«je n’écris pas des histoires, j’écris des vies» (Plutarque)





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La biographie, un chantier d’avant-garde

François Dosse

04/04/2008
Goût de la biographie
Deux constantes sont présentes dans la biographie depuis l’Antiquité mais connaissent aujourd’hui des mutations.
- Longtemps, c’est construire une identité, autour d’une figure maîtresse de vie, une figure héroïque : le parcours du héros (Antiquité), du saint (Moyen-Age), du grand homme (XVIII°)… Le régime de vérité de Plutarque est différent de celui de Thucydide ; la vérité factuelle n’est pas un critère. La biographie est une écriture morale, l’écriture des vertus ; le biographe prend des libertés, il fictionnalise.

Une figure aujourd’hui fragmentée, pluralisation d’une quête identitaire, non plus le portrait d’un maître à suivre mais des leçons de vie. La quête identitaire se fragmente. On prend des éléments dans différentes figures ; pas de portrait du modèle à suivre, mais des leçons de vie éparses à agencer
- Longtemps le régime de vérité est secondaire « je n’écris pas des histoires, j’écris des vies » (Plutarque) : la vérité factuelle importe peu, ce qui compte, c’est l’écriture des vertus.

Aujourd’hui, on attend du biographe un pacte biographique : il y a un rapport de véracité attendu dans la biographie et l’attente d’une écriture élaborée pour faire vivre un personnage. Une biographie c’est la recherche d’un « effet de vécu ».

Il y a aujourd’hui prise de conscience qu’il n’ y pas de biographie définitive, il y a pluralité de sens d’une même figure et des nouvelles hypothèses qui seront travaillées :

« l’histoire n’est jamais sûre (…) l’énigme survit »  Michel de Certeau ; on ne peut faire que des hypothèses…

Le genre biographique

Un genre longtemps déconsidéré
Pendant longtemps la biographie a été déconsidérée : « Ne dites pas à ma mère que j’écris des biographies, elle me croit pianiste dans un bordel »

« j’attends de vous que vous abattiez vos trois idoles, chronologique, politique et biographique », F. Simiand (1903) C’est la source de l’école des Annales s’appropriant le paradigme durkheimien

En fait le rejet est plus ancien ; les historiens romantiques ou méthodiques n’ont pas écrit de biographies Au XIX° siècle, la biographie n’est pas le fait des historiens « savants » (Guizot s’intéresse à la civilisation, A Thierry à la guerre des races, Michelet au peuple…) qui croient en la raison qui s’accomplit dans l’histoire. C’est l’idée d’une histoire qui s’accomplit où les individus sont « morts »

Au XIXème la biographie est affaire d’amateurs, de polygraphes et non d’historiens. Avec la professionnalisation, l’enseignement de l’histoire, la biographie devient un vecteur pédagogique. Des biographies scolaires sont écrites pour aider à l’identification et fournir des modèles.

Au XX° siècle, la biographie est présente et connaît un succès de masse mais n’est pas œuvre d’historiens professionnels. Ce sont des « mercenaires de la biographie » : Bordenove, Benoist-Mechin, Castelot, Decaux, Gaxotte, Chastenet.

Les historiens qui en font un sujet de thèse s‘en excusent : Pierre Sorlin en 1966 sort une biographie de Waldeck-Rousseau et annonce vouloir « restituer un personnage dans son temps ». Il n’y a aucune entrée « biographie » dans la « Nouvelle Histoire » de P. Nora qui parle de « Plumitifs de l’historiette, vulgarisateurs de bas-étage ».
Coup de théâtre en 1974, aux éditions Fayard, le succès d’édition d’une biographie de Louis XI de Paul Murray Kendall (appréciée par… VGE, nouvellement élu, et donc bien vendue) lance un mouvement plus massif.

C’est un livre universitaire avec un index, un appareil de notes et de cartographie et pourtant il y a un public. Directrice de collection, Georgette Elgey se lance avec Jean Tulard sur « Napoléon ou le mythe du sauveur » ; dans sa préface il dit « le mot biographie en 1975 faisait encore peur… j’appartenais au sérail universitaire… »
En 1989  Marc Ferro écrit encore un article sur «la  biographie, cette handicapée de l’histoire » dans le Magazine littéraire s’étonnant de l’absence d’interventions sur Nicolas II ou Pétain lors des colloques récents. A cela il invoque trois raisons :

  • l’enracinement démocratique : peur des grands hommes

  • le déterminisme fonctionnaliste

  • la séparation vie publique - vie privée

A cette date, la biographie reste vulnérable.
Pourtant depuis le milieu des années 80, l’ essor de la biographie intervient ; des théoriciens de la négation de la bio en écrivent : Marc Ferro : Pétain (1987), Jacques Le Goff : Saint Louis (1996), Georges Duby : Guillaume le Maréchal et même Pierre Goubert : Mazarin (1990) « il en mourrait d’envie mais il sentait quelque part qu’il n’en avait pas le droit » ; dans sa préface il écrit : « genre insignifiant et laudatif… faut-il m’en excuser »,P. Goubert tombe cependant dans le panneau de défendre à tout prix son personnage…

Aujourd’hui il y a « fayardisation » de beaucoup d’éditeurs (le pari biographique), c’est devenu le modèle ; beaucoup d’éditeurs « universarisent leurs publication : Tallandier, Perrin se tournent vers des universitaires : Azéma, Prochasson ; de même le champ des personnages s’élargit et n’est plus seulement réservé aux rois…)
La biographie, roman vrai

Cf. Aspects de la biographie d’André Maurois , Grasset, 1932 

C’est une forme d’art mais qui doit suivre des règles :

  • Un ordre chronologique pour garder le caractère romanesque, la « mise en intrigue »

le biographe ne doit pas être trop excentré par rapport au personnage, ne retenir que le signifiant même si ça parait petit. P M Kendall « the art of biography » compare avec l’art du portrait du peintre. Schwob écrit « les vies imaginaires » en opposant histoire et biographie : la science historique cherche des généralisations, la biographie traque l’infime, les biographes ne sont pas des hommes de science. l’histoire cherche la généralisation ; ce sont deux métiers différents Cf « morts imaginaires » de Michel Schneider ; il imagine la mort des écrivains mais utilise des témoignages : des extraits de leurs œuvres.

  • Un art porté vers souci de vérité, de véridicité Virginia Woolf : « si c’est un art, c’est un art ligoté » « en disant la vérité , le biographe fait plus pour stimuler l’imagination que les poètes »

  • Maurois demande de privilégier certains documents lettres, notes, … avec lesquels on fait une « harmonie dominante » mais pas d’exhaustif. Maurois recommande de se saisir des documents personnels du personnage pour établir « la vérité avant tout ».


Donc la place de la biographie est entre le réel et la fiction (cf Michel de Certeau) P M Kendall rejette ainsi les deux extrêmes de la biographie celle qui est romancée et celle qui est gorgée de faits généraux « impossible artisanat de la biographie » (Kendall)
« En disant la vérité le biographe fait plus pour stimuler l’imagination que les poètes » V Woolf
Une magnifique collection suit cet entre-deux : « L’un et l’autre » chez Gallimard dirigée par JB Pontalis ; cette collection vise à ne pas placer de frontière entre biographie et autobiographie ; écrire une biographie, suppose du biographe un transport du côté de la figure biographie énorme, un investissement total, une « anthropophagie » qui dévitalise le biographe. Dans tout biographie, il y a une part du biographe (un moi subjectif de recherche) : « l’un est l’autre »

« des vies telles que la mémoire les invente… » (présentation de la collection)

ex de publications : « le désarroi de l’élève Wittgenstein » ou la biographie imaginaire de « monsieur Bovary »

Les orientations aujourd’hui à l’âge herméneutique (de l’interprétation)
Saisie de l’unité par la singularité
On distingue trois temps : les biographies héroïques, modales, herméneutiques

Dans le cas de la biographie modale le cas illustre un genre : un artisan du XVIIIème illustre l’artisanat du XVIIIème (ppdc)

apports de la micro-storia (Guinzbourg) : « l’exception normale » pour comprendre une singularité, il faut connaître le background ; idées de Arsenio Frugoni 1954, bio d’Arnaud de Brescia (France 1993) réformateur religieux du XIIème siècle, excommunié et brûlé. A disposition très peu de documents, lacunaires, fragmentaires, discordants souvent issus d’adversaires. L’historien classique fait fonctionner le roux (mélange culinaire bien lisse) on psychologise pour avoir une biographie lisse ; ce que fait Frugoni, c’est l’inverse : il fait se succéder les témoignages, au total 7 ou 8 portraits contradictoires ; de ces discours différents doit émerger une figure dans la tête du lecteur.

Michel Foucault dans « Moi Pierre Rivière… » a pour but de faire jouer des logiques discursives diverses (discours judiciaire et discours médical) ; ceci permet de montrer la montée du pouvoir médical ;cf son projet de « vie des hommes infâmes » d’où la collection « les vies parallèles » lancée en 1978 avec deux titres sur un hermaphrodite Herculine Babin, un architecte interné

L’expérience de Corbin sur un sabotier du Perche François Pinagot : il va aux archives et ne cherche pas un gros dossier, il cherche une figure qui n’a laissé aucune trace ; là on n’est pas très loin du modal
Déconstruire le ciment de sertissage
Jacques le Goff  travaille 15 ans sur saint Louis : Interrogation sur les institutions qui fabriquent la figure de Saint-Louis. C’est une déconstruction du ciment de sertissage pour faire réapparaître les pierres ex Jacques Le Goff sur Saint-Louis ; « on peut arriver à donner une image totale de Saint-Louis » mais en 2003 dans « à la recherche du moyen âge », il dit que son livre n’est pas intéressant, il est anti-biographique. Dans son livre il s’intéresse à la fabrication de la figure de Saint-Louis, au fond Saint-louis a-t-il existé ?

Des identités plurielles
Des identités plurielles ; Roland Barthes dans « Sade, Fourier, Loyola » met en avant la notion de biographème c’est à dire des bribes, détails, gestes singuliers, éclatement,… Barthes ne fait pas d’union entre ces singularités contrairement aux autres biographes ; Arlette Farge utilise cette méthodologie, elle donne à lire ces bribes, des bouts d’identité cachés, discontinus, « Pour cela il faut se tenir loin de l’archive reflet », il faut être à l’écoute de l’intempestif
Revisiter les biographés par leur imaginaire
Denis Crouzet réalise des biographies a-biographiques (Michel de l’Hospital, Calvin, Charles de Bourbon, Christophe Colomb) ; c’est une volonté de délinéariser la biographie et de chercher comment le sujet biographé se pense lui-même comme sujet cohérent. par exemple sa biographie de Charles de Bourbon qui passe de François Ier à Charles-Quint ; Crouzet cherche à savoir comment Charles de Bourbon qui en fait se vit par le prisme des héros de ses lectures se conçoit en décalage avec son temps : « autogenèse de l’intériorité héroïque »
Dépasser « l’Illusion biographique »

Bourdieu réalise des analyses très critiques de l’écriture téléologique « illusion biographique » : on reconstruit sur du passé , on prédit l’avenir « Napoléon perçait sous Bonaparte »; toutefois ce n’est pas un travers incontournable à condition de dissocier le moi du biographé, de faire deux parts : Ipséïté et Mêmeté (P Ricoeur « soi-même comme un autre ») : toute identité est exposée au temps et donc est changeante. Tout est amené à se reconfigurer… (contraire de l’hagiographie)
S’intéresser au destin posthume des figures biographées

Aujourd’hui on envisage les vies au delà de la vie, le destin posthume des biographés ; on transgresse les bornes naissance/décès ; l’initiateur est Duby sur non pas une biographie mais sur Bouvines : ce qui est intéressant est parfois ce qui est l’usage d’un personnage après lui (ex Jeanne d’Arc = plusieurs Jeanne d’Arc, celle de Gambetta Jeanne Darc et celle de Le Pen néo-fascisante) il y a donc un futur du passé à interroger ; l’historien déplace son projecteur des causes vers les traces…

Une collection prend en compte cette nouvelle approche à Sciences Po collection de Nicolas Offenstadt « Facettes » Bismarck, Ho Chi Minh, Descartes, Thorez, …. Elles sont en deux parties : un dossier factuel puis les usages et pratiques du personnage ; les personnages sont traités par une succession d’images : culte de la mémoire, légende noire, postérité font partie de la biographie. Dans cette volonté de délinéarisation  la mémoire participe à la construction biographique. D ‘où un élargissement des sources : théâtre, cinéma, chanson, … indispensables pour toute biographie.

C’est donc un monde pluriel, non saturé qui doit être ouvert aux lectures…
=) pour une biographie sur-signifiée

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