Thèse présentée à la Faculté des Lettres pour le Doctorat ès-Lettres





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TING TCHAO-TS’ING

LES DESCRIPTIONS

DE LA CHINE

PAR LES FRANÇAIS

(1650-1750)

Un document produit en version numérique par Pierre Palpant, bénévole,

Courriel : ppalpant@uqac.ca
Dans le cadre de la collection : “ Les classiques des sciences sociales ”

fondée et dirigée par Jean-Marie Tremblay,

professeur de sociologie au Cégep de Chicoutimi.

Site web : http://classiques.uqac.ca/
Une collection développée en collaboration avec la Bibliothèque

Paul-Émile Boulet de l’Université du Québec à Chicoutimi.

Site web : http://bibliotheque.uqac.ca/


Un document produit en version numérique par Pierre Palpant, collaborateur bénévole,

Courriel : ppalpant@uqac.ca


à partir de :

Les DESCRIPTIONS de la CHINE par les

FRANÇAIS (1650-1750)
par TING TCHAO-TS’ING

Thèse présentée à la Faculté des Lettres pour le Doctorat ès-Lettres
Librairie orientaliste Paul Geuthner, Paris, 1928, 114 pages.

Police de caractères utilisée : Verdana, 12 et 10 points.

Mise en page sur papier format Lettre (US letter), 8.5’’x11’’
[note : un clic sur @ en tête de volume et des chapitres et en fin d’ouvrage, permet de rejoindre la table des matières]
Édition complétée le 15 décembre 2006 à Chicoutimi, Québec.

T A B L E D E S M A T I È R E S

Bibliographie

Préface

Introduction
CHAPITRE I : Considérations générales sur les connaissances de la Chine qu’avaient les Français avant 1650.

  1. Connaissances préliminaires de la Chine en France avant l’arrivée des missionnaires à Pékin.

  2. Fondation de la première Église à Pékin en 1650. Les em­pereurs (K’anghi, Tong-Tcheng, Kien-long) et les mission­naires.

CHAPITRE II : Sources des renseignements. — Missionnaires.

  1. Querelles religieuses.

  2. Examen des meilleurs ouvrages.

CHAPITRE III : La Chine d’après les voyageurs : Missionnaires et Laïques.
CHAPITRE IV : Histoire de la Chine.

Les différents ouvrages parus en France sur l’Histoire de la Chine : traduction et compilation, et ouvrages originaux.

CHAPITRE V : Géographie de la Chine.

  1. Les nouvelles cartes de la Chine relevées sur l’ordre de l’empereur K’anghi par les missionnaires.

  2. Le grand topographe français le P. Gaubil.

CHAPITRE VI : Ethnologie de la Chine.

  1. Les différents peuples de la Chine et leur situation morale.

  2. Le P. Parennin, précurseur de la doctrine de « l’influence réelle des circonstances géographiques et climatériques sur l’homme »

CHAPITRE VII : Littérature chinoise en France.

  1. Difficulté de la langue et la méthode d’études chinoises de Fourmont.

  2. La prose : morceaux traduits de Kou-wen.

  3. La poésie : quelques odes du Che-King.

CHAPITRE VIII : Théâtre chinois en France.

  1. « Les Chinois » de Regnard. — La Chine sur les tré­teaux du théâtre de la Foire.

  2. « La maison de Tchao » ; tragédie chinoise traduite par le P. Prémare.

CHAPITRE IX : Confucianisme.

Confucius considéré comme précurseur de la religion chrétienne.

Athéisme attribué aux savants chinois.

CHAPITRE X : Philosophie.

Les philosophes des autres écoles peu connus en France : causes et conséquences.

CHAPITRE XI : La Chine en France aux XVIIe-XVIIIe siècles.

Connaissance à peu près complète sur l’Empire Chinois.

CHAPITRE XII : Idéalisation de la Chine.

Crise politique et morale de la France. Idées nouvelles s’appuyant sur l’exemple chinois et inspirées par la Chine.


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L’idée première de ce travail a été donnée par

Monsieur D. MORNET,

professeur à la Faculté des Lettres de l’Université de Paris.

Je le prie d’agréer ici mes hommages reconnaissants.

PRÉFACE

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p.5 La Chine a été autant à la mode en France au XVIIIe siècle que de nos jours, grâce aux missionnaires jésuites ; et l’on a souvent étudié l’influence que leurs descriptions de la Chine, de son histoire, de son gouvernement, de sa religion, de sa philosophie, ont exercé sur les écrivains français de ce temps. Mais on n’avait pas encore songé à s’occuper de la genèse même de ces ouvrages, à rechercher à quelles conditions particulières chacun d’eux, ou du moins les principaux d’entre eux, doivent le jour. Leur histoire en France, depuis le jour où ils y furent publiés, est bien connue. Leur histoire en Chine, pendant la période obscure de la composition, ne l’est pas. Et cependant celle-ci n’a pas moins d’intérêt que celle-là : elle aussi marque les étapes des influences réciproques des idées françaises et chinoises les unes sur les autres. Comment a réagi le monde chinois envers ces étran­gers qui lui apportaient, avec des connaissances scientifiques dont on admit bientôt la haute valeur, des idées religieuses par tant de points contraires à la Doctrine orthodoxe, c’est-à-dire au Confucianisme ? Quelle fut d’autre part l’état d’esprit des missionnaires quand ils virent de près cette civilisa­tion si éloignée de la leur, en ce début de la dynastie Ts’ing qui fut peut-être l’époque où elle eut, sinon le plus d’éclat, du moins le plus de puis­sance ? Comment les idées et les goûts personnels de chacun ont-ils influé sur sa conception de la société chinoise, dans quelle mesure ont-ils dirigé le choix nécessaire parmi les innombrables faits de toute espèce qui se présentaient ? Un pareil sujet, où les choses de Chine et de France se mêlent à tout instant, était bien fait pour tenter un étudiant chinois : nul ne s’éton­nera de l’intérêt dont M. Ting s’est pris pour lui.

La première question qui se pose est de savoir où les missionnaires ont puisé les éléments de leurs ouvrages sur la Chine. Pour ce qui était sciences naturelles, et même géographie et cartographie, ils n’avaient guère besoin des documents chinois, et ils pouvaient faire des observations directes. Il y avait bien des recueils chinois sur les pierres et les plantes, mais les méthodes de classement et de description sont si différentes des nôtres que ces livres n’ont guère d’intérêt que pour l’histoire des sciences ; de même il a été fait des cartes géographiques en Chine dès avant le temps des Han, mais elles sont toujours restées des dessins rudimentaires, sans proportions définies entre les diverses parties, sans mesures d’angles, et ce sont les Jésuites qui, en même temps qu’ils enseignaient aux Chinois les éléments de géométrie et de géodésie, ont fait la première triangulation de l’empire et en ont donné les premières cartes mathématiques précises.

Mais pour l’histoire, la religion, la philosophie, où ont-ils puisé ? A vrai dire, ils n’eurent la liberté du choix que dans une mesure très restreinte. p.6 S’ils avaient dû ensuite commencer par tout lire et tout étudier pour pouvoir faire ensuite un choix raisonné, ils n’auraient jamais rien écrit. Il est évident qu’ils devaient se laisser guider par les lettrés au milieu desquels ils vivaient à la cour des empereurs mandchous. Aussi, ce qu’ils traduisirent ou résu­mèrent, ce furent les ouvrages qui étaient le plus couramment acceptés par la société lettrée de leur temps. Si pour l’histoire ils ont pris le petit manuel assez médiocre qu’est le T’ong kien kang mou, c’est parce que c’était à peu près le seul ouvrage d’histoire qui fût entre les mains des lettrés, et qu’aucun de ceux-ci, même des meilleurs, n’avait lu l’énorme collection des histoires dynastiques, à peu près inaccessibles d’ailleurs jusqu’à l’édition collective qu’en fit faire l’empereur K’ien-long en 1739, presque à la fin de la période dont s’occupe M. Ting. Si parmi les écoles de philosophie chinoise ils ne connurent guère que l’école confucéenne, c’est encore pour une raison analogue : combien de personnes à la cour de K’ang-hi ou de K’ien-long savaient de Mo-tseu ou de Yang-tseu autre chose que les critiques de Mencius ? Ce n’est que de nos jours que (en grande partie sous l’influence personnelle de M. Leang K’i-tch’ao) la curiosité s’est éveillée pour tous les systèmes de philosophie antique non orthodoxe. Mais de l’école confucéenne ils ne voulurent pas qu’on ignorât rien, et ils traduisirent, soit en français, soit en latin, tous les Classiques (sauf le Yi king) : ce n’est pas leur faute si la traduction du Che king ne fut publiée qu’en 1831, et si celle du Tch’ouen ts’ieou ne le fut jamais. Et dans ce souci de faire connaître à fond toutes ces œuvres, il y a bien encore un reflet des idées des lettrés du temps, pour qui les Classiques représentaient le summum de la sagesse humaine. Cette influence du milieu s’est exercée avec beaucoup de force : isolés dans une cour étrangère, reliés à l’Occident par le lien ténu des correspondances, ils se sont laissés en quelque sorte imbiber d’esprit chinois dans tout ce qu’il avait de compatible avec leurs idées de prêtres chrétiens.

Ces milieux chinois où évoluaient ces quelques Jésuites, M. Ting les connaît et les comprend naturellement mieux que les missionnaires eux-mêmes : ceux-ci il les représente d’une manière quelque peu convention­nelle, leur état d’esprit lui échappe parfois, et il y aurait certaines réserves à faire sur les motifs qu’il attribue à leurs actes. C’est la rançon inévitable : un Français aurait eu évidemment le défaut inverse. Mais le choix même d’un pareil sujet est significatif. En réalité ce livre est bien autre chose que l’histoire des descriptions de la Chine par des Français pendant un siècle : c’est peut-être le premier où un Chinois ait tenté sérieusement de comprendre et juger l’effort des Européens pour comprendre son pays. Aussi mérite-t-il d’avoir sa place parmi ceux qui auront aidé les deux grandes civilisations contemporaines, Occident et Extrême-Orient, à se pénétrer mutuellement.
Henri MASPERO

Professeur au Collège de France

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INTRODUCTION

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p.7 Le sujet du présent ouvrage a trait aux anciennes relations intellec­tuelles entre la France et la Chine à une époque déterminée. Sujet aussi inté­ressant que vaste, qui embrasse une grande partie des œuvres des premiers sinologues, exige certainement une étude attentive, méthodique et rigoureuse ; c’est ce qui devrait être notre but idéal. Cependant en constatant la diversité des documents, et puisqu’il s’agit ici d’une thèse de Lettres, nous n’avons choisi que ceux qui se rapportent au sujet d’une manière directe, et nous avons laissé de côté les descriptions ayant un caractère particulier, qui les ferait plutôt considérer comme scientifiques ou techni­ques.

En ce qui concerne le contenu de cette étude, l’intérêt n’est pas, croyons-nous, de recueillir tout simplement les vieux renseignements des auteurs français sur la Chine ; la vraie tâche est bien d’essayer de mettre en lumière l’intérêt historique et psychologique de ces auteurs après avoir examiné leur goût, leurs idées, leurs époques, et même leur situation sociale pour savoir de quel côté ils se sont placés pour observer, afin de pouvoir en tirer une opinion juste sur ce qu’ils ont rapporté, de 1650 à 1750, sur la Chine.

Mais dans une étude critique telle que nous l’entreprenons, la res­triction de la liberté de se placer à un point de vue trop subjectif doit être strictement observée, car nos sympathies et nos antipathies sont souvent des puissances trompeuses, qui nous conduiront dans l’erreur si nous ne savons pas les vaincre. En raisonnant ainsi, les inspirations et les imagi­nations, même si elles étaient bonnes et merveilleuses, doivent céder la place aux documents authentiques. Seulement le sentiment personnel est indis­pensable dans toutes les branches d’étude, il faut donc le réduire jusqu’à tel point qu’il se transforme en clairvoyance et non en parti-pris ; à plus forte raison, notre étude étant avant tout une critique des points de vue des au­teurs français sur la civilisation d’un pays pour lequel nous nous permettons p.8 de supposer que nous avons plus de compréhension que les étrangers : notre qualité de Chinois est une raison de plus pour ne pas garder en cette ques­tion la neutralité absolue, mais, comme font les bons juges, pour rendre justice, de notre mieux, à ce que les premiers sinologues ont écrit. L’inté­rêt de notre travail est donc là.

Notre ouvrage ainsi présenté, avec la ligne de conduite bien établie, serait peut-être unique dans son genre ; puisque c’est un originaire de la Chine qui apprécie ce qu’on avait écrit autrefois, dans une langue étrangère, sur son pays. Ouvrage où nous ne cachons pas notre admiration pour les au­teurs qui ont bien compris la Chine.

Les auteurs que nous avons cités dans ce livre sont pour la plupart des missionnaires, dont quelques-uns nous paraissent n’avoir pas possédé une connaissance suffisante de la langue du pays pour propager ses idées. C’est ainsi qu’ils se trouvèrent souvent dans l’embarras non seulement pour la tra­duction, mais encore pour écrire clairement. Comme la situation qu’ils occupèrent à la Cour de Pékin les gêna pour dire à leurs correspondants de France ce qu’ils ignoraient, ils furent bien forcés d’écrire les choses les plus sérieuses avec les plus futiles, soit recueillies de la part des amis chinois, soit tirées de quelque livre chinois. Ainsi on doit se rendre compte des inconvénients que peut comporter le fait de voir toutes sortes d’écrits pêle-mêle sans plan préalable. Cela constitue une grande difficulté aussi bien pour nous que pour nos prédécesseurs, qui ont voulu démêler et classer ces documents pour les mettre en ordre. Néanmoins, nous croyons être parvenus à établir un plan sinon parfait, du moins distinct, avec lequel nous classons ces documents dans un certain ordre en les accompagnant d’une appréciation personnelle qui résume le résultat d’une étude approfondie. Et on peut diviser ainsi notre travail en trois parties, dont chacune porte en soi un caractère particulier qui ne perd pourtant pas son enchaînement avec les deux autres.

I. — Commencement de notre étude

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En commençant notre étude, il est nécessaire d’exposer sommairement les premières périodes des relations entre la France et la Chine. Il semble, en premier lieu, qu’il n’y eût pas de grand événement à ce sujet avant l’entrée des missionnaires à Pékin, et que la France doive avoir pour sa part, l’obligation à Marco-Polo qui fut, historiquement parlant, le plus p.9 connu de ceux qui ont rapporté l’existence réelle du grand Empire de l’Extrême-Orient, mais loin de nous la pensée d’enlever la part de mérite qui doit revenir à chacun des anciens voyageurs ayant visité la Chine, nous rétablissons les liens que les premiers voyageurs français ont noués entre nos deux pays, et qui furent, sinon avant, du moins vers la même époque, ce qu’on a attribué généralement au célèbre Vénitien.

Il est certain que l’envoi de missionnaires à Pékin 1 par Louis XIV a donné à la France le privilège des études chinoises vis à vis des autres pays de l’Europe. Seulement n’oublions pas que les Russes et les Hollan­dais, malgré les ambassades envoyées en Chine à la même époque, n’ont pas eu autant de connaissances que les Français sur la Chine, son histoire, sa géographie, sa littérature, ses sciences et ses arts.

Puisque tous les mouvements littéraires résultent de circonstances sociales ou politiques, cet engouement pour la Chine pendant une longue période en France ne pouvait donc être différent. Il est certain que les mission­naires français, en leur qualité d’hommes de science au service de la Cour de Pékin, étaient mieux placés que n’importe qui pour observer et comprendre la portée réelle de la civilisation chinoise ; il est encore plus certain que l’esprit français si large et si pénétrant savait bien assi­miler les meilleurs éléments d’une autre civilisation, mais il faut tout de même souligner que les cinq jésuites envoyés par le Roi de France auprès de l’Empereur de la Chine tenaient la clef de voûte des discussions reli­gieuses. Depuis longtemps, les missions en Extrême-Orient furent longtemps patronnées par les Portugais. Les cinq Jésuites apportèrent un caractère de délégation pour leur enlever cette place et agirent plutôt sous la conduite diplomatique de Paris que sous la conduite ecclésiastique de Rome ; dans cette lutte, les Jésuites, grâce à leurs fonctions avaient aisément occupé les meilleures positions, ce qui ne faisait qu’accroître la jalousie et la haine de leurs concurrents : Jésuites d’un côté, Franciscains et Domi­nicains de l’autre, s’acharnèrent sur une question sur laquelle ils ne pouvaient se mettre d’accord et dont les cérémonies chinoises furent l’objet 1 ; vieille discussion renouvelée depuis la dynastie des Ming.

p.10 Les missionnaires des deux camps ont eu la délicatesse de dissimuler la véritable figure de leur différend. Tandis que les Jésuites continuèrent une apologie retentissante en faveur des Chinois, espérant obtenir l’appui de l’Empereur, leurs adversaires, d’un geste plus habile, s’adressèrent au Pape en les accusant d’être athées. Le Pape, dans l’intention d’étendre son autorité à l’Empire Chinois, envoya deux fois des légats à Pékin. Mais l’Empereur K’anghi n’avait pas voulu reconnaître cette souveraineté divine et repoussa l’ordre pontifical. Cette histoire des querelles religieuses entraî­nait officiellement la défaite de la Compagnie de Jésus, mais moralement celle de tous les missionnaires ne sera désormais pas moindre.

II. — Développement de notre étude

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Ce que nous avons relaté ne sont que les raisons fondamentales, grâce auxquelles les missionnaires français ont tant écrit sur les Chinois. En sai­sissant cette trame, il sera facile d’expliquer pourquoi la Chine était deve­nue un pays idéal dont leurs livres étaient témoins. Que ce soient les des­criptions historiques, littéraires et philosophiques, tout dépendait de ce prin­cipe : montrer que la Chine n’est en aucune façon, comme ont dit les autres missionnaires, un pays d’idolâtrie, mais au contraire, une civilisation merveilleuse ainsi que les livres le prouvent, mieux que toutes les paroles vaines.

Dans cette partie de notre étude, nous rejetons certainement ce qui touche la politique et la religion pour ne parler que des œuvres elles­-mêmes. A cet effet, nous groupons les auteurs aussi bien religieux que laïques 1 pour donner ensuite une appréciation d’ensemble. En exami­nant tous ces ouvrages, nous avons montré point par point, en différents chapitres, les parties qui nous semblent justes, comme les parties encore discutables, et fait la comparaison des traductions avec les textes chinois. Si toutefois nous n’avons pas voulu partager, en certaines matières, leurs opinions, ce n’est sûrement pas par manque de déférence. C’est qu’il y a vraiment des erreurs, que nous avons d’ailleurs pris le soin de relever et le rectifier. Cette rectification fera ressortir davantage ce que les autres passages ont traité avec esprit et intelligence. Jamais nous n’avons voulu donner absolument tort aux écrivains sans avoir les documents sous les yeux.

p.11 Si ces auteurs avaient des opinions personnelles sur le sujet, de même si c’était pour une raison de goût ou de style (comme ce fut le cas fré­quent dans les traductions) qu’ils étaient obligés de ne pas respecter trop le texte original au cours d’une traduction, ils ne devaient pas aller jusqu’à changer le sens du texte. Il n’était sûrement pas permis de le trans­crire en un français plein de contre-sens et de non-sens ; telles ne devaient pas être, nous en sommes certains, les conséquences de la différence d’opi­nion, encore moins de l’intention de se conformer au goût et au style fran­çais pour se mettre à la portée des lecteurs non Chinois. Dans des cas pareils, tout autorise à supposer que la seule cause était une incompréhen­sion de la part des auteurs et des traducteurs.

III. — Conclusion de notre étude

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Ces longues propagandes des Missionnaires pour les Chinois devaient laisser des empreintes dans l’esprit français. Vers 1750 les connaissances sur l’Empire chinois furent pour ainsi dire à peu près complètes 2. La Chine des Jésuites devenait déjà celle des philosophes qui, enchantés de trouver les idées laïques confucéennes conformes à la raison humaine, en prenaient comme une excellente arme contre l’autorité de la politique et celle de l’Église. Cette introduction de la morale chinoise en France ressuscita la tradition épicurienne toujours vivante à travers le XVIIe siècle. Telle est l’origine de l’idéalisation de la Chine. Les « beaux esprits » s’intéressaient tous aux études chinoises et introduisaient toutes sortes de réflexions sur ce pays dans leurs œuvres. Voltaire, grand admirateur des Chinois, se signala comme un de leurs défenseurs. Montesquieu, savant et plus modéré, se contenta d’insérer dans ses œuvres quelques traductions des livres chinois tirées de recueils du P. Du Halde pour donner ses appréciations sur les institutions des Chinois et la sagesse de l’empereur. Rousseau, connu pour avoir du mépris à l’égard des Chinois, en dit pourtant quelquefois du bien, et décerna de beaux éloges à l’administration et à la justice chinoises ; et Diderot et Helvétius, tous parlaient des Chinois. Le mouvement fut tellement étendu que les milieux politiques s’en inquié­tèrent. Il y eut même des œuvres prohibées sur ce sujet. Cette tendance sera encore plus manifeste vers la deuxième moitié du XVIIIe siècle. Nous nous bornons à signaler ce qui importe à notre sujet.

En terminant, il nous reste à faire remarquer que nous n’avons pas la prétention de penser que notre étude, en si peu de pages, puisse contenir tous les détails désirables sur les écrits innombrables d’un siècle. Nous nous estimerons heureux si nous avons pu apporter une contribution, si mo­deste soit-elle, mais efficace, à l’examen d’une question qui intéresse à un égal degré les historiens de nos deux pays.


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CHAPITRE PREMIER

CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES SUR LES CONNAISSANCES DE LA CHINE QU’AVAIENT LES FRANÇAIS AVANT 1650



I. — Connaissances préliminaires de la Chine en France avant l’arrivée des Missionnaires à Pékin.

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p.13 Si les relations entre la Chine et l’Europe remontent à une époque assez reculée, les renseignements vagues sur l’existence de ce pays, en Occident, datent de plus loin encore. Il est hors de doute que la Chine était déjà connue avant la fin du XVIIe siècle, grâce aux récits des voya­geurs ou des missionnaires, résidant pour un long séjour en Extrême-Orient. En effet la découverte de la stèle chrétienne du Si Ngan-Fou nous certi­fie que cette religion étrangère avait été introduite en Chine sous la dynas­tie des T’ang 1 ; dès cette époque, la Chine était liée à travers les siècles avec l’Europe par les marchands et les missionnaires.

Vers le XIIIe siècle, le fameux voyageur vénitien Marco-Polo fut longtemps hôte et ambassadeur de Koublaï-Khan. A son retour il montrait aux peuples d’Europe, d’une façon plus précise que jusque là, la vraie figure de la Chine 2. Ses écrits marquent vraiment une date p.14 historique, à partir de laquelle les relations des deux continents se multiplient de jour en jour.

Jean de Plan Carpin, de l’ordre de St-François pénétra en Chine au douzième siècle 1, d’après les uns, au treizième siècle 2 d’après les autres. Enfin l’histoire est que le Pape Innocent IV écrivit au prieur des dominicains à Paris pour lui annoncer la résolution prise dans le concile, et lui donner le soin de choisir, parmi les religieux, plusieurs frères qui pussent être chargés de la mission de Tartarie. Il fut décidé que quatre dominicains partiraient pour la Perse et que trois autres religieux de l’ordre de St-François iraient en Tartarie, Jean de Plan Carpin était le chef de cette ambassade

Puis, le frère André de Lonjumel, né au diocèse de Paris, est allé en Orient deux fois ; la première en 1238, la seconde en 1245. Il fut reçu à la Cour du grand Khan et fut chargé des lettres que le Pape échan­gea avec les généraux et les princes Tartares.

Ensuite une autre ambassade en Tartarie fut celle de Guillaume de Rubrik, plus connu sous le nom de Rubruquis, choisi par Saint-Louis pour aller engager le grand Khan des Tartares à embrasser le christianisme. Il partit en 1253 3,
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