Atelier animé par Dominique Briand





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LES 9° RENDEZ-VOUS DE L’HISTOIRE

BLOIS DU 12 AU 15 OCTOBRE 2006

« L’ARGENT, EN AVOIR OU PAS »

Compte-rendu de Nathalie Valière, collège M. Genevoix de Couzeix.


ENSEIGNER L’HISTOIRE AVEC LE CINEMA
Atelier animé par Dominique Briand,

Formateur à l’IUFM de Basse-Normandie et

Professeur d’Histoire-Géographie au lycée

Le Verrier de St Lô.
Le 13 octobre 2006


Questions de départ :

  • En quoi est-il important d’enseigner l’Histoire avec le cinéma ?

  • En quoi cela peut-il poser des problèmes ?

  • Quels films supports pour le travail de l’enseignant ?




  1. Analogies entre la fabrication du film et la fabrication du cours d’Histoire.


Ici, il s’agit de partir de fictions puisque l’enseignant est en général plus porté à étudier des documentaires. Exemples : « Land and freedom » de K. Loach, « Kingdom of Heaven » de R. Scott, « Princesse Tam Tam » de E. Gréville et « La vie est belle » de F. Capra.


    1. « Land and freedom », film de 1995 qui présente la guerre d’Espagne sous un angle neuf, c’est-à-dire les guerres fratricides qui ont déchiré les Républicains espagnols. Le point de départ du film est la découverte, par une jeune fille, de lettres de son grand-père, Britannique, engagé dans le POUM.

Visionnage d’un extrait : la mort de Blanca, petite amie du héros et ses funérailles.

Voir comment le fragment du film est fait et comment il éclaire la façon de faire un cours d’Histoire :

    • militantisme du cinéaste : correspondance passé/présent,

    • forme du film et montage : successivement dans le montage, enterrement de Blanca et du héros dans le passé et dans le présent avec une bande-son continue.




    1. « Kingdom of Heaven », film de 2004. Comment dans un film qui traite du passé lointain le cinéaste installe le temps et l’intrigue ?

L’intrigue du film se passe à la charnière de la 2° et de la 3° croisades.

Visionnage du début du film. Pour installer le public dans un passé lointain, le cinéaste a recours à un petit texte. Il utilise une lumière très froide qui baigne un paysage avec une croix. Le spectateur va devoir comprendre de quoi il s’agit. Ici, R. Scott est très marqué, dans le présent, par les discours de G. Bush sur la croisade à mener par les Etats-Unis.



    1. « Princesse Tam Tam », film de 1935, sur l’Histoire coloniale.

Lire les images en faisant attention aux temporalités. Comment le lisait-on à l’époque ? Comment le lire aujourd’hui ?

Des films de ce type étaient nombreux dans les années Trente et étaient équivalents en nombre aux westerns aux Etats-Unis : ils attiraient des millions de spectateurs.

L’histoire : un écrivain a des démêlés avec sa maîtresse. Il la quitte et se rend au Maghreb pour écrire un roman, « Civilisation ». Il y rencontre une jeune indigène (rôle tenu par J. Baker) et laisse croire, de retour en France, qu’il s’agit de sa maîtresse et d’une princesse. Il veut en fait se venger de sa première maîtresse. Plus tard, il laisse à la jeune indigène sa villa du Maghreb.

Visionnage d’un extrait : la fin du film. La jeune femme erre dans la villa qui est laissée à l’abandon.

Si les élèves regardent cette scène seuls et sans aucun guide, ils pensent que le cinéaste est un raciste et qu’il se moque d’elle. En fait, cette scène est un vecteur de la culture coloniale. La jeune femme est présentée comme une sauvage qui n’entretient pas la villa. Le roman, « Civilisation », non lu, est mangé par un âne. Cette scène permet d’expliquer aux élèves les mentalités de l’époque. C’est une question de point de vue : le cinéaste n’est pas un historien mais il forge une représentation du passé.


  1. En quoi les apprentissages du cinéma peuvent aider à faire de l’Histoire ?




  • Rapports cinéma/Histoire :

Depuis son invention, le cinéma se saisit de l’Histoire. Il utilise le héros dans l’Histoire ou le petit héros dans la grande Histoire. Il fait des fresques historiques. Il réfléchit sur le temps comme dans « Rome, ville ouverte » de Rossellini qui voit la libération de la ville et tourne, en deux mois, dans un appartement de Rome, un film qui devient alors un document de référence pour comprendre ce moment.


  • Du côté des historiens : Certains estiment que le goût pour le cinéma forge le goût pour l’Histoire. Par exemple, J. Le Goff explique que le cinéma est intéressant car il en reste toujours quelque chose de juste. Cf : « Monty Python, Sacré Graal », 1975. D’autre part, le cinéma permet de visionner des images.


En fait, le cinéma instaure une croyance qui va nous toucher même s’il n’installe pas la vérité. Par exemple, avec « Indigènes », pour que des images restent : le cinéaste ne fait pas œuvre d’historien.



  1. Apprendre l’Histoire avec le cinéma :


C’est un gisement de documents : qu’en fait le professeur ? Pourquoi ?

Une fois le film et son fragment sélectionnés, analyser.

  • Question de point de vue : Avec les yeux de qui ? Quel personnage suit-on ?

  • Question des temps représentés : Comment le passé est-il recomposé ? Avec quels moyens ? Quels décors ? A quel moment a-t-il été réalisé ? Dans quel contexte ?

  • Question du temps de la réception : Comment le lit-on à sa sortie ? D’où viennent les images ? Il faut bien les identifier. Il peut y avoir des mélanges d’images anciennes/créées comme dans « Un long dimanche de fiançailles ». A quelles références fait-on appel ? Le cinéaste a-t-il pu utiliser des archives filmiques ou non ?

  • Il faut donner des grilles d’explication à des élèves qui ne possèdent pas toutes les clés.



Extrait de « La vie est belle » de F. Capra, film de 1946.

A cette date, les E.U sortent de la guerre. Capra aussi puisqu’il a fait des films de propagande. Le cinéaste veut un film gai. J. Stewart accepte d’être le personnage principal.

L’histoire : Elle est racontée par Dieu. Un ange va sur Terre pour sauver un homme au bord du suicide. Toute la vie de cet homme défile.

Le film se termine par un « Happy End ». Il est plein de bons sentiments. En quoi est-il propice à l’enseignement de l’Histoire ? C’est un film assez riche construit sous forme d’un long flash-back. Comment raconte-t-on le temps ? Pourquoi le film est-il tourné ainsi ? (images de Capra et scènes de combats qu’il a utilisées).

Que représente-t-il ?

  • Une figuration de l’histoire du modèle américain. Eloge de l’individu qui réussit sans écraser les autres.

  • Image de la famille américaine. Stabilité.

  • Sentiment des Américains aux lendemains de la guerre. Victoire mais aussi décalage car ce qui l’emporte ce sont les difficultés de vivre.

Ce film ne rencontre pas un public très important à sa sortie en 1947. Mais, beaucoup plus tard, progressivement, il est vu comme un hymne à la vie familiale américaine.

LES MEDIAS AU PERIL DE L’ARGENT

Conférence de J. N. Jeanneney

Le 14 octobre 2006

En 1894, à l’issue de la représentation d’une pièce d’Ibsen, « Un ennemi du peuple », G. Clemenceau et J. Jaurès débattent. Les journaux de l’époque en parleront. Cette pièce de théâtre parle d’un médecin d’une ville thermale norvégienne qui s’inquiète car les malades sont plus atteints en quittant la ville qu’en y arrivant. Il mène une enquête et découvre que les eaux sont polluées par une tannerie. Il n’est soutenu dans son indignation ni par le journal local, ni par les habitants qui le lapident. Pour Clemenceau le refus du rédacteur en chef de soutenir le médecin est impardonnable. Pour Jaurès, le rédacteur en chef est impuissant ; son attitude est pardonnable car explicable puisqu’elle tient à la nature même du système capitaliste. Il pense qu’un jour viendra où les journalistes pourront dire la vérité.
Il s’agit ici de l’ambiguïté de ce qu’il faut faire pour séduire les lecteurs. La presse doit-elle être un flambeau qui éclaire la route ? Faut-il faire la part du feu pour continuer ? On est au cœur des relations entre la presse et l’argent car un journal est une entreprise, mais pas une entreprise ordinaire.
La presse en 1894 est régie par la loi de juillet 1881 qui est alors en Europe occidentale la plus libérale dans l’ordre de la presse. Cette loi a été adoptée de la manière la plus large. On croit que la vérité émerge grâce aux journaux et à l’enseignement et que cela garantit la démocratie.
La suite a démenti ces espérances lorsque la presse a été affrontée au péril de l’argent. La présence de l’argent douteux a contribué, jusqu’à la seconde guerre mondiale, à faire des journaux des lieux de pratiques douteuses. Léon Blum, dans «  A l’échelle humaine » dénonce « la vénalité », « la déchéance morale » de la presse. Il en est de même pour Marc Bloch dans « L’étrange défaite ». Ces critiques sont bien antérieures à la III° République. Ainsi Balzac écrivait-il «  si le journalisme n’existait pas, il ne faudrait surtout pas l’inventer ». De même Zola ou Maupassant (ex. dans « Bel ami »).
Il y a divers canaux de l’argent dans la presse. Tout d’abord, les grands capitalistes ( ex. F. Coty, le parfumeur) investissent dans les journaux qui ne sont pas, à l’exception des cinq grands, des produits productifs. Ils perdent de l’argent et doivent donc en trouver. Pourquoi investir dans un journal ? Plaisir mondain de lire ses nouvelles dans son journal au petit déjeuner ou désir d’acquérir un pouvoir politique, peser sur l’opinion (ex. de Wendel avec le journal « Les Débats ») ou achat de journaux par des financiers d’occasion, des escrocs (Mme Hanau, Stavisky) afin de conseiller l’achat de titres médiocres et donc réaliser des escroqueries. Cette presse est très vénale : fonds secrets, fonds spéciaux pour acheter la complaisance d’hommes politiques, sommes qui viennent de l’étranger (ex. en 1919, au moment de la signature du traité de Versailles). Par exemple, tous les journaux français disaient du bien des emprunts russes car on avait distribué des enveloppes à la presse. Autre exemple, quand une banque voulait faire une émission sur le marché, un distributeur de publicité donnait de l’argent aux journalistes, y compris pour que certains articles ne paraissent pas. On pouvait accuser n’importe qui de n’importe quoi même si la pratique du duel jusqu’en 1914 tempérait la tendance : dans les années 1880, on avait créé des salles d’armes au sein de certains journaux pour apprendre à se battre à l’épée…

Après la seconde guerre mondiale, dans la presse écrite, le niveau moral s’est amélioré. Dans l’audiovisuel, on a une radio puis une télévision dominées par l’influence de l’Etat. En effet, après la guerre des ondes, pendant le conflit mondial, on a pensé que c’était mieux que l’Etat mette la main sur la radio. De même pour la télévision. Il faut attendre les années 1970 pour que la télévision soit libérée de cette influence.

Sous la IV° République, le général De Gaulle ne peut accéder à la radio d’Etat, sauf au moment des élections de 1951. De même, jusqu’en 1965, il y a peu d’opposants à la télévision. A partir de 1965, stupéfaction des Français de voir surgir des hommes politiques différents, Mitterrand, Lecanuet… A partir de 1969, volonté de J. Chaban-Delmas de libéraliser la presse audiovisuelle.

Sous V. Giscard d’Estaing, cette libéralisation progresse. A partir de 1985, l’argent devient un acteur de la radio et de la télévision. Les radios locales privées ont contribué à l’ouverture des ondes.

A la fin des années 1980, c’est l’arrivée des capitalistes à la télévision. TF1 est vendue en 1986 et est disputée entre Lagardère et Bouygues. C’est dû à un désir d’influencer les affaires, à un désir de gagner de l’argent mais aussi c’est un plaisir mondain.
Comment réguler ce marché ?

  • laisser le marché dominer,

  • équilibrer les choses : coexistence en France du public et du privé,

  • intervention de la Justice en cas de diffamation,

  • avoir des journalistes bien formés, avec une culture générale et historique solide,

  • former des utilisateurs citoyens qui ont un regard critique.



Ces dix dernières années, beaucoup d’interrogations ouvertes en particulier avec l’utilisation d’Internet. On peut penser que les conséquences des relations d’Internet avec l’argent seront la dispersion de l’information, la recherche d’un plus grand profit. Se pose aussi le problème de la validation des informations données car la toile vit de la publicité.

Autre interrogation : l’avenir des journaux. Multiplication des gratuits. Soit les journaux vont disparaître, soit se transformer, soit perdre des lecteurs qui seront moins nombreux mais accepteront de payer un prix plus élevé.
En conclusion :

  • pessimisme : les données sont de plus en plus polluées,

  • optimisme : l’Etat peut intervenir par la formation des citoyens à long terme car les citoyens ont l’information qu’ils méritent.

APPARTIENT-IL A LA LOI DE DIRE L’HISTOIRE ?

Conférence de Françoise Chandernagor

Le 14 octobre 2006

Ce thème est vraiment dans l’actualité en raison du vote d’une nouvelle loi historienne le 12 octobre.

F. Chandernagor est passionnée et fait partie de « Liberté pour l’Histoire », association créée en décembre 2005.
Enoncé de la conférence : la loi est issue de la volonté générale et ne peut être déclarative mais doit être normative. « Elle permet, ordonne ou interdit ». S’il y a une loi, tôt ou tard, il y a jugement. Est-ce aux majorités de fixer l’Histoire ? « Liberté pour l’Histoire » combat toutes les lois contraires à la liberté de l’Histoire.
Sous l’Ancien Régime, il y a une Histoire officielle. De la III° République à la fin du XX°siècle, c’est, sans connotation péjorative, le « roman national », l’histoire que se raconte un groupe social, pas exhaustive, pas nuancée. Elle reste nationale. C’est le contraire de l’Histoire officielle des Etats totalitaires.

Quels canaux pour l’Histoire nationale ?

  • Les célébrations : ex. la loi fixant le 14 juillet. Les victoires. Mais, on ne force personne à y participer ! cf. La chanson de Brassens…

  • Les discours. Ex. celui de J. Chirac au Vel’d’Hiv.

  • Les résolutions du Parlement jusqu’en 1958. N’ont aucune valeur contraignante.

  • Les indemnisations : en choisissant les héros et les victimes.

  • L’enseignement.


Depuis quelques années, le Parlement est passé à l’offensive en Histoire. En instance à l’Assemblée, il y a une dizaine de propositions de lois sur des génocides anciens et étrangers. La loi Gayssot, qui s’appuie sur les jugements de Nuremberg, serait étendue, ainsi que la loi Taubira. La France se pose en gardienne de la mémoire universelle : extrême orgueil ou extrême humilité ?
Ces lois dites mémorielles violent le droit :

  • la Constitution, articles 34 et 37. (A l’exception de la loi Gayssot). Le Conseil constitutionnel est chargé de veiller au respect de la Constitution mais ne peut être saisi que par un groupe de 60 députés. Or, ces lois, sauf la dernière, ont été votées à l’unanimité. La dernière a été votée par 100 députés, les autres étaient partis.

  • La Déclaration des Droits de l’Homme, art 8 : les lois rétroactives sont interdites. Or, ces lois sont rétroactives. Les concepts de génocide et de crime contre l’humanité sont très récents (1945, 1948). Peut-on les appliquer de façon rétroactive ?


Ces lois ne passent pas devant le Conseil d’Etat et ne sont pas préparées comme les autres. Elles sont déposées par des parlementaires. La plupart ne sont pas examinées en commission des lois. Aucun juriste ne les relit.
La loi Taubira de 2002 sur « l’esclavage et la traite négrière » punit des crimes déjà punis par la loi de 1926 et le Code Pénal. Par cette loi, seule la traite transatlantique est désignée comme crime contre l’humanité. Il y a aussi un grand flou sur les dates.
On confond génocide/crime contre l’humanité et crime de masse. Les définitions juridiques sont très longues et très détaillées. Le génocide, dans certains cas, n’implique même pas l’assassinat. Une guerre civile, l’exécution de prisonniers n’est qu’un crime de guerre. Il doit y avoir un plan concerté.
En conclusion, les lois mémorielles représentent un danger car elles portent atteinte à la liberté d’expression.





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