Etude en œuvre intégrale de Flaubert, L’Education sentimentale





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date de publication01.11.2017
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LE ROMAN ET SES PERSONNAGES : VISIONS DE L’HOMME ET DU MONDE

Etude en œuvre intégrale de Flaubert, L’Education sentimentale

Ce travail a été réalisé par Emilie BOUTLEY, agrégée de Lettres Modernes,pour ses élèves de 1ère du Lycée Philippe de Girard à Avignon (84)

Les élèves ont disposé d’un peu plus d’un mois pour lire l’œuvre, aidés d’une feuille de lecture.

Séance 1 :

Correction de la feuille de lecture guidée (voir plus bas)

Retour sur le travail fait en cours d’Histoire : le XIX siècle et l’émergence de la bourgeoisie. La nouvelle porosité entre les différentes classes sociales : le personnage de la demi-mondaine.

> Travail sur La Traviata de Verdi en initiation artistique et culturelle.

Séance 2 :

Lecture parallèle des premières pages de L’Education sentimentale et du premier portrait de Rastignac dans Le Père Goriot.

Excipit du Père Goriot.

  • L’Education sentimentale comme faux roman de formation.

Séance 3  (2 heures)

Lecture comparée du portrait de Mme Arnoux dans les trois versions successives de L’Education sentimentale.

Lecture analytique de la version finale (voir plus bas)

  • Un regard singulier posé sur le monde : le narrateur flaubertien

Séance 4 :

Lecture analytique : la rencontre de Mme Arnoux. Frédéric, le narrateur : quelle vision ?

Séance 5 (2heures) :

Lecture analytique : le bal masqué chez La Maréchale.

Comparaison rêverie de Frédéric Moreau / rêverie d’Emma Bovary : l’héritage romantique.

Séance 6:

Contrôle de lecture : Perec, Les Choses.

Séance 7 (2 heures) :

Lecture analytique : La prise du Palais Royal

Comparaison avec la mort de Gavroche dans Les Misérables.

  • L’écriture scientifique de l’Histoire selon Flaubert

Distribution du sujet d’écriture d’invention (voir plus bas)

Initiation artistique et culturelle : la question du réalisme en littérature et en peinture ; lecture parallèle du discours de Pellerin sur le réalisme et des tableaux de Courbet.

Séance 8 :

Lecture analytique : l’excipit.

  • « J’ai voulu écrire le portrait moral de ma génération. »

Initiation artistique et culturelle : le Paris Haussmannien de Frédéric.

Séance 9:

Correction du contrôle de lecture sur Perec, Les Choses.

  • Quelle vision du monde ? Une étape supplémentaire dans la désillusion flaubertienne.

FEUILLE DE LECTURE

FLAUBERT, L’EDUCATION SENTIMENTALE, 1869

I- Un peu d’Histoire …

Flaubert a déclaré lui-même : « L’Education est une chronique de 1848 » ou encore  « Je veux faire l’histoire morale de ma génération  ». Il est donc préférable de lire ce roman en en connaissant l’arrière-plan historique.

La frise chronologique doit être complétée par vos soins et pendant la lecture. Voici quelques jalons :

- Le roman commence en 1840, donc en pleine Monarchie de juillet : Louis-Philippe a pris le pouvoir suite à la « Révolution de Juillet » qui a évincé la dynastie des Bourbons pour celle des Bourbons-Orléans. Frédéric arrive alors de Province à Paris.

- La transition entre les deuxième et troisième partie du roman se fait en février 1848 qui verra la naissance de la II° République (= « Révolution de février »). C’est le moment du rendez-vous manqué entre Frédéric et Mme Arnoux.

- Frédéric quitte Mme Dambreuse et voit s’effondrer ses rêves de fortune (Troisième partie, ch.V) au moment du Coup d’Etat du 2 décembre 1851 qui voit le début du Second Empire.

Pendant votre lecture vous serez donc attentif aux liens qui unissent l’histoire individuelle de Frédéric et la grande Histoire.

II- L’histoire de Frédéric Moreau

Première Partie :

L’amour : Comment pourrait-on décrire sa vie amoureuse dans cette partie ? Détaillez.

Les relations sociales : Qui fréquente-t-il ? Quels sont ses projets successifs ?

Quel événement bouleverse la vie de Frédéric à la fin de cette partie ? Expliquez.

Deuxième partie :

L’amour : Comment ses « affaires » avancent-elles ?

L’ambition sociale : Comment met-il à profit son nouveau statut ? Cela est-il efficace financièrement ?

Troisième partie :

L’amour : Résumez ses réussites et ses échecs.

L’ambition sociale : Qu’ambitionne-t-il ?

III-Questions générales

1- Résumez l’histoire de sa relation avec Deslauriers. Pourquoi Flaubert a-t-il selon vous introduit ce personnage ? Quelle est son utilité ?

2- En quoi le parcours de Frédéric Moreau offre-t-il un écho à l’histoire de la France à la même époque ?

3- Selon vous, quel sentiment G. Flaubert éprouve-t-il pour son personnage principal ? Justifiez précisément votre réponse.

Séance 3 : Lecture comparée de plusieurs versions de la scène de la rencontre

Mémoires d’un fou (1838)

Comme elle était belle, cette femme ! Je vois encore cette prunelle ardente sous un sourcil noir se fixer sur moi comme un soleil.

Elle était grande, brune, avec de magnifiques cheveux noirs qui lui tombaient en tresses sur les épaules ; son nez était grec, ses yeux brûlants, ses sourcils hauts et admirablement arqués, sa peau était ardente et comme veloutée avec de l’or ; elle était mince et fine, on voyait des veines d’azur serpenter sur cette gorge brune et pourprée. Joignez à cela un duvet fin qui brunissait sa lèvre supérieure et donnait à sa figure une expression mâle et énergique à faire pâlir les beautés blondes. On aurait pu lui reprocher trop d’embonpoint ou plutôt un négligé artistique – aussi les femmes la trouvaient-elles de mauvais ton. Elle parlait lentement : c’était une voix modulée, musicale et douce. Elle avait une robe fine de mousseline blanche qui laissait voir les contours moelleux de son bras.

Quand elle se leva pour partir, elle mit une capote blanche avec un seul nœud rose. Elle le noua d’une main fine et potelée, une de ces mains dont on rêve longtemps et qu’on brûlerait de baisers.

Première version de L’Education sentimentale (1843)

Elle avait les cils longs et relevés, la prunelle noire, sillonnée de filets jaunes qui faisaient des petits rayons d’or dans cette ébène unie ; toute la peau des yeux était d’une teint un peu rousse, qui les agrandissait et leur donnait une manière fatiguée et amoureuse. J’aime beaucoup ces grands yeux de femmes de trente ans, ces yeux longs, fermés, à grand sourcil noir, à la peau fauve fortement ombrée sous la paupière inférieure, regards langoureux, andalous, maternels et lascifs, ardents comme des flambeaux, doux comme du velours ; ils s’ouvrent tout à coup, lancent un éclair et se referment dans leur langueur .

Lecture analytique 1 : la rencontre avec Mme Arnoux

« Ce fut comme une apparition […] dans le capot de l’escalier. »

La séance a été précédée de l’étude des différents portraits de Mme Arnoux dans les deux versions antérieures du roman. Ceci a permis de montrer l’affirmation du narrateur flaubertien au fil des années.

Situation :

Nous sommes à cinq ou six pages du début de l’œuvre : en 1840, Fr. Moreau quitte Paris pour Nogent sur Seine. Le personnage a sommairement été présenté au lecteur : il est bachelier, espère un héritage et se déclame des vers mélancoliques. Il se crée donc un horizon d’attente -le roman de formation d’un jeune romantique- que Flaubert va s’attacher à déconstruire.

I-Un portrait pictural

>le motif

-L’attitude de Frédéric est celle d’un peintre : s’éloigne,  se tourne

-Madame Arnoux se détache en motif romantique -  au milieu du banc toute seule,  rubans qui palpitent, sa robe forme un drapé pictural – mais aussi selon le topos de la Vierge à l’enfant posé sur ses genoux (ceci annonce à la fois son prénom et la troisième partie où elle se dévouera à son fils malade) comme en témoigne le vocabulaire religieux de l’  « apparition ».

>les couleurs

Ce sont les couleurs contrastées d’un tableau impressionniste : roses, noir, bleu, brune, violettes … 

>la lumière

Elle connote l’idée de pureté et renforce le motif marial : éblouissement, doigts que la lumière traversait.

Par ailleurs ce tableau très harmonieux se double d’un rythme qui va renforcer cette atmosphère paisible.

>le rythme

Le 2°§ se compose d’une cadence majeure à laquelle succèdent deux phrases en rythme ternaire : le tempo est donc à la fois enthousiaste et régulier. Il se double d’une forte allitération en [S] aux 2° et 4° § créant ainsi un portrait à valeur proleptique conforme à ce que sera Mme Arnoux dans tout le roman - un idéal de douceur.

Il s’agit maintenant de se poser les questions suivantes : Qui fait ce portrait ? Pourquoi apparaît-elle si belle ?

II- Ce que voit Frédéric ; ce qu’il imagine.

>Le point de vue interne

La description est assumée par Frédéric comme en témoignent les nombreux verbes de vision ainsi que les modalisateurs (amoureusement, splendeur).

On bascule petit à petit dans l’imagination de Frédéric grâce à l’utilisation du discours indirect libre dans le 4°§ : le lecteur n’a plus seulement accès à ce qu’il voit mais aussi à ce qu’il pense, ce qu’il imagine. Ainsi se forme la dynamique du texte : une plongée progressive dans l’esprit de Frédéric. Dans le même temps, nous sommes par définition à mi-chemin entre la narration et le discours et se pose légitimement la question : le narrateur assume-t-il pleinement les pensées de son personnage ? Ceci peut-être un fil conducteur de toute l’étude du roman.

>L’excès

Frédéric bascule instantanément dans l’idolâtrie et souhaite connaitre sa chambre, toutes les robes, les gens ce qui est résumé dans la formule « une curiosité douloureuse qui n’avait pas de limites ». Le personnage est donc présenté dans toute son hubris : le lecteur sait ce que sera sa perte.

>les clichés romanesques

Frédéric mêle tous les clichés de son époque :

-l’exotisme : la négresse rappelle les tableaux de Delacroix, l’andalouse évoque Carmen et la créole fait référence à Paul et Virginie.

-le voyage : Frédéric renvoie à la littérature de voyage avec la rêverie au milieu de la mer.

Ainsi, l’imagination du personnage prend appui sur ses lectures romanesques et ne témoigne d’aucune originalité.

Mais que pense donc le narrateur de son personnage ?

III- Regard du narrateur sur son personnage

>L’attitude de Frédéric

Le narrateur met en scène sa gaucherie en insistant sur le manque de naturel de toutes ses actions : pour dissimuler sa manœuvre (voc. Militaire), se planta, affecta

Ceci doit être mis en relation avec l’ensemble du roman : jamais il n’ose aborder Madame Arnoux ni même Rosanette.

>Les pensées de Frédéric

Le narrateur nous invite à voir, à prendre conscience de la banalité de la scène : ce ne sont que des choses.

-comme une chose extraordinaire

-se réjouissait d’entendre ces choses comme s’il eût fait une découverte

Le lecteur fait donc le va-et-vient entre l’enthousiasme de Frédéric et la lucidité du narrateur mais tout ceci sans appuyer, avec légèreté. Tout ceci culmine au dernier § quand Frédéric s’imagine au milieu de la mer lorsqu’il n’est que sur la Seine.

>La rencontre

Il s’agit d’une scène de première rencontre mais celle-ci a-t-elle vraiment lieu ? Lorsque le sommet narratif a lieu – leurs yeux se rencontrèrent –annonciateur probable d’un coup de foudre amoureux, le narrateur lui fait immédiatement succéder l’apparition théâtrale et comique de Monsieur Arnoux qui sort de l’escalier comme des coulisses : Ma femme, es-tu prête ?

Il s’agit bien d’une chute comique.

Le narrateur ne ridiculise pas Frédéric en appuyant sur son décalage ; ce sont les situations romanesques qui vont suffire à montrer l’inadaptation de son personnage.

Conclusion

Le lecteur peut d’ores et déjà imaginer que la romance avec Mme Arnoux n’aboutira pas : Frédéric croit voir quelque chose qui en réalité n’est que le produit de son imagination.

Enfin nous sommes amenés à nous interroger sur la position du narrateur par rapport à son personnage : que pense-t-il de lui ? Qu’éprouve-t-il pour lui ?

Ces deux questions peuvent faire l’objet de quelques § argumentatifs rédigés par les élèves à l’aide d’exemples précis tirés de l’œuvre.

SUJET D’INVENTION

Vous traiterez au choix l’un des deux sujets.

Sujet 1 : Vision du monde

Vous réécrirez l’épisode de la prise du Palais Royal (étudié en classe) en adoptant un style proche du Victor Hugo des Misérables (voir extrait vu en classe). Vous pourrez, entre autres, jouer sur l’emphase, le registre pathétique et le point de vue du narrateur. Il n’est pas nécessaire d’adopter un vocabulaire que vous ne maîtriseriez pas mais cherchez en revanche à user toujours du mot le plus précis.

Sujet 2 : Vision de l’homme

Vous développerez à la première personne l’ellipse finale de L’Education sentimentale : « Il voyagea […] et l’inertie de son cœur. » (Troisième partie, chapitre VI). Quinze années sont ainsi couvertes en une dizaine de lignes. A vous de restituer les pensées et sentiments de Frédéric en conformité avec ce que vous avez lu dans ce roman. Il n’est pas nécessaire d’écrire à son tour un roman …Une copie double devrait suffire à rendre compte de votre compréhension du personnage et de vos dons d’imitation.


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