Politique d'utilisation de la bibliothèque des Classiques





télécharger 0.95 Mb.
titrePolitique d'utilisation de la bibliothèque des Classiques
page1/34
date de publication21.10.2016
taille0.95 Mb.
typeDocumentos
h.20-bal.com > histoire > Documentos
  1   2   3   4   5   6   7   8   9   ...   34



Georges GUSDORF

Professeur à l’Université de Strasbourg
Professeur invité à l’Université Laval de Québec
(1988)
LES RÉVOLUTIONS
DE FRANCE ET
D’AMÉRIQUE
La violence et la sagesse


Un document produit en version numérique par Jean-Marie Tremblay, bénévole,

Professeur associé, Université du Québec à Chicoutimi

Page web. Courriel: jean-marie_tremblay@uqac.ca

Site web pédagogique : http://jmt-sociologue.uqac.ca/
Dans le cadre de: "Les classiques des sciences sociales"

Une bibliothèque numérique fondée et dirigée par Jean-Marie Tremblay,

professeur de sociologie au Cégep de Chicoutimi
Site web: http://classiques.uqac.ca/
Une collection développée en collaboration avec la Bibliothèque

Paul-Émile-Boulet de l'Université du Québec à Chicoutimi

Site web: http://bibliotheque.uqac.ca/



Politique d'utilisation
de la bibliothèque des Classiques



Toute reproduction et rediffusion de nos fichiers est interdite, même avec la mention de leur provenance, sans l’autorisation formelle, écrite, du fondateur des Classiques des sciences sociales, Jean-Marie Tremblay, sociologue.
Les fichiers des Classiques des sciences sociales ne peuvent sans autorisation formelle:
- être hébergés (en fichier ou page web, en totalité ou en partie) sur un serveur autre que celui des Classiques.

- servir de base de travail à un autre fichier modifié ensuite par tout autre moyen (couleur, police, mise en page, extraits, support, etc...),
Les fichiers (.html, .doc, .pdf, .rtf, .jpg, .gif) disponibles sur le site Les Classiques des sciences sociales sont la propriété des Classiques des sciences sociales, un organisme à but non lucratif composé exclusivement de bénévoles.
Ils sont disponibles pour une utilisation intellectuelle et personnelle et, en aucun cas, commerciale. Toute utilisation à des fins commerciales des fichiers sur ce site est strictement interdite et toute rediffusion est également strictement interdite.
L'accès à notre travail est libre et gratuit à tous les utilisateurs. C'est notre mission.
Jean-Marie Tremblay, sociologue

Fondateur et Président-directeur général,

LES CLASSIQUES DES SCIENCES SOCIALES.

Cette édition électronique a été réalisée par Jean-Marie Tremblay, sociologue, bénévole, professeur associé, Université du Québec à Chicoutimi, à partir de :
Georges Gusdorf
LES RÉVOLUTIONS DE FRANCE ET D’AMÉRIQUE.
La violence et la sagesse.

Paris : Librairie Académique Perrin, 1988, 256 pp.

[Autorisation formelle le 2 février 2013 accordée par les ayant-droit de l’auteur, par l’entremise de Mme Anne-Lise Volmer-Gusdorf, la fille de l’auteur, de diffuser ce livre dans Les Classiques des sciences sociales.]
Courriels : Anne-Lise Volmer-Gusdorf : annelise.volmer@me.com

Michel Bergès : michel.berges@free.fr

Professeur, Universités Montesquieu-Bordeaux IV

et Toulouse 1 Capitole
Polices de caractères utilisée :
Pour le texte: Times New Roman, 14 points.

Pour les notes de bas de page : Times New Roman, 12 points.
Édition électronique réalisée avec le traitement de textes Microsoft Word 2008 pour Macintosh.
Mise en page sur papier format : LETTRE US, 8.5’’ x 11’’.
Édition numérique réalisée le 5 juillet 2015 à Chicoutimi, Ville de Saguenay, Québec.






Un grand merci à la famille de Georges Gusdorf pour sa confiance en nous et surtout pour nous accorder, le 2 février 2013, l’autorisation de diffuser en accès ouvert et gratuit à tous l’œuvre de cet éminent épistémologue français.
Courriel :

Anne-Lise Volmer-Gusdorf : annelise.volmer@me.com
Un grand merci tout spécial à mon ami, le Professeur Michel Bergès, professeur, Universités Montesquieu-Bordeaux IV et Toulouse I Capitole, pour toutes ses démarches auprès de la famille de l’auteur et spécialement auprès de la fille de l’auteur, Mme Anne-Lise Volmer-Gusdorf. Ses nombreuses démarches auprès de la famille ont gagné le cœur des ayant-droit.
Courriel :

Michel Bergès : michel.berges@free.fr

Professeur, Universités Montesquieu-Bordeaux IV

et Toulouse 1 Capitole
Avec toute notre reconnaissance,

Jean-Marie Tremblay, sociologue

Fondateur des Classiques des sciences sociales

Chicoutimi, le 5 juillet 2015.




Georges GUSDORF

Professeur à l’Université de Strasbourg
Professeur invité à l’Université Laval de Québec
LES RÉVOLUTIONS
DE FRANCE ET D’AMÉRIQUE.
La violence et la sagesse.

Paris : Librairie Académique Perrin, 1988, 256 pp.

[4]

DU MÊME AUTEUR
PRINCIPAUX OUVRAGES

La Découverte de soi, P.U.F., 1948. En préparation !

L'Expérience humaine du sacrifice, P.U.F., 1948. En préparation !

Mémoire et personne, P.U.F., 1951. En préparation !

Mythe et métaphysique, Flammarion, 1953.

Introduction aux sciences humaines, Ophrys, 1960.

Pourquoi des professeurs ? Payot, 1963.

L'Université en question, Payot, 1964.

La Pentecôte sans l'Esprit-Saint, Université, 1968, 1969.

A agonia da nossa civilizacào, Editora Convivio, Sâo Paulo, 1976.
LES SCIENCES HUMAINES
ET LA PENSÉE OCCIDENTALE

Aux éditions Payot
I. De l'histoire des sciences à l'histoire de la pensée, 1966.

II. Les Origines des sciences humaines, 1967.

III. La Révolution galiléenne, 2 vol., 1969. Volume I; volume II.

IV. Les Principes de la pensée au siècle des lumières, 1971.

V. Dieu, la nature, l'homme au siècle des lumières, 1972.

VI. L'Avènement des sciences humaines au siècle des lumières, 1973.

VII. Naissance de la conscience romantique au siècle des lumières, 1976.

VIII. La Conscience révolutionnaire : les idéologues, 1978.

IX. Fondements du savoir romantique, 1982.

X. Du néant à Dieu dans le savoir romantique, 1983.

XI. L'Homme romantique, 1984.

XII. Le Savoir romantique de la nature, 1985.

XIII. Les Origines de l'herméneutique, 1988. En préparation !

[5]

GEORGES GUSDORF

LES RÉVOLUTIONS

DE FRANCE

ET D'AMÉRIQUE

La violence et la sagesse



Librairie Académique Perrin

8, rue Garancière Paris, 1988, 256 pp.
[6]

Note pour la version numérique : la pagination correspondant à l'édition d'origine est indiquée entre crochets dans le texte.
[255]

Table des matières
Chapitre I Légende et Histoire [7]

Chapitre II. 1787-1789 : une fausse symétrie [37]

Chapitre III. Fondements religieux de la démocratie américaine [63]

Chapitre IV. Révolution atlantique ? [105]

Chapitre V. À travers l'histoire des droits de l'homme, du pharaon Akhenaton à Edmund Burke [135]

Chapitre VI. Les révolutions parallèles [173]

Chapitre VII. Les États-Unis et la révolution française [201]

Chapitre VIII. Esprit des lois [221]

Conclusion. Démocratie du possible et démocratie de l'impossible [245]
[7]


LES RÉVOLUTIONS
DE FRANCE ET D’AMÉRIQUE.
La violence et la sagesse.
Chapitre I
LÉGENDE ET HISTOIRE

Retour à la table des matières

L'histoire est à la nation ce que la mémoire est à l'individu : ce qui demeure présent et vivant des souvenirs du passé. À ceci près que mon passé n'appartient qu'à moi seul ; j'en suis seul le dépositaire et le conservateur, seul je suis responsable des altérations et des oublis au sein d'un patrimoine qui ne cesse de se corrompre et finalement disparaîtra dans l'anéantissement de ma mort. Le passé national, lui, est un bien commun, déposé dans des archives publiques et confié à la garde d'un personnel spécialisé. Les historiens ont pour tâche d'entretenir la flamme du souvenir ; ils doivent empêcher que se perdent les traces des anciens jours et veiller à l'exactitude dans la version du passé transmise de génération en génération. Responsables de la tradition qu'ils doivent perpétuer, les historiens sont aussi tenus à un devoir d'objectivité scientifique, susceptible d'entrer en conflit avec l'appartenance nationale.

Un mot de Nietzsche prononce : « J'ai fait cela, dit ma mémoire ; je ne l'ai pas fait, dit mon orgueil. » Chaque homme a connu dans sa vie des faiblesses, des erreurs, des fautes qu'il préfère oublier, et qu'il refoule autant qu'il le peut dans l'oubli, aux profondeurs de l'inconscient. De même, chaque nation a connu des heures grandes et glorieuses, mais aussi des heures sombres, des initiatives infructueuses ou mauvaises, dont la réminiscence engendre des sentiments de culpabilité. Dans la mémoire du peuple allemand, il y a Hitler, tache de sang que tous les parfums de l'Arabie ne pourront faire disparaître. L'historien se trouve ainsi partagé entre une obligation de vérité et un devoir de respect et de fidélité envers la communauté à laquelle il appartient ; il n'a pas le droit moral d'accabler son pays, de porter atteinte à sa dignité, à son honneur. La dimension historique est l'un des fondements de la conscience nationale. [8] L'historien qui se poserait en accusateur public pourrait être soupçonné de haute trahison.

Right or wrong, my country, l'adage anglo-saxon intervient comme un rappel à l'ordre du sens des valeurs, dans le cas de l'historien comme dans le cas d'un citoyen quelconque. Non que le savant soit tenu à un parti pris national ou nationaliste, envers et contre toute vérité, mais il peut se trouver pris dans des cas de conscience qui mettent en cause sa sensibilité morale et risquent de blesser certaines solidarités profondes. Amicus Plato sed magis arnica veritas ; le service de la vérité peut entrer en conflit avec le service du pays, obligeant à un choix douloureux.

Ambiguïtés et déchirements surviennent d'autant plus souvent que l'établissement de la vérité historique laisse la part belle à la liberté d'interprétation. La réalité historique n'est pas constituée par une série de données claires et distinctes, qui s'enchaîneraient selon l'ordre chronologique comme une succession de causes et d'effets. L'histoire réduite à la matière des événements serait une poussière de faits simultanés et successifs, un immense chaos enchevêtré dans le désordre. L'historien a pour mission de faire passer le donné de l'informe à la forme, par la discrimination entre ce qui est digne d'intérêt et ce qui ne l'est pas. Les faits doivent être organisés en fonction de quelques idées, qui en facilitent la lecture. Ainsi en est-il de la mémoire personnelle ; on se souvient de ce qui possède une certaine valeur, de ce qui frappe, de ce qui donne à penser, en bien ou en mal. Pareillement, en ce qui concerne l'immense fouillis des hommes et de leurs actions passées, la récapitulation historique doit s'en tenir à quelques grandes lignes. L'immense masse du passé intégral dépasse la capacité d'une intelligence quelle qu'elle soit, y compris celle des historiens spécialisés dont chacun s'enferme dans le petit domaine de sa compétence, abandonnant le reste à la sollicitude de ses collègues.

Les récits mis à la disposition des lecteurs et consommateurs de toute espèce ont été l'objet d'un filtrage préalable qui a prélevé sur la masse du passé les éléments jugés dignes d'être portés à la connaissance des intéressés. Il ne s'agit jamais d'un décalque de ce qui fut, d'une copie conforme, mais de la mise en ordre de certains éléments, jugés particulièrement significatifs en fonction de la perspective adoptée par l'historien et de l'intérêt qu'il porte à tel ou tel fil conducteur d'intelligibilité. Une telle relativité est impossible à éliminer ; dans la pratique, certains savants s'intéressent à l'histoire politique, d'autres à l'histoire sociale, à l'histoire économique, à l'histoire littéraire, à [9] l'histoire des sciences et techniques, à l'histoire de l'architecture ou de l'aviation. On peut rêver d'une histoire totale « interdisciplinaire », qui serait l'addition ou la « synthèse » de toutes les histoires particulières ; ce n'est là qu'une chimère. Il n'y a pas d'histoire « totale », mais un enchevêtrement de récits qui se corroborent ou se contredisent, laissant la place, toujours, à des interprétations nouvelles.

On conçoit dès lors que l'histoire d'une nation ne puisse faire l'objet d'une version définitive, objective en tout point, et qui s'imposerait au respect unanime de génération en génération. Chaque pays cultive sa mémoire ; de même qu'il se plaît à dresser l'inventaire de ses horizons géographiques, pareillement il établit son identité dans un paysage historique, récapitulation des moments successifs du passé au long duquel il est devenu ce qu'il est ; d'époque en époque, se sont ajoutés à son patrimoine des événements et des hommes, des formes et des institutions, des victoires et des défaites, épreuves et preuves en tout genre, qui peu à peu ont constitué le musée imaginaire de l'identité nationale. Plutôt qu'un ensemble aux contours précis, établi ne varietur, il faut évoquer un espace mental, un système de repères et de coordonnées spirituelles, au sein duquel se définissent les orientations fondamentales, les valeurs essentielles d'un pays donné. Non que tous les citoyens de ce pays soient substituables les uns aux autres et professent les mêmes idées, mais le patrimoine commun leur fournit un ensemble de signes de reconnaissance, et ils se savent moins dissemblables entre eux qu'avec des nationaux d'une autre contrée. Un Écossais disait : « À l'étranger, si je suis seul de mon espèce, je dis que je suis Anglais. S'il y a un Anglais, je suis Ecossais. »

D'autre part, l'histoire ne se constitue pas comme un dépôt que chaque génération laisserait derrière elle, comme les cailloux blancs qui jalonnaient le chemin du Petit Poucet. Sur le grand axe du temps l'humanité ne dépose pas, au fur et à mesure, des « vérités historiques » acquises une fois pour toutes, comme les étapes d'un curriculum vitae dont les indications ne peuvent être remises en question. Sans doute existe-t-il des données précises, dates et événements, points de repère qui font autorité ; ces dénominateurs communs de toutes les versions de l'histoire ne peuvent être falsifiés. La « partie de thé » de Boston a eu lieu le 13 décembre 1773 ; les États généraux se sont réunis à Versailles le 5 mai 1789, la Bastille a été prise le 14 juillet. Mais la signification de ces événements, leur importance relative, leur insertion dans le devenir global sont affaire [10] d'interprétation. L'historien a le droit, le devoir d'ordonner en série les éléments de l'histoire, de donner à chacun le relief particulier qu'il lui paraît mériter. Un « événement historique » est l'aboutissement, la conclusion d'une série de faits ; mais sa portée historique se mesure aussi à ses conséquences. Il peut revêtir une signification prophétique, être gros d'avenir ; il peut aussi ne déboucher sur rien, fausse piste ou voie sans issue qui n'aura pas de suites.

Pour autant qu'un événement quelconque invoque un avenir, qui peut ou non se produire, il n'est pas une forme fixe, mais une forme ouverte, en attente d'accomplissements aléatoires. L'événement prend date : la partie de thé de Boston est un signe des temps, une manifestation carnavalesque dont les promoteurs n'imaginaient pas qu'elle retentirait dans la longue durée de l'histoire américaine. La prise de la Bastille, émeute populaire, a revêtu une valeur exemplaire ; et sa charge symbolique en a fait un précédent qui s'est imposé à la mémoire de la France et de l'Occident, sans commune mesure avec l'importance matérielle de l'épisode en question.

L'histoire est toujours « à suivre », en attente du cours des temps qui achèvera de lui donner un sens, dans un report toujours recommencé du passé au futur. Elle est donc à refaire, au fur et à mesure de la procession des âges, révélatrice de significations imprévues. Toute époque se trouve en dialogue avec les époques antérieures ; l'historien donne le constat des relations que son temps entretient avec les temps d'avant, et ces relations évoluent avec le renouvellement des mentalités. La connaissance historique, forme privilégiée du savoir, s'inscrit dans le contexte du mouvement culturel ; les formes de l'art et de la pensée se transforment, et ensemble les formes de l'histoire, en sorte que l'historien peut se flatter, à chaque génération, de proposer une « nouvelle » histoire, dont la nouveauté tient à l'apparition de valeurs originales ou prétendues telles. Autrement dit, l'histoire ne s'écrit pas du passé au présent, comme on le croit d'ordinaire, elle s'écrit du présent au passé. Elle est la projection dans le passé de certains aspects de la conscience présente qui cherche dans les temps anciens quelques reflets de sa propre image. Et le passé lui rend ce qu'elle lui a prêté. Lorsque se répand la doctrine de Marx et que certains historiens adoptent le dogme marxiste, l'histoire répond en écho à ceux qui lui dictent les interprétations ; questions et réponses obéissent aux préoccupations de l'interrogateur dans le circuit fermé des convictions préétablies. D'où les polémiques [11] sans fin entre argumentations opposées. Dialogues de sourds. Sur l'immense masse des données disponibles, il y a généralement de quoi satisfaire les exigences contradictoires, en prélevant ce qui s'accorde avec la thèse et en écartant ce qui ne convient pas. La réalité historique est plurielle et polymorphe ; rien ne l'oblige à avoir un sens et à n'en avoir qu'un seul. Il se peut qu'elle n'ait aucun sens et qu'elle aille de nulle part à nulle part ; il se peut qu'elle accepte tous les sens possibles, ce qui revient au même. Les héros de la partie de thé de Boston n'étaient peut-être que des marins en goguette ; quant aux vainqueurs de la Bastille, peut-être n'étaient-ils que la racaille des faubourgs, heureux de défier une autorité incapable de se défendre. Les historiens en ont décidé autrement ; ils ont transformé ces hommes obscurs en héros nationaux, objets d'un culte de la part de la patrie reconnaissante.

Une fois dénoncée l'idole de l'objectivité scientifique, et abandonné l'espoir d'une historiographie établie définitivement, la marge d'interprétation dont il dispose accroît la responsabilité de l'historien, qui devrait en toute honnêteté réagir contre ses propres partis pris. Néanmoins, certains de ces partis pris sont inévitables. L'histoire d'une nation expose l'un des grands axes de sa culture, examen de conscience à travers la diversité des temps et récapitulation des principes de l'identité nationale. Dans les écoles de tous les pays du monde, la carte affichée au mur situe le pays en question au centre de la géographie terrestre, comme si les autres pays s'ordonnaient en fonction de lui. Pareillement l'histoire nationale est exposée aux enfants comme si elle jalonnait le grand axe de la chronologie universelle ; illusion de perspective inévitable pour les besoins de la pédagogie, mais qui risque de déformer les proportions véritables de l'histoire du monde.

Il convient de distinguer entre l'histoire savante, celle des historiens soumis aux disciplines de la rationalité et de l'érudition, et l'histoire des enseignants et maîtres d'école, subordonnée aux programmes scolaires et aux intentions des docteurs en pédagogie. La science historique exposée dans les thèses de doctorat et dans les grands ouvrages de référence ne doit obéissance qu'à l'exigence de rigueur, elle expose d'une manière abstraite certaines dimensions d'intelligibilité qu'elle perçoit dans la confusion des données du passé ; elle fait la lumière sur certains enchaînements d'événements, sur le rôle de certains personnages ou sur le fonctionnement de certaines institutions, de certains mécanismes à l'œuvre dans l'épaisseur du réel. Ces [12] résultats satisfont une curiosité théorique attachée à la bonne marche de l'épistémologie. Ils n'ont aucune utilité immédiate, en dehors du plaisir que l'intelligence éprouve à jouir d'elle-même et à percer à jour tel ou tel aspect secret du réel. Quant aux « leçons de l'histoire », ceux qui les invoquent font dire à l'histoire n'importe quoi et le contraire de n'importe quoi. Si l'histoire donnait des leçons, les hommes d'aujourd'hui seraient plus sages, plus avertis que ceux d'autrefois. L'expérience prouve que ce n'est pas le cas. Il y a sans doute, entre les situations historiques, des similitudes, mais l'histoire ne se répète jamais ; l'homme politique s'égarerait s'il prétendait considérer comme identiques des situations qui ne peuvent pas l'être. Des spéculations de cet ordre relèvent d'une certaine imagination gratuite et non de la science historique proprement dite.

L'utilisation pédagogique de l'histoire s'écarte, elle aussi, de l'histoire des savants, avec laquelle elle n'a pas de commune mesure. Chaque nation est tenue d'entretenir la mémoire vivante de son passé. Un pays sans mémoire, inconscient de son devenir, se trouverait dans l'état d'un amnésique, atteint jusqu'aux profondeurs de sa personnalité. La législation, les institutions, les monuments, les œuvres d'art, les noms des rues sont autant de rappels évocateurs d'un passé qui persiste dans le présent et fonde ses valeurs essentielles, ses manières d'affronter le monde. Le passé se perpétue en chaque individu sous la forme des traditions et des mœurs qui déterminent son comportement selon des modèles de conformité hérités des anciens. Les portraits des ancêtres ne décorent plus les maisons bourgeoises, mais ils continuent à habiter en chacun de nous, suscitant des fidélités ou des répulsions, à partir d'inscriptions ou de cicatrices qui commémorent la perpétuité de ce qui fut. Sur le chemin de leur vie, les individus comme les nations progressent avec la vitesse acquise d'un passé qui les conditionne du dedans et du dehors, dans une corrélation des signes et symboles.

L'histoire ainsi vécue dessine la dimension temporelle de l'humanité dans le mouvement solidaire qui ne cesse de la promouvoir selon une dynamique conduisant de la réminiscence au projet. L'histoire vit en chacun, sans qu'il en ait le plus souvent la conscience explicite, comme une puissance d'animation, une force efficace et motivante, modelant les comportements et inspirant les choix. La terre et les morts, les traditions et les valeurs négocient les rapports entre l'inconscient et le conscient, dans la maturation des décisions. Tout avenir est fait [13] de souvenirs et de fidélités qui nourrissent la promotion du devenir. Les configurations d'une personnalité, pour le rédacteur d'une biographie, prolongent des profondeurs qui renvoient aux racines ancestrales de la famille, du peuple, comme si certains principes de l'identité se répétaient à travers le temps. Dans le visage des petits enfants, nous recherchons spontanément certaines ressemblances avec les arrière-grands-parents, comme l'héritage mystérieux d'une perpétuité.

Les nations comme les individus ont leurs marques d'identité qui demeurent, indépendamment des circonstances adverses. La Russie soviétique n'a pas effacé les traces de l'éternelle Russie, dont la récurrence en bien des occasions a surpris les témoins de l'histoire révolutionnaire. L'héritage des tsars se laisse reconnaître sous les repeints du nouveau régime, références explicites ou implicites, présentes comme les cathédrales orthodoxes dans le paysage de la place Rouge. La survivance d'une nation implique un vœu de fidélité globale à l'immense patrimoine d'un passé dont chaque individu prend sa part, même s'il n'en a pas une conscience explicite. « L'humanité, disait Auguste Comte, est faite de plus de morts que de vivants » ; la nation pareillement.

On peut appeler historicité cette réalité à la fois intérieure et extérieure aux individus, monde intelligible au sein duquel ils se meuvent, décor mental et spirituel, composé de thèmes et de personnages, d'événements significatifs qui ne s'organisent pas entre eux d'une manière très conséquente mais fournissent un commentaire au temps qui passe, permettant à l'individu de se mettre en place dans le monde humain. L'historicité n'est pas l'histoire des savants en quête de vérités exactes et rigoureuses sur les variations du cours du blé en Angleterre au XVIIIe siècle ou sur les calculs politiques de Philippe II à l'époque de l'Invincible Armada. Ce qui sert à la consommation courante des individus, c'est un ensemble de faits et d'images, rappels de moments privilégiés du passé que chaque esprit trouve à sa disposition lorsqu'il en a besoin. Ces éléments de l'histoire nationale, propagés par l'enseignement des écoles, sont prélevés sur le stock de l'histoire proprement dite — l'histoire des historiens —, mais sélectionnés en vue de s'imposer à la mémoire et à l'imagination. Ils doivent contribuer à former la sensibilité intellectuelle des jeunes enfants dans le sens voulu par le rédacteur des programmes, lui-même obéissant aux directives de l'ordre établi, variables selon les occurrences de la vie sociale et politique.

[14]

Il y a quelque chose de choquant dans l'idée que l'histoire d'un pays puisse être remodelée en fonction de préjugés et présupposés liés à des intérêts partisans. Nous croyons naïvement que l'histoire doit parler d'une seule voix, celle de la vérité. Mais tout se passe en fait comme si la vérité avait plusieurs dimensions. Réservée aux spécialistes, la science exacte demeure un exercice austère, offert aux initiés et sans intérêt pour la masse de la population. Les travaux les plus scientifiques, les thèses de doctorat portant sur des problèmes de haute technicité atteignent des tirages de quelques centaines d'exemplaires, qui suffiront à satisfaire la clientèle internationale des érudits. Ce que l'instituteur enseigne aux millions d'enfants des écoles primaires, ce sont quelques extraits prélevés sur la masse du patrimoine historique, revus, corrigés, digérés à l'usage de la mentalité infantile, premier bain culturel propre à imprégner et façonner l'intelligence et l'imagination pour le reste de l'existence. On condense la Bible à l'usage des petits, de manière à en faire une histoire sainte, un livre d'images inoubliables, illustré de scènes et de portraits choisis dans le livre sacré ; de même le manuel d'histoire de France ou d'histoire des États-Unis propose une série de figurines destinées à frapper l'esprit du lecteur par la force persuasive du concret et non par la puissance critique de la réflexion, dont les jeunes esprits sont encore incapables.

L'histoire sainte n'entretient avec la révélation biblique proprement dite que de lointains rapports d'analogie. Pareillement l'histoire sacralisée de l'école primaire n'enseigne pas la même vérité que l'histoire des savants. L'histoire savante recherche la vérité pour l'amour de la vérité elle-même ; l'histoire puérile et honnête de l'école primaire présente une prédication destinée à fomenter et entretenir chez les enfants le sens civique. Il s'agit de cultiver l'appartenance nationale par des exemples de dévouement et d'héroïsme, de frapper les esprits par l'évocation des grandes scènes de l'histoire. Chez les Anciens déjà, l'histoire était considérée comme un répertoire d’exempla, de précédents de caractère éducatif, propres à exalter la vertu, à susciter toutes les formes du dévouement et du sacrifice. La valeur prend ici le pas sur la vérité objective ; l'exemple est un fait-valeur, dont le relief vital tient à la communication qu'il établit entre le monde quotidien en sa vulgarité et un ordre supérieur illuminé d'une transparente radiance. Pour lui donner l'honneur qui lui est dû, le pédagogue n'hésitera pas à simplifier le récit, à élaguer, à styliser, afin de mieux s'imposer à la sensibilité de son jeune auditoire.

[15]

Ce double langage de l'historien paraît choquant, tricherie à l'égard de la vérité, avec des intentions de propagande en faveur d'une doctrine plus ou moins ouvertement imposée par l'autorité politique. On remarquera pourtant que le domaine de l'histoire puérile et honnête ne se trouve pas confiné dans les locaux de l'école primaire. Le goût des belles images, le plaisir à une forme temporelle d'exotisme existent aussi chez les adultes. De même qu'ils lisent volontiers des récits de voyage, ces derniers consomment en grande quantité des évocations historiques, soit sous forme de récits de vulgarisation, soit sous forme romanesque. Depuis des siècles, les romans historiques ont séduit d'immenses quantités de lecteurs ; le romantisme a renouvelé cette forme de curiosité, comme l'atteste suffisamment la renommée universelle d'un Walter Scott et d'un Alexandre Dumas. L'imaginaire historique développe la perspective où se situaient déjà les vignettes du petit manuel de l'école primaire, qui posait les premiers jalons à partir desquels se développeront les mises en scène des écrivains célèbres.

Il n'y a pas d'incompatibilité radicale entre l'histoire infantile et l'historiographie savante. Le chemin de l'une à l'autre peut être franchi par un seul et même individu, capable de parler les deux langages. Ernest Lavisse (1842-1922) fut le maître des études historiques en France à la fin du XIXe siècle et au début du XXe. Il appartenait à une génération qui prenait douloureusement conscience du retard des sciences humaines en France par rapport à l'école historique allemande. Jeune collaborateur de Victor Duruy, historien, ministre et conseiller de Napoléon III, il participa dans son cabinet à la fondation de l'Ecole des hautes études, qui devait tenter d'instituer à Paris un centre de recherches supérieures en matières philologique et critique. Le jeune historien contribua à l'instruction du prince impérial, fils de l'empereur. Survint le désastre de 1870, interprété par certains intellectuels comme le triomphe de l'instituteur prussien : les pédagogues avaient façonné le sens national des soldats germaniques.

Tirant la conclusion de l'expérience, Ernest Lavisse se mit à l'école des historiens allemands et consacra divers travaux de recherche savante à l'histoire de la Prusse. Ce qui lui valut d'enseigner à la Sorbonne l'histoire moderne, à partir de 1880, et de participer à la grande entreprise de rénovation scolaire et universitaire tentée par Jules Ferry et son équipe, dans le contexte de relèvement national qui marque les débuts de la IIIe République. Il s'agit de substituer à la France toujours marquée [16] par les persistances de l'Ancien Régime réactionnaire et catholique une France démocratique et laïque. Lavisse suivra deux carrières parallèles. Chef d'école, promoteur d'une neuve maturité scientifique, en plus de ses travaux personnels, il mène à bien une œuvre de chef d'entreprise, dirigeant la publication d'une Histoire générale du IVe siècle à nos jours en 12 volumes (avec Rambaud), et surtout une Histoire de France depuis les origines jusqu'à la Révolution en 17 volumes (1900-1912) prolongée par une Histoire contemporaine de la France en 9 volumes (1920-1922). Ces considérables travaux, menés à bien avec la collaboration des meilleurs spécialistes, ont longtemps fait autorité avant les renouvellements de la conscience historique dans le deuxième tiers du XXe siècle ; il s'agissait de réaliser dans le domaine français une œuvre analogue à celles réalisées par l'école allemande au XIXe siècle.

Mais parallèlement à ces doctes travaux, Lavisse est devenu un grand personnage de la République, désormais maîtresse des destinées du pays. De 1904 à 1919, l'historien exerce les fonctions de directeur de l'Ecole normale supérieure, séminaire unique en France, où sont regroupés les futurs professeurs des lycées et des facultés. Il ne s'agit pas là seulement de responsabilités administratives, à la vérité assez restreintes, mais bien plutôt d'un poste de confiance dont le titulaire doit agir comme un agent d'influence dans la formation de l'élite de l'enseignement, en un temps où la polémique fait rage entre les conservateurs et les républicains radicaux. Ce n'est pas tout. Le grand historien à la compétence indiscutée entreprend de commencer par le commencement. L'enseignement secondaire et l'enseignement supérieur sont moins décisifs pour la formation de la conscience nationale que l'enseignement primaire, dans les écoles laïques et obligatoires dont Jules Ferry a développé le réseau à travers la France entière, au prix de combats incessants contre les écoles confessionnelles. Lavisse prendra part à la lutte en rédigeant de petits manuels d'histoire de France racontée aux enfants, diffusés à des millions d'exemplaires pendant des dizaines d'années, de manière à devenir le bréviaire historique de la conscience française républicaine. Texte et images développent une prédication patriotique, en forme de vignettes simplistes, dont le souvenir marquera à jamais les jeunes esprits, la plupart d'entre eux ne devant pas avoir par la suite accès à une autre histoire que celle-là.

Ces petits livres exposent les éléments d'un sens commun historique réduit à l'essentiel, dont les thèmes seront les signes [17] de reconnaissance des membres de la communauté française. De viris illustribus à l'usage des enfants des écoles, évangile légendaire : « nos pères les Gaulois », le Grand Ferré qui extermine les Anglais pendant la guerre de Cent Ans, l'héroïne Jeanne Hachette et l'héroïque Jeanne d'Arc, le bon roi Henri IV et sa poule au pot, les mauvais rois et les moins mauvais, l'autocrate dépensier Louis XIV, le sinistre Louis XV et enfin la Révolution libératrice, qui fait passer le pays des ténèbres de l'Ancien Régime à la lumière de la démocratie, etc. Autant que ce qui est montré, importe ce qui n'est pas dit ; la monstration des valeurs patriotiques et républicaines refoule les valeurs traditionnelles, les spiritualités religieuses. La IIIe République triomphante commémore son avènement depuis les origines, où le patriote Vercingétorix succombe bravement dans le combat inégal contre l'envahisseur étranger Jules César. Le peuple français qui depuis toujours lutte pour la liberté, l'égalité et la fraternité a obtenu sa récompense avec la Révolution, garante désormais d'un avenir meilleur, grâce aux hommes de bonne volonté qui régissent les destinées du pays. Les Méchants ont perdu le combat qu'ils menaient à travers les siècles contre les Bons.

Il est impossible d'évaluer l'énorme influence que ces livrets ont pu exercer pendant trente ou quarante années sur la formation de la conscience nationale française. S'ils ont cessé d'être en usage, ils se sont imposés comme des modèles aux rédacteurs postérieurs de livres du même genre, ce qui a prolongé la fascination exercée par eux. Joignant la parole à l'écriture, l'illustre maître se rendait chaque année à la distribution des prix de l'école de Nouvion-en-Thiérache, petit village du nord de la France, et y prononçait un discours à l'usage des enfants, prédication toute simple qui, par-delà, s'adressait aux écoliers de la France entière, homélie ou encyclique destinée à entretenir chez les instituteurs la flamme de la pédagogie républicaine.

Bien entendu, ces petits ouvrages à usage scolaire ne pouvaient pas être des reproductions en modèle réduit de la grande Histoire de France en 26 volumes destinée aux étudiants, aux professeurs et aux amateurs éclairés. Mais l'exemple prouve qu'il existe un considérable décalage entre la version scientifique de l'histoire et sa version pédagogique. Partisan du nouveau régime républicain qui éprouve le besoin de s'établir sur des bases solides dans les esprits, Lavisse rédige ses livrets à partir de la fin ; ce sont les vainqueurs qui écrivent l'histoire ; les valeurs démocratiques ayant gagné la partie doivent se chercher dans le passé des précédents qui leur fournissent autant de justifications. [18] Lavisse a composé pour les besoins d'une cause qu'il avait faite sienne une légende dorée de la République, en orchestrant pour y parvenir des thèmes épars dans la tradition nationale. Le livre d'école primaire présente Louis XIV comme un mauvais roi, orgueilleux, belliqueux, dépensier, indifférent aux malheurs de son peuple. Or, Lavisse avait écrit lui-même, dans sa grande Histoire de France, les volumes consacrés à Louis XIV, évocation juste et équilibrée de l'homme et de l'œuvre, avec sa grandeur et ses déficiences. Double langage. Il ne s'agit pas d'une falsification volontaire, mais d'une profession de foi en toute bonne conscience. S'adressant à des enfants, l'historien passe de l'ordre de la connaissance exacte et rigoureuse à un langage imagé dans lequel le savant se propose d'exposer la substance de ses propres convictions plutôt que son savoir proprement dit. Tout homme qui s'adresse à des enfants est obligé de procéder à des réductions de cet ordre, sans qu'on puisse l'accuser de malhonnêteté.

Or, les adultes sont de grands enfants. Exception faite des quelques milliers de personnes qui, à travers le monde entier, constituent la clientèle des ouvrages savants, l'immense masse de la production d'ouvrages historiques est constituée par des livres de vulgarisation d'où doit être bannie une vérité nue, difficile et sans attraits, bardée de notes et de références illisibles pour le profane. L'histoire de tout le monde est un amalgame d'imageries pittoresques, exotisme du passé, et de présupposés idéologiques, chacun cherchant dans les récits d'autrefois la confirmation de ses partis pris. La sphère d'influence des romans historiques se situe dans les régions où se conjuguent les attraits des couleurs locales dont se nourrit le dépaysement temporel et ces autres attraits qui répondent à nos préférences doctrinales, sociales et politiques. Nous cédons au charme des affinités, aux nostalgies des temps jadis, où nos attentes auraient trouvé mieux qu'aujourd'hui le plein emploi de leurs sympathies et de leurs antipathies. Ainsi s'opère une sorte d'échange entre les significations ; ce que nous goûtons dans l'histoire, c'est ce qu'elle a de romanesque, et ce qui fait souvent à nos yeux l'intérêt d'un roman, c'est l'évocation qu'il propose d'une réalité historique où notre identité se retrouve par procuration. La distanciation chronologique propose comme une grille à travers laquelle nous contemplons notre propre identité en costumes d'époques différentes, participant à un bal paré et masqué sous le voile de pseudonymes, en une sorte de démultiplication de notre propre personnalité.

[19]
  1   2   3   4   5   6   7   8   9   ...   34

similaire:

Politique d\Politique d'utilisation de la bibliothèque des Classiques

Politique d\Politique d'utilisation de la bibliothèque des Classiques

Politique d\Politique d'utilisation de la bibliothèque des Classiques

Politique d\Politique d'utilisation de la bibliothèque des Classiques

Politique d\Politique d'utilisation de la bibliothèque des Classiques

Politique d\Politique d'utilisation de la bibliothèque des Classiques

Politique d\Politique d'utilisation de la bibliothèque des Classiques

Politique d\Politique d'utilisation de la bibliothèque des Classiques

Politique d\Politique d'utilisation de la bibliothèque des Classiques

Politique d\Politique d'utilisation de la bibliothèque des Classiques






Tous droits réservés. Copyright © 2016
contacts
h.20-bal.com