Leçon 1 : L’enracinement de la culture républicaine dans les décennies 1880-1890





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date de publication16.10.2016
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Thème 4 : les Français et la République


Introduction : la république en France, entre continuité et ruptures

Depuis 1789, la France a multiplié les expériences politiques : expériences monarchiques (Monarchie Constitutionnelle 1789-92, Restauration 1815-1830, monarchie libérale 1830-1848), expériences républicaines et démocratiques (1ère république 1792-99, 2ème république 1848-52, Commune de Paris en 1870) et expériences autoritaires (1er Empire 1800-1815, 2nd Empire 1852-1870).

Avec la 3ème République, la France s’engage au contraire dans une plus grande continuité de régime puisque le cadre républicain n’est remis en cause qu’avec Vichy. Depuis, la Français s’identifient à ce régime républicain, il constitue le fond de leurs valeurs et il est revendiqué comme une véritable identité et d’ailleurs notre Etat ne s’appelle pas la France mais bien la République Française. Cette continuité et cette unanimité ne doit pourtant pas cacher des évolutions profondes et des soubresauts violents au cours même de notre histoire politique. Le spectre de la guerre civile a toujours hanté une nation fortement divisée et clivée, bien plus que dans la culture politique de nos voisins germaniques ou anglo-saxons qui privilégient le consensus.

Nous étudierons donc les rapports des français à ce régime républicain à la fois pour montrer comment la république a été le cadre de notre culture politique commune, la matrice permettant au pays d’avancer et de se moderniser. En même temps, nous montrerons comment ce cadre lui-même a été remanié et redéfini sans cesse, y compris de manière radicale et par à coup.

NB : le cours couple les deux chapitres proposés par le programme officiel et les fond dans une progression chronologique en trois temps.
Leçon 1 : L’enracinement de la culture républicaine dans les décennies 1880-1890
Introduction 

En 1870, le champ politique français est profondément divisé. La défaite face aux prussiens fait chuter l’empire, les monarchistes prétendent revenir au pouvoir mais sont trop divisés entre eux pour y parvenir. La révolution éclate à Paris avec la Commune mais elle est terriblement réprimée. Les républicains d’abord minoritaires parviennent à conquérir le suffrage des français en les rassurant, en leur promettant la stabilité et le progrès.

Problématique : comment les républicains ont-ils profité de leur victoire électorale pour ancrer la république dans le pays ?
1 : La fondation d’un nouveau régime

Etude sur Marianne, figure de rassemblement ou figure de combat ?

1879 : victoires électorales des républicains qui deviennent majoritaires à l’Assemblée. Le régime républicain est définitivement fondé et consolidé avec la mise en place d’un régime :

- parlementaire où le suffrage universel sert à désigner la représentation nationale. Les majorités parlementaires forment l’assise des gouvernements qui rendent compte de leur action devant les assemblées.

- libéral avec l’affirmation d’un Etat de droit qui garantit les libertés civiles de la DDHC et les libertés politiques (le droit d’expression, de réunion, la liberté d’association y compris syndicale).

- conservateur dans la mesure où le régime refuse de prendre en compte la question sociale. La relation entre le patron et l’ouvrier relève du droit privé et l’Etat refuse de la réguler. La France républicaine a une législation sociale très en retard sur l’Allemagne par exemple et les gouvernements choisissent le maintien de l’ordre par la répression lorsque les conflits sociaux s’enveniment.
2 : L’œuvre républicaine

Voir le travail sur Ferry.

2.1 : La République et la patrie : la nationalisation des masses

Les républicains inventent une nouvelle culture politique qui encadre la vie des français.

De manière symbolique, la célébration du 14 Juillet devient la commémoration centrale du régime. Une relecture de l’histoire de France et de sa géographie contribue à réconcilier les différentes traditions politiques, révolutionnaires et monarchistes en faisant le récit d’une vieille nation née avec les gaulois, consolidée avec les rois et parvenue à maturité avec la république.

Les élections législatives tous les cinq ans et municipales (les maires sont élus à partir de 1884) politisent les populations et le cadre national devient le cadre politique de référence.  En devenant obligatoire, l’école rassemble tous les français et le service militaire se généralise aussi progressivement avec la fin des exemptions et du tirage au sort. Il y a un phénomène de nationalisation des masses.

Les particularismes locaux s’effacent avec la promotion d’une culture écrite de langue française notamment dans la presse à grand tirage ; ils sont même combattus et le français s’impose parfois de manière brutale dans les écoles au détriment des langues régionales.

La 3ème République marque donc une étape importante dans la prise de conscience d’une identité française partagée par toute la nation avec une dimension patriotique (l’amour de la mère-patrie) mais aussi nationaliste (sentiment de supériorité de la nation française dans sa concurrence avec les voisins allemands ou britanniques par exemple) et parfois xénophobe (antisémitisme, préjugés contre les italiens).
2.2 : La république et le progrès : la question scolaire

Le dernier quart du 19ème siècle est une époque de transformations rapides sur le plan technologique, économique et social. Les républicains ne souhaitent pourtant limiter la portée de ces transformations, leur politique protectionniste favorise le maintien de la propriété paysanne (malthusianisme).

La modernisation du pays passe par le développement de l’instruction notamment par la consolidation du réseau des écoles primaires. On ne part pas de rien, deux tiers des français sont déjà alphabétisés mais le réseau est complété et réorganisé : jusqu’alors, ce réseau est essentiellement contrôlé par l’Eglise catholique avec les lycées jésuites en ville pour le secondaire et surtout les écoles paroissiales. La république ne veut plus que l’Eglise conserve ce monopole et les lois scolaires de Ferry (1881-82) sont d’abord des lois qui « nationalisent » l’éducation.

L’école véhicule une nouvelle morale, neutre sur le plan spirituel mais qui est une morale laïque de dévouement à la patrie et sur le fond assez conservatrice.

La question sociale est renvoyée aux promesses de l’ascension sociale individuelle au mérite. Certains fils d’ouvrier ou de paysan ont pu profiter des bourses et des écoles normales mais le système scolaire reste fondamentalement élitiste et marqué par la séparation entre une école primaire ouverte à tous mais limitée à quelques années d’apprentissage et une école secondaire réservée aux enfants de notables.
Un siècle et demi de laïcité

Les lois scolaires sont l’objet d’un premier conflit avec l’Eglise et celui-ci rebondira à de multiples reprises y compris dans l’actualité récente. En 1905, une loi de laïcité sépare complétement l’Eglise de l’Etat pour trancher les derniers liens entre l’Etat et une Eglise catholique hégémonique et qui entendait bien demander des comptes. Les républicains n’ont jamais cependant entrepris de croisade pour l’athéisme et ils ont cherché des accommodements respectueux des croyances des catholiques (comme le jeudi réservé au catéchisme).

L’arrivée d’immigrés issus d’Afrique pendant les 30 Glorieuses fait de l’islam la deuxième religion du pays avec une communauté estimée à 5 millions de personnes (7% de la population). La manifestation de l’islam dans l’espace public (le voile, le halal, les lieux de culte) a relancé le débat sur la laïcité en France : il s’agit pour les pouvoirs publics de réguler ces manifestations dans l’espace public mais sans que les interdictions ne se transforment en discrimination. La question est sensible dans la mesure où une partie de l’opinion publique française fait preuve de sentiments inquiets voire hostiles à l’égard de la religion musulmane et des populations issues de cette immigration.
2.3 : La recherche de la puissance : la république coloniale

La république est née sur la défaite de 1870 et sur l’amputation du territoire des départements mosellans et alsaciens, « l’Alsace-Lorraine ». Le patriotisme revanchard nourrit un sentiment antiallemand qui conditionne les français à l’éventualité d’une guerre.

Les républicains ne sont pas tous unanimes sur le programme de conquêtes coloniales, certains comme Clemenceau estime que ces conquêtes détournent la France du devoir de retrouver les terres françaises perdues. Pour d’autres comme Ferry, les conquêtes sont l’occasion de replacer la France dans les affaires internationales et de lui rendre de la puissance et du prestige. La politique coloniale résulte donc autant des menées sur place du lobby colonial (les marchands, les aventuriers, les affairistes… les prêtres missionnaires et les militaires eux-mêmes intéressés par la conquête) que du climat nationaliste.

La conquête est rapide puisqu’entre le Conférence de Berlin (1884-85) qui fixe organise la concurrence entre les puissances européennes et l’établissement du protectorat au Maroc (1912), il aura suffi de moins de 30 ans pour constituer un vaste empire territorial (voir carte manuel). Cette facilité ne doit pas cacher les résistances puis les révoltes des populations indigènes.

Sur le plan idéologique, la colonisation est aussi une manière pour la France républicaine d’exporter ses valeurs et d’affirmer leur universalité : Ferry affirme ainsi la supériorité de la civilisation française et son devoir vis-à-vis des populations africaines ou asiatiques.
3 : L’Affaire Dreyfus : crise et consolidation du régime

1894 : l’armée découvre l’existence d’un traitre en son sein qui vend des secrets militaires à l’Allemagne et accuse le capitaine Dreyfus, un français d’origine juive. La presse antisémite commence à se déchainer.

1898 : Zola accuse l’armée d’avoir cherché un bouc émissaire en la personne de Dreyfus et il accuse le gouvernement de couvrir une atteinte au droit de l’homme. Le camp dreyfusard se mobilise pour exiger la révision du procès et l’innocentement de celui qui est accusé à tort. En face, les catholiques, les conservateurs, les nationalistes s’engagent contre cette révision au nom de la raison d’Etat et de la défense de l’armée.

Le fait divers se transforme en une crise politique majeure qui divise à nouveau les français. D’une certaine manière ce sont les mêmes principes qui s’opposent : d’un côté les tenants d’un ordre politique centré sur l’ordre et l’autorité et de l’autre les tenants de la liberté et des valeurs égalitaires.

L’Affaire se développe cependant dans une société transformée par les évolutions sociales et technologiques : la presse à grand tirage prend position et l’Affaire devient un grand débat public qui mobilise les masses. Des écrivains, des scientifiques, des professeurs, des étudiants s’y engagent et manifestent leurs opinions et définissent ainsi une nouvelle forme d’engagement, celui des intellectuels. D’autre part, l’action politique déborde le cadre parlementaire et elle s’organise au sein de ligues qui préfigurent l’action des partis politiques. L’Affaire est donc une étape importante dans la formation d’un espace public moderne et démocratique.

Par contre, la crise politique reformule les positionnements politiques à droite et à gauche : le parti de l’ordre ne rassemble plus seulement les bonapartistes et les monarchistes mais rallie une large famille conservatrice et surtout son avant-garde est constituée par les rangs des ceux qui désormais se réclame du nationalisme. A gauche, un nouveau ciment unit désormais les démocrates et le mouvement ouvrier socialiste. La république n’est plus une ligne de clivage, le nationalisme est passé de gauche à droite.

La crise se résout par la grâce présidentielle (1899) ; c’est une victoire démocratique : les tentatives de coup d’Etat font long feu et les français portent au pouvoir une alliance politique plus à gauche mais il faudra encore 8 ans à la justice pour réhabiliter Dreyfus (1906).
Conclusion 

Les décennies 1880-90 ont permis l’enracinement d’une véritable culture républicaine mais qui n’empêche pas la France d’être encore clivée entre une droite qui se tient sur le terrain du nationalisme autoritaire et une gauche sur celui des revendications démocratiques et sociales. Le fort consensus de 1914, l’Union Sacrée soude les français jusque dans l’enfer des tranchées : la république a été une formidable machine à intégrer mais sur une base qui est d’abord patriotique, la mère patrie exigeant de ses enfants jusqu’au sacrifice suprême.


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