«Historiens biographes d’écrivains»





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date de publication06.11.2017
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« Historiens biographes d’écrivains »
Cette conférence a lieu sous l’égide de l’Observatoire de la biographie qui est placé sous le parrainage des éditions Fayard. Le débat est mené par Laurent Theis. Autour de cette problématique : y’a-t-il une manière particulière pour l’historien d’écrire sur un écrivain ? Quel est le statut de l’écrivain en France ?
Simone ROUX, professeur d’histoire médiévale, est l’auteure de Christine de Pisan, femme de tête, dame de cœur paru chez Payot en 2006. Elle a été attirée par la personnalité de Christine de Pisan qu’elle a été amenée à croiser pour étudier Charles V et Charles VI. Le genre biographique pose le problème des sources sur la personne au Moyen-âge même si C. de Pisan est une des premières à faire son autobiographie en la mêlant à ses écrits politiques et théoriques. Elle est la première femme à vivre de sa plume et du produit de son œuvre littéraire et on pense qu’elle a tenu un atelier de copiste. Née en 1364, elle a connu la Guerre de Cent Ans et la guerre civile après 1408. Veuve en 1390 à 25 ans, elle a trois enfants à charge et pas de ressources. Cependant, si on la replace dans son contexte, elle a des malheurs alors que beaucoup en ont. Elle a donc travaillé pour maintenir son statut social à la Cour : c’est une femme des élites. Après 1418, quand les Bourguignons entrent dans Paris, elle trouve refuge à l’abbaye de Poissy où elle va rédiger un poème à la gloire de Jeanne d’Arc en 1429.
Pierre Milza a publié son Voltaire en 2007 aux éditions Perrin. En France, l’un des affres de l’historien est d’être spécialiste d’une époque ou d’une question et cela devient un problème d’aller en dehors de son champ. L’auteur fait « ce qu’il pense pouvoir faire et ce qu’il a envie de faire ». Sa première démarche dans l’autobiographie fut d’écrire Verdi et son temps : il ajouta « et son temps » pour « s’excuser » d’être sorti de l’histoire même s’il parle beaucoup du Risorgimento dans cet ouvrage. Pour Voltaire, la démarche est plus facile car ce n’est pas seulement un écrivain mais aussi un philosophe, un historien, un poète, un auteur dramatique.
Arnaud TEYSSIER vient d’achever une biographie de Charles Péguy en 2008 pour le compte des éditions Perrin. Il avait travaillé sur Lyautey en 2004. Ch. Péguy est mêlé à l’histoire politique de son temps et il a une très grande influence en 1914. C’est un auteur marginal avant la Première Guerre mondiale. Il a écrit une œuvre énorme mais il fait très peu allusion à lui dans celle-ci. Pour Daniel Halévy, « le but de toute biographie est de saisir l’Homme qui est derrière ».

Laurent Theis rappelle que l’historien travaille sur le matériau dont il dispose. Le biographe doit-il lire toute l’œuvre ? Doit-il extraire l’auteur de son œuvre ?

Pour Simone ROUX, l’œuvre de Christine de Pisan est une information essentielle. Il faut remettre cette œuvre dans son contexte. A partir de là, elle est encensée ou conspuée. Le rôle de la biographie est de déterminer ce qui relève de son génie personnel et ce qui relève du contexte ou du code moral de l’époque. Les féministes américaines lui reprochent aujourd’hui des choses totalement anachroniques. Christine de Pisan a été traduite en anglais de son vivant et en allemand et en espagnol à la fin du XVè et au XVIè siècle.

Pierre Milza rappelle qu’on ne peut séparer Voltaire de son œuvre, la vie privée et la vie publique. Par exemple, Léon Blum a fait son discours sur la non-intervention en Espagne alors que sa femme mourrait d’un cancer. P. Milza a donc lu la correspondance, les écrits philosophiques et quelques œuvres de Voltaire. Le Magazine littéraire a publié un dossier intitulé « Voltaire, nouveau philosophe » où on démontre qu’il va au bout de la philosophie de son temps.
Pourquoi avoir choisi ce sujet ?

Voltaire présentait un intérêt par rapport à l’actualité avec l’interdiction de sa pièce Mahomet à Genève. Il était donc intéressant de se demander pourquoi on fait toujours appel à Voltaire. Pierre Milza avoue choisir toujours les personnages de ses travaux biographiques parce qu’ils ont tous eu une rencontre avec une femme qui a bouleversé leur vie (Mussolini, Voltaire, Napoléon III ou Verdi) et c’est le moyen d’évoquer un personnage féminin à travers un homme. Ainsi, Voltaire a écrit à la mort d’Emilie du Châtelet : « J’ai perdu un ami de vingt ans » et il réalise un poème pour la mort d’Adrienne Lecouvreur.

Péguy est passé à la postérité à travers son œuvre poétique mais elle est réalisée à la fin de sa vie. Le centenaire de l’Ecole normale supérieure en 1895 permet d’avoir une description d’un Normalien type qui a dû subir des influences. Il est mort à 41 ans mais il a dû avoir l’influence politique et littéraire de Joseph Reynac ???? et de Waldeck Rousseau qui a mis fin aux désordres de l’Affaire Dreyfus et a remis la République en route. Péguy est né en 1873, juste après la défaite contre l’Allemagne et il cultive l’obsession que nous sommes des vaincus. A partir de là, il part à la redécouverte de lui-même.

P. MILZA pense qu’il faut relire le théâtre de Voltaire (cf article du Magazine littéraire) composé de 53 pièces. Certaines sont de véritables témoins de leur temps. Mahomet est interdite en 1744 ??? car la pièce est vue comme une tirade contre l’islam alors qu’elle visait quelqu’un d’autre. Ainsi, à la première représentation à Lille, le clergé de la ville va souhaiter une nouvelle représentation pour lui-même. Mais, lorsqu’on essaie de monter la pièce à Paris, les gens du Parlement de Paris comprennent très vite que c’est l’Eglise catholique qui est visée. L’œuvre scénique de Voltaire est peu connue et, pour P. MILZA, c’est « un malheur car il est tombé entre Racine et Hugo ». Il continue le théâtre classique mais n’ose pas faire du Shakespeare qu’il admire pourtant. Néanmoins, jusqu’à 80 ans, Voltaire est encore sur scène.

Simone ROUX se demande qu’est-ce qui relève du quotidien et qu’est-ce qui relève de l’exceptionnel ? Christine de Pisan refuse de se remarier et vit comme un homme. Elle est de culture italienne et s’appuie sur un terreau, La cité des dames. Mais, elle reste prisonnière des codes moraux. Il y a un questionnement sur la place des femmes.

Arnaud TEYSSIER rappelle qu’à l’époque de Péguy émerge le statut de l’intellectuel.
Pour Laurent Theis, écrire un livre contribue au prestige et, en France, il y a un statut de l’intellectuel qui commande de publier (cf les hommes politiques). Qu’en est-il des personnes étudiées ?

Voltaire a d’autres opportunités que la littérature pour monter socialement. Son père lui avait trouvé une place au Parlement de Paris mais Voltaire fait un autre choix avec la littérature. Cependant, cela voulait dire courir le cachet et vivre médiocrement ou alors devenir poète de cours pour bien vivre. Au départ, il tente la voie du courtisan mais cela ne marche pas et il comprend que, pour être un écrivain libre, il faut être riche (il se lance avec Law). Voltaire fait donc de la spéculation et des prêts à intérêt aux plus grands seigneurs. Cela va lui permettre de devenir le héraut de la tolérance. Ainsi, il n’est pas aimé à l’extrême-gauche car il incarne le grand bourgeois et ne l’est pas non plus à l’extrême-droite pour les questions religieuses.

Simone ROUX regrette d’avoir le sentiment de n’être pas allée au bout de ce qu’elle a voulu faire. Christine de Pisan fait la biographie de Charles V, commandée par le Duc de Bourgogne. Il y a une fonction politique du livre. Elle a un souci des bases matérielles puisqu’elle explique à des nobles qu’il faut savoir compter.

Péguy s’est toujours dissimulé en créant des doubles dans son oeuvre.

P. MILZA rapporte que Voltaire a gagné de l’argent dans le commerce maritime. Ses ennemis essaient de trouver le texte qui l’impliquerait dans la traite mais il n’existe pas. Voltaire, au contraire de Péguy, parle tout le temps de lui dans son œuvre car il ne sait pas le matin s’il sera vivant le soir (« Je suis né mort »). Les biographes font sa postérité en le présentant comme un acteur du temps présent. Même Régis Debray dans son Aveuglantes Lumières dresse un réquisitoire contre Voltaire.
Une question provient du public : « Quelle est la part du subjectif dans une biographie ? d’autoportrait de l’auteur ? »

Simone ROUX avoue avoir des sentiments subjectifs à l’égard de la personne mais l’auteure doit dominer sa subjectivité. Parfois, surtout à l’époque médiévale, on n’a pas de faits et le biographe doit émettre des hypothèses. Arnaud TEYSSIER défend la nécessité d’une empathie. Enfin, pour Pierre MILZA, la meilleure façon d’accepter le subjectivité est d’employer le « je ». Pour Mussolini, P. MILZA a de l’empathie pour le personnage socialiste et patriote ; ensuite, elle disparaît naturellement.


Compte-rendu réalisé par Christophe BARAT

Lycée Jean Moulin, Saint-Amand Montrond

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