Grand-père de G. Rapaport. Introduction





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date de publication08.11.2017
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LA SECONDE GUERRE MONDIALE A L’ECOLE

  1. La Guerre sur les bancs de l’école


    1. Pourquoi étudier la guerre à l’école ?

    2. Les écrits sur la guerre d’hier à aujourd’hui

. Panorama

. Les enfants face à des histoires ou une Histoire ?

  1. Grand-père de G. Rapaport.




Introduction

Les ouvrages sur le thème de la seconde guerre mondiale ne manquent pas. Les écrivains, historiens… s’adressent aujourd’hui à tous, nous offrent une multitudes d’œuvres différentes parce qu’il faut raconter , garder en mémoire, ne jamais oublier…La littérature de jeunesse n’a pas échappé à la tendance et les auteurs ont même repris à leur compte les plus grands ouvrages. (ex : Le journal d’enfant) .

Dès lors, la question qui se pose est la suivante : comment peut-on mettre en images et en mots l’horreur de 39-45 ?


Après avoir parcouru quelques œuvres de jeunesse, celles qui racontent des histoires, celles qui racontent une Histoire, nous nous intéresserons de plus près à Grand-père, album de Rapaport destiné au cycle 3.

I.La guerre sur les bancs de l’école





              1. Pourquoi étudier la Guerre à l’école ?

La seconde guerre mondiale est de nos jours un sujet incontournable des bancs d’écoles, collèges, lycées. Devoir de mémoire, témoignage, respects des droits de l’homme sont autant de notions à aborder dès l’école primaire pour participer à la formation de futurs citoyens.

Les représentations des enfants face aux deux conflits mondiaux évoluent rapidement. En effet, par rapport à leurs parents, à leurs grands-parents et leurs enseignants, les enfants auxquels nous seront confrontés seront de moins en moins concernés par ces deux conflits mondiaux du fait d’un éloignement dans le temps de plus en plus marqué. En effet, la plupart d’entre nous ont été sensibilisés à l’horreur de la guerre par les récits des grands-parent. Notre rapport à la guerre est donc plus affectif que celui des enfants d’aujourd’hui du fait de cette transmission par la personne du grand-père. Par ailleurs, il ne faut pas oublier que la classe d’aujourd’hui est composée d’enfants d’univers différents. La seconde guerre mondiale n’est donc pas un héritage culturel et historique pour tous les enfants.

On peut donc se demander comment transmettre au mieux cette période de l’Histoire et comment sensibiliser la classe d’aujourd’hui à cette période effroyable.

Les écrits de littérature de jeunesse sur le thème de la seconde guerre mondiale impliquent un travail sur le devoir de Mémoire. Et nous savons tous à quel point cette notion est importante dans notre société. En 2005 par exemple, de nombreuses école ont participé à des projets sur ce sujet afin de commémorer la fin de l’évènement.

Aussi le choix d’une œuvre littéraire sur ce thème implique-t-il nécessairement une étude transversale avec l’histoire et l’éducation civique. De plus , la seconde guerre mondiale fait partie des programmes du cycle 3. Il semble donc évident qu’il y a tout intérêt à consacrer une partie de l’étude à une approche historique. Quant au domaine de l’éducation civique , les programmes soulignent la nécessité de « comprendre ce que signifie appartenir à une nation démocratique » et doit s’appuyer sur divers champs disciplinaires puisqu’elle constitue un des deux des domaines transversaux.
Choisir une œuvre de littérature traitant du thème de la guerre, c’est donc faire le choix d’un travail en parallèle sur l’histoire et l’éducation civique et pourquoi pas , de mener un projet qui réunirait les trois champs disciplinaires.


              1. Les écrits d’hier à aujourd’hui

        1. Panorama

Depuis quand parle-t-on de la seconde guerre mondiale ? Dès les premières menaces en 1939, de nombreux écrits se sont bousculés. Parmi eux, un grand nombre a été soumis à la censure et ne nous sont jamais parvenus. Mais il ne faut pas oublier les maisons d’éditions clandestines comme les Editions de Minuit qui ont véritablement participé à la résistance  en parvenant à publier un certain nombre d’œuvres. Mais parler de la guerre, dénoncer, raconter, c’est Primo Levi qui le fait le premier en1947 dans Si c’est un homme. Troublant de précision quasi scientifique, ce témoignage bouleversant est celui d’un homme meurtri par sa déportation à Auschwitz Birkenau. Tout y est dans moindre détails, pour ne pas oublier, pour mettre en mots l’indicible.

Puis les années ont vu naître de nombreuses productions variées que ce soit dans le cinéma et la littérature : La liste de Schinler, Nuit et brouillard, Holocauste, Schoa, ou plus récemment La vie est belle, le Pianiste, Amen… Puis, la nécessité de rendre compte de la réalité, de raconter pour que le pire n’arrive plus jamais ont poussé les hommes de lettres a s’adresser à l’enfance. Mais ce nouveau public est peut être un des plus délicats. Se pose alors une question essentielle : comment raconter, expliquer à des enfants ?

Raconter sans occulter, raconter sans trop adoucir, telle est l’entreprise des écrivains et illustrateurs qui devront s’adapter au jeune public.

Et les œuvres sont variées, appartiennent à des genres différents et touchent un large public du cycle 1 au cycle 3 :

    • les romans : Un sac de billes, Mon ami Frédéric, Quand Hitler s’empara du lapin rose, Rouge Braise…

    • Les albums : Otto, Grand-père, Anne Frank, Le petit soldat, Je fais un oiseau pour la paix, Le petit garçon étoile, J’ai vécu la résistance

    • Les bandes dessinées : Auschwitz, Bécassine pendant la grande guerre

        1. Raconter des histoires ou une Histoire ?

Un des problèmes que pose le choix d’un album de jeunesse sur ce sujet est celui d’un choix entre un ouvrage de fiction ou un ouvrage de type réaliste ou à visée documentaire.

La fiction


Otto de Tomi Ungerer, Le petit soldat de Paul Verrept, Grand-Père de Rapaport.

Il est possible de parler de la guerre à tous les âges mais le phénomène d’ identification est extrêmement difficile pour un enfant. La littérature de jeunesse s’est adapté : langage plus simple, mise en image…

Il faut avant tout recréer l’univers de l’enfant. Et le choix des personnages a toute son importance. Il peut s’agir d’un enfant comme dans Le Petit Soldat . Cette périphrase est sa seule dénomination, il n’a pas d’autre identité. Ses traits sont dépouillés : une tête ronde surmontée de deux points pour les yeux, l’absence de bouche traduisent l’incompréhension de l’enfant face à ce qui lui arrive. C’est un enfant spectateur et non auteur de sa propre vie : présent sur toutes les images, il a une attitude d’observateur témoignant de sa situation. Par ailleurs, c’est un personnage représentant, narrateur de sa propre histoire ( s’exprime à la première personne) mais d’une histoire qui pourrait être celle de tous les enfants ; absence d’identité, uniforme qui lui retire toute individualité, impossibilité de le reconnaître dans la masse.

Dans Otto, il s’agit d’un objet affectif : l’univers référentiel de l’enfant est recrée grâce au statut de l’ours en peluche. La peluche, le doudou, est le héros et narrateur de l’histoire. L’enfant adhère immédiatement à l’histoire puisque le doudou n’est pas n’importe quel objet mais celui qui reçoit toute l’attention de l’enfant, parfois même ses colères. Chargé affectivement, il permet à l’enfant de se reconnaître et de se repérer dans l’histoire. On retrouve également des jouets importants dans Le petit soldat. Il s’agit en fait de la peluche et du tank qui jouent le rôle de leitmotiv puisqu’ils ponctuent toute l’œuvre. Si la peluche est l’attribut incontestable du petit soldat, le tank est tantôt objet de jeu, tantôt objet de guerre. C’est au travers de cet exemple que transparaît l’antagonisme entre l’enfance et la violence de la guerre, conférant à l’œuvre un sens tout particulier, celui de l’enfant face à l’absurdité.

Puis c’est le grand-père qui est personnage principal de Grand-père. Le narrateur est extradiégétique mais on comprend bien qu’il s’agit d’un de ses petits-enfants. On pourrait douter de la pertinence d’un tel choix puisque les grands-père des enfants d’aujourd’hui n’ont pas nécessairement été victime de cette violence, peut-être s’agit-il plutôt des arrières grands parents ? Toujours est-t-il que l’enfant garde en tête d’image du grand–père comme celui de « l’ancien », celui qui porte en lui les stigmates du passé. Par ailleurs, soulignons la relation privilégiée qu’entretiennent grands-parents avec leurs petits-enfants. Les grand-parents, déchargés de l’éducation des petits enfants, ont souvent un rôle de confident, de protecteur. Ce statut si particulier permet donc à l’enfant de recréer sont univers affectif et de se situer dans la lignée du temps. L’association texte et images constitue également un repère important pour le lecteur. S’i l’une peut prendre parfois le pas sur l’autre, elles se complètent avant tout pour refléter au mieux l’univers de cette époque et raconter au mieux parce que les mots seuls ne suffisent pas.

Dans Le petit soldat, le style utilisé est quasi télégraphique, les phrases sont des phrases simples : il s’agit de traiter la guerre de manière simple et accessible. C’est alors que les illustrations prennent le pas sur les mots, des illustrations tantôt intégrées à l’image, tantôt enfermées dans des cadres. Mais la particularité de cette œuvre résonne dans l’usage de symboles . Les deux couleurs principales sont le rouge sang et le vert, symbole de l’espoir. On comprend dès lors que le chemin parcouru par le petit soldat dans un contexte de violence et de sang s’achève sur une note d’espoir et une véritable volonté de reconstruction : le char d’assaut de la première page transformé en soleil. Les symboles ponctuent toute l’œuvre : un drapeau américain fait office de nappe, une colombe vole au dessus de quelques visages… Par ailleurs, une page de l’album est l’ allégorie de chagrin : il s’agit d’un portait, celui d’une grande famille, la famille terre. Des personnages d’origines différentes font face au lecteur et s’affichent en train de pleurer. La lisibilité et forte symbolique de cette illustration renforce tout sa violence : la douleur et le chagrin sont explicitement montrés.

Si l’auteur du Petit soldat a choisi de représenter par le symbole, le choix de Rapaport dans Grand-père est celui de la réalité, de la vérité crue. L’auteur a en effet pris le partie de représenter les faits avec ses détails les plus horribles : dans Grand-père, ce sont des crânes rasés, des numéros tatoués, des barbelés , des corps décharnés qui plantent le décor. Et pour accompagner l’image, les mots sont simples mais invitent à une véritable réflexion sur l’homme.
Le Témoignage

Anne Frank , Auschwitz

Il est des œuvres sur le thème de la seconde guerre mondiale qui racontent la guerre au sens historique du thème : certains auteurs ont choisi de faire de l’Histoire . La littérature n’est alors qu’un support à l’étude historique de la seconde guerre mondiale.

Ce type d’œuvre s’inscrit donc inévitablement en transversalité avec l’histoire. D’ailleurs , que ce soit Anne Frank ou Auschwitz, les deux ouvrages comportent une chronologie précise qui leur confèrent d’entrée un ancrage historique. On peut en effet trouver une biographie à la fin d’Anne Frank tandis que l’épilogue d’Auschwitz est une succession d’évènements bien connus (Capitulation de l’Allemagne, Hiroshima, Nagasaki…). En outre de nombreux détails soulignent cet ancrage historique. C’est ainsi que Anne Frank souligne le plus fidèlement possible la montée de l’antisémitisme : « Tout juif âgé de plus de six ans était obligé de porter l’étoile jaune avec le mot « jood » écrit dessus ».

Ce choix n’est donc pas sans interroger le statut de l’œuvre et l’utilisation qui peut être faite en classe. Si Auschwitz s’approche davantage du documentaire que de la littérature, Anne Frank est en fait une réécriture du Journal d’Anne Frank. Malgré le détournement de l’énonciation originelle ( cet album est en fait un résumé à la troisième personne), Anne Frank reste un témoignage historique et non pas une œuvre fictionnelle. Les personnages sont les même, la chronologie est celle du journal et aucun fait ne s’éloigne de la vérité. Réécrire Le Journal d’Anne Frank pour l’adapter à la jeunesse, c’était forcément tromper l’œuvre originelle : mais utiliser le « je » pour se substituer à la parole d’Anne, n’aurait-il pas été la trahir davantage ?

L’ancrage réaliste est d’autant plus vrai pour les images, plus crues et plus proches du réel. L’horreur et la souffrance se voient. C’est peut-être en ce sens qu’Auschwitz est sujet à polémique. Son auteur s’est inspiré des plus grandes œuvres pour créer Auschwitz ( Si c’est un homme, La liste de Schinler…). La bande dessinée ressemble de ce fait davantage à un documentaire en noir et blanc qu’à une planche de dessins. Les références à l’histoire, les détails sur l’horreur sont d’ailleurs l’expression d’un long travail de recherche de Pascal Croci. Et pour rendre compte au mieux de la réalité, il a choisi le gris cendre pour enfumer toute son œuvre. Les traits des personnages sont saillants, taillés dans la souffrance.

Les pages illustrées de Anne Frank s’apparentent davantage à une photographie d’époque, en papier sépia. La plupart des images sont figées , peut être parce que ce n’est qu’un bout de vie que l’on nous dévoile, parce que l’auteur veut saisir l’instant d’une vie qui s’est trop vite arrêté. Si les coups de crayons sont précis, embellis, les détails de chaque tableau ne manquent pas : étoiles juive, costumes d’époque, affiches de propagande…

Le style et le choix des illustrations soulignent de ce fait la différences entre les deux types d’ouvrages de la littérature sur ce thème : il s’agit donc de faire de la littérature sur fond historique ou de faire de l’histoire sur un support littéraire.

II.Grand-père



Grand-père est un album qui évoque la seconde guerre mondiale, à cet égard, il est à envisager pour des élèves du cycle3, en CM1 mais notamment de CM2 en raison de sa mise en relation avec les programmes d’histoire sur le XX siècle et la seconde guerre mondiale.

L’intérêt de l’œuvre réside dans son statut particulier. D’un côté le récit est une fiction qui tourne autour d’un personnage archétype : le grand-père. D’un autre, le récit repose sur un aspect réaliste (quasi documentaire) notamment de par le thème traité la déportation et les camps, qui tant dans le texte que dans les illustrations, sont représentés et figurés par de nombreux détails historiques.


  1. Présentation générale

Grand-père est un album qui alterne texte/image d’une façon aléatoire. Il peut y avoir soit des pages alternant textes (avec ou sans encadrement) et images ou bien le texte et le dessin sur une double page.

    1. Résumé.

Avant de mourir, un grand-père livre son secret à son fils et à son petit-fils (le narrateur). Son petit-fils décide alors de raconter et de retracer l’histoire de son grand-père. Né en Pologne en 1901, le grand-père combat lors de la première guerre. A la fin du conflit, il décide de partir en France avec sa femme. C’est à Paris qu’ils se construisent une nouvelle vie avec la naissance de leur deux fils, une vie de dur labeur. Les années passent et lorsque le « bruit des bottes » revient aux frontières, grand-père s’engage dans la Légion étrangère avant de se rendre aux allemands en mer du Nord. Il est ensuite déporté vers le camp d’Auschwitz. Là, le calvaire commence, dés son arrivée, du tri des déportés en passant par la ‘vie quotidienne’ des camps. Des années durant lesquelles il côtoie la mort avant qu’il ne s’effondre et qu’il ne soit sauvé miraculeusement par un homme. Les raisons de cette salvation et l’identité de cet homme ne cesseront de le hanter toute sa vie.


    1. Les illustrations (analyse paratexte)

La première de couverture représente le grand-père comme un homme tronqué, meurtri (tronc, pas de bras, œil barré). Ce n’est plus un homme. Par ailleurs, on ne lui voit qu’un seul œil comme si après la guerre e t les camps, il ne pouvait plus voir le monde comme avant. On remarque également les détails réalistes : l’étoile de David, l’habit de déporté, la maigreur aussi. Les traits sont grossiers, les corps déformés ; les images ont un poids symbolique, c’est la mise e n dessin de l’horreur. Le grand-père est mis en valeur par un fond rouge (peinture à la couleur du sang, des flammes…).

La quatrième de couverture est illustrée par le même fond rouge feu avec une citation qui reprend la couleur blanche du titre (et celle de l’auteur). Le personnage du grand-père apparaît comme le représentant d’une masse, de millions d’êtres (devoir de Mémoire).

On distingue d’autre part quatre couleurs dans la composition de Grand-père , entre couleur froide et couleurs neutres : le bleu, le blanc, le gris et le noir. Elles servent à renforcer le parti pris de l’auteur de dire et de montrer la réalité. Le texte est dépouillé (économie de mots) figuré par des images chocs qui parlent autant que le texte et ne méritent quasiment pas de commentaires.


  1. L’analyse globale




    1. Les personnages 

Le personnage principal de l’histoire est le grand-père, que l’on voit d’ailleurs sur toutes les images et sur tous les textes. Autour de lui, se situent d’autres personnages secondaires : la famille (la femme et les deux fils), les soldats aussi qui sont presque toujours nommés par des périphrases : hommes à la casquette de mort . Enfin apparaît une dernière catégorie de personnages anonymes tels que les juifs, les autres déportés en fait l’Homme en général.

Remarquons par ailleurs qu’aucun des personnages n’a de prénom, donc d’identité (même grand-père); comme s’il y avait une volonté de représenter l’histoire non seulement d’un individu mais celle de tous les hommes.

    1. La structure narrative

Au niveau du texte

L’incipit de l’album se situe dans un présent de l’énonciation. Un petit-fils se propose de nous raconter l’histoire de son grand-père (narration extradiégétique) : « mon père », « nous » (première page). Grâce à un retour vers le passé (analepse) et à une narration à la troisième personne, nous entrons dans le récit. Le narrateur témoin, par l’emploi du présent actualise ce passé (cette histoire) retrace le parcours de son grand-père selon une progression temporelle qui se structure ainsi : l’avant-guerre / pendant la guerre (les camps : partie centrale du récit) / l’après-guerre (page finale). A la fin du récit, le narrateur reprend la narration à la première personne (comme au début) : « j’espère »(retour au présent de l’énonciation. La structure apparaît donc : présent/passé central/présent. Cette structure reflète l’importance de ce passé pour notre présent.

Au niveau de l’image

On remarque au niveau de l’image que lorsque le personnage de grand-père est dans les camps, le texte est mis en valeur par des encadrés gris ou noirs ; par opposition à l’avant où le fond blanc domine. . Cette opposition d couleur est symbolique et contribue à la structure de l’album. Ce passage du blanc au noir reflète en fait le chemin vers la mort, vers l’horreur.

    1. L’univers spatio-temporel
Le temps

Le récit ne donne qu’une seule date (1901 : la naissance de grand-père). Le temps apparaît étiré et le passage du temps est désigné par des périphrases : « lorsque le bruit des bottes revient aux frontières ». Lorsque le grand-père se trouve dans le camp, cette impression de temps imprécis ou étiré est accrue ; en effet, le temps semble ne plus exister.

Beaucoup d’interrogations sur ce temps sont reflétées par des connecteurs temporels tels que : « une dernière fois, jamais… à jamais » ou par la présence du champ lexical de la disparition : « disparaître à jamais… pour ne jamais sortir ». Par ailleurs, les questions rhétoriques renforcent cette absence de temps ou cette atemporalité.
Le cadre spatial

L’espace, celui du camp notamment est extrêmement réaliste (nombreux détails), la réalité est exhibé sans ménagement. Le numéro (tatouage) : rasé, battu, tondu, grand-père… », les barbelés électrifiés, les dortoirs (tant dans le texte que sur l’image), la cheminée, l’odeur des camps, et l’entrée d’Auschwitz (on connaît tous cette image).

    1. Un texte littéraire

L’album fait référence à de la littérature : un univers référentiel mythologique (grec) : le Cerbère gardien des Enfers. L’album recourt également à l’intertextualité (questionnements identiques à ceux abordés par Primo Levi). Enfin, l’album emploie nombre de périphrases, et de métaphores : « la cérémonie se déroule au son du canon ».


  1. L’analyse du passage-clé


Extrait p .15-16 : deux encadrés texte / images

L’extrait se présente presque sous une structure poétique (5-3-5). Le ton est dramatique, voire pathétique. En effet, le passage choisi décrit l’arrivée du grand-père dans le camp de concentration. L’extrait marque ainsi le passage vers les ‘ténèbres’ : ce passage s’articule autour de deux points : le réalisme historique et le questionnement sur la nature humaine.

  1. Le réalisme historique (utilisation pour l’histoire)

L’arrivée dans le camp marque le passage vers les ténèbres par une succession d’éléments historiques rapportés. En effet, nous notons un ensemble de faits historiques avérés par l’ensemble des témoignages à ce sujet. Tout d’abord, les wagons à bestiaux, les interminables arrêts, le froid, l’odeur, les déplacements chaotiques, les survivants jetés, les morts jetés par les survivants, ainsi que la description de l’arrivée.


  1. Un questionnement sur la nature humaine.

A travers la comparaison homme/bête, s’articule un questionnement sur la nature humaine. La construction par chiasme : « morts…vivants » montre que l’homme n’est plus un homme, ni un sous-homme, ni un animal, l’homme n’est plus rien. L’emploi répétitif du « on…on…on » représente la perte d’identité de dignité ; les hommes ne sont plus acteurs de leur destin.

L’illustration vient renforcer cette impression, d’un côté les hommes sont transparents, sans identité ni dignité (en blanc) et de l’autre, des ombres (en noirs) qui ne sont plus des hommes ? Tout cela renvoie à un questionnement sur l’Homme, par l’emploi de quatre questions rhétoriques qui peuvent faire réfléchir (les élèves, nous…) sur le statut de l’homme. Avec un jeu (parallèle) sur la première et la dernière question : « Un mort est-il toujours un homme ? » ; « Un homme portant une casquette de mort est-il encore un homme ? » ( la référence intertextuelle à Primo Levi est claire).

En conclusion, cet album s’inscrit dans un témoignage où le narrateur témoin a un rôle par rapport à l’histoire : « mon père…que grand-père avait fait sienne ». La transmission du secret (mémoire) par la parole confère au texte un statut à postérité (cf. citation de la quatrième de couverture).Tous ces éléments s’inscrivent dans le devoir de mémoire si important.

Cet album est à mettre en réseau avec des albums : Otto, le journal d’Anne Franck, le petit garçon étoile ; des romans : Rouge Braise, La grande peur sous les étoiles, mon ami Frédéric ; des BD : Auschwitz, Bécassine…

Enfin, le vocabulaire n’est pas difficile (hormis quelques mots), on pourrait l’aborder au CM1 par contre, la réflexion philosophique n’est abordable qu’au CM2. L’album s’inscrit dans la transversalité en relation avec les nombreux détails historiques, on pourrait penser à présenter les illustrations de l’album et les mettre en parallèle avec des photographies ; la réflexion doit être menée en débat interprétatif.

Conclusion (générale)


L’étude d’ouvrages sur le thème de la seconde Guerre Mondiale nous rappelle que les écrits ont un rôle primordial parce qu’ils transmettent une Histoire et témoignent de l’inimaginable . Mais c’est aussi le rôle de la littérature qui transparaît au travers de ces albums, celui de passer à postérité, de rendre pérennes nos courtes existences, comme celle d’Anne Frank, parce que seuls les écrits restent.

« Personne ne sortira d’ici, qui pourrait porter au monde, avec le signe imprimé dans sa chair, la sinistre nouvelle de ce que l’homme à Auschwitz, a pu faire d’un autre homme. » Primo Lévi, Si c’est un homme.

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