Du socialisme au “ social-libéralisme ” ?





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Histoire du Socialisme
Du socialisme au “ social-libéralisme ” ?

Les socialistes en Europe

(XIXème - XXème s.)
Leçon 1

Fondements théoriques et organisationnels
Introduction : Origine du mot
L'origine du mot est controversée. Beaucoup considèrent que “ socialiste ” serait d'origine anglaise, apparu vers 1822 autour de robert Owen.

D'autres considèrent que son origine est italienne ou encore française. Dans ce dernier cas, elle remonterait au 18ème siècle autour de Mallet du Plan (publiciste) qui l'aurait employé pour définir les anti-révolutionnaires.

Puis le terme revient en France en 1830 dans le journal de Charles Fourier.
Pierre Leroux revendique la paternité du mot, l'ayant utilisé par opposition à “ individualisme ”. En tout cas, il lui a sûrement donné son sens actuel.
Fondations
Fondations 1 : Guerres sociales
Guerres serviles & tradition plébéienne dans l'Antiquité
Les guerres serviles
Ce sont des guerres sociales. Un papyrus de la 18ème dynastie semble être le premier document à évoquer de telles guerres. Mais on ne sait pas :

-     s'il décrit une situation réelle à savoir une des guerres sociales

ou

-     s'il montre seulement une calamité sociale (un renversement des valeurs sociales) sans qu'elle se soit vraiment produite.
Dans l'Antiquité grecque :

-     Athènes : peu de révoltes serviles car la situation des esclaves est relativement bonne

-     Sparte : les révoltes serviles sont presque une tradition.

Une catégorie sociale, les hilotes, a des conditions de vie très difficiles. Ce sont des esclaves appartenant à l'Etat mais prêtés par celui-ci aux citoyens. Leur condition morale est très difficile car ils sont considérés comme des sous-hommes.

Ceci explique les nombreuses révoltes de hilotes à Sparte.
     A Rome :

La révolte la plus célèbre est celle de Spartacus en 73 av. JC. Il a tenu tête à l'armée romaine pendant 2 ans.

L'aspect idéologique et même utopiste a été repris bien plus tard par les 1ers spartakistes qui rêvaient d'une “ cité du soleil ”. (utopie à tendance pythagoricienne).

Spartacus devient donc un symbole : en 1916, Liebnecht et Luxembourg utiliseront son nom en Allemagne.
La tradition plébéienne de réforme sociale
La tradition démocratique de réforme naît avec Périclès au 5ème siècle, dans l'Athènes Classique. On peut dire que Périclès est l'inventeur des premiers éléments de “ l'Etat Providence ”, où l'Etat s'occupe des citoyens les plus démunis. Il renforce également la pratique démocratique.
Les frères Gracques (tribuns de la Plèbe), dans les années 162 à 121 av. JC, ont tenté des réformes de la Plèbe, notamment dans le domaine agricole, en se dressant contre les Patriciens (la nobil classe). Ils se sont fait tuer au cours de leurs coups de force mais sont devenus le symbole des “ classes moyennes ”.
Spartacus et les frères Gracques représentent un socialisme version “ non-bolcheviks ”. (Babeuf, un révolutionnaire, se fera appeler Gracchus)
Les Jacqueries
Ce sont des révoltes paysannes très nombreuses au Moyen Age et à l'Epoque Moderne (à savoir du 16ème siècle à la Révolution Française).

Elles ont concerné toute l'Europe et se sont dirigées :

-     contre les droits seigneuriaux et notamment le servage

-     contre l'Etat et notamment la pression fiscale
Quelques exemples
-     en All, entre 1524 et 1526 : la guerre des Paysans

Elle débouche sur une amorce d'organisation, car avant ça, les révoltes étaient très désorganisées. Cette révolte est liée à la révolution millénariste et aux réformes luthériennes. Elles auraient fait 100 000 morts.
-     en France, au 17ème s. : une série “ d'émotions populaires ” (=émeutes)

notamment dans le Languedoc, la Normandie, la Bretagne
-     en Russie : révoltes paysannes qui s'accompagnent de phénomènes religieux
Les mécanismes des révoltes
Elles démarrent souvent à l'arrivée du percepteur qui vient prélever les impôts.

Dans un premier temps, elles sont victorieuses car il n'y a pas de résistance car peu d'armée permanente donc les autorités ne peuvent faire face. *Mais au bout d'un moment, la répression est de plus en plus sévère.
Fondations 2 : Millénarismes
Il repose sur le mythe de l'Age d'or.
Illuminations
L'Age d'or : Héside et les autres
Il est décrit par un auteur grec du 8ème s. av. JC : Héside.

Son texte est la défense et l'illustration du petit paysan face à la rapacité des nobles. C'est l'éloge du bon vieux temps.

Il distingue 2 ages principaux dans l'Humanité :

-     l'Age d'or, ancien, où tout baignait

-     L'Age de fer, qui est le règne des profiteurs

Son but est le retour à l'Age d'or.

Héside a une conception cyclique du temps et non linéaire. (= le temps revient sur lui-même). Le terme “ révolution ” a d'ailleurs pris longtemps le sens astronomique du mot.
L'apport chrétien : Paradis perdu, parousie et millenium
Il existe un lien très ancien entre la religion et l'aspiration à l'égalité. On le trouve déjà dans l'Antiquité mais surtout dans le christianisme avec la notion de paradis.

Ce qui est important, ce sont les apocalypses, et notamment celle de Jean.
L'eschatologie a un aspect individuel (par le salut chez les chrétiens) et un aspect collectif ( la fin du monde terrestre).

Dans l'aspect collectif, il y a 2 visions :

-     cyclique : la fin du monde est un renouveau

-     linéaire : la fin du monde est un passage à un autre monde
Le millénarisme (ou chiliasme) est surtout issu de l'apocalypse de Jean, mais aussi du chiisme dans l'Islam. C'est une sorte de messianisme (= on attend un messie) qui est très présent dans le judéo-christianisme puis devient un peu suspect, pour se réfugier, à terme, dans l `hérésie.

Le millénarisme est l'attente d'un royaume de longue durée pendant laquelle le messie va régner en attendant le jugement dernier. (parousie = attente du Christ)

Caractéristiques du millénarisme :

-     a un aspect social prononcé : se développe d'abord chez les plus défavorisés

-     pour accélérer la venue du messie, il utilise souvent la violence

Quelques exemples :

-     les 1ères croisades (dont celle des Pastoureaux en 1251)

-     le dolcinisme (en Italie)

-     les Hussites (Tchèques)

-     les anabaptistes, notamment ceux de Munster : à la prise de Munster, il y a eu création d'une cité millénariste avec un chef (Münzer)
Le millénarisme persiste encore aujourd'hui dans la branche adventiste du christianisme, par exemple chez les Témoins de Jéhovah.
1.     Les révolutions anglaises
Les bases de ces révolutions remontent à la période 1640-1688, période de lutte du Parlement contre l'absolutisme royal, notamment sous la période républicaine de Cromwell avec l'apparition de mouvements politico-religieux parmi lesquels :
Levellers
C'est un mouvement politico-religieux car il apparaît surtout chez les protestants non anglicans (= les calvinistes, les puritains, ...) pendant la Grande Sédition (= la première révolution anglaise, qui aboutit à l'exécution du roi).

La politique d'enclosure (clôture des champs) a ruiné les petits paysans. Donc les Levellers défendent la petite propriété (un peu comme les frères Gracques). Ils demandent l'extension du suffrage.

Ils voulaient mettre en place une armée mais se heurtent à Cromwell, qui voulaient une révolution politique mais pas sociale.

Ex. de levellers : Lilburne
Diggers
C'est un mouvement moins intellectuel mais toujours religieux, plus radical, qui touche surtout les paysans.

Ils développent des idées de communisme agraire et des idées millénaristes.
B.     Fondations 3 : Révolution française
1.     Lumières
Sociologie des Lumières
Ce mouvement touche largement les classes dominantes dans la bourgeoisie, l'aristocratie (dont les francs-maçons), les souverains d'Europe (Frédéric II de Prusse, Catherine II de Russie, Joseph II d'Autriche).

C'est un mouvement européen qui touche d'abord l'Angleterre, puis la France (où il connaît son apogée), puis (chronologiquement) dans les pays germaniques, en Europe centrale et orientale (Russie, Pologne), en Europe méditerranéenne.

Son vecteur linguistique est le français.

Idéologie des Lumières
Elle part du principe que l'être humain peut sortir des Ténèbres (= de l'ignorance) par la raison, par l'autonomie de l'entendement humain (Kant), par l'expérimentation scientifique.
Caractéristiques :

-     idée de progrès, contrairement aux idées de l'Age d'or ou du millénarisme. Ici, le but est de bâtir le royaume de Dieu sur Terre.

-     Idée de la recherche du bonheur individuel et collectif.

-     Idée d'une certaine laïcisation (= se libérer des dogmes catholiques), idée que les devoirs envers Dieu sont les mêmes que les devoirs envers l'humanité. Cela va jusqu'au libertinage (Rousseau).

-     Idée de philanthropie : la charité est remplacée par l'assistance.

-     Idée du cosmopolitisme, d'appartenance à l'humanité tout entière, de paix perpétuelle.
Cette idéologie aura une grande influence sur les révolutions française et américaine et ouvre la voie au socialisme démocratique (Kant).
2.     L'apport de la Révolution française
Le Discours de la méthode (révolutionnaire)
1789 n'est en rien une révolution socialiste mais fournit au socialisme qui va arriver quelques modèles :

-     montre que le changement est possible avec l'entrée d'une dose d'utopie : ainsi, les idées de changements ne sont pus des combats désespérés

-     modèles de comportement, offerts par les personnages de la Révolution : Robespierre (l'incorruptible), St Just, Marat

-     modèles de prise de pouvoir (par une minorité agissante)

-     modèles d'organisation comme les clubs (ex : club des Jacobins) ou les sociétés populaires (ex : les sans-culottes, qui représente les citoyens passifs, ne pouvant pas s'exprimer)

-     modèles de gouvernements révolutionnaires, c'est à dire de gouvernements existant en dehors de la légalité (ex : comité de salut public)
République et démocratie
L'idée de république pèse sur les réflexions des sociaux-démocrates européen, qui la pensent comme acte fondateur de la sociale-démocratie.

Il y a une double tradition révolution / république. Ce sont des éléments contradictoires mais ce sera le socle du socialisme démocratique du 19ème siècle.
3.     Babeuf et le babouvisme
Gracchus Babeuf (1760 - 1797) et la Conspiration des Egaux
D'origines modestes, il participe dès 1790 à des manifestations contre les impôts.

Il appartient au courant jacobin mais se sépare du robespierrisme. Il sera d'ailleurs poursuivi par le Gouvernement Révolutionnaire.

Il prépare donc une prise de pouvoir dans la clandestinité entre 1795 et 1797 : c'est la conspiration des Egaux. Mais cela se termine mal : il est condamné à mort, se poignarde en plein procès mais se rate. Il sera décapité.
Un modèle d'organisation
-     c'est une organisation clandestine avec un comité directeur, des agents civils et militaires, avec un plan d'insurrection

-     une propagande très active (chansons, affiches)

Marx : “ Babeuf est le fondateur du 1er parti communiste agissant ”.
La mort de Babeuf ne met pas fin au mouvement. Il est repris par Buenarotti.

Puis Blanqui reprendra un peu le schéma du mouvement. Les bolcheviks s'en inspireront  également.
Le communisme
Il y a dans ce mouvement une volonté de révolution sociale. C'est un communisme essentiellement agricole, de distribution plus que de production.

Mais il y a quand même une volonté d'établir une société où l'aspect collectif prend le dessus sur l'aspect individuel. (“ La Grande Famille ”)

Babeuf imagine un dépérissement de l'Etat.
C.     Fondations 4 : Utopies
1.     Pères fondateurs
Platon
Dans la “ République ”, Platon construit une cité idéale avec une forme de communisme dans la possession des biens, avec un système hiérarchisé.
Thomas More
C'est le véritable fondateur de l'utopie avec son livre, “ Utopia ”.

Utopie = pays de nulle part

C'est l'idée d'une cité imaginaire avec une structure sociale radicalement différente du temps. C'est une critique de la société du temps.
Floraisons utopiques
Beaucoup d'ouvrages apparaissent dès le 16ème siècle.

Ex : La cité du Soleil, de Campanella

Puis apparaissent des ouvrages d'anti-utopie.
Traits généraux des ouvrages utopistes :

-     ils se penchent sur la question sociale (surtout agraire puis ouvrière)

-     le travail tient une place centrale : il est considéré comme une valeur essentielle et l'oisiveté est condamnée

-     il y a une religion du producteur (par ex, chez St Simon)

-     l'organisation est basée sur la journée de travail dans les sociétés utopiques

-     importance du communisme des biens mais aussi des femmes et des enfants : critique de la propriété privée

-     lien entre utopie et ville : la cité idéale est une ville. Il y a, de manière générale ; un lien fort entre utopie et géographie (souvent une île)
2.     Les “ utopistes ” du XIXème siècle
St Simon (1760 - 1825) (Claude-Henri de)
Il est issu de la très haute aristocratie : c'est un homme d'affaire.

Son œuvre date principalement de la période 1803 - 1825 avec notamment “ Nouveau Christianisme ”.
Le St Simonisme :

-     repose sur un éloge du producteur (parabole de St Simon)

-     distingue 2 partis dans la société :

o     parti anti-national : les “ improductifs ”

o     parti national : ceux qui exécutent des travaux d'une utilité directe à la société = les producteurs

-     l'Age d'or n'est pas derrière mais devant : il a foi dans l'avenir et dans le progrès en considérant que l'avenir est à la science et à l'industrie

-     la classe primordiale est la classe industrielle. Il est l'un des premiers à mettre en avant la lutte des classes tout en étant hostile à cette lutte car, pour lui, il doit y avoir alliance entre les producteurs

-     veut élever la condition de la classe pauvre (question sociale) en revenant à la charité chrétienne
Il y a 4 courants continuateurs de St Simon :

-     ceux qui ont transformé le saint-simonisme en religion (ex : Enfantin)

= d'abord un phénomène mondain, puis création d'un monastère à Ménilmontant

mais vire à la secte.

-     les "technocrates" : industriels, banquiers, polytechniciens

ex : Olinda Rodrigues, les frères Pereire

-     les économistes et les sociologues, qui retiennent surtout les méthodes du saint-simonisme (ex : Chaptal, Auguste Comte)

-     les socialistes dont les socialistes chrétiens

ex : Buchez : reprend l'idée de progrès mais c'est Dieu qu'il voit dans cette idée de progrès (transcendance), il est plus radical dans la volonté de mise en pratique de l'évangile; il pense qu'il faut une émancipation des producteurs ouvriers.
Fourier (1772-1837)
Issu de la moyenne bourgeoisie, il est né à Besançon dans une famille de commerçants.

Dans “ Le nouveau monde industriel et sociétaire ”, il construit une théorie à partir des passions, dans le but de connaître les lois qui les régissent.

Il trouve 12 passions fondamentales dont :

-     5 passions sensitives (correspondant aux 5 sens)

-     4 passions affectives (amitié, ambition, amour, familisme)

-     3 passions distributives : passion cabaliste (se mêler des affaires des autres), passion papillonne (changer d'attitude), passion composite (s'intéresser à plusieurs choses en même temps).

L'attraction passionnée est la loi qui régit tout cela : c'est une impulsion irrésistible qui nous pousse vers certaines occupations, certains êtres ou certains plaisirs.

Pour lui, on a trop voulu brider les passions dans le passé. Or, il faut les exalter pour qu'elles soient utiles à la société. Il veut utiliser les passions pour rendre le travail agréable et établit 8 conditions pour cela dont : remplacement des salaires par les dividendes (intéressement des travailleurs), variété des taches, ...

Fourier prône la recherche du bonheur par l'émancipation.

Il voulait créer des groupes de base de la société : les phalanstères.
Continuateurs de Fourier :

-     les disciples directs (qui essaient notamment de réaliser le phalanstère)

dont Victor Consideran (polytechnicien) : fonde l'école sociétaire.

-     socialistes : pour Engels, Fourier est un précurseur du matérialisme historique.
Cabet
C'est un des dirigeants de la Charbonnerie (société secrète des années 1820) puis, dès 1830, devient républicain et lance un journal : le “ Populaire ”.

Il est influencé par Thomas More et Robert Owen.

En 1839, il publie “ Voyage en Icarie ” et tente, comme d'autres, l'organisation d'une société au Texas.
Ses idées sont basées sur un radicalisme républicain. Il participe à la vie politique, ce qui en fait un des premiers hommes politiques socialistes.

L'Icarie ressemble aux autres cités idéales : elle repose sur le travail et la réduction du temps de travail, sur la fraternité, l'éducation, le machinisme (c'est le premier développement d'un socialisme industriel), ...  
(séance 2 : 21/02/01)
II.     Naissance d'une double tradition
A.     La tradition d'organisation
1.     Le prolétariat industriel
Etapes de la naissance du prolétariat industriel
Le “ socialisme ” repose sur la notion de peuple, et sur la notion de communisme agraire.

Mais la révolution industrielle entraîne une modification fondamentale avec le développement d'une classe nouvelle du à l'industrialisation : c'est la classe ouvrière.
On passe d'abord par la proto-industrialisation qui est une étape intermédiaire dans ce changement. Elle prend la forme du travail à domicile. Celui-ci est apparu dès le Moyen Age mais se développe surtout aux 17ème et 18ème siècles, pas seulement dans le textile mais aussi dans la petite métallurgie.

Ce système met en présence :

-     le marchand-fabricant, qui cherche par ce système à échapper au système des corporations. Il fournit la matière première (laine, coton), souvent achetée dans des contrées lointaines, et revend le produit fini.

-     Le paysan-artisan, qui travaille la matière première à domicile sur un métier qui lui appartient (c'est donc un artisan et non un ouvrier car il a la propriété des moyens de production). Il met toute sa famille à contribution.

Ce système mêle donc artisanat et agriculture.
On va progressivement passer de l'atelier à l'artisanat, puis à l'usine.
L'atelier = forme la plus ancienne de lieu spécialisé.

Ce modèle dépasse l'artisanat (existence d'ateliers d'art)

L'atelier : lieu où il y a un nombre assez réduit d'ouvriers, où on utilise des outils plutôt que des machines, et où les hommes qui y travaillent ont reçu une formation poussée pour acquérir leur métier (ouvriers très qualifiés).

Le patron possède les moyens de production et travaille souvent de ses mains.

Il a donc une double légitimité : possession des moyens de production + meilleur ouvrier de son atelier.

Cette unité économique va subsister : elle représente le lieu typique de production au 19ème siècle.
La manufacture : apparaît dès le 17ème siècle dans des granges qui nécessitent des machines de grande taille (corderies, chantiers navales, ...).

Elle est la fille des Lumières, qui ont propagé la volonté de créer des espaces rationnels.

La manufacture : établissement de grande taille qui regroupe plusieurs dizaines d'ouvriers ,où le travail s'effectue essentiellement à la main, réunissant des métiers différents, et qui mêle souvent ouvriers qualifiés et peu qualifiés. C'est un espace rationnel (clos) avec des règles d'horaires.
L'usine : une manufacture où la force des bras a été remplacée par des forces motrices. D'où l'apparition et le développement des machines et notamment de la machine à vapeur.

Le triomphe de l'usine a été long à venir en raison de la lourdeur des investissements.

Il y a donc eu coexistence de plusieurs système pendant longtemps

dont domestic system et système des usines.

Ang. : dès 1820, le domestic system commence à reculer sensiblement (même s'il persiste dans l'industrie lainière)

France : l'usine se développe dès 1850

C'est en France qu'apparaît la grande usine

ex : Schneider au Creusot (la plus grande d'Europe)

All. : usine se développe dans les années 1850-1860 avec Krupp.
     Alain Tournier distingue 3 phases dans le travail ouvrier :

Phase A : “ ancien système de travail ” ou “ système professionnel ”

Système très largement dominant jusqu'en 1850 et très présent après.

Il repose sur : l'atelier, la production en petites séries, des machines universelles, des ouvriers très qualifiés (donc qui ont une certaine autonomie, pouvant prendre des initiatives mais étant fragile en cas de crises dans la profession)

Phase B : “ système technique ”

Il repose sur : l'usine, la production en grandes séries grâce à des machines complexes (la machine outil), des ouvriers qui perdent leur qualification (donc perdent leur autonomie). La production est désormais contrôlée par la direction, qui va plus tard appliquer l'OST.

L'ouvrier devient un manœuvre spécialisé puis un ouvrier spécialisé.

Phase C : “ automatisme de la fabrication ”

Ce système se développe après la GM2.

Les interventions manuelles se réduisent.

L'ouvrier devient un technicien dans la maintenance des installations.

La production est entièrement contrôlée par la direction mais “ l'ouvrier ” retrouve une certaine autonomie même si elle est souvent factice.
     Ces 3 phases suivent le progrès technique mais ne s'autodétruisent pas : la coexistence entre ces systèmes persiste.
Questions sur le concept de “ prolétariat ”
Le mot “ prolétariat ” vient de prolétaire, d'origine latine. “ Proletarius ” est issu de “ proles ” = descendance.

A Rome, le prolétaire est celui qui n'a qu'une seule richesse, ses enfants.

Le terme est encore utilisé dans ce sens au 18ème siècle. Dès 1832, en France, ce terme (dont Pierre Leroux revendique la paternité) est utilisé dans le sens d'ouvrier.
Le mot “ ouvrier ” est un dérivé du verbe “ ouvrer ” qui signifie travailler.

L'expression “ classe ouvrière ” apparaît sous la Révolution et définit le peuple assez généralement.

Au 19ème siècle, le terme ouvrier peut désigner patron ou employé mais avec le développement de l'économie politique anglaise, du saint-simonisme, une distinction se fait progressivement.
Entre 1850 et 1900, quand on utilise le pluriel (classes ouvrières), c'est un terme descriptif ayant tendance à nier l'existence de la classe ouvrière mais le singulier prend son contre-pied. Ceci pose la question de l'unicité de la classe ouvrière.
Question de la classe ouvrière et de la société :

-     question de la conscience de classe : comment une classe sociale prend conscience de son existence en tant que telle, des liens qui unissent ses membres et des rapports avec les autres groupes

-     question de l'intégration : est-ce que la classe ouvrière a été mise à l'écart de la société ? y a-t-il une intégration progressive ?

-     question de la mobilité sociale
Conclusion :  il y a eu une mythification de la classe ouvrière et du prolétariat par les socialistes. Pour eux, la classe va jouer un rôle sautériologique : elle va prendre la place du sauveur, du messie. D'ailleurs, certains socialistes se réclament du christianisme (ex : Pierre Leroux).
1.     Le syndicalisme
Les origines lointaines
Naissance des confréries religieuses

Apparaissent des confréries à base professionnelle mais entame peu à peu un glissement vers le compagnonnage.
Les corporations

Sur des bases professionnelles, elles se développent dès la Rome antique mais surtout au Moyen Age. Elles regroupent l'ensemble d'un métier (patrons et ouvriers). Elles se différencient par leur spécialité.

Au Moyen Age, les corporations prennent un caractère officiel : elles deviennent obligatoire en ville et régissent peu à peu l'artisanat.

A la fin du 18ème, début du 19ème, elles sont interdites par la loi Le Chapelier en France mais aussi dans les pays germaniques, en Grande Bretagne (Combination Act).
Les compagnonnages

Héritiers des confréries, ils apparaissent au 18ème siècle. Ils regroupent les compagnons c'est à dire les ouvriers très qualifiés.

Ce sont des associations d'entraide qui se transforme en association de résistance (notamment contre les employeurs).

Ils sont proches de la franc-maçonnerie et connaissent un grand essor en France dans la 1ère moitié du 19ème siècle. Il se développe alors tout un réseau d'entraide.

Mais ce système connaît un déclin dès 1848 car il correspond moins au ouvriers du nouveau système technique et à cause des rivalités internes (entre les différentes obédiences).
Les sociétés de secours mutuel

Elles sont interdites mais largement tolérées car nécessaires.

Ce sont des caisses de secours servant en cas de difficultés (chômage, maladie, accident). (Ce sont les ancêtres des mutuelles.)

Elles se développent dans la 1ère moitié du 19ème siècle.

Certaines d'entre elles deviennent des sociétés de résistance (financement de grèves ...).
Les sociétés secrètes

Elles fleurissent en Europe vers 1815 (sauf Ang.).

Ce sont des sociétés clandestines dont la plupart sont progressistes (républicaines). Elles recrutent parmi les ouvriers et participent à des révoltes ouvrières.

Ex : la Charbonnerie en Italie (Carbonari) , qui a des ramifications dans toute l'Italie et qui possède un double idéal : un idéal national (la réunification) et un idéal libéral (la restauration de la démocratie).
Etapes
Le syndicalisme est né en Angleterre. Dès le début du 19ème siècle, malgré l'interdiction, il commence à se former des unions (“ unions ”) dont une des 1ères est celle des ouvriers en brosse en 1805.

En 1824-1825, ces unions obtiennent des lois d'autorisation par le parlement anglais.

Dans les années 1830, ces unions se regroupent sous l'influence de Robert Owen, qui favorise la création de la 1ère union nationale du travail, vers 1834, qui regroupent plusieurs dizaines de milliers de membres. Mais elle disparaît car les ouvriers se tournent plus vers l'action politique à travers le chartisme.
Le chartisme est un vaste mouvement populaire qui se développe vers 1836 et qui est très largement ouvrier. C'est un mouvement de protestation contre la réforme électorale de 1832. C'est un mouvement politique démocratique qui demande l'élargissement du suffrage.

Il est fondé sur la Charte du Peuple, qui s'articule autour de 6 points :

-     suffrage universel pour les hommes

-     nouveau découpage des circonscriptions

-     limitation du mandat parlementaire à 1 an

-     vote secret

-     indemnités parlementaires

-     éligibilité

Le mouvement se développe de 1836 à 1848. Mais son échec provoque un renouveau du système syndical.
1868 : réunion du 1er congrès national des syndicats (Trade Union Congress).
Dans le reste de l'Europe :

-     1848 : printemps des peuples : cet échec (relatif dans certains pays) va conduire les ouvriers à se tourner plus vers l'action syndicale que politique

-     1860's : sous l'influence du syndicalisme anglais se créent des chambres syndicales surtout en France et dans les pays germaniques. Ces organisations sont souvent tolérées, notamment en France, sous le Second Empire.

Le mouvement syndical est appuyé par la 1ère Internationale.

-     1870's - 1890's : années décisives car c'est une période de mouvement général de légalisation des organisations syndicales.
B.     La tradition idéologique : Proudhon et Marx
1.     Proudhon ou la tradition “ libertaire ”
Biographie
Pierre-Joseph Proudhon (1809-1865) fait des études grâce à une bourse. (eh oui, c'est tout !)
Apport
Critique de son temps, d'abord du capitalisme et de la propriété

“ La propriété, c'est le vol ” (Proudhon).

Il ne condamne pas l'appropriation en elle-même mais essaie de développer la propriété pour tous. Il n'accepte pas que la propriété apporte un revenu sans travailler.

Critique de l'autorité, des empiètements des pouvoirs politique et économique.

Critique de l'Etat

Pour lui, l'Etat n'est pas l'arbitre des conflits, ni l'organe politique de la domination de la classe dirigeante.

L'Etat est une force spécifique née de la société mais ayant tendance à s'autonomiser et dont le but est de se développer. Ce qui est encore plus grave pour lui, c'est que l'Etat est soutenu par les détenteurs du capital (bourgeoisie).
Solutions proposées :

Proudhon fait l'apologie du travail. Il est nostalgique de l'artisanat et fait la critique du machinisme : pour lui, la machine élimine l'élément humain du travail. Il insiste plutôt sur l'outil, comme prolongement de l'homme.

Ses idées sur le travail :

Le travail réunit à la fois activité manuelle et intellectuelle (donc permet d'unir action et pensée)

Le travail est éminemment moral car il permet de développer le courage, de réaliser la justice

Le travail a la primauté sur l'activité intellectuelle (quand on compare les deux), d'où un mépris pour les intellectuels, un certain ouvriérisme.

Le travail libère : liberté extérieure (autonomie) et intérieure

Rôle de la classe ouvrière dans le mouvement social  

Il développe l'idée que la classe ouvrière va être un élément central du mouvement social :

En parvenant à une certaine conscience de soi et de sa valeur

En formulant cette théorie de son rôle dirigeant : il lui faut un rôle social et une théorie politique.

Association

Pour créer la société nouvelle, il faut créer un accord spontané entre ses composantes. Cette association sera à la fois :

Economique : par coopératives et par un capitalisme populaire

Social : mutualisme avec développement du secours mutuel

Politique : basé sur les communes, fédérées en provinces, elles-même fédérées à un échelon national destiné à disparaître
Influence
Elle est très forte dans les années 1850-1860 mais plusieurs courants politiques et sociaux naissent du proudhonisme :

Tradition coopérative et mutualiste (économie sociale)

Tradition syndicaliste pure et dure : avec la volonté des ouvriers syndiqués de faire eux-même leurs propres affaires

Critique de l'autorité, de l'Etat (tradition libertaire puis anarchiste)

Tradition socialiste : notamment dans le travaillisme anglais et le socialisme français (Sorel, Jaurès)

Fédéralisme européen

Une partie de l'extrême droite (maurassisme, antisémitisme)
1.     Marx ou la tradition “ autoritaire ”
Biographie : Marx et Engels
Marx (1818-1883)

C'est un prussien issu d'une famille juive et bourgeoise. Il fait des études poussées en philo à Bonn et à Berlin. Il se classe parmi les hégéliens.

Il est inscrit dans les débats et les combats de son temps en tant que journaliste.

En septembre 1844 , il rencontre Engels avec qui il écrira des ouvrages tels que “ Sainte famille et idéologie allemande.

Il s'inscrit dans son temps également comme militant politique. Il sera d'ailleurs expulsé à plusieurs reprises. Il publie à Bruxelles “ Misère de la philosophie ”.

Il adhère à une société secrète qui deviendra la ligue des communistes et qui lui demandera, avec Engels, de rédiger un programme pendant l'hiver 1847-48.

De 1844 à 1848, Marx devient réellement “ marxiste ”. Il participe à la révolution de 1848.

Il fonde la Nouvelle Gazette Rhénane. Il écrit “ le Capital ” à Londres, dont le 1er volume paraît en 1867.

En 1864, il participe à la fondation de la 1ère Internationale.
Engels (1815-1895)

Il travaille dans le commerce et s'installe à Manchester en 1850. Il restera en contact avec Marx jusqu'à sa mort. Il participe également à la 1ère Internationale.
La philosophie marxiste : le matérialisme dialectique
Le marxisme est à la fois une philosophie, une économie politique et une sociologie.

La philosophie qui en est issue est le matérialisme dialectique.

La
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