Un atelier animé par Benoît Falaize





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date de publication09.10.2017
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La place de l’immigration dans l’enseignement de l’histoire

Un atelier animé par Benoît Falaize

(Chargé d’études et de recherche à l’INRP, ancien professeur d’histoire à l’IUFM de Versailles)

L’immigration est sous les feux de l’actualité avec les lois Hortefeux et l’instauration d’un ministère de l’identité nationale, qui a entraîné, en protestation, la démission de plusieurs membres du comité scientifique de la Cité nationale de l’histoire de l’immigration (CNHI). Dans ce contexte, a été publié un rapport d’enquête intitulé Enseigner l’histoire de l’immigration à l’école* et dirigé par Benoît Falaize, chargé de recherche à l’INRP. Commandé il y a deux ans par le service recherche et pédagogie du CNHI, l’étude avait pour objectif de faire l’état des lieux de cet enseignement pour préparer le travail du Musée à destination des élèves. De nombreux points concernent l’école primaire qui a été, en bien des domaines, une véritable pionnière dans les années 70-80 pour la prise en compte des élèves issus de l’immigration. Mais de la prise en charge de ces élèves à un enseignement de l’histoire de l’immigration la route est longue. Cette question n’apparaît qu’en 2002 au détour de phrases implicites comme « respecter ses camarades et accepter les différences » ou explicites dans les documents d’application à propos de la société française dans la seconde moitié du XXe siècle : « La France, comme tous les autres pays développés, accueille des femmes et des hommes d’origines géographiques et sociales très diverses. ». Pendant ce temps, « les mémoires de l’histoire ne cessent de frapper à la porte de nos sociétés européennes comme des salles de classe depuis plusieurs années maintenant »**. L’école a-elle un autre choix que d’ouvrir la porte à cette histoire qui est celle de la nation tout entière ? Gageons que le temps perdu ne le sera pas plus longtemps.

*Consultable sur le site de l’IRP

**Rapport d’enquête Enseigner l’histoire de l’immigration à l’école, p. 178
Toutes les disciplines peuvent être convoquées

Quelle définition donner à l’Histoire de l’immigration ?

Il existe un consensus très fort de la communauté historique sur l’histoire de l’immigration. C’est un phénomène intemporel et un processus long et complexe. Il n’existe pas une immigration italienne, polonaise ou marocaine mais plusieurs « âges » de ces immigrations. Il y a aussi des modes d’insertion différents selon ces périodes. J’ajouterai que ce processus ne concerne pas seulement les immigrés, mais l’histoire de la France et de la Nation. Pour le dire autrement, ce n’est pas tant « leur » histoire que « notre » histoire commune. Pour preuve, c’est dans ce processus qu’a été inventée la nationalité française. La définition de la loi sur la nationalité française date de 1889 et a émergé pendant la période de l’immigration belge et italienne.

Les programmes de l’école sont quasi muets sur cette histoire, comment expliquer ce silence ?

Si on observe les programmes d’histoire de l’école primaire, la première mention de cette histoire apparaît en 2002, et au lycée, très nettement, en 2006 pour les 1ères STG. L’immigration fait partie des impensés de l’Histoire comme l’a écrit l’historien Gérard Noiriel. Ce phénomène est resté un « non-lieu» de mémoire jusqu’à très récemment. En parallèle, les programmes valorisent le fameux creuset américain. Pourquoi la France ne valorise-t-elle pas le sien ? D’un point de vue scientifique, l’immigration n’était pas considérée comme un objet légitime de recherche. Mais ce n’est plus le cas de la même manière aujourd’hui.

Quelles sont les disciplines, les matières qui peuvent servir cet enseignement ?

C’est un sujet éminemment pluridisciplinaire et l’école primaire a naturellement sa place à prendre. Ceci étant, une part importante doit rester à la leçon d’histoire pour, par exemple, comprendre la permanence de la xénophobie, montrer les invariants et les variations, les périodes de tournures souples et celles de raidissement identitaire, etc. Mais toutes les disciplines peuvent être convoquées. La littérature est un excellent moyen permettant d’incarner l’histoire de l’exil dans toutes ses dimensions. Celle de jeunesse y a toute sa place également, au travers de biographies, de récits autobiographiques mais aussi les arts, la géographie, l’éducation civique…

Avez-vous observé des pratiques relevant de l’histoire de l’immigration à l’école élémentaire ?

Pour le rapport remis au Centre national de l’histoire de l’immigration (CNHI), nous avons réalisé 50 entretiens et 27 analyses de pratique mais aucune n’avait réellement à voir avec l’histoire de l’immigration. Beaucoup d’enseignants pensent traiter le sujet mais en l’étudiant par le biais de l’histoire de la colonisation avec « Graines de cacao » par exemple. Ce qui n’est pas la même chose. Par ailleurs, la plupart des pratiques observées relevaient de l’éducation civique avec des notions mises en avant telles l’intégration, la tolérance, la diversité, le respect… Toutes ces notions concernent le présent. La place des débats récents sur la question migratoire et l’identité nationale, l’ouverture de la Cité nationale de l’histoire de l’immigration, les débats publics autour de l’expulsion des immigrés en situation administrative irrégulière sont autant de thèmes d’actualité qui hantent les consciences. Cette actualité obère les approches historiques, elle prend toute la place. Ces approches sur les valeurs se font dans de bonnes intentions mais si elles ne sont ni étayées, ni travaillées, l’école en reste à un credo du divers qui peut devenir un véritable catéchisme. L’apprentissage doit passer par l’étude de la réalité historique dans sa diversité. L’histoire de l’exil est de ce fait intéressante. Que se passe-t-il avant le moment où l’immigrant pose le pied sur le territoire ? Pourquoi part-il ? Qui est-il ? L’immigration impulsée par le CNPF pour fournir la main-d’oeuvre de Renault ou Peugeot dans les années 50-60 est différente de celle du médecin algérien. Or, il est possible de mettre en évidence ces parcours individuels sans passer par les histoires familiales des élèves. Notre enquête montre combien les enfants sont régulièrement sollicités en classe pour raconter cette histoire. Or deux questions se posent. Combien de temps un élève sera-t-il considéré comme immigrant alors même qu’il est né en France ? Et quelle place doit-on accorder à la vie privée dans l’école ? Des « autres », l’école ne cesse de parler. Mais de « nous », d’un « nous » collectif et construit dans une histoire longue, l’école a manifestement plus de mal.

Propos recueillis par Lydie Buguet

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