Dessous des cartes Berlin : capitale inachevée ?





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date de publication13.10.2016
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Dessous des cartes - Berlin : capitale inachevée ?

Jean-Christophe Victor, présentateur

Aujourd’hui, je me suis installé à Berlin. Vous voyez derrière moi le Bundestag, Parlement de cet État fédéral. Il y a 23 ans, au moment de la réunification, il y avait au moins trois défis à relever : d’abord la réunification du pays et de la ville, ensuite le déménagement des institutions, et puis établir le rayonnement international de la nouvelle capitale. Eh bien, 23 ans après, où en est aujourd’hui la ville de Berlin ?
De 1949 à 1990, le territoire allemand est divisé en deux, tout comme la ville de Berlin, séparée par un mur depuis 1961. À l’Est, la République démocratique allemande avec pour capitale Berlin-Est et à l’Ouest, la République fédérale d’Allemagne avec pour capitale Bonn. L’ouverture du mur de Berlin le 9 novembre 1989 amorce le processus de réunification du pays qui prend effet le 3 octobre 1990 et Berlin devient la capitale de l’Allemagne réunifiée. Le choix de Berlin comme capitale fait consensus, mais pas le transfert des institutions dans la ville nouvellement réunifiée. Une partie de l’opinion allemande s’y oppose pour des raisons économiques, l’opération est trop chère au moment où le pays a besoin d’argent pour se reconstruire. Et puis pour des raisons historiques, à cause du souvenir pesant du Troisième Reich, puis de Berlin en tant que capitale de la RDA. Finalement, la décision de transfert l’emporte de peu, la capitale de la nouvelle Allemagne est à seulement 80 kilomètres de la frontière polonaise, c’est là le symbole d’un pays qui se tourne vers l’Europe centrale à l’image de ce que va devenir l’Union européenne élargie.
Rapprochons-nous de Berlin. La capitale de l’Allemagne fait 896 km², soit 9 fois Paris intra-muros. Voici le quartier des institutions, installé volontairement de part et d’autre de la Spree, là où passait autrefois le mur. Et vous voyez sur la carte, la Chancellerie fédérale où se trouve Angela Merkel, le Reichstag où siège le Bundestag, l’une des deux assemblées parlementaires allemandes et les bâtiments accueillant les bureaux des députés et les services du Parlement. Le nouveau quartier gouvernemental affirme par son urbanisme la réunification, mais plus encore, la réconciliation entre les deux parties de la ville. Par souci d’économie, certaines institutions se sont installées dans d’anciens bâtiments nazis, ou de la période communiste, l’ancien ministère de l’ère de Göring qui est ensuite devenu la « Maison des ministères de la RDA » est aujourd’hui le siège du ministère des Finances et l’ancien siège de la Cour suprême de la RDA accueille aujourd’hui le ministère de l’Économie.
Allons voir maintenant la Pariser Platz. Les ambassades font également leur retour dans la ville après la réunification : celle de la France, du Royaume-Uni, des États-Unis ont retrouvé leur place en face de la porte de Brandebourg - symbole de la division de la ville pendant 40 ans - et de même, presque tous les partis politiques ont déplacé leur siège à Berlin. Donc, le retour des institutions consacre le nouveau rôle politique de Berlin. Mais, toutes les institutions n’ont pas pour autant été transférées dans la nouvelle capitale. Vous voyez là les ministères qui se trouvent à Berlin, et sur la carte, à côté, ceux qui se trouvent encore à Bonn, car six des quatorze ministères fédéraux ont en fait leur siège principal à Bonn dont les ministères de la Défense, de l’Environnement ou de la Santé. Et tous les ministères disposent d’un siège dans chacune des deux villes. Et d’après une estimation, ce dédoublement des institutions entraînerait un surcoût annuel de 23 millions d’euros prenant en compte les déplacements des fonctionnaires entre les deux villes, les locaux, le courrier. Donc, Berlin ne s’impose pas comme l’unique centre politique de l’Allemagne.

L’autre défi pour cette ville, c’est son rayonnement économique puisqu’elle est capitale de l’Allemagne, première puissance économique européenne. Alors, plusieurs chantiers ont été lancés pour créer des centres d’affaires et d’attirer les entreprises allemandes comme étrangères. Par exemple la Postdamer Platz - la voici du temps de la séparation de Berlin - la place est alors divisée par le mur, une sorte de no man’s land abandonné par les Berlinois. Et puis maintenant, voici une photo de la Postdamer Platz aujourd’hui. Entre-temps, elle est devenue l’un des plus grands chantiers d’Europe dans les années 1990. Deux entreprises, Daimler et Sony, ont acheté plusieurs dizaines de milliers de mètres carrés de terrain chacune pour construire un quartier d’affaires afin d’accueillir leurs sièges. Alors grâce à cette stratégie économique, le nombre d’entreprises installées à Berlin est passé de 75 000 en 1991 à 262 000 en 2009.

Autre signe de l’attractivité retrouvée de la ville, le tourisme. Berlin, c’est la ville la plus visitée d’Allemagne avec près de 11 millions de visiteurs en 2012, alors qu’il n’y en avait que trois en 1993. Les revenus liés au tourisme représentent aujourd’hui environ 10 milliards d’euros annuel. Parce qu’il y a le nombre important de monuments historiques présents dans la ville, témoins du Troisième Reich, de la Shoa, de la division de l’Allemagne. Mais Berlin a une vie culturelle très intense, salles de concerts, musées, théâtres, cinémas, opéras, c’est là la conséquence inattendue de 40 ans de division, années durant lesquelles les autorités et de l’Est et de l’Ouest s’étaient efforcées de faire de Berlin une vitrine culturelle. Et puis, les loyers sont peu chers, l’étendue de la ville et la présence de friches ont attiré une population jeune, ainsi que de nombreux artistes, des défenseurs de la contre-culture bien avant la réunification. Et puis, c’est aussi un haut lieu de la musique électronique. Le rayonnement culturel de Berlin, tant en Allemagne qu’en Europe, ne laisse donc aucun doute.
Mais en fait, ce n’est pas tout à fait le cas en ce qui concerne son poids économique. En 2009, le PIB de Berlin s’élevait à 96 milliards d’euros contre 101 milliards d’euros pour Stuttgart et 200 milliards d’euros pour Frankfort. Le revenu disponible par habitant de Berlin est environ de 16 000 euros en 2009 et il se trouve en dessous de la moyenne nationale. Alors pourquoi ? En réalité, ces 40 ans de division et d’isolement ont pesé sur l’économie berlinoise qui n’a pas pu se développer au même rythme que les villes qui étaient à l’Ouest. Donc, au moment de la réunification, les entreprises de Berlin se révèlent moins compétitives que celles du reste du pays. Et de plus, les subventions dont elles bénéficiaient jusqu’alors, sont supprimées. Résultat, le nombre d’entreprises a certes augmenté à Berlin, mais elles sont peu nombreuses à y avoir installé leur siège social. D’ailleurs, regardez la répartition des sièges sociaux des cinq cents plus grosses entreprises allemandes en 2007 : le Land de Belin en compte 17, il y en a 33 pour Hambourg, 76 pour Hesse, 90 pour la Bavière, 141 en Rhénanie-du-Nord-Westphalie. Donc Berlin doit faire face à la concurrence d’autres villes allemandes telles que Francfort, métropole financière et siège de la Banque centrale européenne, Munich, capitale de l’édition, ou encore Hambourg, le premier port de l’Allemagne. Berlin est aujourd’hui endettée à hauteur de 60 milliards d’euros ; or pour parer aux inégalités entre Länder, les impôts sur le revenu sont redistribués aux Länder, notamment en fonction de leur situation économique. Vous voyez sur cette carte la répartition de ces transferts sur la période 1995-2012. Les Länder, en vert, sont ceux qui ont distribué le plus d’argent, et ceux en orange, ceux qui en ont reçu le plus. Et Berlin est le Land qui a reçu le plus d’argent durant cette période avec un montant de 46 milliards d’euros. Alors ce mécanisme ne fait pas l’unanimité surtout du côté des Länder du Sud qui accusent Berlin d’être une métropole assistée. Par ailleurs, le Land de Berlin est celui qui connaît le taux de chômage le plus élevé d’Allemagne avec 12,3 % de chômeurs contre 6,8 % pour la moyenne nationale en 2012. La réunification aurait dû marquer le début de la renaissance économique de Berlin ; or depuis la ville a perdu de son attractivité sur ce terrain-là. Résultat, entre 1991 et 2012, le nombre d’habitants a stagné et la densité de population est faible à Berlin, environ 4000 habitants au km² contre 22 000 pour la ville de Paris. Et si la population se maintient à Berlin, c’est du fait de l’immigration et non pas grâce à l’accroissement naturel, puisque l’indice de fécondité y est de 1,3.
Aujourd’hui, un Berlinois sur quatre est d’origine immigrée. Vous voyez sur ce graphique, les principales communautés qui vivent à Berlin aujourd’hui. Il y a les Trucs, les Polonais, les Russes. Berlin a une vieille expérience de l’immigration, mais celle-ci prend beaucoup d’ampleur à partir des années 60 alors que le mur vient d’être construit. Cette immigration vient participer à l’effort de reconstruction après la Deuxième Guerre mondiale. À l’Est, les immigrés viennent de pays socialistes comme le Vietnam, l’Angola, Cuba, le Mozambique. À l’Ouest, les immigrés viennent de pays avec qui la RFA a passé des accords comme la Turquie, la Grèce, l’Italie, la Yougoslavie. Alors, aujourd’hui, certes, le mur est tombé, mais la division a laissé des traces dans la localisation des communautés dans la ville. Vous voyez sur cette carte les quartiers avec la plus grande concentration de personnes d’origine turque. Ces quartiers se trouvent dans l’ancien Berlin-Ouest et là vous voyez les quartiers où se trouvent les personnes d’origine vietnamienne, majoritairement dans l’ancien Berlin-Est. Donc, 23 ans après la réunification, on trouve toujours dans Berlin de nombreuses traces de quatre décennies de division.
Voilà donc un peu de l’histoire et du présent de cette ville passionnante, très lourde par son passé - on peut le mesurer - très attachante et émouvante au fil des rues et puis visiblement, par les projets, par tous les chantiers, encore capitale inachevée.
Biblio

Vous pouvez lire utilement Post-Wall Berlin : Borders, Space and Identity de Janet Ward aux Éditions Pilgrims Macmillan. Vous pouvez lire Berlin, quoi de neuf depuis la chute du mur ? de Claire Laborey aux Éditions Autrement. Et puis, sur ce thème éminemment franco-allemand, vous pouvez aller sur notre site où vous trouverez beaucoup de références de livres en langue allemande et en langue française.

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