innovation. C’est une première et un nouveau champ de recherche s’ouvre.
Mais que l’on ne s’y trompe pas, le smartphone ne fait pas tout. La possibilité de concevoir un traitement automatisé des résultats de mesures que vont évoquer les orateurs suivants découle des connaissances antérieures : cellesde l’épidémiologie prédictive et des preuves de la pertinence de du traitement de l’hypertension artérielle (4).
Comme va le détailler le Professeur Pierre François Plouin, le geste d’automesure de pression artérielle se situe à plusieurs étapes du parcours des patients ; du dépistage à la prise en charge d’une hypertension, qu’elle s’inscrive dans un contexte clinique courant, ou bien qu’elle relève d’une étiologie rare. L’hypertension artérielle est une maladie à la fois très courante et souvent facile à soigner, mais elle peut aussi relever de causes peu fréquentes ou occasionner des situations graves. Comment sélectionner au mieux les millions de patients ? Sur les douze millions de français atteints d’hypertension artérielle on peut estimer qu’un dixième requière un avis très spécialisé. Pour passer du grand nombre au cas précis, les nouvelles technologies de l’information et de la communication ont probablement une place importante à jouer. C’est la proposition que fait aujourd’hui l’équipe du centre d’Hypertension artérielle de l’Hôpital européen Georges Pompidou que j’ai dirigé avec le Professeur Joël Ménard lorsque nous étions localisés à l’Hôpital Broussais (Paris).
Notes et références


  1. Cet interne, le docteur Joël Ménard, est devenu par la suite un expert internationalement reconnu de l’Hypertension artérielle, puis Directeur Général de la santé.

  2. Ces termes sont ceux rapportés par le Professeur Ménard en préface du livre Automesure tensionnelle, Guide pratique. G. Bobrie, Th Denolle, N.Postel-Vinay. Éditions Imothep/Maloine, décembre 2000, 270 pages.

  3. La première recommandation internationale sur l’automesure a été publiée en l’an 2000. Elle a été précédée de nombreux articles scientifiques publiés dans les années quatre-vingt-dix.

  4. L’épidémiologie prédictive associée aux connaissances issues des essais thérapeutiques a permis de construire le rationnel de la prévention du risque cardiovasculaire, allant d’une approche populationnelle à une approche personnalisée. Voir à ce sujet les conférences du Collège de France. La prévention du risque en médecine. D’une approche populationnelle à une approche personnalisée (www.college-de-france.fr).



2. L’hypertension artérielle concerne un tiers de la population adulte : optimisation du parcours des patients entre médecine générale et services hospitaliers spécialisés


Pierre François Plouin, Chef de l'unité d'HTA, Hôpital européen Georges Pompidou –Paris, AP-HP
Facteur majeur du risque cardiovasculaire, l’hypertension artérielle est présente chez un tiers de la population adulte, soit près de 12 millions de personnes en France. Cette prévalence très importante (un adulte sur trois) justifie que son dépistage porte sur l’ensemble de la population (même chez l’enfant la mesure de la pression artérielle est recommandée). Autant dire que la mesure de la pression artérielle est une démarche de prévention essentielle dans la vie courante de chaque personne. Vu les effectifs concernés, la mesure de la pression artérielle chez tous les individus ne saurait ressortir d’un acte hospitalier. Au contraire, elle doit être la plus large possible, sous réserve d’être bien faite. Cette mesure peut être effectuée par les personnes elles-mêmes (l’automesure) ou par les professionnels de santé: aides-soignants (es), infirmiers (ères), sages-femmes, pharmacien(ne)s, médecins généralistes, médecins du travail, médecins spécialistes; etc.
Devant un résultat anormal, le médecin généraliste est le premier concerné. Il pose le diagnostic d’hypertension artérielle permanente, interroge, examine le patient et prescrit un premier bilan. L’hypertension artérielle est d’ailleurs le premier motif de consultation en médecine générale, en France comme dans les autres pays occidentaux.
L’unité d’hypertension artérielle de l’Hôpital européen Georges Pompidou (AP-HP)reçoit les patients adressés par leur médecin (généraliste ou spécialiste) pour la prise en charge de situations particulières comme l'hypertension résistante au traitement ou pour la recherche de causes particulières d’hypertension qui requière un plateau technique spécialisé (notamment pour l’investigation des anomalies des artères rénales ou des glandes surrénales qui peuvent être le siège de maladies rares survenant chez des sujets jeunes). Cette activité clinique est étroitement liée à des activités de recherche et d’enseignement qui participent à l’amélioration de la qualité de soins.


Activités

Nombre par an

Consultations

4 300

Hospitalisation de jour

700

Hospitalisation de semaine

690

Mesures ambulatoires de la pression artérielle

et automesures télétransmises depuis le domicile

3 000


Tab 1. Activité de l’unité d’hypertension artérielle – HEGP- 2014
Afin d’optimiser le lien entre les patients, leurs médecins et le centre, les équipes soignantes de l’unité d’hypertension artérielle font appel à l’Internet grâce àdeux sites, centre-hypertension.com et automesure.com. Ces sites sont ouverts à tous et fournissent auxpatients des outils permettant de mieux surveiller et soigner leur hypertension.

Le site centre-hypertension.com : Informer, prendre rendez-vous et préparer sa consultation
Au-delà dela classique fonction d’informations sur les examens utiles au bilan médical de l’hypertension artérielle, ce site offre deux fonctionnalités interactives :

- La demande de rendez-vous qui peut être faite directement par le patient ou via le médecin traitant.
- La préparation à la consultation qui est une fonction particulièrement originale du site. La première consultation spécialisée pour l’hypertension artérielle commence par un interrogatoire très complet, la prise en compte d’une mesure ambulatoire de la tension au domicile et des résultats d’un bilan biologique standard. Il est possible via le site centre-hypertension.com de répondre aux questions depuis son domicile, en disposant donc du temps nécessaire ou de l’aide de son entourage. Cette démarche passe par l’utilisation du questionnaire Hy-Quest qui a fait l’objet d’une évaluation scientifique publiée dans une revue internationale (1). Hy-Quest est accessible en accès libre, donc à disposition de tous les patients et médecins qui souhaitent adapter cette démarche même s’ils ne sont pas correspondants de notre unité d’hypertension artérielle.
Le site automesure.com : Education thérapeutique
Ce site est dédié à l’éducation thérapeutique des patients et à la formation des professionnels de santé concernant l’automesure, et notamment la mesure tensionnelle au domicile

Le recours aux appareils d’automesure de pression artérielle nécessite une éducation des patients car le geste de mesure doit suivre un protocole rigoureux, doit être correctement exécuté et les résultats relevés au domicile doivent être présentés au médecin. Dès 1999, nous avons fait appel aux capacités de l’internet médical pour compléter l’éducation des patients vus dans notre unité. Sont ainsi disponibles des informations pour les patients et les professionnels, des vidéos, un applicatif de présentation des résultats d’automesure et des quizz pour tester ses connaissances. Ouvert à tous, automesure.com reçoit une moyenne de 75 000 visiteurs uniques par mois. La fonction de présentation des résultats d’automesure destinés à être remis aux médecins a été utilisée 49 000 fois (en utilisation cumulée).
Notes et références
1. Améliorer l’organisation des consultations d’hypertension constitue un enjeu important.

Hy-Quest est un questionnaire-patient de préparation à la consultation d’hypertension. Conçu par l’unité d’hypertension artérielle de l’Hôpital Pompidou il a été testé dans 4 centres d’excellence de l’hypertension (Grenoble, Paris, Poitiers, Toulouse). Hy-Quest est rempli par le patient à son domicile puis apporté à la consultation pour être pris en compte par le médecin. Son contenu (133 questions fermées avec questions ouvertes additionnelles) est basé sur les éléments devant figurer dans le dossier médical des sujets hypertendus reçus en centre spécialisé. Le principe est de remplir le questionnaire à domicile pour que le patient ait le temps nécessaire et suffisant de répondre aux questions, qu’il puisse recopier ses ordonnances précédentes et éventuellement se faire aider par un proche. L’utilisation de Hy-Quest contribue à structurer l’interrogatoire du patient afin de limiter les omissions dans les antécédents personnels et familiaux, le mode de vie, les intolérances au traitement,les examens complémentaires et les traitements en cours. Il ne s’agit pas d’un outil diagnostique, mais organisationnel. Il permet de dégager du temps pour un dialogue mieux personnalisé avec le patient sur son histoire, son projet de prise en charge ou son niveau d’information.
HY-Quest, standardized patient questionnaire to be completed at home before a first visit for hypertension: a validation study in specialized centres in France. Journal of Hypertension 2014. (Cet article est téléchargeable depuis www.centre-hypertension.com)
3. Automesure de la pression artérielle au domicile : preuves scientifiques de son intérêt

Guillaume Bobrie ; Hôpital européen Georges Pompidou - Paris.
L’automesure de la pression artérielle est un geste quatre fois utile (1).


  1. Elle élimine l’effet blouse blanche : lorsque le médecin mesure la pression artérielle il est fréquent que la pression soit augmentée par l’anxiété ou une réaction d’alarme ; on parle d’effet blouse blanche. Dans ce cas, la tension mesurée apparait plus forte qu’elle ne l’est réellement au long terme. Cette surestimation peut faire porter par erreur le diagnostic d’hypertension artérielle ou laisser penser à tort que la tension est insuffisamment contrôlée par le traitement. Très fréquent, l’effet blouse blanche est évité grâce à l’automesure tensionnelle au domicile. Il concerne entre 30 ou 50 % des personnes. L’effet blouse blanche n’est pas particulièrement dommageable pour la santé aussi l’automesure peut limiter des traitements inutiles ou excessivement dosés.

  2. Elle permet de détecter l’hypertension masquée : l’hypertension masquée est une situation contraire à la précédente. Pour des raisons non encore toutes identifiées, la pression artérielle peut s’avérer plus élevée au domicile qu’au cabinet médical. Contrairement à l’effet blouse blanche, cette situation est défavorable pour la santé. Il est donc important de l’identifier grâce à l’automesure afin que le médecin renforce les mesures de prévention.

  3. Elle offre une meilleure exactitude : la pression artérielle varie naturellement d’un instant à l’autre, souvent d’une minute à l’autre. Suivant les émotions, l’activité, le repos les chiffres changent. Il n’est pas souhaitable de prendre des décisions médicales en ne considérant que trop peu de chiffres. Le respect du protocole recommandé par la Société Européenne d’Hypertension artérielle est nécessaire à l’obtention d’un résultat fiable.

  4. Elle permet une meilleure prédiction du risque cardiovasculaire : l’Hypertension artérielle est dommageable pour les artères du cerveau, du coeur et des reins. Elle est la première cause des accidents vasculaire cérébraux, d’infarctus du myocarde et d’insuffisance rénale ; autant d’événements graves. Pour estimer si une personne est plus ou moins à risque de faire de tels accidents dans les années à venir, il est scientifiquement démontré que l’automesure au domicile permet une meilleure prédiction que ne le fait la mesure de la pression artérielle au cabinet médical.


Pour ces raisons, l’automesure est utilisée dans les essais thérapeutiques des médicaments. Grâce à l’automesure télétransmise notre équipe a pu préciser les effets indésirables hypertenseurs des médicaments antiangiogéniques utilisés dans le traitement de certains cancers (2). Nous avons été par ailleurs les premiers à proposer aux patients d’adapter eux-mêmes leurs médicaments anti-hypertenseurs, sous surveillance à distance d’une automesure télétransmise (3).

Notes et références
1. Toutes ces notions sont détaillées sur le site automesure.com avec le détail des références bibliographiques. Notons que la première étude de grande ampleur sur la valeur prédictive de l’automesure avait été coordonnée par notre centre. Elle a été publiée en 2004 dans Journal of Médical Assocation (JAMA).
Guillaume Bobrie, Gilles Chatellier, Nathalie Genes, Pierre Clerson, Laurent Vaur, Bernard Vaisse, Joel Menard, Jean-Michel Mallion. Cardiovascular Prognosis of “Masked Hypertension” Detected by Blood Pressure Self-measurement in Elderly Treated Hypertensive Patients

JAMA. 2004;291:1342-1349
2. Azizi M Chedid A Oudard S Home blood-pressure monitoring in patients receiving sunitinib. New Engl J Med. 2008 Jan 3;358(1):95-7. doi: 10.1056/NEJMc072330
3. Bobrie G, Postel-Vinay N ; Delmonca J, Corvol P, Self-measurement and self-titration in hypertension: a pilot telemedicine study. Am J Hypertens. 2007 Dec;20(12):1314-20
4.E-santé : Comment passer du quantified self à une automesure médicalisée ?

Nicolas Postel-Vinay fondateur des sites automesure.com et hy-result.comet Hôpital européen Georges Pompidou – Paris.
La e-santé (e-Health, terme proposé en 1999) est aujourd’hui à la mode. Elle recouvre des aspects très disparates et il faut faire la part entre ce qui ressort d’étonnantes perspectives futuristes (les Google Glass® pour opérer à distance, le dosage en continu de la glycémie du liquide conjonctival, le patch électronique greffé sous la peau, les casques sensoriels captant les ondes cérébrales) des innovations déjà sur le marché. En analysant les portées sanitaires de la santé connectée désormais ouverte au grand public du fait de la commercialisation de divers capteurs mesurant plus ou moins fidèlement un grand nombre de paramètres corporels (fréquence cardiaque, paramètres de sommeil, traceurs d’activités, pression artérielle, force du souffle, taux de saturation en oxygène, glycémie capillaire, photographies de la peau, etc.), il est impératif de distinguer leur contexte d’utilisation : domaines du sport ou de la fitness, prévention de santé ou soins médicaux (1). On ne saurait les confondre. Entre le besoin de repérer les gadgets ou les allégations santé non fondées et reconnaitre les outils utiles, le défi d’évaluation est immense en raison de l’explosion des applications médicales utilisables sur Smartphone (Med App) dont le nombre croit de façon exponentielle (2).
Dans cette expertise, encore faut-il distinguer les caractéristiques des capteurs de celles des algorithmes qui leur sont associés. L’un ne va pas sans l’autre. Le médecin non seulement exigera un appareil fiable (capacité du capteur à relever et transmettre des mesures exactes), mais il attendraaussi un traitement des informations respectant les règles scientifiques en usage. Les deux conditions ne sont pas toujours réunies, et notamment pour les autotensiomètres actuellement sur le marché.
Concernant l’accompagnement des personnes s’interrogeant sur leur niveau de pression artérielle (quelles soient hypertendues ou pas) les nouvelles technologies apportent d’ores et déjà des outils capables de modifier la classique relation médecin/patient lors de la consultation. C’est par exemple le cas avec la possibilité de préparer sa consultation depuis son domicile au moyen de l’autoquestionnaire Hy-Quest décrit plus haut (voir l’intervention du Professeur Pierre François Plouin). Avec cet outil, une aide informatisée peut précéder le contact médical. Après l’avènement de l’internet médical (dès 1995/1997) utile pour la recherche d’informations (indistinctement grand public et/ou professionnelles) vient maintenant la possibilité d’acquérir - librement et en dehors du milieu médical soulignons le - des autotensiomètres connectés (les premières mises en vente remontent à 2011). Avec eux, la mesure échappe encore un peu plus au médecin (voir l’introduction du Professeur Pierre Corvol ci-dessus). Cette mutation vers une nouvelle médecine gagne en ampleur si l’on enrichit la mesure d’un raisonnement informatisé, qui est l’objet de l’algorithme Hy-Result® que nous présentons aujourd’hui.
Devant cette e-santé initiée par les fabricants et consommateurs, et souvent présentée comme une innovation de rupture, les médecins spécialistes de l’hypertension artérielle que nous sommes ne sauraient rester indifférents et passifs, devant ces nouvelles possibilités. Elles ouvrent la possibilité d’une santé dite mobile (mobile health) qui remet en cause le périmètre habituel du cabinet de consultation et que nous avons nommé « ubimédecine ». Avec les autotensiomètres, le quantified self (défini ici comme une initiative émanant de consommateurs agissant d’eux même sans avis médical et parfois sans motivation de soins dans le but de mieux se connaitre) pourrait rejoindre une pratique d’automesure médicalisée cautionnée par les médecins. C’est là un premier pas vers une nouvelle ubimédecine que les médecins doivent expertiser objectivement afin d’en peser les avantages mais aussi les possibles inconvénients ou dérives (3).
Les outils d’automesure tensionnelle avec ou sans connexion sont nombreux sur le marché. Lorsqu’ils fournissent une interprétation, elle est malheureusement trop souvent erronée pour plusieurs raisons : une utilisation incorrecte des seuils de définition de normalité de la mesure au cabinet médical au lieu de ceux recommandés pour l’automesure ; la prise en compte d’un nombre insuffisant de mesures ; enfin la non prise en compte des particularités de l’utilisateur (voir l‘exposé du Dr. Guillaume Bobrie). A l’heure de la santé connectée et de l’automesure médicalisée, il nous a paru utile de développer un algorithme tenant compte de ces questions, permettant une classification pertinente et valide des utilisateurs suivant leur niveau de pression artérielle et de certaines caractéristiques personnelles. C’est pourquoi nous avons conçu l’algorithme Hy-Result® puis avons contacté les ingénieurs de la société française Withings® afin qu’ils intègrent notre fonctionnalité dans leur autotensiomètre connecté (4). La validité des données télétransmises laisse entrevoir pour la version connectée, un progrès dans le traitement des données collectées à l’initiative des consommateurs.

Notes et références


  1. Pour plus de détails sur les perspectives sanitaires de la e-santé, voir la rubrique « santé connectée » du site automesure.com. (http://www.automesure.com/Pages/sante-connectee.html)

  2. On estime qu’il existe aujourd’hui près de 100 000 applications médicales ou orientées vers la santé/bien être. La très grande majorité sont disponibles (gratuitement ou non) sans aucune validation scientifique ou réglementaire. En France la Cnil et le Cnom (Conseil national de l’Ordre des médecins) ont ouvert une réflexion utile sur ces points, et aux Etats-Unis la FDA (Food and Drugs Administration).

  3. Voir à ce sujet : Nicolas Postel-Vinay. Autosoins et raisonnement informatisé : vers un nouvel usage des normes (Séminaire du Collège de France 2012). Texte et conférence accessibles depuis le site automesure.com et le site du Collège de France.

  4. Le tensiomètre Withings® un est produit médical de classe IIA. Le tensiomètre Withings® a reçu la certification FDA, est conforme aux normes Européenne (CE) en vigueur et été validé suivant le protocole ESH (European Society of Hypertension).



5. Hy-Result : un nouvel outil pour aider les patients à interpréter eux-mêmes leurs résultats d'automesure tensionnelle

Aurélien Lorthioir ; Hôpital européen Georges Pompidou - Paris.
Crée par Nicolas Postel-Vinay et Guillaume Bobrie en lien avec un comité scientifique international, le logiciel (software) Hy-Result® génère automatiquement une interprétation des résultats d’automesure de tension artérielle (1). La réponse est exprimée sous la forme d’un schéma avec code couleur accompagné de messages textuels. C’est un outil informatisé d’aide à l’interprétation des résultats d’automesure de la pression artérielle. L’algorithme Hy-Result® utilise des règles rédigées par des experts de l’hypertension artérielle (2). Le logiciel calcule les

moyennes des résultats de pressions systolique (PAS) et diastolique (PAD) et prend en compte des variables de l’utilisateur (âge, sexe, traitement antihypertenseur ou non, comorbidités telles que diabète, maladie rénale…). Ces données sont alors intégrées en fonction des recommandations de pratique clinique (guidelines) qui donnent la définition de l’hypertension, de normotension ainsi que les objectifs tensionnels à atteindre sous traitement. Le logiciel demande à renseigner le poids et la taille du sujet connecté pour calcul de l’IMC et des données du profil patient (consommation d’alcool et de tabac, prise éventuelle d’une contraception orale) afin de parfaire le message de prévention cardiovasculaire dans son ensemble. La rédaction des messages textuels automatisés est conforme aux textes et recommandations cités en références. La formulation est faite dans un langage courant adapté aux patients. Les auteurs ont soumis l’ensemble des messages à un conseil scientifique composé de spécialistes de l’hypertension artérielle de plusieurs nationalités (France, Belgique, Canada, Italien, Portugal, Suisse), de l’éducation du patient et de l’informatique médicale. Le choix de la rédaction finale a fait l’objet d’un consensus d’experts.
L’algorithme d’aide à l’interprétation des résultats d’automesure est disponible en deux versions :

- Une version Web accessible via le site internet automesure.com

- Une version connectée directement intégrée au tensiomètre communiquant fabriqué par la société Withings.
Pour en savoir plus voir le site www.hy-result.com

Notes :
1. Du point de vue ingénieurie, la mise au point du logiciel sur automesure.com a été faite par Mr Alan Ruelland (Société Thot – e santé). Le pilote de lapremière version connectée a été réalisé par la Société Bocasay. L’intégration directe dans le tensiomètre connectéest réalisée par la Société Withings.

2. Les médecins ayant aidé à la rédaction des messages de l’algorithme doivent être remerciés : Guillaume Bobrie (Paris), Alessandra Giavarni (Milan- Italie),Joël Ménard (Paris) , Luis Nogueira Silva (Porto-Portugal), Alexandre Persu (Louvain) , Pierre François Plouin (Paris), Nicolas Postel-Vinay (Pris) Sébastien Savard (Quebec-Canada), Bernard Waeber (Lausanne).
6. Validation scientifique de Hy-Result® : annonce des premiers résultats

Guillaume Bobrie ; Hôpital européen Georges Pompidou - Paris.
La validation du logiciel repose sur l’évaluation de la concordance entre les conclusions données par le logiciel Hy-Result® et celles du médecin concernant le statut tensionnel d’un sujet. Nous avons mené une étude portant sur près de 200 patients ayant consulté, dans le cadre des soins courants, et de façon consécutive, les médecins de l’unité d’hypertension artérielle de l’Hôpital Européen Georges Pompidou et ayant bénéficié d’une automesure tensionnelle télétransmise (1). Le jugement du médecin repose sur l’évaluation de différents facteurs de risque cardiovasculaire, le niveau tensionnel de la consultation et celui de l’automesure tensionnelle télétransmise. Le dossier médical informatique inclut de façon obligatoire la conclusion du médecin (2). Dans le cadre du « soin courant », le médecin n’avait pas connaissance de la conclusion du logiciel.
Que les patients soient traités ou non, la concordance de la classification par le logiciel versus celle du médecin s’avère excellente, puisque de 90 % (3).
L’analyse des discordances retrouvées a permis d’améliorer l’écriture de l’algorithme et de repérer quelques erreurs du médecin dans la saisie du dossier médical informatisé. Cette validation menée sous la direction des docteurs Guillaume Bobrie et Nicolas Postel-Vinay autorise ainsi la mise à disposition de l’algoritme Hy-Result® auprès des utilisateurs d’automesure tensionnelle au domicile, qu’il s’agisse de personnes non traitées en situation de dépistage, ou de sujets hypertendus en situation d’autosurveillance de l’efficacité de leurs traitements.

Au total, l’utilisation de l’algorithme, dans sa forme web, comme dans sa forme connectée, permet une classification pertinente et valide des utilisateurs suivant leur niveau de pression artérielle et de certaines caractéristiques personnelles. On peut en attendre un comportement plus adapté des utilisateurs de l’automesure (respect de la procédure recommandée), une meilleure compréhension de leur propre situation médicale et en conséquence un recours adapté au médecin traitant. Au moment de la consultation médicale l’usage de Hy-Result® peut être conseillé par les professionnels en des termes simples et facilement intelligibles pour le patient tels : « l’objectif est que vous soyez en zone verte » ; « prévenez moi si vous êtes en zone orange » ; « contactez moi sans tarder si vous êtes en zone rouge ».
En conclusion, l’application d’Hy-Result® est un gage de plus grande fiabilité de l’utilisation des autotensiomètres. Dans sa version intégrée à un tensiomètre connectée, l’algorithme ouvre la voie d’une médicalisation du quantified self grâce à un traitement validé des données collectées à l’initiative des consommateurs.
A notre connaissance, l’algoritme Hy-Result® est le premier dans ce domaine, aucun autre algorithme n’ayant été validé et publié à ce jour (décembre 2014). Tout comme le questionnaire standardisé Hy-Quest (4), l’initiative Hy-Result® présentée le 16 décembre 2014 est une avancée originale de notre groupe dans le soin courant des hypertendus



Notes et références :


  1. L’automesure télétransmise depuis le domicile des patients est utilisée en routine pour les patients vus dans l’unité d’Hypertension artérielle de l’Hôpital Européen Georges Pompidou. La solution utilisée est Pressolink de la société Soft Telemonitoring Services.

  2. Le dossier médical d’hypertension artérielle utilisé par l’unité d’Hypertension artérielle est la solution Artémis initiée par les équipes du Professeur Patrice Degoulet (Informatique médicale Hôpital européen Georges Pompidou).

  3. Les détails des résultats de la validation d’Hy-Result® feront l’objet d’un article scientifique en cours de rédaction pour soumission dans une revue médicale internationale. Afin de respecter les usages des publications scientifiques, ils ne peuvent pas être détaillés dans ce dossier de presse.

  4. La validation de l’autoquestionnaire Hy-Quest a été publiée cette année 2014 : Postel-Vinay N, Bobrie G, Steichen O, Sosner P, Baguet JP, Gosse P, Plouin PF. HY-Quest, standardized patient questionnaire to be completed at home before a first visit for hypertension: a validation study in specialized centres in France. J Hypertens. 2014 Mar;32(3):693-8. Cet article est accessible depuis le site centre-hypertension.org


7. Questions / Réponses avec la salle

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