N° 8 – Dar el Beida, le 5 mai 2007





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date de publication09.11.2017
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Ma Gazette de Casa

N° 8 – Dar el Beida, le 5 mai 2007


Chers tous, famille et amis,
A la veille d'un vote qui passionne les Marocains et les subsahariens presque autant que les Français (combien de fois m'a-t-on demandé ces jours-ci pour qui je vais voter…!) je viens vous rejoindre par une petite Gazette… que vous êtes nombreux à réclamer… et vous donner quelques nouvelles du pays.
Pâques à Casa.

Ce furent de belles fêtes, sereines et priantes, petite Église du Maroc qui tâche de vivre l'émerveillement pascal dans le silence d'une attention aimante à ce peuple qui nous accueille.

Je n'ai pas pu me rendre à la messe chrismale, que notre évêque présidait à Meknès, en particulier parce que j'avais la joie d'accueillir ici, toute la Semaine Sainte, mes amis Odile et Denis, d'Ablon  J'avais eu la joie de célébrer leur mariage lorsque j'étais tout jeune prêtre, et l'amitié ne s'est pas démentie, grâce à Dieu !

Un moment fort, ce fut la célébration du Vendredi Saint animée de belle manière par les jeunes de l'Aumônerie, en particulier les 5èmes : plusieurs participants m'ont dit avoir été marqués en profondeur par cette "passion" que jusqu'alors ils vivaient avec peine.

Toujours ce Vendredi-Saint, avec Odile et Denis nous avons transformé notre jeûne en partage du couscous à Solidarité Féminine (cette association qui aide des jeunes mamans célibataires à reprendre pied, et dont je vous parlais dans la Gazette n° 7) : j'ai été une nouvelle fois touché par la joie de ces jeunes femmes tellement marginalisées par la société de voir beaucoup de convives s'intéresser à elle et les soutenir ainsi ; il me semblait que notre venue nous rendait proches d'un certain Simon de Cyrène…

Et j'ai vécu 2 veillées pascales bien différentes, mais tout aussi significatives l'une que l'autre : d'abord à la maison de retraite des Franciscaines Missionnaires de Marie, nous étions une vingtaine, c'était fort de réentendre avec ces femmes qui ont donné toute leur vie au Christ et au Maroc la visite de quelques femmes au tombeau de Jésus au matin de Pâques… et de tenir longuement dans nos mains au cours de cette célébration la lumière pascale, tremblante et tenace, qui guide leur mission ici depuis une cinquantaine d'années pour nombre d'entre elles… Ensuite, à Notre-Dame, c'était bien plus l'expérience de cette lumière qui traverse les continents et les siècles avec la foule bigarrée, "de toutes nations, peuples et langues", qui constitue notre communauté, joyeusement animée par notre chorale essentiellement subsaharienne. Comme toujours, quelques amis marocains étaient venus se joindre à notre prière, pour nous dire leur amitié en ce jour qu'ils savent à la racine de notre présence au milieu d'eux… Cette année, il n'y avait pas de baptême ; probablement l'an prochain, inch'allah ! Mais la belle coïncidence de célébrer Pâques dans la même semaine que le Mouloud (la naissance du prophète Mahomet), la Pâque juive et Pâques orthodoxe.

Plus que jamais, j'ai été frappé, en méditant ces Évangiles de Pâques, par la discrétion de cet événement, par la modestie des récits évangéliques, qui n'imposent rien, mais parlent au cœur. Et j'imagine un peu frère Charles de Foucauld, célébrant quasiment tout seul Pâques, dans l'accueil de la présence discrète, tellement ténue et tellement tenace du Ressuscité. Célébrer Pâques ici, célébrer l'Eucharistie, c'est permettre au Seigneur Ressuscité de se rendre présent au Maroc, même s'il n'est reconnu que par un tout petit peuple, confiants dans la fécondité de son Esprit…
Des "Kamikazes" à Casa…

C'est important d'être habités par cette espérance, alors que nous avons été bouleversés par cette flambée de "kamikazes" même si nous ne nous sentons pas spécialement visés. Cela bouleverse le pays qui ne comprend pas... l'injustice certes est forte ici, les "terroristes" viennent des bidonvilles les plus honteux de la ville ; l'obscénité de la richesse d'une minorité quand on sait qu'il y a plus de 50 % d'analphabètes dans le pays, ça fait mal. Mais ça ne justifie pas cette violence absurde, et la population s'est faite très solidaire de la police, ce qui est plutôt une nouveauté ici car ladite police avait jusqu'alors plutôt la réputation d'être très répressive et arbitraire (cf. l'éditorial de "TEL QUEL" ci-dessous).

Cela réveille des souvenirs douloureux ici, les attentats de mai 2003 qui étaient "mieux" organisés et avaient atteint aussi bien des marocains que des intérêts juifs et chrétiens. Mon collègue franciscain, Manuel, avait été très choqué par l'attentat très meurtrier commis à la Casa d'España, contiguë à l'église St François qu'il dessert… et les événements de ces dernières semaines ravivent les douleurs.

Pour autant, ne vous inquiétez pas trop pour nous, nous respectons les consignes de prudence du Consulat qui nous demande de ne pas trop aller dans les lieux de foule… et travaillons tous plutôt à ce que "ça change" dans les relations Nord-Sud et dans les conséquences d'une mondialisation quand elle perd tout sens humanisant. Alors que tant d'initiatives montrent qu'une autre mondialisation est possible…
Du coton équitable…

A ce propos, je me permets de reproduire ici un article narrant une soirée "Commerce équitable, à l'aumônerie de Casa", que je viens de rédiger pour "ENSEMBLE", l'excellente revue du diocèse (son rédacteur en chef est Antoine Riobé que pas mal d'entre vous avez rencontré soit dans les rencontres du MIAMSI, soit à la journée du 4 septembre 2005, lors de mon "envoi en mission"). Si cela vous intéresse de la lire, vous pouvez vous abonner en écrivant au diocèse de Rabat (cf. le site internet en bas de la page).
Nous sommes tous des consommateurs, et si nous devenions des "consomm-acteurs" ? Tel était l'objectif de la soirée d'aumônerie en mars, à Casa.

L'équipe d'animation avait préparé ce thème, bien soutenue par un montage Power Point très suggestif de Caritas sur le "commerce équitable". Soirée préparée, invitations envoyées par courriel, comme d'habitude, et … surprise pour l'aumônier… un papa répond aussitôt au courriel : "Pour ton information, nous commercialisons depuis un an du fil de coton à base de cotons "commerce équitable" des pays d'Afrique de l'Ouest ! Il y a un peu plus d'un an, notre filature de Fès a été auditée et agrée par Flo Cert, organisme qui certifie que nous sommes en mesure d'acheter des cotons et de fabriquer des fils avec le label "commerce équitable" de Max Havelaar."

Aussitôt, on décide de bousculer le programme prévu et d'inviter ce papa – cotonnier équitable à nous expliquer son travail !

Du coup notre soirée, rassemblant une quinzaine de lycéens et collégiens, est devenue très concrète. On a d'abord "joué" à découvrir comment se répartit le prix d'une paire de Nike de 100 € (pour votre information, sachez que 3 € sur les 100 que vous avez dépensés reviennent à la main d'œuvre = à l'ouvrier qui a cousu la paire de chaussures…).

Puis, B. qui avait apporté des fruits de cotonnier, du fil et un tee-shirt nous a expliqué comment on travaille cette plante pour en faire des vêtements. Mais surtout comment depuis 2005 les producteurs de coton d'Afrique se sont organisés, comment les producteurs de fil et de vêtements et les commerçants ont réalisé l'importance de mieux honorer et sécuriser le travail des paysans : le label "Max Havelaar" désormais apposé sur un certain nombre de vêtements de coton que vous pouvez acheter tant par correspondance que dans certaines grandes surfaces vous garantit qu'à tous les échelons de la fabrication et de la vente (pas encore pour le transport, malheureusement) les droits des "travailleurs" ont été respectés, le développement durable mis en œuvre, la formation continue des paysans, la scolarisation de leurs enfants et la garantie de leurs débouchés assurées, et la qualité du produit final renforcée.

Alors oui, ça vaut la peine de dépenser un peu plus pour s'habiller quand on se rend compte que ce simple achat contribue à rendre notre monde plus humain. Et si nous exigions de notre chausseur préféré de payer un peu plus cher ses chaussures en échange de la garantie que l'ouvrier chinois sera mieux respecté…

Saluons aussi au passage l'effort accompli au Maroc pour que les relations commerciales avec les producteurs de coton du Burkina Faso, du Mali ou du Sénégal, les façonniers et commerçants de France et nous autres consommateurs soyons plus solidaires les uns des autres !

N'hésitez pas à consulter les deux sites internet : www.caulliez-maroc.com (cliquez sur "certificats") et www.maxhavelaarfrance.org (cliquez sur "produits" et sur "coton").

Voyage à Cotonou

Ces jours-ci, nous avons la joie d'accueillir Mgr Agboton, l'archevêque de Cotonou, l'évêque d'Ephrem. Il est venu visiter les 3 prêtres Fidei Donum du Bénin qui servent dans notre diocèse, et peut-être envisager de proposer à d'autres de venir servir ici.

Je l'ai rencontré il y a un peu plus d'un mois à Cotonou où, avec mon ami Jean de Dieu Dembélé, du Mali, nous sommes allés préparer le "FORUM CITOYEN" que MIAMSI et JICI organisent là-bas en juillet prochain = une rencontre d'une semaine proposée à une soixante de jeunes étudiants et professionnels des pays d'Afrique francophone (une quinzaine de pays) sur le thème : "Promouvoir l'engagement économique, social et citoyen des jeunes adultes en Afrique à la lumière de l’Enseignement Social de l’Église  « Jeune cadre chrétien d’Afrique, engage toi là où tu es au nom de ta foi en Jésus Christ à exercer le pouvoir avec responsabilité et à produire des richesses pour soutenir un développement durable sur ton continent »"

Nous avons reçu un très bon accueil des autorités ecclésiales comme de la "société civile" mais aussi du Saint Siège pour contribuer, modestement, à relever le défi du développement du continent. Nous avions déjà organisé un semblable FORUM CITOYEN au Mali en 2004 sur la question de l'engagement citoyen et politique, qui avait suscité beaucoup d'enthousiasme. Nous nous retrouverons à Cotonou la 3ème semaine de juillet pour évaluer le travail accompli depuis Bamako et aborder, en nous appuyant sur des acteurs économiques très dynamiques du Bénin, la question de l'initiative économique.

D'ailleurs, ce soir, Ephrem et moi avions rassemblé autour de l'évêque de Cotonou des Jeunes Professionnels du Sud Sahara qui sont en équipe Vie & Foi – MIAMSI ici : c'était passionnant d'entendre Audrey, Carmen, Ruphin, Gaël ou William raconter comment ils se préparent très concrètement à repartir dans leurs pays respectifs, et les projets qu'ils mettent au point pour créer de petites structures économiques là-bas. Je suis bluffé par le sérieux avec lequel ils s'y préparent, multipliant ici les expériences professionnelles pour acquérir savoirs et savoir-faire, mais aussi nouant des liens entre eux, car ils savent bien que tout seul on ne peut rien faire. Et j'ai un peu regretté que l'ami Daniel GUÉRY, le président du MIAMSI (il me fait la joie de sa visite car il anime actuellement un stage pour des enseignants à Rabat) n'ait pas pu être témoin de cette rencontre.

Bien sûr, dans une prochaine Gazette, je vous raconterai ce Forum de juillet prochain… auquel deux de nos convives de ce soir participeront, d'ailleurs.
Un aspect original de l'islam marocain…

Lorsque vous parcourez le Maroc (et j'espère que beaucoup d'entre vous, amis lecteurs, pourrez le faire un jour… avec un petit passage par Casa), vous apercevez souvent des "KOUBBAS", petites constructions cubiques blanches surmontées d'une coupole : dans cette KOUBBA se trouve le tombeau d'un MARABOUT, un personnage vénéré, une sorte de saint. En Islam "Dieu seul est saint", mais l'Islam malékite marocain aime vénérer les saints, et on vient volontiers en pèlerinage auprès de tel ou tel marabout pour recevoir la "BARAKA" (la bénédiction, la chance, un destin favorable) ou pour demander l'intercession de ce saint.

Il y a un Marabout célèbre à Casa, Sidi Abd-er-Rahmane, dont la KOUBBA est érigée sur un petit îlot à l'extrémité sud de la grande plage, la Corniche. J'aime y emmener mes visiteurs, c'est notre "Mont Saint Michel" à nous, et j'ai eu la joie d'y conduire il y a 2 semaines ma nièce Tatiana et sa fille Mathilde, ma filleule, qui m'ont fait le bonheur de venir passer quelques jours ici.

Voici une belle histoire que l'on attribue à propos de Sidi Abd-er-Rahmane, et qu'aime conter mon confrère Michel, qui l'a reçue d'un maître soufi de Fès :
Un jour Sidi Abd-er-Rahmane, célèbre sage soufi, rencontre sur la plage de Casa un joueur de flûte qui joue admirablement. Il lui demande s'il sait prier. Le musicien lui répond : "oui ! quand je joue de la flûte, je contemple la mer et je suis saisi par la grandeur de Dieu ; puis je regarde le ciel et les nuages, et je suis saisi par la beauté de Dieu ! et je joue de la flûte en faisant monter vers Dieu ma prière." – "Oui, mais sais-tu les prières ?" – "Non, personne ne me les as apprises, mais je t'en prie, apprends-moi." Et Sidi Abd-er-Rahmane apprend au flûtiste les 5 prières quotidiennes, les rites de purification, etc. "Très bien, merci maître, je prierai ainsi." Alors, Sidi Abd-er-Rahmane le quitte et avec son tapis file sur l'eau à la recherche de Dieu. A ce moment-là le flûtiste se rend compte qu'il a tout oublié ce que lui a appris le maître. Alors il court sur l'eau, rattrape le maître, et lui demande : "j'ai tout oublié ce que tu m'as dit, rappelle-moi". Et Sidi de lui rétorquer : "moi j'ai besoin de mon tapis pour marcher sur l'eau. Toi, tes pieds te suffisent. Alors continue de prier comme tu le faisais !"
Camp scout

Louveteau à 8 ans, scout de France à 12 ans, "chef" pionnier à 22 ans, il a fallu que j'attende 56 ans et le Maroc pour devenir aumônier scout ! Nous avons ici une troupe originale, "le Scoutisme Unifié au Maroc" qui rassemble des enfants et des jeunes catholiques et protestants, avec deux aumôniers, Jean-Luc Blanc le pasteur et moi-même. Cette année, une cinquantaine de jeunes participent à la troupe. Une difficulté réside dans le fait qu'il n'y a pas ici d'étudiants chrétiens (hormis les subsahariens – tous les "blancs" filent étudier en Europe ou aux Etats-Unis), et donc il nous faut aller chercher des responsables dans un autre vivier : en 2006-7, 8 papas, un lycéen, un jeune professionnel et 2 étudiants subsahariens encadrent les louveteaux et les mousses (puisqu'il s'agit d'un groupe de scouts marins). Nous sommes allés camper pendant 5 jours, la semaine dernière, au bord d'un très beau lac, à Bin El Ouidane, dans le Moyen Atlas, et j'ai participé pendant 3 jours à ce camp nautique où les jeunes, en plus du traditionnel concours de cuisine et autres grands jeux, ont fait des joutes nautiques grâce aux radeaux qu'ils avaient construits. Et nous avons partagé un bien bon moment de "temps spi" selon le jargon de la tribu, sur le thème du bon berger, ce qui était bien en situation puisqu'un jour notre camp a été envahi par un troupeau d'au moins 150 moutons et chèvres !
50 ans de FIDEI DONUM

On fête cette année, dans l'Église, le cinquantenaire de l'encyclique Fidei Donum par laquelle le pape Pie XII a invité les Églises du Nord à envoyer des prêtres mais aussi des religieux/ses et des coopérants à venir soutenir le développement des Églises du Sud… c'est à ce titre que je suis au Maroc… mais aussi que, désormais, l'Église en France et dans bien d'autres pays du Nord qui manquent de prêtres bénéficient du ministère de prêtres africains ou asiatiques.

A Dijon, le diocèse fêtera ce cinquantenaire par une journée d'échanges et de prière le samedi 30 juin, à la paroisse Ste Jeanne d'Arc à Dijon : j'y serai et en profiterai pour passer une petite semaine en France, heureux à la perspective de rencontrer tel ou tels d'entre vous, pourquoi pas d'ailleurs à cette journée.
Voilà donc quelques échos de ma vie ici au Maroc. Il y aurait bien d'autres choses encore à raconter… mais j'ai déjà été assez long !

Merci à vous tous qui êtes de plus en plus nombreux à réagir à ces Gazettes : c'est vraiment le sens profond de l'appel FIDEI DONUM que ces échanges entre le Nord et le Sud pour permettre à cette vie fragile mais tenace que j'évoquais au début de ma lettre de porter de plus en plus de fruits !
Bien à vous !

Daniel, le "bidaoui"

(habitant de Dar el Beida)

NB – Un petit problème technique m'empêche d'agrémenter cette Gazette de quelques photos… pardon pour l'austérité de la lecture !

Editorial de Ahmed R. Benchemsi dans TEL QUEL n° 270, il y a deux semaines

Coup de foudre à Hay Al Farah



Entre les terroristes et la police, le peuple a choisi son camp. C’est plus rassurant que tous les discours officiels.

Samedi 14 avril 2007 au matin, boulevard Moulay Youssef, Casablanca. Deux kamikazes viennent de faire sauter leurs charges explosives – heureusement, sans faire d’autres victimes qu’eux-mêmes. Sur la scène du drame, quantité d’images frappent le curieux : les corps démembrés des deux terroristes, les limiers de la police scientifique, avec leurs blouses blanches et leurs étranges instruments, le nombre impressionnant de policiers, en uniforme ou en civil mais tous arme à

la main et, nous dira-t-on, balle au canon… Mais ce qui m’a le plus impressionné (car j’étais sur les lieux, au milieu d’une petite foule de mes confrères), c’est cette autre scène, qui s’est répétée à plusieurs reprises : à chaque fois qu’un suspect était interpellé (une vingtaine l’ont été ce matin-là), le fourgon de police qui le transportait avançait au milieu d’une double haie d’honneur faite de milliers de badauds qui… applaudissaient à tout rompre ! Jamais, de mémoire de Marocain, on n’avait vu des citoyens applaudir des policiers. Hier considérés comme des tortionnaires et des familiers de l’abus de pouvoir, les voilà aujourd’hui des héros, qui protègent la sécurité des citoyens au péril de leur vie. Quel spectaculaire retournement ! Du coup, non seulement on les applaudit, mais on les aide activement.
On sait que le terroriste qui, après avoir passé près de 50 heures à se terrer sous un lit à Hay Al Farah, a été capturé vivant par des jeunes du quartier. Ce qu’on sait moins, c’est que pendant que 2 ou 3 jeunes, vite rejoints par la police, étaient occupés à le maîtriser, une cinquantaine d’autres formaient spontanément, de leurs corps, un cordon de sécurité. Et le cordon a tenu, jusqu’à ce que les policiers en remercient les maillons et leur demandent de se disperser. Lors de la conférence de presse qui a suivi le sanglant rodéo du 10 avril, les autorités n’ont pas eu de mots assez forts, d’expressions assez vibrantes pour louer le patriotisme et la mobilisation de la population. Serait-ce parce que (on attribue ce bon mot au général Mohamed Belbachir, ex-chef de renseignements militaires) «le Maroc compte 30 millions d’indics» ?
Non. En tout cas, pas depuis le 10 avril. Un indic, ça travaille pour de l’argent. Mais les jeunes «oulad derb» de Hay Al Farah, ou encore ceux qui ont aidé à interpeller quelques-uns des suspects du 14 avril, ne demandaient rien d’autre que leur quart d’heure de gloire. Sitôt leurs exploits accomplis, ils se mettaient en quête… du journaliste le plus proche, pour qu’il note bien leurs noms et faits d’armes. Sympathique, et absolument pas déshonorant. Cette vieille dame de Hay Al Farah ne demandait rien. Elle qui, spontanément, a préparé des mlaoui, de la harcha, du thé et des tartines de beurre et de confiture aux agents qui suaient sang et eau sous ses fenêtres depuis 5 heures du matin, Beretta au poing. Elle se contentait de remercier la police, à sa manière. Pareil pour cet homme qui, entendant des flics se plaindre (entre eux) qu’ils n’avaient rien mangé depuis le matin, a spontanément acheté ce que lui permettait sa maigre bourse (15 Raïbi Jamila et autant de mille-feuilles), avant de le leur distribuer sans mot dire. Solidaires, un point c’est tout.
Oui, le terreau du terrorisme, c’est la misère et l’injustice sociale. 10 avril ou pas, ces maux existent encore, hélas, au Maroc. Oui, la torture (à l’encontre des islamistes) et les comportements contraires à l’esprit des lois, ça existe encore, hélas, parmi nos forces de l’ordre. Mais entre les terroristes et la police, le peuple a choisi son camp. Pour nous convaincre que le terrorisme ne «prendra» pas au Maroc, l’Etat peut nous donner toutes les assurances sécuritaires qu’il veut. Aucune ne sera aussi forte que celle-là.



Daniel Nourissat - Eglise Notre-Dame - Rond-Point d'Europe - 20100 CASABLANCA - MAROC

Tél : 00 212 29 47 18 - Port au Maroc : 00 212 74 57 64 96 - Port en France : 00336 84 71 26 30

Fax : 00 212 22 26 85 28 - daniel.nourissat@menara.ma

Site internet du diocèse de Rabat : http://www.dioceserabat.org

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