Discours franquistes et paroles d’artistes





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Maria Republica

Spectacle d’intervention

Angers Nantes Opéra / Nouveau Théâtre Populaire

Le Choc des mots               

Discours franquistes et paroles d’artistes
Comment expliquer la violence verbale, brute, poétique, de Maria Republica et, par-delà l’œuvre de Agustín Gómez Arcos, celle de nombreux artistes ayant grandi, vécu, pendant la période franquiste ? Sinon en réaction à l’extrême violence d’une guerre et d’un régime, à peine audible dans les discours que Francisco Franco prononçait d’une voix monocorde, mais qui enflammait les déclarations des nationalistes et se déchaînait chaque jour dans les actes. Ce choc entre discours officiels et paroles d’artistes, cet appel au verbe comme arme ultime, Angers Nantes Opéra voulait les montrer, notamment aux lycéens  inscrits dans le programme d’actions éducatives de la Région et du Rectorat. Avec le précieux concours documentaire d’étudiants du département d’histoire espagnole et la belle énergie de comédiens du Nouveau Théâtre Populaire, ce désir est devenu un spectacle d’intervention présenté dans les classes et, aujourd’hui, au tout public.

 
Clovis Fouin, Julien Romelard, comédiensrésultat de recherche d\'images pour

Léo Cohen-Paperman, metteur en scène

Clovis Fouin, Julien Romelard et Léo Cohen-Paperman sont membres du Nouveau Théâtre Populaire.

Grégory Pirmet, Quentin Charles, recherche, documentation et ressources textuelles.

Tous deux licenciés en littérature et civilisation étrangère, Grégory Pirmet et Quentin Charles sont aujourd’hui

en Master Recherche cultures, langues et littératures étrangères, sous la direction de Pilar Martínez-Vasseur,

à l’université de Nantes.

Spectacle d’intervention conçu pour les classes de lycéens ligériens inscrites au Programme d’actions Educatives du conseil régional Pays de la Loire et du Rectorat de l’académie de Nantes.

Présenté dans les lycées de la région du 21 au 25 mars et au tout public le 24 mars 2016 au foyer du public du théâtre Graslin, Nantes.

MOURIR à MADRID

Espagne 1931: 503.61 Km2, presque la France.

24.000.000 de personnes

En cette année 1931, la moitié de la population ( 12.000.000 ) est illettrée

Il y a 8.000.000 de pauvres et 2.000.000 de paysans sans terre

20.000 personnes possèdent la moitié de l’Espagne.

Des Provinces entières sont la propriété d’un seul homme.

Salaire moyen des travailleurs : de 1 à 2 pesetas par jour ; le kilo de pain vaut 1 peseta.

20.000 moines, 31.000 prêtres, 60.000 religieuses et 5.000 couvents ; 15.000 officiers, dont 800 généraux : 1 officier pour 6 hommes ; 1 général pour 100 soldats.

1 Roi : Alphonse XIII, quatorzième souverain depuis Isabelle la Catholique

1936 : Elections Générales.

Deux Fronts : le Front Populaire, le Front National.

Le Front Populaire l’emporte avec 4.000.000 de voix contre 3.500.000 à la droite ; il obtient la majorité absolue au Parlement espagnol : les Cortes.

Pour la première fois en Espagne, le Front Populaire est au pouvoir.

Les paysans s’emparent des terres inexploitées ; on libère les mineurs des Asturies, on augmente tous les salaires de 15%.

200 Eglises détruites ; 300 assassinats politiques, 130 grèves spontanées, 10 journaux pillés.

Les généraux protestent ; on les exile : FRANCO aux Canaries.

En fait, la Guerre Civile commence.

Elle commence par les massacres.

Riches, pauvres, patrons, officiers, gardes civils, prêtres, religieuses : personne n’est à l’abri.

7.937 religieux sont tués ; certains sont brûlés vifs.

Des deux côtés on l’attendait depuis longtemps ; des deux côtés on colle au mur, on exécute sans jugement.

200.000 morts en deux semaines

L’écrivain SAINT EXUPERY rapporte : « Ici, on fusille comme on déboise »

Extrait du texte du film Mourir à Madrid de Frédéric Rossif

(transcription par philippe Glesener)

ODE AUX ENFANTS DE MADRID TOMBÉS PAR LA MITRAILLETTE

L’on discerne de pauvres femmes courir dans les rues, comme des figures, des fantômes à travers la brume.
Les maisons anéanties,
les maisons détruites, éclaboussées de sang :

Les chambres où un cri reste vibrant,
où le néant éclata soudain,

poussière livide des murs vacillant,
révèlent leurs esprits passés par la mort.

Ce sont les tristes maisons où sont morts les enfants.
Regardez-les.
Les enfants dormaient, blancs dans la pénombre.
Enfants, ou corps mous offerts qui, les vents étant tombés, se reposaient.
Les femmes coururent.

Le sang jaillit des fenêtres.
[…]

De petits visages, des joues, des poitrines,
Un ventre innocent qui respire :
la mitraillette les pourchasse,
la mitraillette, l’impétueux serpent,

Une mort étoilée pour leur martyr.

Des flots d’enfants morts sont en quête d’une destination finale, d’un monde céleste.
Sous les rayons de la lune apparurent

Les abjects oiseaux de mort ;

Avions, moteurs, vautours lugubres dont le plumage engendre la destruction de la chair vivante.
[…]

Nous l’entendons tous.
Les enfants ont crié.
Leur voix résonnent.
Vous n’entendez pas? Elle résonne dans l’obscurité.
Elle résonne dans la lumière. Elle résonne dans les rues.
Toutes les maisons hurlent.
Vous passez, et de cette fenêtre brisée

s’échappe un cri de mort.
Continuez. De ce trou sans porte s’échappe du sang et un cri.
Les fenêtres, les portes, les tours, les toits hurlent, hurlent. Ce sont les enfants qui sont morts.
Un fleuve passe par la ville en hurlant : un fleuve retentissant de douleur qui jamais ne termine.
Ne le regardez pas, sentez-le.
Des petits cœurs, des poitrines défuntes, des figures détruites.
Ne les regardez pas, entendez-les.
A travers la ville, un fleuve de douleur hurle et implore.
Monte et monte et nous appelle.
La ville inondée se hisse sur les toits et brandit un poing terrible.
Un seul bras. Mutilation héroïque de la ville ou son coeur.
Un poing retentissant, rouge de sang libre, que la ville brandit

Vicente ALEIXANDRE, Revista Mundo Obrero, 1936.

ODA A LOS NIÑOS DE MADRID MUERTOS POR LA METRALLA

Se ven pobres mujeres que corren en las calles
como bultos o espanto entre la niebla.
Las casas contraídas,
las casas rotas, salpicadas de sangre:
las habitaciones donde un grito quedó temblando,
donde la nada estalló de repente,
polvo lívido de paredes flotantes,
asoman su fantasma pasado por la muerte.
Son las oscuras casas donde murieron niños.
Miradlas. Como gajos
se abrieron en la noche bajo la luz terrible.
Niños dormían, blancos en su oscuro.
Niños nacidos con rumor a vida.
Niños o blandos cuerpos ofrecidos
que, callados los vientos, descansaban.
Las mujeres corrieron.
Por las ventanas salpicó la sangre.
¿Quién vio, quién vio un bracito
salir roto en la noche
con la luz de sangre o estrella apuñalada?
¿Quién vio la sangre niña
en mil gotas gritando:
¡crimen, crimen!,
alzada hasta los cielos
como un puñito inmenso, clamoroso?
Rostros pequeños, las mejillas, los pechos,
El inocente vientre que respira:
la metralla los busca,
la metralla, la súbita serpiente,
muerte estrellada para su martirio.
Ríos de niños muertos van buscando
un destino final, un mundo alto.
Bajo la luz de la luna se vieron

las hediondas aves de la muerte;

aviones, motores, buitres oscuros cuyo plumaje encierra

la destrucción de la carne que late,

la horrible muerte a pedazos que palpitan

y esta voz de las víctimas

rota por las gargantas, que irrumpe en la ciudad como un gemido.

Todos la oímos.

Los niños han gritado.

Su voz está sonando.

¿No oís? Suena en lo oscuro.

Suena en la luz. Suena en las calles.

Todas las casas gritan.

Pasáis, y de esa ventana rota sale un grito de muerte.

Seguís. De ese hueco sin puerta

sale una sangre y grita.

Las ventanas, las puertas, las torres, los tejados

gritan, gritan. Son niños que murieron.

Por la ciudad, gritando,

un río pasa: un río clamoroso de dolor que no acaba.

No lo miréis; sentidlo.

Pequeños corazones, pechos difuntos, caritas destrozadas.

No los miréis; oídlos.

Por la ciudad un río de dolor, grita y convoca.

Sube y sube y nos llama.

La ciudad anegada se alza por los tejados y alza un brazo terrible.

Un solo brazo. Mutilación heroica de la ciudad o su pecho.

Un puño clamoroso, rojo de sangre libre,

que la ciudad esgrime, iracunda y disparar.

Vicente ALEIXANDRE, Revista Mundo Obrero, 1936.


GIBSON, Ian, Queipo de Llano, p164. Transcription des communications radiophoniques du général Queipo de Llano à Séville en juillet 1936.

23 de julio de 1936

LOS DESMANES MARXISTAS

Aquí seguimos imponiendo castigos a distintos pueblos, donde los criminales marxistas, ebrios de sangre, continúan sus crímenes contra pequeños puestos de la benemérita Guardia Civil; pero tengan presente los que estos crímenes cometan, que, aun que luego se escondan bajo la tierra, serán inmediatamente castigados. Y tanto da que sea uno, ¡como diez, como ciento… los que sean! El castigo de cuantos participan en ataques contra los puestos de la Guardia civil ha de ser el mismo, pues estamos decididos a aplicar la ley con firmeza inexorable. ¡Morón, Utrera, Puente Genil, Castro del Rio, id preparando sepulturas! […] Obreros de Sevilla: Conozco perfectamente vuestro estado de ánimo, y veo que tenéis deseos de trabajar, pero que algunos no osáis hacerlo por miedo a esos Comités de barrio que os amenazan con las pistolas. Yo os autorizo, bajo mi responsabilidad, a matar como a un perro a cualquiera que se atreva a ejercer coacción sobre vosotros; que si lo hiciereis así, quedareis exentos de toda responsabilidad.

DES ABUS MARXISTES

« Nous continuons à châtier certains villages, dont les criminels marxistes, ivres de sang, poursuivent leurs crimes contre de petits postes de l’honorable Guardia Civil ; et qu’ils n’oublient pas que même s’ils se cachent sous terre, ils seront immédiatement punis. Qu’il n’y en est qu’un, ou qu’ils soient dix ou 100, peu importe ! Le châtiment de tous ceux qui participent aux attaques contre les postes de la Guardia Civil doit être le même, et nous sommes déterminés à appliquer la loi avec une fermeté implacable. Morón, Utrera, Puente Genil, Castro el Rio, préparez vos tombes! […]

Ouvriers de Séville : je sais parfaitement vous pensez, et je vois que vous désirez travailler, mais que certains d’entre vous n’osent le faire par peur des Comités de quartier qui vous menacent de leurs pistolets. Je vous autorise, sous ma responsabilité, à tuer comme un chien à quiconque ose faire pression sur vous ; et si vous le faites, vous serez dégagés de toute responsabilité. »

EXPLIQUONS-NOUS

Vous demandez : Où sont les lilas ?
Et la métaphysique couverte de coquelicots ?
Et la pluie aux mots criblés
De lacunes et d'oiseaux ?

Voici :

Je vivais dans un quartier
De Madrid avec des cloches,
Avec des horloges, avec des arbres.
De là on voyait au loin
Le visage sec de la Castille
Comme un vaste océan de cuir !

Ma maison s'appelait
La maison des fleurs. De tous côtés
Jaillissaient des géraniums ; c'était une belle
Maison
Avec des chiens et des enfants

Raoul, tu te souviens ?
Te souviens-tu Raphaël ?
Frederico, te souviens-tu ?

Toi qui dors sous la terre,
Te souviens-tu de ma maison aux balcons
Où la lumière de juin étranglait des fleurs dans ta bouche.

Frère, frère !
Tout
N’était que voix ardentes, sel de marchandises
Agglomérations de pain palpitant ;
Les marchés de mon quartier d’Argüelles
Avec sa statue comme un pale encrier
L’huile roulait dans les cuillers
Un profond battement
De pieds et de mains emplissait les rues.
Mètres, litres, essence profonde de la vie.

Meules de poissons entassés
Contexture des toits avec le soleil froid dans lequel
se dressait la flèche lassée,
L’ivoire délirant et fin des pommes de terre,
Vagues houleuses des tomates roulant jusqu’à la mer.

Et un matin tout prenait feu
Un matin des brasiers
Sortirent de terre
Dévorant les hommes,
Et depuis lors le feu
La poudre depuis lors
Et depuis lors le sang.

Des bandits avec des avions, avec des Maures
Des bandits avec des bagues et des duchesses
Des bandits avec des moines noirs et des prières
Vinrent du haut du ciel pour tuer les enfants
Par les rues le sang des enfants
Courut simplement comme du sang d'enfant.

Chacals que les chacals repousseraient
Pierres que le chardon sec mordrait en crachant
Vipères que les vipères haïraient !
Devant vous j'ai vu le sang
De l'Espagne se soulever
Pour vous noyer sous une vague
D'orgueil et de couteaux.

Généraux
Traîtres :
Regardez ma maison morte
Regardez l’Espagne blessée.
Mais de chaque maison morte sort un métal ardent
en guise de fleurs,
Mais de chaque blessure de l’Espagne
Sort d’Espagne,
Mais de chaque enfant mort sous un fusil avec des yeux
Mais de chaque crime naissent des balles
Qui trouveront un jour la place
de votre cœur.

Vous demandez pourquoi ma poésie
Ne parle pas du songe, des feuilles,
Des grands volcans de mon pays natal ?

Venez voir le sang dans les rues,
Venez voir
Le sang dans les rues,
Venez voir le sang dans les rues !

Pablo NERUDA, L’Espagne au cœur, Hymne à la gloire du peuple en guerre

GIBSON, Ian, Queipo de Llano, p164. Transcription des communications radiophoniques du général Queipo de Llano à Séville en juillet 1936.

"Nuestros valientes legionarios y Regulares han enseñado a los cobardes de los rojos lo que significa ser hombre. Y, de paso, también a las mujeres. Después de todo, estas comunistas y anarquistas se lo merecen, ¿no han estado jugando al amor libre? Ahora por lo menos sabrán lo que son hombres de verdad y no milicianos maricas. No se van a librar por mucho que forcejeen y pataleen.”

« Nos courageux légionnaires et Regulares (ce sont les forces armées que les militaires espagnoles avaient recruté pendant la campagne au Maroc) ont montré à ces couards de rouges ce que signifie être un homme. Et, au passage, à leurs femmes aussi. Après tout, ces communistes et anarchistes l’ont mérité, ne se sont-elles pas risquées à l’amour libre ? Au moins maintenant, elles sauront que nous sommes des hommes véritables et pas des pédés de miliciens. Elles auront beau se débattre et trépigner, elles ne s’échapperont pas. »

ALMERIA

Un plat pour l'évêque, un plat trituré et amer,
un plat avec des débris de fer, avec des cendres, avec des larmes,
un plat submergé, avec des sanglots et des murs écroulés,
un plat pour l'évêque, un plat de sang
d'Almeria.
Un plat pour le banquier, un plat de joues
d'enfants du Sud heureux, un plat
de détonations, d'eaux en folie, de ruines, de terreur,
un plat d'essieux brisés, de têtes piétinées,
un plat noir, un plat de sang d'Almeria.

Chaque matin, chaque matin trouble de votre vie
vous l'aurez fumant et brûlant sur votre table:
vous l'écarterez un peu de vos mains délicates
afin de ne pas le voir, afin de n'avoir pas à le digérer tant de fois :
vous l'écarterez un peu entre le pain et les raisins,
ce plat de sang silencieux
qui sera là chaque matin,
chaque matin.

Un plat pour le colonel et l'épouse du colonel,
à une fête de la garnison, à chaque fête,
sur les serments et les crachats, avec la lumière du vin de l'aube
afin que vous l'aperceviez tremblant et froid sur le monde.
Oui, un plat pour vous tous, riches d'ici et de là-bas,
ambassadeurs, ministres, commensaux atroces,
dames au fauteuil et au thé confortables :
un plat déchiqueté, débordant, sale de sang pauvre,
pour chaque matin, pour chaque semaine, pour toujours
et à jamais
un plat de sang d'Almeria, devant vous, pour toujours.

Pablo NERUDA, L’Espagne au cœur, Hymne à la gloire du peuple en guerre.

GIBSON, Ian, Queipo de Llano, p164. Transcription des communications radiophoniques du général Queipo de Llano à Séville en juillet 1936.

"Ya conocerán mi sistema: Por cada uno de orden que caiga, yo mataré a diez extremistas por lo menos, y a los dirigentes que huyan, no crean que se librarán con ello: les sacaré de debajo de la tierra si hace falta, y si están muertos los volveré a matar".

« Ils doivent déjà connaître ma méthode : pour chaque ordre qui tombera, je tuerai au moins dix extrémistes, et que les dirigeants qui s’enfuient ne croient pas y échapper : je les extirperai de dessous-terre s’il le faut, et s’ils sont déjà morts, je les tuerai à nouveau. »

L’ESPAGNE PAUVRE PAR LA FAUTE DES RICHES

Maudits ceux qui un jour

n’ont pas regardé, maudits aveugles, maudits

ceux qui ne présentèrent pas à la patrie solennelle

le pain mais les larmes, maudits

les uniformes tachés et les soutanes

des amers, des fétides chiens de fosse et de sépulture.

La pauvreté recouvrait l’Espagne

comme des chevaux pleins de fumée,

comme des pierres tombées

de la source du malheur,

champs de céréales sans

labours, caves secrètes

de bleu et d’étain, ovaires, portes, arcs

fermés, profondeurs

qui voulaient enfanter, tout était gardé

par des gardes triangulaires avec fusil,

des curés couleur de rat triste,

et les laquais du roi au cul immense.

Dure Espagne, pays de pommeraies et de pins,

tes maîtres paresseux te contraignaient :

à ne pas semer, à ne pas enfanter les mines,

à ne pas monter les vaches, à te recueillir

sur les tombes, à visiter chaque année

le monument de Christophe le marin, à hennir

des discours avec des macaques venus d’Amérique,

semblables an « position sociale » et pourriture.

n’élevez pas d’écoles, ne faites pas crisser l’écorce

terrestre avec des charrues, n’emplissez pas les greniers

de l’abondance du blé : priez, imbéciles, priez,

car un dieu au cul immense comme le cul du roi

vous attend : « Là-bas vous mangerez la soupe, mes frères »

Pablo NERUDA, L’Espagne au cœur, Hymne à la gloire du peuple en guerre,

“La guerre, et avec elle la lumière du feu des fusils, nous a ouvert les yeux à tous : l’idée de tour ou de jeu politique a été remplacé pour toujours par l’idée de l’extermination ou de l’expulsion, seule issue valable face à un ennemi qui est en train de détruire l’Espagne comme jamais aucune nation étrangère ne l’a fait auparavant. »

Poème pro-franquiste (Au sabre du Caudillo) entrecroisé avec citation fin Vivre et mourir à Madrid et définition état totalitaire.

AU SABRE DU CAUDILLO

Bienvenue Capitaine !
Bienvenue dans ton Madrid,
avec les lauriers de la bataille
Et l’épi du pain.

Dieu bénit le divin dévouement
dont ton épée fit preuve
et qui te rendit victorieux,
Accompagnant cette victoire
De toute la gloire lumineuse
D’un monde qui fut sauvé.

Avec cette armée triomphante,
Qui derrière toi défile
en ayant dans ton sac
des étoiles de général,
Toi qui a su vaincre l’horreur
de la barbarie orientale
Et atteint la gloire
Tant et si bien qu’avec
Ton invincible armada
L’Espagne fut le bouclier de l’Europe,
Comme à Grenade et à Lépante.

De ton éclatante campagne,
Noble et courageux Caudillo,
A ressurgit resplendissante
L’Espagne une, grande, libre.

Qu’aujourd’hui soit ton haut fait
Cette paix qui unira
En un seul et même élan
Le frère et le frère…
La simple ombre de ta main suffit,
Capitaine !

Manuel Machado

Discours de Franco

1er avril 1939, Salamanca

"Un estado totalitario, armonizará en España el funcionamiento de todas las capacidades y energías del país; en el que, dentro de la unidad nacional, el trabajo, estimado como el más ineludible de los deberes, será el único exponente de la voluntad popular y, merced a él, podrá manifestarse el auténtico sentir del pueblo español a través de aquellos órganos naturales, que, como las familia, el municipio, la asociación y la corporación, harán cristalizar en realidades nuestro ideal supremo. En una palabra: la semilla de nuestro patriotismo regada con la sangre de tantos mártires, hará fecunda la cosecha, de la cual las mejores espigas las hemos de depositar en al altar augusto de la patria."

"Un état totalitaire en Espagne harmonisera le fonctionnement de toutes les forces de production et toutes les énergies du pays ; état dans lequel le travail, considéré comme le devoir le plus inaliénable au sein de l'unité nationale, sera l'unique représentant de la volonté du peuple. Et, grâce à ce travail, l'authentique sentiment du peuple espagnol se manifestera à travers ces organes naturels qui, comme la famille, la municipalité, l'association et la corporation, feront une réalité de notre idéal suprême. En un mot : le grain de notre patriotisme, arrosée du sang de tant de martyrs, rendra la récolte féconde, de laquelle nous déposerons les meilleurs épis sur l'autel auguste de la patrie."

LETTRE AU GENERAL FRANCO

Excellence,

Je vous écris cette lettre avec amour. Sans la plus légère ombre de haine ou de rancœur, il me faut vous dire que vous êtes l’homme qui m’a causé le plus de mal. J’ai grand peur en commençant à vous écrire. Je crains que cette modeste lettre, qui émeut tout mon être, soit trop fragile pour vous atteindre, qu’elle n’arrive pas entre vos mains. Je crois que vous souffrez infiniment. Seul un être qui ressent une telle souffrance peut imposer tant de douleur autour de lui. La douleur règne non seulement sur votre vie d’homme politique et de soldat, mais jusque sur vos distractions. Vous peignez des naufrages, votre jeu favori est de tuer des lapins, des pigeons ou des thons. Dans votre biographie : que de cadavres ! en Afrique, aux Asturies, pendant la guerre civile et l’après-guerre. Toute votre vie couverte par la moisissure du deuil. Je vous imagine cerné de colombes sans pattes, de guirlandes noires, de rêves qui grincent le sang et la mort. Je souhaite que vous vous transformiez, que vous changiez, que vous vous sauviez, oui ; c’est-à-dire que vous soyez heureux, enfin. Que vous renonciez au monde de répression, de haine, de geôle, de bons et de méchants qui présentement vous entourent. Je ne fais pas partie des espagnols qui, par légion, à la fin de la guerre civile, traversèrent les Pyrénées couvertes de neige, comme mon ami Enrique qui avait alors 11 mois. Les ventres secs, l’épouvante à flot cherchaient la cime et fuyaient le fond de la terreur. Que d’héroïsmes anonymes, que de mères à pied portant leurs enfants dans leurs bras. Puis, tout au long de ces années, de ces derniers lustres, combien ce sont exilés ? Combien ont émigré ? Ne voyez en moi aucun orgueil. Je ne me sens en aucune façon supérieure à quiconque et moins qu’à personne à vous. Nous sommes tous les mêmes. Mais il faut écouter cette voix qui vient jusqu’à vous, baignée d’émotions, volant par-dessus la moitié de l’Europe. Ce que je vais vous écrire dans cette lettre, la plupart des hommes d’Espagne pourraient vous le dire si leurs bouches n’étaient pas scellées. C’est ce que disent les poètes en privé. Mais ils ne peuvent proclamer à haute voix le cri de leur cœur : ils risquent la prison. C’est pourquoi tant s’en sont allés. Votre régime est un maillon de plus dans une chaîne d’intolérance commencée en Espagne voilà des siècles. Je voudrais que vous preniez conscience de cette situation et, grâce à cela, que vous ôtiez les baillons et les menottes qui emprisonnent la plupart des espagnols. Tel est le but de ma lettre : vous voir changer. Vous méritez de vous sauver comme tous les hommes, de Staline à Gandhi. Vous méritez d’être heureux. Comment pouvez-vous l’être connaissant la terreur que votre régime a imposé et impose encore ? Vous devez beaucoup souffrir pour créer autour de vous l’intolérance et le châtiment. Vous aussi méritez d’être sauvé, d’être heureux. L’Espagne doit, enfin, cesser d’empoisonner son peuple. Que de cendres, que de larmes, que de morts lentes au milieu d’obsèques de ferrailles au son de cloches pourries !

Extrait de la « Lettre au général Franco », Fernando ARRABAL, 1971.

Ces textes sont présentés ici dans l’ordre de la conduite du spectacle d’intervention proposé dans le cadre du PAE et imaginé par le Nouveau théâtre populaire d’après les orientations d’action culturelle d’Angers Nantes Opéra

Remerciements à Grégory Pirmet et Quentin Charles pour les recherches et traductions et à Pilar Martinez Vasseur pour son regard attentif.

Le choc des mots, NTP/ANO Maria Republica, F Paris 2016 Page


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