Quelles leçons les grecs peuvent-ils tirer de l’expérience argentine ?





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date de publication20.10.2016
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Quelles leçons les grecs peuvent-ils tirer de l’expérience argentine ?

Un nouveau gouvernement de coalition, dirigé par un « technicien », un économiste neutre mais ayant fait ses preuves à l’international, vient d’être installé à Athènes. Sa mission : appliquer le plan concocté par Merkel et Sarkozy, plan qui avait fait tomber le précédent gouvernement - dirigé par un « politique ». Un plan d’austérité, venant renforcer les précédents, qui ont conduit à la chute du PIB pendant ces 3 dernières années avec, en outre, une augmentation de la dette. Tout cela pour avoir le droit à un nouveau prêt qui permettra de rembourser d’anciens prêts ... Cela rappelle trop le cas de l’Argentine, qui a aussi serré la vis plusieurs années de suite pour avoir le droit aux prêts du FMI en vue de la « sauver », et qui n’ont fait que l’enfoncer encore plus. Avec le résultat que l’on sait : explosion sociale, puis défaut et abandon de la parité peso-dollar. On ne voit pas comment la Grèce peut éviter de suivre le même chemin. Surtout qu’il a été, finalement, bénéfique pour l’Argentine (une décennie de croissance soutenue). Une comparaison des situations entre les deux pays peut donc être fort instructive.

Commençons par recenser les similitudes, puis les différences, entre les deux pays, avant le déclenchement de la crise.

Similitudes 

-         dans l’un et l’autre, récession pendant 3 années successives, suite à une succession de programmes de « rigueur »

-         dans l’un et l’autre, situation « semi-insurrectionnelle » qui, en d’autres temps, aurait conduit à un coup d’Etat militaire (pour mettre fin au « désordre » ou pour contrer la « menace communiste »). A Buenos Aires, manifestations de plus en plus violentes de populations venues des quartiers pauvres (dont le pillage de magasins). Le président a dû quitter le palais présidentiel par hélicoptère, n’osant pas sortir en voiture. En Grèce, députés et hommes politiques se font agresser, et l’appareil d’Etat est à moitié paralysé, les fonctionnaires faisant la grève du zèle. La police et l’armée rechignent..  

-         les sondages montrent que « le peuple grec est attaché à l’euro ». De même, les argentins tenaient dur comme fer à la parité peso-dollar. Chacun préfère évidemment avoir en poche des dollars plutôt que des pesos ou des drachmes. Tout ce qu’il y a comme autorité proclame évidemment aussi qu’il n’est pas question de lâcher, que cela ne se fera jamais, promis, juré – et ce jusqu’à la dernière seconde avant de décréter le lâchage.

-         aussi bien en Argentine qu’en Grèce, les « experts », économistes, hommes politiques, expliquaient à longueur de journée que "décrocher" (du dollar ou du peso) ne pouvait mener qu’au chaos, à une catastrophe aux conséquences incalculables. Dans le cas de l’Argentine il y avait le souvenir du dernier épisode d’hyperinflation (650% en 1985), le président en place ayant dû démissionner avant la fin de son mandat. Son successeur, le péroniste Menem, élu avec l’appui des syndicats, avait mis en place un programme de privatisations à tout va ainsi qu’une large ouverture extérieure, qui a détruit partiellement l’industrie locale tout en lui permettant de « coller » le peso au dollar, réussissant ainsi à revenir à une inflation modérée. Mais avec une détérioration progressive de la balance des paiements, masquée par un temps par l’afflux de capitaux, attirés par les privatisations à bon marché. La production locale ne pouvant faire face aux importations de moins en moins chères, les rentrées fiscales diminuaient. Jusqu’à ce qu’on en vienne à l’imposition de plans de rigueur, qui n’ont fait qu’empirer la situation. La très grande majorité des économistes continuaient cependant à défendre mordicus le peg peso-dollar – sinon c’était l’hyperinflation assurée, selon eux. En Grèce, le discours dominant est similaire : tous les maux de la Terre vont s’abattre sur ce pays (à commencer par l’hyperinflation) - et même sur la zone euro – s’il créé sa propre monnaie (bien que, depuis début novembre, certains commencent à en admettre l’idée).

.-         le total des capitaux détenus à l’extérieur par des citoyens grecs ou argentins est du même ordre de grandeur de la dette externe du pays :

-         une forte dépendance de l’extérieur concernant certains biens manufacturés de base ;

Différences

-         le peso subsistait à côté du dollar, et servait aux transactions courantes. Chacun pensait toutefois qu’il pouvait changer à tout moment ses pesos en dollars, et c’était ce qui (lui) importait. Quand le décrochage a eu lieu, les transactions ont toutefois pu continuer, en pesos, avec l’impossibilité de retirer des dollars en billets ou de les transférer à l’étranger. Dans le cas de la Grèce, il faudrait mettre en place cette monnaie de substitution. Ceci étant, les transactions électroniques y occupent sans doute une place plus importante qu’en Argentine (où la moitié de la population n’avait pas de compte en banque). Surtout s’il est vrai que « sur les 350 milliards de la dette de la Grèce, le secteur public et les banques grecques en détiennent 221,5 milliards, soit les 2/3 » http://finance.blog.lemonde.fr/2011/10/29/la-fiction-des-cent-milliards-de-reduction-de-la-dette-grecque/. Si tous les comptes en euros sont automatiquement libellés en drachmes, rien ne devrait donc changer – sauf en ce qui concerne les produits importés, qui vont rapidement devenir nettement plus chers. En Argentine, la dévaluation initiale, « officielle » - servant de référence à l’Etat pour les échanges indispensables a fait passer le dollar de 1 à 1,4 peso. Dix ans après on en est à 4 pesos par dollar, l’inflation ayant été la première année de 42% pour redescendre ensuite au-dessous de 10%, avec une forte remontée en 2010 (voir http://www.indexmundi.com/g/g.aspx?c=ar&v=71&l=fr). L’Argentine n’est plus parmi les pays les moins chers du monde dit des « émergeants » (comme après la dévaluation), mais elle est encore dans la moyenne en Amérique Latine – moins chère que son grand voisin, le Brésil. Elle conserve toujours son double excédent (intérieur et extérieur).

-         l’Argentine était auto suffisante en pétrole (en énergie en général), avec un secteur agricole puissant et largement exportateur. Elle a bénéficié de la hausse des produits agroalimentaires (comme le soja, dont elle est le premier exportateur mondial). Il faut néanmoins noter que la Grèce a un potentiel humain important (elle est bien mieux classée que l’Argentine en ce qui concerne l’IDH) et une localisation privilégiée – alors que l’Argentine est quelque part « au bout du monde ». Incidemment, on peut noter que bien qu’encore dans la zone euro, la Grèce est obligée de quémander son pétrole à un autre pays « puni » comme elle, mais pour d’autres raisons, l’Iran (cf. http://in.reuters.com/article/2011/11/11/idINIndia-60474220111111)

- le contexte mondial est bien plus mauvais qu’à l’époque du défaut (isolé) de l’Argentine. Marasme annoncé aujourd’hui avec la multiplication de plans de rigueur alors que 2002 se situait au début d’une phase de reprise, l’éclatement de la bulle internet ayant eu un effet limité sur la conjoncture mondiale. Il est donc difficile d’envisager maintenant des taux de croissance de 8-9% - ceux que l’Argentine a connus depuis sa dévaluation et son défaut. 2 ou 3% serait probablement une bénédiction pour la Grèce, surtout si on les compare aux dix années de souffrances promises par la troika UE-FMI-BCE – contre la « récompense » de pouvoir rester dans la zone euro.

 Voilà pour les éléments de comparaison. Que se passera-t-il si la Grèce revient à la drachme ? Disons qu’il y aura des perdants et des gagnants. Lesquels ? Si on s’en tient au discours dominant, tout le monde serait pratiquement perdant – à commencer par « les plus démunis », qui seraient les plus affectés par l’inflation, inéluctable avec l’inflation. Voyons donc ce qu’il en a été dans le cas argentin.

Qui a perdu, qui a gagné, en Argentine, suite au décrochage du peso ?

L’Argentine a connu quelques années d’euphorie sous la présidence de Menem – celui qui avait instauré la parité peso-dollar. Les capitaux étrangers ont afflué – le pays était peu cher, du moins au début – et acheté les grandes entreprises privatisées (pétrole, électricité, eau, gaz, télécommunications) mais aussi banques, hôtels, routes (à péage). Il leur était exigé d’investir un minimum, car leur but était souvent de récupérer au plus vite leur mise. L’éducation et la santé ont vu leurs ressources diminuer – les prélèvements obligatoires par rapport au PIB ayant fortement diminué. Le système par répartition des retraites a commencé par être démantelé, au profit de la capitalisation L’argent des privatisations et de la vente des entreprises locales a été utilisé pour développer certaines infrastructures, dans la construction (dont un quartier d’affaires luxueux à Bs As) et aussi pour importer des produits de l’étranger – y compris machines, ordinateurs, centraux téléphoniques, etc. Il est clair que lors de la « pesification », Liebherr n’a pas rapatrié ses grues, Telefonica ses centraux téléphoniques, EDF ses centrales électriques, la SGE ses stations d’épuration d’eau … Le problème qui s’est alors posé est celui des tarifs payés aux grandes compagnies de service public (« utilities ») – qui touchent toute la population, sans alternative. Eau, gaz, électricité, carburants, télécommunications étaient fournis par des multinationales (essentiellement européennes, avec l’Espagne en tête) qui voulaient être payées « en dollars » - puisqu’elles avaient fait leurs achats en cette monnaie – alors que le revenu de leurs usagers étaient maintenant en pesos. Ce qui voulait dire une hausse initiale d’au moins 40% (dévaluation initiale) qui se répercuterait immédiatement aux autres secteurs de l’économie, à commencer par les transports, avec à la clé des demandes de compensations salariales – la population étant prompte à (sur)réagir à l’inflation, vu ses expériences passées. Le gouvernement argentin refusant une telle hausse, les entreprises ont bien dû céder, contre leur gré (mais que pouvaient-elles faire d’autre ?).Certaines ont vendu au rabais (par rapport avec ce qu’elles avaient dépensé) à des capitalistes locaux (cas d’EDF, de France Télécom, de la Générale des Eaux), D’autres ont endossé leurs pertes et décidé de rester, misant sur les perspectives de profits futurs, tout en limitant leurs investissements, notamment dans le domaine de l’énergie. Le bras de fer demeure encore aujourd’hui avec le gouvernement, qui leur a toutefois fait depuis quelques concessions – contre la promesse d’investir dans les infrastructures ou de nouvelles unités de production. Il est clair qu’elles ont perdu, dans l’ensemble, le pays ayant gagné l’argent des privatisations (qui a servi à renflouer les caisses de l’Etat) et les investissements faits sur place – qui ne peuvent être « rapatriés ».

Les banques ont aussi perdu – certaines ont quitté le pays, comme Royal Bank of Scotland, Crédit agricole, …. mais la plupart sont restées – en attendant que la tempête passe (elles ne sont en fait que des intermédiaires : ce sont leurs clients qui ont perdu). Dans leur bilan, l’Argentine pesait peu. On était en période de boom pour elles. Il y a évidemment des « fonds » qui ont laissé des plumes, mais ils avaient bien gagné avant. Il restait aussi quelques banques publiques d’un certain poids – ayant échappé à la furie des privatisations – qui ont joué un grand rôle, en permettant d’amorcer et accompagner la reprise (elles ont notamment prêté aux entreprises à des taux non prohibitifs). Le cas le plus « visible » des perdants est celui des épargnants (fonds de retraite), allemands mais surtout italiens et japonais. Les italiens s’agitent encore – ils n’ont pas accepté la « tonte » de 75% proposée par le gouvernement argentin. Ils n’ont, cependant, qu’à s’en prendre à leurs banquiers qui ont placé leur argent « en dollars » à un taux double, ou plus, toujours « en dollars », à celui qui prévalait alors aux USA. Tout cela dans un pays essoufflé, avec une balance des paiements de plus en plus déficitaire et des déficits internes qui se creusaient (d’où les taux proposés). C’était très risqué ; mais quand on prend un risque, la moindre des choses est de s’attendre à perdre …

Parmi les perdants, il y a aussi les couches moyennes et moyennes supérieures, la « classe moyenne » relativement importante en Argentine, qui a vu ses comptes en dollars « pésifiés » (les très riches avaient leur argent dehors). Leur épargne a été aussi, et en partie, rognée par l’inflation. Son niveau de vie a été affecté par la hausse des produits importés et des voyages à l’étranger, dont la classe moyenne aisée était très friande. C’est à elle qu’on doit les fameux « concerts de casseroles », dans les beaux quartiers, exigeant qu’« on lui rende ses dollars ». Depuis, elle s’est bien rattrapée, profitant largement du boom post-dévaluation.

La pesification a eu aussi eu pour conséquence que l’Argentine n’a un accès au marché international des capitaux qu’à des taux très élevés (elle est toutefois dépassée maintenant par la Grèce …). Ce qui ne l’a pas empêchée de connaître une forte croissance sur 10 ans – avec un budget et une balance des paiements encore largement excédentaires. Il est donc difficile de voir là un grand inconvénient. Surtout que la plupart des entreprises qui étaient parties sont progressivement revenues – avec ce que cela suppose comme entrées de capitaux. Les capitalistes oublient vite la leçon, s’ils flairent de nouvelles occasions de profit.

En ce qui concerne les couches « populaires », disons qu’elles étaient fort mal en point après les années d’application des « plans de rigueur » destinés à « restaurer la compétitivité ». Difficile de tomber plus bas (idem en Grèce aujourd’hui). En fait, la remise en route de l’appareil productif suite à la forte dévaluation – avant elle, les supermarchés regorgeaient de conserves … européennes (y compris grecques), ce qui est un comble – a permis une remontée de l’emploi et des rentrées fiscales. L’Etat a pu mener une politique d’aide aux plus pauvres (s'appuyant sur l’appareil péroniste, à la fois pourvoyeur de ces aides et contrôlant les mouvements plus radicaux – dont les fameux « piqueteros », qui bloquaient régulièrement les routes et ponts pour défendre les revendications des plus démunis). La classe dominante – y compris sa fraction liée au secteur agroexportateur, le plus réactionnaire – a préféré adopter un profil bas, la peur des mouvements populaires, loin d’être disparus (4 présidents se sont succédés en quelques mois : un record !) était toujours là. Bien entendu, le chœur des économistes, formés pour la plupart aux anticipations rationnelles dans les universités US, jouait les Cassandre, s’obstinant à dire que la dévaluation était une faute, qu’il fallait avant tout « rétablir la confiance » et la « sécurité juridique » pour garder (ou attirer) les capitaux extérieurs, et donc serrer encore plus la vis. Sans cela, les anticipations inflationnistes s’imposeraient, l’investissement, et donc la production, ne suivant pas – alors que la demande exploserait, alimentée par la politique « populiste » du gouvernement. Ils ont continué ainsi année après année – bien qu’à chaque fois leurs prévisions étaient largement démenties par les faits. Sans jamais faire d’autocritique. Les économistes qui tenaient les manettes, appelés à la rescousse, venaient en fait de la vieille école « développementiste » des années 60-70 – certains étant passés d’ailleurs par les université françaises, le contact s’étant maintenu, notamment avec les régulationnistes - n’en avaient cure. Comme la suite l’a prouvé, c’est eux qui avaient raison – ils ont aussi repris le pouvoir à l’université. Ce fut la première grande défaite de la « nouvelle macro », avant qu’elle ne soit balayée avec la crise commencée en 2007-2008. Les grecs feraient bien de prendre conseil auprès d’eux – l’opération étant complexe.

Pour plus de détails sur l’Argentine, on peut se reporter (au moins) aux graphiques donnésdans : http://www.cepr.net/documents/publications/argentina-success-2011-10.pdf  

Conjectures sur la sortie de la Grèce de l’euro

L’histoire ne se répète pas. Les pays ont leurs particularités culturelles, leurs traditions politiques, leur histoire, leur contrat social spécifique. Difficile de prévoir la forme que présentera la décision de sortir de l’euro, les réactions intérieures et extérieures, les modalités de la mise en place de la nouvelle monnaie et de « mise en veille » du système bancaire – pour éviter un rush vers les euros, qui ne s’y trouvent probablement qu’en nombre restreint (sans parler que l’essentiel de la monnaie est, dans un pays comme la Grèce, scripturale). La situation doit d’ailleurs être déjà, en partie, « en veilleuse », les ménages et les entreprises qui en ont les moyens ayant probablement mis à l’abri leurs euros excédentaires – ce qui devrait limiter les effets du choc. Sinon, on ne comprend pas pourquoi il n’y a pas eu encore de « course au guichet » et de faillite bancaire avérée.

Malgré cette incertitude première, on peut envisager la suite en s’inspirant de l’expérience argentine. Ainsi, si on s’en tient au cas grec :

-         le retour à la drachme n’a d’intérêt que s’il est accompagné d’une forte dévaluation et donc la proclamation du défaut. La Grèce arrête la saignée, les créanciers (les épargnants français et allemands via leurs banques, par exemple) ne retrouvent pas leur mise. Tant pis pour eux… Les grecs garderont les infrastructures (autoroutes, train rapide Athènes Salonique, village olympique et transports d’Athènes, ports, bateaux) qui ont pu être financés par ces prêts – dont une bonne partie a d’ailleurs été consacrée à « nous » acheter des machines, des trains et métros, des centrales électriques, des armes, etc.).

-         évidemment, les « marchés » ne prêteront pratiquement plus rien à la Grèce. Mais le gouvernement pourra payer ses fonctionnaires, les retraites, etc. avec les drachmes, qu’il « fabrique » - en créditant, par exemple, les comptes des agents concernés. Le problème le plus urgent sera posé par les produits importés. Tant pis pour les bagnoles, les équipements ménagers et les autres biens de consommation durables. S’il n’y a pas d’industrie locale à remettre sur pied – contrairement au cas argentin – il y a la possibilité de réparer ou de bricoler, ce qui donne du travail et permet d’acquérir du savoir faire. Les voyages à l’étranger seront aussi limités par leurs coûts : mais la Grèce est un bien beau pays, plein d’endroits à visiter …. Il est souvent avancé que la dévaluation ne servirait à rien, la Grèce n’ayant pas grand-chose à exporter. Mais cela revient à oublier que le but premier de l’opération est de réduire les importations, de remplacer le travail extérieur par du travail local – condition indispensable pour la reprise future. Restent les trucs indispensables : pétrole (pour l’industrie, les transports publics et, éventuellement, le chauffage), matières premières et pièces de machines pour la production, médicaments (que les hellènes ne payent plus, d’ailleurs). La Grèce ne rétablira probablement pas aussi vite sa balance des paiements que l’Argentine, avec son soja, son blé, son maïs, sa viande – sans parler de la conjoncture mondiale bien moins favorable. Mais, en même temps, elle est au cœur de l’Europe : gageons que celle-ci fournira suffisamment de crédits pour que la machine puisse continuer à trourner, ne serait-ce que pour éviter que le chaos s’instaure en son sein – alors que les voisins comme la Lybie, la Tunisie et l’Egypte suscitent déjà de nombreuses craintes. De toutes façons, cela lui coûtera bien moins cher à l’Europe, à elle et au FMI, que les « prêts » actuels – qui vont dans un puits sans fond ;

-         les fabricants français de voitures, de machines outils allemands, de lave linges italiens, de meubles suédois ne seront peut-être pas très contents, mais ça c’est leur problème, pas celui des grecs. Les créanciers non remboursés – dont les banques – multiplieront sans doute les poursuites contre l’Etat grec, demandant notamment l’embargo de ses biens à l’extérieur, comme ils l’on fait (et continuent à le faire) dans le cas argentin, mais cela ne changera rien – les gouvernements des autres pays évitant que les relations diplomatiques se détériorent (pour des sommes finalement dérisoires) ;

-         après la peur provoquée par la crise actuelle, il est probable que les grecs plus aisés seront prêts à payer plus d’impôts et que, surtout, une administration fiscale plus motivée et incisive soit mise en place, sans qu’ils hurlent à l’inquisition « intolérable » ;

-         en Argentine, beaucoup de multinationales sont revenues : perspectives de profits, malgré que le pays soit encore considéré comme manquant de « sécurité juridique » (pas sûr de récupérer son pognon …). Mais, bon il y a l’appât du gain (pensons à MFglobal qui s’est gavé de titres grecs, portugais, italiens, espagnols, jusqu’à faire faillite !). La Grèce doit aussi avoir ses atouts, surtout si c’est « pas cher ».    

-         le problème le plus chaud – outre celui de la « transition » au moment du passage à la drachme – sera celui de l’inflation, les produits importés devenant beaucoup plus chers. L’Argentine a réussi à la contenir (actuellement elle est de l’ordre de 15-20%, avec de grosses bagarres sur sa mesure, très « politique ») mais cela a été, et est, compliqué. Les relations étroites du péronisme avec les syndicats a joué un rôle important. Avec un compromis particulier entre une partie du patronat – celui de l’industrie « nationale », qui a repris du poil de la bête, avec un appui marqué et déclaré de l’Etat - et du mouvement ouvrier.

Il reviendra aux grecs de recenser leurs points forts – notamment dans les services -, de restaurer les industries qui ont été détruites ou amoindries par l’euro fort, d’établir une administration fiscale digne de ce nom, sans avoir à subir une purge vaine, avec son cortège sans fin de souffrances.

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