Le renouvellement des mythes au théâtre au xxème siècle





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date de publication17.10.2016
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Le renouvellement des mythes au théâtre au XXème siècle

A l’origine dans l’Antiquité, le théâtre est lié à la représentation de mythes sacrés dans le cadre du culte voué au dieu Dionysos. Au XXème siècle, et particulièrement après la Première Guerre mondiale, les dramaturges français et étrangers s’inspirent des mythes antiques et des trois grands auteurs tragiques que sont Sophocle, Eschyle et Euripide pour réécrire les histoires des grands héros mythologiques tout en les adaptant aux préoccupations de leur siècle.

Nous allons donc montrer pourquoi et comment les auteurs du XXème siècle ont renouvelé des mythes et tragédies antiques et ont réussi à les recontextualiser à leur propre époque. Pour cela, nous partirons de deux exemples, le mythe d’Antigone et le mythe d’Electre pour tenter de comprendre les raisons et les intérêts du renouvellement des mythes au théâtre au XXème siècle.

I. Le cycle des Atrides : le mythe d’Electre

Eschyle a consacré Les Choéphores, deuxième partie de la trilogie L’Orestie, à la vengeance d’Oreste. Suivent deux autres Electre, l’une de Sophocle et l’autre d’Euripide. Au XX ème siècle, le mythe d’Electre continue à fasciner les auteurs : en 1909 est créé l’opéra Elektra de Richard Strauss, puis en 1931 un Américain recrée le mythe d’Electre pendant la Guerre de Sécession américaine dans Le deuil sied à Electre. En France, deux reprises du mythe sont aujourd’hui célèbres : Electre de Jean Giraudoux en 1937 et Les Mouches de Sartre (1943).

Giraudoux et Sartre font face à plusieurs difficultés en réécrivant le mythe d’Electre car :

- C’est un mythe de plus de 2000 ans donc déjà connu du public : les personnages sont déjà connus (Agamemnon, le roi lâchement assassiné, le couple Clytemnestre/Egisthe qui accède ensuite au pouvoir, Electre et Oreste appelé à la vengeance et qui perpétuent donc la malédiction des Atrides) et l’intrigue ancienne est déjà connue comme le souligne le mendiant dès le début de la pièce de Giraudoux, puisqu’il raconte la mort d’Egisthe et Clytemnestre avant même qu’elle ne se déroule.

- C’est une histoire liée à un contexte antique donc révolu : des personnages royaux qui sont difficiles à concevoir pour le spectateur actuel et des croyances propres à l’Antiquité (par exemple, les dieux antiques, les Euménides, la fatalité…)

Pourtant ces deux auteurs parviennent à renouveler et à recréer le mythe d’Electre et à obtenir un grand succès à partir de ce mythe déjà connu.

  1. Electre de Giraudoux

- Giraudoux enrichit et réactualise le mythe : il ajoute des personnages qui sont les reflets des personnages royaux (les Théocathoclès sont plus proches du spectateur car ils représentent la bourgeoisie) + il modernise le chœur antique en créant le personnage du Mendiant + la pièce est centrée sur la recherche de la vérité comme une quasi enquête policière alors que les tragédies antiques se nouent autour de la reconnaissance entre le frère et la sœur et sur la façon dont s’accomplira le crime.

- Il introduit la fantaisie : il joue sans cesse sur la parodie du tragique : par exemple, l’histoire des Théocathoclès est une parodie bourgeoise de l’histoire royale (avec même une scène proche du vaudeville lorsque le spectateur surprend Agathe avec son amant à la scène 2 de l’Acte II) + à la scène 12 de l’Acte I, les Euménides « rejouent en parodie, de préférence avec des masques » la reconnaissance entre Oreste et Clytemnestre + la dimension comique est aussi créée par les quelques anachronismes

Giraudoux parvient donc à mettre à distance le pathétique et à surprendre ainsi son spectateur.

Il donne ainsi une signification nouvelle au mythe antique.

- Il crée un tragique plus moderne : la dimension tragique antique (c’est-à-dire que le tragique repose sur la lutte inexorable du héros contre la fatalité imposée par les dieux) est ici remplacée par un tragique existentiel qui repose sur le conflit éternel auquel est en proie l’Homme entre son idéal et la réalité qu’il doit vivre

- Il donne une signification universelle à sa pièce: de nombreuses questions restent sans réponses à la fin de la pièce notamment avec le thème ambigu de « l’aurore » qui conclut et amènent donc le spectateur à réfléchir : faut-il tout sacrifier à la vérité ? Un individu peut-il exposer la collectivité aux risques de son idéal ? Peut-on distinguer le Bien du Mal ?

- Et un sens adapté aux problèmes du XXe siècle : attitude à adopter face à la montée des totalitarismes depuis 1920 et question de la religion et de l’existence de Dieu (cf. lamento du Jardinier : «  et même s’il n’y en a qu’un et même si cet un est absent »)

  1. Les Mouches de Sartre

Oreste revient à Argos d’où il a été chassé, cité désormais envahie par des mouches, symboles des remords envoyés par Jupiter à la ville, dont tous les habitants payent l’assassinat d’Agamemnon par Clytemnestre et Egisthe. Electre est réduite en esclavage au palais et tente de soulever le peuple contre ce repentir éternel imposé par Jupiter mais celui-ci l’en empêche. Oreste décide de venger son père en assassinant le couple. Pour finir, Jupiter obtient le repentir d’Electre mais pas celui d’Oreste qui quitte la ville et délivre ainsi Argos des mouches.

Ecrite en 1943, Sartre utilise le mythe de la famille des Atrides comme prétexte pour dénoncer la politique de « mea culpabilisme » imposée depuis 1940 par le régime de Vichy : en effet, la propagande de Pétain appelait les Français à prendre acte de la défaite, et à payer pour ses fautes (celle d’avoir élu en 1936 le Front Populaire responsable selon lui de la déroute française) et donc d’accepter la collaboration. Les mouches de la ville d’Argos qui symbolisent le remords des habitants pour avoir laissé tuer Agamemnon sont donc une dénonciation de la propagande vichyste. Oreste est donc ici le héros, résistant exemplaire, et Sartre invite ici les Français à résister de même à l’Etat Français et au nazisme. On peut donc lire dans Les Mouches de Sartre une dénonciation politique, mais il atteint aussi une dimension philosophique qui est la question de la liberté, qui en vient même à remplacer la fatalité qui pèse sur le héros des tragédies antiques. Ici, ce n’est plus la fatalité qu’affrontent Electre et Oreste, c’est leur liberté même, et la question de l’assumer ou non, de résister en suivant sa liberté ou de se soumettre.

II. Le cycle des Labdacides : le mythe d’Antigone

Conclusion

En réécrivant des mythes antiques, les auteurs du XXème ne cherchent pas à les retranscrire pour les remettre au goût du jour, mais créent un tragique et un pathétique nouveau plus susceptible de toucher le spectateur moderne en le faisant reposer sur les préoccupations au cœur même de l’homme. L’intrigue et les personnages sont parfois traités de façon parodique et perdent leur dimension sacrée et divine propre à l’Antiquité, et ils servent de prétexte à une signification et réflexion philosophique et politique sur des questions universelles ou propres aux événements et débats de leur siècle. En effet les mythes traversent les siècles et sont des réservoirs de questions universelles auxquelles les Hommes sont en proie tout en restant le reflet de chaque époque et de son contexte particulier : c’est pourquoi tant de dramaturges s’y sont référés même au XXème. Reprendre un mythe est aussi pour certains auteurs un moyen de contourner la censure, et c’est le cas de Sartre qui évite la censure de Vichy en prônant la résistance à travers le personnage d’Oreste.

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