1. ( ) Les deux peuples mettent toute leur ardeur à préparer la guerre, très semblable à une guerre civile, presque entre pères et fils : tous deux étaient d’origine troyenne, puisque Lavinium était sortie de Troie, Albe de Lavinium et Rome de la famille royale d’Albe. 2





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titre1. ( ) Les deux peuples mettent toute leur ardeur à préparer la guerre, très semblable à une guerre civile, presque entre pères et fils : tous deux étaient d’origine troyenne, puisque Lavinium était sortie de Troie, Albe de Lavinium et Rome de la famille royale d’Albe. 2
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Horace et l’Histoire


Horace et l’Histoire



Corneille n’est pas le premier, loin s’en faut, à vouloir narrer l’épisode du combat des Horaces et des Curiaces. Comme le montre Cicéron dans De Inventione II, défendre ou accuser Horace était un exercice rhétorique très répandu dans l’Antiquité. Il semble même que cet exercice et ce sujet se sont encore pratiqués dans les collèges de Jésuites au XVIIème siècle.[En effet, les Jésuites apparaissaient comme les héritiers de la culture classique ; n’oublions pas que Corneille était un ancien élève des Jésuites]. L’originalité de Corneille se situe ailleurs que dans le choix du sujet. Ce qui le différencie, c’est sa façon de le traiter. Tout en faisant de sa pièce un tableau réaliste de l’histoire romaine, il parvient à discourir sur l’histoire de son temps.

Pour voir de quelle façon l’histoire ancienne et l’histoire moderne s’entrelacent et quel est le résultat de cet entrelacement, nous commencerons par voir sur quel auteur antique Corneille base sa pièce puis comment il utilise cette source et enfin pourquoi il l’emploie de cette manière.
LES SOURCES
Comme tous les lettrés de son époque, Corneille avait une connaissance parfaite des auteurs romains de l’Antiquité. Il puise le sujet d’Horace1 dans le récit de Tite-Live, dans son ouvrage intitulé Histoire romaine. Les chapitres XXIII à XXVI du livre Ier relatent la guerre entre Rome et Albe tout comme la pièce de Corneille. Dans le livre Ier, Tite-Live narre d’abord l’arrivée d’Enée en Italie, ses hauts faits et sa mort. Puis, il en vient à la fondation et à l’histoire d’Albe la Longue. Ensuite, il raconte la légende de Romulus et Remus desquels découle la création de Rome. Le peuple romain d’alors est dépeint comme cruel et guerrier ainsi que le montre l’épisode des Sabines. L’action d’Horace se situe au temps de la royauté, sous le règne de Tullius Hostilius qui gouverna de 672 à 640 avant Jésus-Christ, entre Numa Pompilius et Ancus Marcius. Numa avait essayé d’adoucir les moeurs et de faire régner la paix mais après sa mort, Tullius se révéla être un roi belliqueux et rendit la guerre entre Rome et Albe inéluctable. Voici la traduction des passages utilisés par Corneille et que celui-ci a lui-même placé en tête de la tragédie :


  1. 1. (...) Les deux peuples mettent toute leur ardeur à préparer la guerre, très semblable à une guerre civile, presque entre pères et fils : tous deux étaient d’origine troyenne, puisque Lavinium était sortie de Troie, Albe de Lavinium et Rome de la famille royale d’Albe. 2. Toutefois, l’issue de la guerre rendit cette lutte moins déplorable : car il n’y eut pas de bataille ; seules les maisons d’une de ces villes furent démolies et les deux peuples réunis en un seul. 3. Les Albains prirent l’offensive et, avec une nombreuse armée, envahirent le territoire de Rome. Ils établissent leur camp à cinq milles tout au plus de la ville et creusent tout autour un fossé, qu’on appela pendant plusieurs siècles fossé Cluilius, du nom de leur chef, jusqu’au jour où le fossé et son nom furent effacés par le temps. 4. Dans ce camp, le roi d’Albe, Cluilius meurt ; les Albains nomment dictateur Mettius Fufetius ? Alors Tullus, dont cette mort redouble l’audace, proclame que la « toute-puissance des dieux a frappé d’abord la tête et va infliger à tout le peuple albain le châtiment de la guerre criminelle ». Il part pendant la nuit, contourne le camp ennemi et fait une entrée brutale en territoire albain. 5. Cette manoeuvre fit sortir Mettius de ses positions. Il s’avance le plus près possible de l’ennemi, puis il fait dire à Tullus par un parlementaire qu’ « avant de livrer la bataille un entretien s’impose ; si l’entrevue a lieu, il est certain de lui apporter des propositions non moins importantes pour Rome que pour Albe ». 6. Tullus ne refuse pas, mais, pour le cas où ces propositions seraient sans intérêt, range ses troupes en bataille. On fait de même chez les Albains. Entre les deux lignes, les deux chefs, suivis de quelques officiers supérieurs, s’avancent dans l’intervalle. 7. L’Albain prend la parole : « Des violences, du butin qu’on n’a pas rendu, malgré les traités et les réclamations, tels sont, il me semble les prétextes que notre roi Cluilius donnait de cette guerre ; de ton côté, Tullus, je suis certain que tu invoques les mêmes. Mais si l’on veut dire la vérité et ne pas se payer de mots, c’est l’ambition qui pousse deux peuples voisins et de même sang à prendre les armes. 8. Ont-ils raison ou tort ? Je n’ai pas à trancher la question : elle pouvait se poser pour celui qui a entrepris la guerre ; moi, Albe ne m’a chargé que de diriger les opérations. Mais voici Tullus ce que je veux te faire remarquer : la force de l’Etrurie, qui nous entoure surtout vous et nous, tu la connais d’autant mieux que vous êtes plus près d’elle. Puissante sur terre, elle l’est surtout sur mer. 9. Dis-toi bien, en donnant le signal du combat, qu’elle suivra nos deux armées du regard, et qu’elle profitera de notre fatigue et de notre épuisement pour attaquer à la fois vainqueurs et vaincus. Donc s’il plaît aux dieux, puisque nous renonçons à la certitude d’être libres pour courir la chance de devenir maîtres ou esclaves, trouvons un moyen de décider qui aura l’autorité sans infliger au peuple de lourdes pertes ni faire couler des flots de sang. » 10. La proposition ne déplaît pas à Tullus que son caractère et son espoir d’être vainqueur inclinaient pourtant vers la violence. En cherchant l’un et l’autre, ils trouvent une solution, qu’une heureuse coïncidence leur fournissait d’elle-même.

  1. 1. Par hasard, il y avait alors dans les deux armées trois frères, égaux en âge et en force. C’étaient les Horaces et les Curiaces, sur ce point on est bien d’accord, et il n’y a guère dans l ‘Antiquité de fait plus connu. Pourtant dans un fait si célèbre, il reste un doute sur les noms. De quelle nation étaient les Horaces ? De laquelle étaient les Curiaces ? De bons historiens sollicitent l’un et l’autre sens. Je vois toutefois que la majorité donne aux Romains le nom d’Horace et j’incline à suivre cet avis. Les rois proposent aux frères de tirer l’épée pour leur patrie respective ; la suprématie demeurera du côté des vainqueurs. Ils acquiescent. On prend rendez-vous. Au préalable, un traité signé entre Rome et Albe stipule que la nation dont les champions seront vainqueurs en ce combat exercera sur l’autre une autorité incontestée. Tite-Live décrit ensuite longuement la cérémonie religieuse qui accompagne la signature des traités. Corneille ne reproduit pas ce passage et ne l’utilise pas.

  2. 1. Le traité conclu, les jumeaux, comme il était convenu, prennent leurs armes. Tandis que chaque parti rappelle à ses champions que « leurs dieux nationaux, leur patrie, leurs parents, tout ce que la ville, tout ce que l'armée compte de citoyens, ont les yeux fixés sur leurs épées et sur leurs bras », eux, déjà brave de leur nature, et la tête pleine de ces paroles d’encouragement, s’avancent au milieu des lignes. 2. Assises chacune dans son camp, les deux armées étaient à ce moment hors de danger, mais non d’inquiétude ; la suprématie était en jeu et reposait sur le courage et la chance de quelques hommes. Aussi, tous sur le qui-vive et en suspens portent une ardente attention à ce spectacle si angoissant. 3. On donne le signal, et, comme deux bataillons, les six jeunes gens vont à l’offensive, concentrant en eux le courage de deux grandes armées. Les uns et les autres oublient leur propre danger pour ne penser qu’à leur nation, à sa puissance ou à son asservissement et à la destinée de leur patrie qui sera ce qu’eux seuls l’auront faite. 4. Dès le premier choc, le cliquetis des armes, l’éclair des épées firent passer un grand frisson dans l’assistance saisie ; l’espoir ne penchait d’aucun côté ; tous en perdaient a voix et le souffle. 5. Mais, quand la mêlée fut engagée, quand ce ne furent plus seulement des corps en mouvement, des épées et des boucliers brandis sans résultat qui s’offrirent à la vue, mais bien des blessures et du sang, les trois albains étaient blessés, tandis que deux Romains s’abattaient mourants l’un sur l’autre. 6. Leur chute fit pousser des cris de joie à l’armée albaine ; les légions romaines, dès lors sans espoir, mais non sans inquiétude, tremblaient pour leur unique champion que cernaient les trois Curiaces. 7. Par bonheur, il était indemne, trop faible à lui seul, il est vrai, pour tous ces adversaires réunis, mais redoutable pour chacun mis à part. Afin de les combattre séparément, il prit la fuite, en se disant que chaque blessé le poursuivrait dans la mesure de ses forces. 8. Il était déjà dans sa fuite à une certaine distance du champ de bataille, quand il tourne la tête et voit ses poursuivants très espacés. Le premier n’était pas loin : d’un bond, il revient sur lui. 9. Et, tandis que les Albains crient aux Curiaces de porter secours à leur frère, Horace avait déjà tué son adversaire, et vainqueur, marchait au second combat. Poussant des exclamations dont la faveur accueille toujours un succès inespéré, les Romains encouragent leur champion, et lui expédie le combat rapidement. 10. Sans donner au dernier Curiace, qui n’était pourtant pas loin, le temps d’arriver, il tue l’autre. 11. Maintenant la lutte est égale, survivant contre survivant ; mais ils n’avaient ni le même moral ni la même force. L’un, exempt de toute atteinte et deux fois vainqueur, marchait fièrement à son troisième combat, l’autre s’y traînait, épuisé par sa blessure, épuisé par sa course ; déjà vaincu pour avoir vu tomber ses frères, il s’offre aux coups du vainqueur. Ce ne fut pas un combat. 12. Le Romain s’écrie avec transport : « j’ai donné deux victimes aux mânes de mes frères : la troisième, c’est à l’objet de cette guerre, à la suprématie de Rome sur Albe que je vais la donner ». C’est à peine si l’Albain pouvait porter ses armes ; il lui plonge d’en haut son épée dans la gorge, l’abat et le dépouille. 13. Les Romains accueillent Horace avec des cris de joie et de reconnaissance. Ce qui redoublait leur allégresse, c’est la situation avait été presque désespérée. Puis, les deux partis se mettent à ensevelir leurs morts, mais avec des sentiments bien différents : les uns avaient la suprématie, les autres tombaient au pouvoir d’autrui. 14. Les sépulcres existent toujours, à la place où chacun est tombé. Les deux Romains sont au même endroit et plus près d’Albe ; les rois Albains, dans la direction de Rome, avec les mêmes intervalles que dans le combat.

  3. 1. Avant de s’éloigner, Mettius, se conformant au traité, prend les ordres de Tullus qui lui enjoint de tenir les jeunes classes sous ses armes : « il aura besoin de leurs services en cas de guerre avec Véies ». Alors les troupes rentrent dans leurs foyers. 2. En tête marchait Horace étalant son triple butin. Sa sœur, une jeune fille fiancée à l’un des Curiaces, se présenta à son frère devant la porte Capène. En reconnaissant sur ses épaules le manteau de guerre qu’elle avait fait elle-même pour son fiancé, elle dénoue ses cheveux, et tout en larmes, répète le nom de son fiancé mort. 3. L’orgueilleux jeune homme est transporté de colère par ces lamentations d’une sœur au milieu de sa colère à lui et des transports de joie de la foule. Il tire son épée et en perce la jeune fille tout en l’accablant de reproches : 4. « va-t’en avec ton amour scandaleux ! » disait-il ; « Va rejoindre ton fiancé, toi qui oublies tes frères, les morts et le vivant, toi qui oublies ta patrie ! Ainsi meure toute romaine qui pleurera un ennemi ! »5. L’horreur de son acte n’échappa point aux Pères et au peuple : mais son récent exploit couvrait sa faute. Néanmoins, il fut traduit devant le roi. Le roi ne voulut pas prendre seul la responsabilité d’une condamnation si pénible et si impopulaire et de l’exécution qui s’ensuivrait. Il réunit l’assemblée du peuple et dit : « Je nomme, d’après la loi, les duumvirs chargés de juger Horace pour crime d’Etat. » 6. Le texte de la loi était effrayant : « les crimes d’Etat seront jugés par des duumvirs. Si le coupable fait appel [devant le peuple], l’appel donnera lieu à un débat. Si l’arrêt des duumvirs est confirmé, on voilera la tête du coupable, on le suspendra par une corde au poteau d’infamie et il mourra sous les verges, soit en dedans, soit en dehors du pomerium. » 7. En vertu de cette loi, on nomme des duumvirs. Un acquittement leur semblait impossible avec une telle loi, même si Horace n’était pas coupable. Ils le condamnèrent donc, et l’un deux dit : « Publius Horatius, je te déclare criminel d’Etat. Licteur, mets-lui les menottes ». 8. Le licteur s’approcha et lui passait les menottes, quand, sur le conseil de Tullus, interprète bienveillant de la loi, Horace dit :  « J’en appelle. ». Le débat sur l’appel s’engagea devant le peuple. 9. Débat émouvant pour l’assistance surtout quand Publius Horatius déclara que « le meurtre de sa fille était juste, selon lui ; sans quoi il aurait usé de son droit de père pour châtier son fils ».Il priait ensuite « le peuple, qui le voyait naguère entouré d’une famille admirable, de ne pas lui enlever son dernier enfant ». 10. A ces mots, le vieillard, prenant le jeune homme dans ses bras, montra avec orgueil les dépouilles des Curiaces attachées à ce qu’on appelle encore le Trophée d’Horace : « Ce héros, disait-il que vous venez de voir marcher avec les insignes de la gloire du vainqueur, Romains, pouvez-vous le voir, lui, la fourche au cou et garrotté, sous les coups de verges et dans les tortures ? A peine les Albains pourraient-ils supporter la vue d’un si affreux spectacle. 11. Va, licteur, lie ces mains, qui viennent de s’armer pour donner l’empire à Rome ; attache-le au poteau d’infamie ; frappe-le soit en dedans du pomerium, mais alors au milieu de ces trophées, de ces dépouilles ennemies, soit en dehors, mais alors au milieu des tombeaux des Curiaces. Où pouvez-vous le conduire sans que sa gloire proteste contre la honte d’un tel supplice ? » 12. Incapable de résister aux larmes du père et à l’intrépidité du fils toujours égale devant le danger, le peuple prononça l’acquittement plutôt en raison de son courage admirable que de la bonté de sa cause. Aussi pour effacer malgré tout ce crime flagrant par une expiation quelconque, on ordonna au père de faire pour son fils des purifications aux frais de l’Etat. 13. Après ces sacrifices expiatoires, qui par la suite, sont restés traditionnels dans la famille des Horaces, le père plaça une poutre en travers de la rue et fit passer son fils la tête voilée sous cette sorte de joug. On l’appelle la poutre de la sœur. 14. Quant à la jeune fille, on lui éleva à l’endroit où le coup l’avait renversée un tombeau en pierre de taille.

Collection Budé


  1. L’histoire romaine selon Tite-Live

Pour comprendre quelle vision de l’histoire romaine Corneille donne dans Horace, il faut d’abord s’interroger sur la vision et les idées de Tite-Live. Dans toute son Histoire romaine en général et dans les extraits cités plus particulièrement, l’historien met en valeur les vertus des soldats de la Rome antique qui ont largement contribué à l’expansion de Rome et donc à la construction de l’Empire. En cela, il peut dire qu’il écrit l’histoire du siècle d’Auguste. Dans sa notice à la traduction de Tite-Live, Jean Bayet écrit : « Philosophe et rhéteur, Tite-Live ne songe pas un instant à se soustraire aux idées de l’empereur et de ses contemporains touchant le but moral et politique du travail historique. [...] Il s’agit donc, non pas d’atteindre, de distinguer et d’exposer le vrai, acquisition définitive qui s’imposera à tous les temps, mais de présenter aux contemporains un tableau des moeurs anciennes, et cela à double fin, d’abord pour leur servir de leçon, ensuite pour glorifier l’ancienne Rome. C’est là pur propos de moraliste. ». Tite-Live n’est donc pas un historien objectif mais un homme de son temps qui peint un tableau synthétique de Rome depuis ses origines dans un but politique et éthique. Dans sa préface à l’histoire romaine, Tite-Live exprime lui-même parfaitement ses intentions. Il a conscience que le récit des origines de Rome a été largement exploité avant lui. De plus, ces événements sont à cheval entre l’histoire et la légende. Donc l’intérêt n’est pas à proprement parler historique :

« Mais ces faits et ceux du même ordre, de quelque façon qu’on les envisage ou qu’on les juge, n’ont pas à mes yeux une grande importance. Ce qu’il faut, selon moi, étudier avec toute l’ardeur et l’attention dont on est capable, c’est la vie et les moeurs d’autrefois, ce sont les grands hommes et la politique intérieure et extérieure, qui ont créé et agrandi l’empire. Puis, avec le relâchement insensible de la discipline, on suivra par la pensée d’abord une sorte de fléchissement des moeurs, puis un affaissement progressif et, enfin, un mouvement d’effondrement rapide, jusqu'à nos jours, où la corruption et ses remèdes nous sont également intolérables. »

Pour Tite-Live, l’intérêt de l’histoire réside dans les exemples. Il envisage donc son récit dans un but moralisateur :

« Au reste, si ma passion pour mon entreprise ne m’abuse, jamais l’Etat ne fut plus grand, plus pur, plus riche en bons exemples ; jamais peuple ne fut aussi longtemps inaccessible à la cupidité et au luxe et ne garda aussi profondément ni aussi longtemps le culte de la pauvreté et de l’économie ; tant, il est vrai que moins on avait de richesses, moins on les désirait ; au lieu que de nos jours avec les richesses est venue la cupidité, et avec l’affluence des plaisirs le désir de perdre tout et de se perdre soi-même dans les excès du luxe et de la débauche[...]. »

Ainsi peut-on observer que l’histoire de Tite-Live n’a rien d’objectif et qu’elle est marquée par la volonté de l’historien d’en faire des exemples moraux et politiques. Aussi, peut-on se demander pourquoi Corneille utilise le récit de cet auteur.
Pourquoi Tite-Live ?
Nous avons vu dans l’introduction quelle cause première a pu amener Corneille à utiliser Tite-Live : son instruction chez les Jésuites. Mais au delà de cette considération, Corneille trouvait chez l’historien latin non seulement son sujet mais un découpage du récit en scènes, une ébauche des principaux personnages, en bref, une première transcription littéraire. Le mérite de Tite-Live était d’avoir transformé des brutes primitives en glorieux ancêtres de la nation romaine et une mesquine querelle locale entre peuples voisins en affaire d’Etat.

Pourquoi Horace ?
Pour répondre à cette question, il faut avant tout se remettre dans le contexte. Corneille est encore affecté par ce qu’on a appelé la querelle du Cid : la pièce de Corneille bouscule les bienséances et les plie aux exigences de son imagination. Le succès est immédiat. Aussi les critiques de la part des jaloux et des pédants se déchaînent-elles. Dans ses Observations sur le Cid, Scudéry déclare qu’il trouve le sujet mauvais et se plaint des emprunts faits à l’auteur espagnol Guilhem de Castro et des libertés prises avec les règles ; Guez de Balzac prend la défense de Corneille. Alors, l’Académie s’empare de l’affaire et rend son verdict : la pièce n’est conforme ni aux règles ni aux bienséances ; elle n’en est pas moins séduisante. Corneille est alors blessé dans son amour-propre et écoeuré par les critiques arbitraires. Il décide alors de prendre sa revanche sur les théoriciens. Corneille est aussi inquiet car la querelle du Cid avait également un aspect politique. Pendant la bataille, l’auteur du Cid avait fait preuve d’un esprit d’indépendance dans lequel Richelieu avait perçu l’indiscipline. Or le lien entre les théoriciens et Richelieu était évident : par la fondation de l’Académie française, Richelieu pouvait exercer son influence sur la littérature produite. Dans le développement de l’esprit classique, où se trahissait un instinct de discipline et d’unité en même temps qu’une protestation contre la fantaisie baroque et l’anarchie des passions, Richelieu savait discerner les éléments favorables à sa politique d’autorité et d’unité nationale. Corneille, grâce à Horace voulait plaire à la fois à Richelieu et aux théoriciens. Son problème était de concilier cette volonté de plaire et sa liberté d’auteur. Le sujet d’Horace pouvait lui permettre cette conciliation. Par le sujet historique et romain, l’exaltation du civisme et de la raison d’Etat, le grand débat d’idées générales, le respect scrupuleux de la règle des trois unités, Corneille se plie à la loi de Richelieu et de l’Académie. Par l’avènement d’un héros et l’exaltation de sa liberté, l’affrontement de l’amour et des droits de l’individu aux plus hautes valeurs morales et aux exigences de la société, il conserve une certaine indépendance qui s’apparente à la liberté d’auteur.
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