I.à la charnière des 19e et 20e s





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les grands noms de l’éducation physique au 20e s.

I.à la charnière des 19e et 20e s.



En 1869, la gymnastique devient une discipline scolaire obligatoire dans les collèges et les lycées.
4 noms marquent le domaine des exercices corporels à cette époque :

  • Georges Démeny

  • Philippe Tissié

  • Pierre De Coubertin

  • Georges Hébert

Au-delà de leurs différences de points de vue, ces 4 auteurs vont théoriser l’exercice physique et tenter de le diffuser par l’intermédiaire des grandes institutions de l’Etat.

Ces 4 auteurs ont une référence commune à laquelle ils se réfèrent pour la créditer ou la dépasser : la méthode suédoise.

A.la méthode suédoise



La méthode suédoise date du début du 19e s., mais elle n’a pas eu d’influence sur les premières gymnastiques.

La méthode suédoise a été inventée par la famille Ling : Per Ling (le père) et Hjalmar Ling (le fils).
Per Ling (1776-1839) : Militaire, érudit (cultivé), il applique ses connaissances physiologiques et anatomiques à l’exercice physique.

Il crée à Stockholm l’Institut Central de Gymnastique où est enseignée la gymnastique, la natation, l’équitation, …, en bref toutes les activités utiles. C’est là que Ling va tester la gymnastique basée sur la physiologie et l’anatomie qu’il va inventer.

La gymnastique suédoise est un ensemble de mouvements analytiques.

La gymnastique suédoise va devenir obligatoire dans les écoles suédoises en 1820 (en théorie). Dans la pratique, elle sera réellement appliquée par son fils.
Hjalmar Ling (1820-1886) : Il reprend les propositions de son père et va systématiser certains aspects de sa méthode, notamment les principes hygiéniques.
Principes de la méthode suédoise :

Toutes les parties du corps sont exercées grâce à un type particulier de mouvements, dans le but d’obtenir un développement équilibré et harmonieux dont la condition première est la rectitude de la colonne vertébrale.

Elle est basée sur des exercices statiques décrits par le menu et qui doivent être exécutés de manière très précise pour être efficaces. Elle utilise des mouvements passifs ou actifs pour rééquilibrer les différentes parties du corps.

Placée sous la direction de médecins, elle a une visée essentiellement hygiénique.

B.un contexte favorable à l’exercice physique



En 1870, la France et la Prusse en décousent avec leur guerre. La Prusse sort vainqueur de ce conflit à Sedan.

On essaie alors de comprendre ce qui s’est passé. Une des raisons évoquées est la préparation physique des soldats prussiens. On s’interroge en plus sur l’état sanitaire de la population française ; c’est le fameux principe de la dégénérescence de la race.

Une série de mesures va donc être mise en place pour développer l’hygiène des Français. Une vaste campagne est lancée en faveur de l’exercice physique, notamment au sein de l’institution scolaire car les enfants représentent le futur de la nation.

Des experts sont nommés pour aller étudier les différentes méthodes de la gymnastique en Europe. Une commission est envoyée en Suède ; c’est alors que va être découverte la méthode suédoise.

Cette méthode suédoise va susciter un engouement plus ou moins durable mais récurrent. On va faire référence à la méthode suédoise jusque dans les années 60.
Plusieurs facteurs expliquent l’engouement pour la méthode suédoise :

  • Elle a pour objectif premier un objectif sanitaire qui colle très fortement aux préoccupations françaises de l’époque. Les effets de la méthode suédoise en Suède sont visibles : baisse de l’alcoolémie, augmentation de la taille moyenne, …

  • Son sous-bassement scientifique : elle est basée sur des notions anatomo-physiologiques.

  • Ses caractéristiques techniques la rendent facilement applicable et facilitent sa diffusion : elle s’adapte à tous les publics, elle ne nécessite pas de matériel lourd.

  • Ses conditions d’application collent à l’idéal de l’époque : elle est faite à partir de l’ordre du maître, à partir d’une position fondamentale très précisément décrite, avec un trajet bien défini. Tous ces éléments correspondent aux impératifs d’ordre et de discipline relatifs à cette époque.

Ces 4 facteurs vont faire que la méthode suédoise va très fortement influencer la gymnastique de la fin du 19e s. au début du 20°.

Démeny va être séduit par la méthode suédoise au début, puis, grâce à ses connaissances physiologiques, il va peu à peu s’en démarquer.

C.georges démeny et l’éducation physique scientifique




1.la collaboration avec j.e.marey



En 1880, Démeny participe à la création d’une sorte de club qui s’appelle « Le cercle de gymnastique rationnelle ». Ce club rassemble des médecins, des enseignants, des scientifiques qui ont pour ambition d’élaborer une gymnastique basée sur des données scientifiques. C’est dans ce club que Démeny va rencontrer Marey qui est professeur de médecine et un éminent physiologiste.

Les travaux de Marey ont porté sur le mouvement. Il a publié en 1875 un livre important : « Du moyen d’économiser le travail moteur de l’homme et des animaux ».

Marey va prendre Démeny comme assistant. Au début de leur coopération, ils vont se voir attribuer un laboratoire très moderne, spécialisé dans l’étude du mouvement : la station physiologique du Parc des Princes. C’est dans ce cadre qu’ils vont entamer des études pluridirectionnelles sur le mouvement.

Ils vont d’abord mettre au point des appareils pour étudier les contractions musculaires, puis la locomotion des animaux, l’enregistrement des forces. Ils vont mettre au point des techniques permettant de visualiser les différentes phases du mouvement (la chronophotographie). C’est dans ce laboratoire que va naître la biomécanique moderne. Ils vont aussi tenter de définir les conditions de l’efficacité du mouvement, et pour cela étudier le mouvement sous un angle physiologique pour quantifier les dépenses d’énergie : « La philosophie qui marque les travaux de Démeny et de Marey s’articule autour d’un dénominateur commun : l’économie du travail » (Christian POCIELLO).

Ils vont étudier pour l’armée sur le plan biomécanique et énergétique 2 types de marches : la marche normale et la marche fléchie. Ils vont prouver grâce à ces études que la marche fléchie est moins fatigante car elle dépense moins d’énergie. C’est ainsi que la marche fléchie a été utilisée dans l’armée.

La collaboration entre Démeny et Marey va durer jusqu’en 1894. Cette collaboration a eu une grande importance pour Démeny car il aura beaucoup appris aux côtés de Marey, mais aussi au niveau institutionnel car Marey l’aura introduit dans les grandes institutions. Démeny va non seulement se former avec Marey mais aussi se faire connaître sur le plan institutionnel.


2.une méthode à prétention scientifique



Démeny va essayer d’appliquer ses connaissances et son type de rationalité à l’éducation physique.

En 1892, il publie « L’éducation physique en Suède ».

Petit à petit, au fur et à mesure de son perfectionnement en physiologie, il va être amené à critiquer de plus en plus la méthode suédoise sur son aspect statique et sur son caractère analytique.

Démeny va donc tenter d’élaborer sa propre méthode en la basant sur des connaissances scientifiques, dans l’optique de rationaliser l’exercice physique mais aussi dans le but de donner légitimité à sa méthode.

En 1902, il publie son ouvrage fondamental : « Les bases scientifiques de l’éducation physique ».

Il base sa méthode sur l’observation et les faits expérimentaux. Il veut mettre en œuvre le programme général de positivisme d’Auguste Comte qui voulait que soit établi « des liens entre science et morale, science et politique, science et éducation ».

On ne peut comprendre la démarche de Démeny que si on la replace dans son contexte positiviste et de révolution industrielle : « L’éducation physique n’est pas la recherche de la force pour la force, son but est plus élevé. Il touche à la puissance même d’un peuple en tant que source d’énergie et producteur de travail ». La logique de Démeny est une logique industrielle, productiviste.

En 1902, Démeny devient professeur de physiologie à l’école de Joinville.

En 1903, il dirige le cours supérieur d’éducation physique qui est en fait la première formation civile de professeur d’éducation physique.

Toujours en 1903, il publie son deuxième ouvrage très important : « Mécanisme et éducation du mouvement ».

Démeny quitte l’école de Joinville en 1907 (où il était professeur de physiologie depuis 1902) à cause d’un différend concernant des décisions prises par les dirigeants de l’école en faveur de la méthode suédoise. C’est en quittant l’école de Joinville qu’il va finir d’élaborer sa méthode.


3.la méthode du mouvement complet, continu, arrondi



La méthode du mouvement complet, continu, arrondi est élaborée par Démeny en partant d’un mouvement animal durable et esthétique : le vol des oiseaux.

Cette méthode est aussi basée sur le contrôle du fonctionnement des muscles antagonistes.

La méthode de Démeny s’inscrit en opposition complète avec la méthode suédoise, notamment avec ses aspects statique, analytique et rectiligne.
Démeny différencie 2 phases dans sa méthode :

  • une partie constituée de gymnastique éducative

  • une partie qui consiste en une gymnastique d’application.

La gymnastique éducative vise 4 buts spécifiques auxquels sont associés des exercices particuliers :

  • La santé : éducation des grandes fonctions physiologiques qui est sensée augmenter le capital énergétique des individus. Pour cela, il utilise des jeux et des exercices au grand air et des exercices respiratoires. Il assigne à l’éducation physique un rôle hygiénique.

  • La beauté : il assigne à l’éducation physique un rôle esthétique. Il vise au développement normal du corps. Il utilise pour cela des exercices de flexion, d’extension qui sont sensés fortifier le dos et la paroi abdominale, avec pour but ultime de redresser le rachis.

  • L’adresse : à prendre au sens d’éducation des mouvements, en vue d’une utilisation optimale de l’énergie. Pour Démeny, le mouvement juste est celui qui est réalisé avec l’utilisation minimale de contractions musculaires et donc d’énergie. On tente d’éliminer les mouvements parasites. On utilise donc des exercices d’équilibre, de rythme, des mouvements dissymétriques, de la danse, de l’escrime et des sauts.

  • La virilité : à saisir en tant que qualité psychologique de volonté, de courage. Il utilise des jeux favorisant l’initiative. Il veut développer l’énergie morale des individus pour que ceux-ci utilisent leur énergie physique à bon escient. Il assigne à l’éducation physique un rôle moral qui vise un ordre social.


Les 2 buts explicites de la gymnastique d’application sont :

  • l’utilisation économique de la force musculaire

  • le recul de la fatigue.


C’est en 1909 que Démeny jette les bases de sa méthode dans un ouvrage intitulé « L’évolution de l’éducation physique – L’école française ».

Durant l’entre-deux-guerres va naître une méthode française qui sera un amalgame de méthode de Démeny, de méthode Suédoise et de méthode naturelle.

La méthode du mouvement complet, continu, arrondi va avoir une longue vie institutionnelle car elle colle au rôle de l’école, et parce que Démeny ne sera pas un doctrinaire. Le personnage Démeny va très fortement marquer l’éducation physique en France car il est plus un ingénieur biologiste que l’apôtre d’une méthode, parce qu’il a été un des premiers à chercher sans relâche à fonder scientifiquement l’éducation physique, parce que l’école française est en elle-même éclectique car elle comporte à la fois des éléments de gymnastique de plancher et des exercices sportifs synthétiques qui favorisent la mise en action des grandes fonctions vitales. La méthode française serait une sorte de compromis entre la gymnastique et les pratiques sportives qui émergent à cette époque.

D.philippe tissié et la méthode suédoise



Philippe TISSIE (1852-1935) : médecin, passionné par l’exercice physique, exercice physique qu’il pratique et qu’il étudie expérimentalement.

Au début de sa carrière, il fait une étude sur la fatigue dans la pratique du vélocipède.
Dans un premier temps, Tissié va être un ardent défenseur de l’exercice physique sous toutes ses formes. Au départ, il va militer pour la propagation de l’exercice physique, que ce soit sous la forme de la gymnastique ou pour le sport : «  Son objet essentiel est de développer la santé, la beauté, la force, l’adresse de l’enfance et de l’adolescence scolaire et post-scolaire des deux sexes par une éducation physique rationnelle ».
Il crée en 1888 la Ligue Girondine d’Education Physique qui est calquée sur le modèle de la Ligue Nationale d’Education Physique créée la même année par Pascal Grousset.

Il fait partie de ceux qui ont milité pour le développement de l’exercice physique.

En 1907, la Ligue Girondine d’Education Physique change de nom pour devenir la Ligue Française de l’Education Physique.
En 1890, Tissié instaure, avec l’appui du recteur de l’académie de Bordeaux, des rencontres scolaires où les élèves pratiquent des activités athlétiques et font aussi des démonstrations de gymnastique de plancher. Ces rencontres scolaires s'appellent les lendits.
Parallèlement à cette activité en faveur de l’exercice physique, Tissié, qui est devenu médecin, poursuit des recherches sur les mécanismes du mouvement, les rapports entre mouvement et psychisme ; il essaye de rationaliser l’exercice physique.

En 1998, le ministère de l’Instruction Publique mandate la commission supérieure d’éducation physique pour aller étudier l’enseignement de la gymnastique en Suède. C’est à cette occasion que Tissié va découvrir la méthode suédoise. Il est enthousiasmé par les résultats observés. Il voit une méthode simple, facile d’utilisation, aussi bien adaptée aux filles qu’aux garçons. Il va devenir un propagandiste acharné de cette méthode. Il va essayer de démontrer que la gymnastique suédoise est la panacée.
Dans un premier temps, il travaille en collaboration avec Démeny. C’est avec Démeny qu’il va participer à l’organisation du congrès international de l’éducation physique qui va se tenir à Paris en 1900, en même temps que l’exposition universelle.
En 1901, il publie un ouvrage : « L’éducation physique au point de vue historique, scientifique, technique, critique, pratique et esthétique ».
« La caractéristique de la gymnastique suédoise est de permettre à toute personne d’y participer selon ses forces. Elle n’est pas exclusive. Les malades eux-mêmes peuvent en obtenir d’excellents résultats ». C’est sans doute l’une des raisons majeures de l’engouement de Tissié pour la gymnastique suédoise.

Le début de l’opposition avec Démeny date de 1903 à propos du règlement de 1902.

C’est pour Tissié le début d’une période noire.

C’est en 1903 aussi que les lendits sont supprimés.
A partir de ce moment-là, les écrits de Tissié deviennent de plus en plus polémiques. Il affirme la suprématie de la méthode suédoise, démolit tout ce qui touche de près ou de loin à Démeny. Il s’enferme dans un vrai sectarisme, et ce jusqu’à sa mort.

Son argument majeur, c’est la crédibilité de l’éducation physique. Il demande que l’éducation physique soit placée sous tutelle médicale pour en garantir les effets. Il demande aussi que la formation des enseignants soit plus structurée.
C’est à Bordeaux, en 1927, que le premier IREP (Institut Régional d’Education Physique) est créé ; il est rattaché à la faculté de médecine. Malgré cette petite victoire, Tissié est petit à petit écarté de toute responsabilité institutionnelle à cause de sa trop grande agressivité vis-à-vis des autres méthodes.
Il va donc passer la plupart de son temps à publier, beaucoup d’articles pamphlétaires (= satiriques), notamment « L’éducation physique et la race » en 1919.

Dans ses propositions théoriques, Tissié conserve les caractéristiques originelles de la méthode suédoise, en tant que gymnastique de développement ou gymnastique éducative, qui vise avant-tout la rectitude de la colonne vertébrale pour permettre aux organes de fonctionner de façon optimale, tout cela dans le but de mobiliser les fonctions vitales qui sont sensées garantir l’état de santé. Il insiste très fortement sur son impact moral. Il invoque, contrairement à d’autres, les centres neurologiques pour expliquer l’effet moral de l’éducation physique.

E.georges hébert (1875-1957) et la méthode naturelle



Georges Hébert était militaire ; il était marin.

Entre 1895 et 1903, il sillonne les mers et découvre qu’il existe des ethnies qui vivent en dehors de la civilisation et qui sans civilisation sont complètement adaptés à leur mode de vie. Il est frappé par l’efficacité par rapport aux contraintes de leur milieu et par leur beauté. Il est d’autant plus frappé qu’il ne découvre pas chez ces ‘sauvages’ d’exercices physiques, autres que les travaux quotidiens, leur permettant de rester en bonne santé : « L’homme à l’état de nature, obligé de mener une vie active pour subvenir à ses besoins et assurer sa sécurité, réalise son développement physique intégral en vivant au grand air et en exécutant uniquement les exercices naturels et utilitaires qui sont ceux de notre espèce et pour lesquels notre corps est spécialement bâti et organisé ».
A la fin du 19e et au début du 20e s., l’Europe représente la civilisation évoluée, la France a un grand empire colonial, les blancs sont considérés comme la race évoluée.

Hébert reprend le mythe du ‘bon sauvage’ de Rousseau, bon sauvage qui vit dans un milieu naturel, non technique, dont les besoins sont élémentaires, ce qui est en totale rupture avec le quotidien des sociétés occidentales. Les occidentaux utilisent des moyens de transport modernes et ont besoin d’exercice physique pour se maintenir en bonne santé, contrairement aux ‘sauvages’.

Hébert va déduire de ce constat une méthode basée sur les exercices naturels et dont la devise sera « être fort pour être utile ». Il a le sentiment que toutes les activités auxquelles se livrent les indigènes relèvent d’une utilité sociale.

Hébert va donc se placer en rupture avec la gymnastique contemporaine et avec la pratique sportive.
A l’exposition universelle de 1913, qui a de nouveau lieu à Paris, va se dérouler une démonstration de gymnastique naturelle qui va remporter un vif succès. Mais la méthode ne sera réellement achevée que vers 1918.

En 1906, il publie « L’éducation physique raisonnée ». En 1911, « Le code de la force ».
Deux principes sont à la base de la méthode naturelle. Pour développer et entretenir son corps, il suffit :

  • de pratiquer en plein air

  • de pratiquer les mouvements pour lequel le corps a été fait, c’est-à-dire les mouvements naturels.

La méthode naturelle est basée sur deux concepts :

  • le concept de nature

  • le principe d’utilité.


Hébert va classer les différents mouvements en fonction du principe d’utilité. Il y a pour Hébert 5 familles de mouvements :

  • la locomotion normale (marche, course, sauts)

  • les locomotions secondaires (quadrupédie, grimpers, équilibrisme, natation)

  • les mouvements de défense (luttes avec ou sans objet, lancers)

  • les activités industrieuses (techniques de lever)

  • les divertissements (danse).

Cette classification a été élaborée à partir de l’observation des indigènes.
Hébert va donc proposer l’utilisation de ces exercices dans une optique de travail foncier et de réglage de l’effort. Pour Hébert, l’effort maximal et bref n’est pas intéressant. Pour lui, ce qui est intéressant est de pouvoir tenir un effort modéré.
Hébert se démarque très nettement du sport. Il a écrit un pamphlet intitulé « Le sport contre l’éducation physique » en 1925.

La logique sportive s’opposé à sa méthode naturelle : le sport est artificiel, socialement inutile et ne développe pas l’altruisme.
Alors que l’exercice physique à cette époque est imbibé de scientisme, Hébert renie à la science toute possibilité d’éclairer l’exercice physique. Il s’élève donc contre le rôle des médecins en éducation physique : « Les savants brouillent la nature plus qu’ils n’y conduisent ».

D’après lui, la science décale notre représentation de la nature et nous fait prendre des chemins dévoyés.
Pendant l’entre-deux-guerres, la méthode naturelle va être intégrée à la méthode éclectique française.

Sous le régime de Vichy, elle va devenir méthode officielle, mais sans intervention de Hébert. C’est parce que le régime de Vichy se reconnaît dans les valeurs de la méthode naturelle qu’elle va l’utiliser.

Ces 3 méthodes sont des éléments clés de l’histoire de l’éducation physique du 20e s. Elles sont contemporaines et vont donc rentrer en concurrence. Durant tout le début du 20e s., le champ des pratiques corporelles est marqué par la guerre entre ces méthodes. Cette guerre des méthodes sera résolue par la méthode française, élaborée à l’école de Joinville en 1925, qui se caractérise par son éclectisme : elle fait un mélange de ces différentes méthodes.


II.au 20e s.



Durant l’entre-deux-guerres, les 3 méthodes (naturelle, suédoise et mouvement complet, continu, arrondi) vont être rassemblées sous le terme de méthode française, créée à l’école de Joinville dans les années 20 avec pour but de mettre fin à la guerre des méthodes.

Parallèlement, l’éducation physique va connaître une forte poussée d’institutionalisation et l’instauration d’une collaboration médico-pédagogique déterminante pour l’évolution de la discipline. Les médecins vont encadrer le travail des enseignants d’éducation physique à tous les niveaux : exercices à faire pratiquer, dosage de ces exercices, vérification des effets, …
En dehors du cadre scolaire, on assiste à une forte expansion du mouvement sportif qui s’accompagne de bouleversements institutionnels et d’une hausse du nombre de pratiquants, renforcée par la politique de loisirs sportifs du Front Populaire à partir de 1936 (accès au sport pour les populations défavorisées, construction d’installations sportives, …).

Le Commissariat Général est créé ; il est dirigé par Borotra. Il met en place la Charte des Sports qui a pour but de réorganiser le mouvement sportif en le mettant sous contrôle de l’Etat.
Au niveau scolaire, l’EGS (Education Générale et Sportive) rompt avec l’éclectisme de la méthode française pour promouvoir la méthode naturelle de Hébert au rang de méthode nationale. Cette orientation est déterminée dans les premières Instructions Officielles de l’Education Physique du 1er juin 1941.

En 1941 est aussi créée une épreuve facultative d’Education Physique au baccalauréat.

Ces IO du 1er juin 1941 font écho aux idées d’Hébert et de sa méthode naturelle ; le régime de Vichy va s’en inspirer, se retrouvant dans les valeurs véhiculées par cette méthode.
Sous le régime de Vichy, la politique de construction d’installations sportives du Front Populaire va être poursuivie. Les CREGS (Centres Régionaux d’Education Générale et Sportive) vont être créés (ils deviendront les CREPS à la fin de la guerre). C’est dans ces CREGS que sont formés les maîtres d’éducation physique, plus rapidemment que les autres enseignants pour remédier à la forte demande du moment.
En 1942, le régime de Vichy est radicalisé. Cela va avoir pour effet de remplacer Borotra par le colonel Pascot.

Avec l’arrivée de Pascot, le mouvement sportif professionnel va être encouragé. La méthode naturelle est remplacée par la méthode Iréne Popard en tant que méthode officielle.

Sous ce 2nd Commissariat va se prolonger la construction d’installations sportives. Au sortir de la guerre, de manière paradoxale, la France aura gagné en infrastructures sportives.

 Le régime de Vichy, malgré le fait qu’il représente une période noire de l’histoire de France, a tout de même beaucoup apporté à l’éducation physique et au sport par la construction de nombreuses infrastructures sportives et la formation des enseignants d’EP.
A la libération, ce qui a été mis en place sous Vichy va être gardé, on va simplement changer les appelations.

On va revenir à des valeurs démocratiques.

L’éclectisme de la méthode française est remis en place ; on donne aux enseignants le choix de la méthode.

Le sport continu son développement. Le mouvement sportif civil connaît une très forte expansion.

L’épreuve facultative d’EP au baccalauréat est maintenue mais modifiée dans son contenu.
On entrevoit un premier rapprochement entre une éducation physique qui utilise la gymnastique et les pratiques sportives. On voit émerger l’idée que le sport peut participer à l’éducation physique de la jeunesse.
Maurice Baquet, athlète confirmé, entraîneur chevronné, très investi dans le mouvement sportif, va mettre l’accent sur l’utilité du sport dans le scolaire, sans forcément prendre comme argument l’objectif de santé : « L’initiation sportive est le prolongement de l’éducation physique de base. Son but est de continuer le développement corporel général en améliorant les qualités techniques et morales. La pratique du sport répond à un besoin moderne et c’est montrer une véritable connaissance de la psychologie de la jeunesse que de l’encourager ».

Baquet propose de mettre en place un enseignement sportif pluridisciplinaire, refusant la spécialisation précoce, sensé favoriser l’acquisition d’une motricité sportive. Cette méthodologie est basée sur la répétition.

Baquet insiste aussi sur les aspects psychologiques de l’éducation physique : « Le sport individuel développe la personnalité, augmente le courage, la persévérance, la confiance en soi ». Les sports collectifs « imposent de connaître et de respecter les règles du jeu ».

 Baquet n’achève pas la modélisation de la méthode sportive ; il jette les bases et préfigure les théories des années 60.
Pierre Seurin se place en opposition avec Baquet.

En 1946, Seurin devient le président de la Ligue Française de l’Education Physique qui est le nom moderne de la Ligue Girondine d’Education Physique créée par Tissié.

Seurin va en Suède et y découvre la gymnastique néo-suédoise qui est la forme moderne de la gymnastique suédoise. Il découvre aussi la gymnastique volontaire.

Seurin était désappointé par l’éclectisme de la méthode française. Pour lui, les IO de 1945 envoyaient un message explicie : « Remuez, tout est là ». Il reproche aux IO de 1945 de privilégier la quantité de mouvements à la méthode. Pour Seurin, l’éducation physique garde un but principal hygiénique de santé. On ne peut atteindre ce but hygiénique que par une pratique méthodique.

En 1949 paraît sous sa direction un ouvrage important : « Vers une éducation physique méthodique ». Il y différencie très nettement éducation physique et sport, et explique l’objectif sanitaire.
La méthode néo-suédoise, basée comme son ancêtre sur la rectitude de la colonne vertébrale, insiste sur le développement de la fonction respiratoire et le développement correct du corps. Les buts de la gymnastique suédoise collent aux nécessités du contexte d’après-guerre.

Dans ce cadre, le sport gagne petit à petit de l’importance dans l’éducation physique. C’est pourquoi les IO de 1959 vont recadrer la pratique de l’éducation physique vers la gymnastique.
Dans les années 60, on assiste à la sportivisation de l’éducation physique. C’est dans les années 60 que va être consacrée la méthode sportive. On voit émerger plusieurs propositions théoriques de la méthode sportive qui résultent souvent d’expériences pédagogiques menées dans des établissements scolaires.

Par exemple, dans l’expérience de Corbeil-Essone, on utilise la compétition comme motivation et comme principe pédagogique ; on met en place un calendrier de compétitions, on évalue à partir des performances.

Autre exemple : en 1965, à Calais, Jean de Rette met en place la République des Sports. On organise la classe en clubs, le club en équipes ; des compétitions sont organisées, on recrée des événements sportifs au sein de l’école (juges, journalistes, sportifs, …).

En 1966 sont créés des stages M.Baquet, organisés par la FSGT. On réfléchit dans ces stages à l’utilisation des diverses activités sportives. On tente de théoriser, on évoque les théories de Piaget.


Justin Teissié essaye d’analyser les activités physiques en terme de maîtrise corporelle.

A partir de 1957, il va faire paraître dans la revue EPS son Essai de systématique dans lequel il décrit les aspects fondamentaux de la maîtrise corporelle :

  • maîtrise du corps propre

  • maîtrise des déplacements

  • maîtrise des engins

  • maîtrise de l’opposition.

On passe d’une vision organique à une représentation corporelle basée sur la motricité. Teissié accorde une place prépondérante à tout ce qui relève de la perception. Teissié propose un traitement du sport civil pour l’intégrer à l’éducation physique.
Les IO de 1967 officialisent la sportivisation de l’éducation physique.

Dans ces IO, on sent aussi bien l’influence marxiste que celle de Teissié.
En opposition aux méthodes sportives, un courant très important, le psychocinétisme de Jean Le Boulch, apparaît. Ce courant s’oppose à la fois au courant sportif et aux propositions hygiéniques de Seurin.

Le Boulch utilise de nouvelles références scientifiques : la neurophysiologie, la phénoménologie et la psychologie des conduites.

Pour Le Boulch, l’acte moteur doit être replacé dans le contexte global de l’individu. Enrichir le répertoire moteur, c’est pour Le Boulch permettre d’accéder à la maîtrise du comportement, autrement dit c’est rendre les individus adaptables aux différentes situations.

La psychocinétique de Le Boulch va donc mettre l’accent sur l’ajustement moteur et sur les structures perceptives.

Les méthodes d’enseignement de l’éducation physique en maternelle sont directement inspirées du psychocinétisme de Le Boulch.

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