Séquence 2 : Comment les artistes témoignent-ils de la guerre ?





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date de publication09.11.2017
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Séquence 2 : Comment les artistes témoignent-ils de la guerre ?
:

Objectifs : comprendre comment des compositeurs mettent en musique le vécu douloureux de la 2ème guerre mondiale.
Œuvres musicales :

  • «  Un survivant à Varsovie » composé en 1947 par Arnold Schoenberg (1874 - 1951)

Epoque moderne.

  • « During the War » extrait de « Different trains » composé en 1988 par Steve Reich (né en 1936)

Epoque contemporaine.
Projet musical : «  Nuit et brouillard » en 1963 de Jean Ferrat (auteur compositeur interprète.)

Liens avec les autres arts :





Insurrection du ghetto de Varsovie. Photo extraite du rapport de mai 1943 de Jürgen Stroop à Heinrich Himmler. Légende originale en allemand : "Forcés hors de leurs trous". Cette photo est l'une des plus célèbres de la Seconde Guerre mondiale





VOCABULAIRE

Quatuor : œuvre musicale pour 4 musiciens

Quatuor à cordes : 2 violons, alto, violoncelle

Musique minimaliste : ensemble des œuvres utilisant la répétition comme technique de composition. Le mouvement de l’art minimaliste est apparu aux Etats-Unis dans les années 1960.

Musique mixte : œuvre qui superpose une ou plusieurs parties instrumentales (ou vocales), exécutées sur scène en direct, à une musique sur support (sons enregistrés). Il y a bien alors mixité des sources. Les premières musiques mixtes apparaissent dans les années 1950 avec l’avènement de l’enregistrement.

Ostinato (Pluriel : ostinati) : répétition obstinée (en boucle) d’un motif musical (rythmique ou mélodique)

Déphasage/Phasing : se construit à partir d’un court motif musical répété indéfiniment. Chaque musicien (ou magnétophone) répète ce motif en boucle, mais avec un décalage entre les voix, décalage qui augmente et diminue au cours de la pièce.

Le Sprechgesang : plus communément désigné comme parlé-chanté, est un style de récitation à mi-chemin entre la déclamation parlée et le chant.


« During the War » extrait de « Different trains »

composé en 1988 par Steve Reich (né en 1936)

Compositeur américain de l’époque contemporaine.


  1. LE COMPOSITEUR : STEVE REICH

Steve Reich (New York, 1936) a étudié le piano, les percussions, la composition et même la philosophie. Il est considéré comme l’un des pionniers de la musique minimaliste (= musique répétitive), courant musical apparu aux États-Unis dans les années 60.  http://lewebpedagogique.com/musicarte/files/2012/02/stevereich-300x174.jpg

http://lewebpedagogique.com/musicarte/files/2012/02/cover-diff.jpg

II. L’OEUVRE : « DIFFERENT TRAINS » (1988)

Different Trains (27′) est une œuvre de musique mixte composée en 1988 pour 

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(Grammy Award de la meilleure composition de musique classique contemporaine en 1989)

  • Pourquoi cette composition?

Steve Reich dit : « L’idée de cette composition vient de mon enfance. Lorsque j’avais un an, mes parents se séparèrent. Ma mère s’installa à Los Angeles et mon père resta à New York. Comme ils me gardaient à tour de rôle, de 1939 à 1942 je faisais régulièrement la navette en train entre New York et Los Angeles, accompagné de ma gouvernante. Bien qu’à l’époque ces voyages fussent excitants et romantiques, je songe maintenant qu’étant juif, si j’avais été en Europe pendant cette période, j’aurais sans doute pris des trains bien différents. En pensant à cela, j’ai voulu écrire une œuvre qui exprime avec précision cette situation… » 

  • Les procédés de composition :

Steve Reich explique la façon dont il a procédé pour préparer la bande magnétique :

  1. J’ai enregistré ma gouvernante Virginia, maintenant âgée de plus de soixante-dix ans, qui évoque nos voyages en train.

  2. J’ai enregistré un ancien employé des wagons-lits sur la ligne New York-Los Angeles, maintenant à la retraite et âgé de plus de quatre-vingt ans : M. Lawrence Davis, qui raconte sa vie.

  3. J’ai rassemblé des enregistrements de survivants de l’Holocauste : Rachella, Paul et Rachel, tous à peu près de mon âge et vivant aujourd’hui en Amérique, qui parlent de leurs expériences.

  4. J’ai rassemblé des sons enregistrés de trains américains et européens des années 1930, 1940.

Steve Reich a donc fait le choix d’utiliser des enregistrements « authentiques »; l’œuvre prend alors la dimension d’un témoignage historique.

  • Structure de l’œuvre:

Different trains comprend trois mouvements :

PART I : AMERICA – Before the war (9′)

PART II : EUROPE – During the war (7’30)
PART III : After the war (10’30)

  1. L’EXTRAIT ETUDIE:

PART II: EUROPE – DURING THE WAR
Ce mouvement représente le train de la terreur, de la mort, d’un aller sans retour ; c’est le train qui emmène les déportés vers les camps de concentration.

Les paroles :


You must go away

Il faut que tu partes

and she said, "Quick, go!"

et elle a dit: "Va t'en vite!"

and he said, "Don't breathe!"

et il a dit :" Ne respire pas!"

into those cattle wagons

dans ces wagons à bestiaux

for 4 days and 4 nights

pendant 4 jours et quatre nuits

and then we went through these strange

souding names

ensuite nous sommes passés par ces endroits aux

noms étranges

Polish names

Des noms polonais

Lot of cattle wagons there

Là il y avait beaucoup de wagons à bestiaux

They were loaded with people

Ils étaient bourrés de monde

They shaved us

Ils nous ont rasés

They tattooed a number on our arm

Ils nous ont tatoué un matricule sur le bras

Flames going up to the sky -it was smoking

Des flammes montaient vers le ciel - il y avait de la

fumée


Tourné dans le camp de Birkenau, le clip du 2ème mouvement de l’œuvre, intègre également des images du film « Holocauste » (série en 4 épisodes de 1978) 

Remarques musicales:

    1. Qu’est-ce que la musique crée comme atmosphère ?

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    1. Quels sont les éléments musicaux qui créent cette atmosphère ?

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  • Qu’est-ce que les cordes frottées imitent ?

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  • Quel rapport entendez- vous entre la voix parlée et les cordes ?

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- Que se passe-t-il à partir de « Don’t breathe » ?

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  • Que se passe-t-il à la fin de la musique ?

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«  Un survivant à Varsovie »

Composé par Arnold Schoenberg (1874 - 1951).

Compositeur Autrichien .

Un survivant de Varsovie (A Survivor from Warsaw, opus 46) est une œuvre pour narrateur, chœur d'hommes et orchestre composée par Arnold Schönberg en 1947.
Le texte de l'œuvre raconte l'histoire d'un survivant du ghetto de Varsovie durant la Seconde Guerre mondiale, dans un camp de concentration. Le narrateur ne se rappelle pas comment il a abouti dans les égouts de Varsovie. Un jour, dans le camp, les autorités nazis appelèrent un groupe de Juifs. Le groupe tenta de se rassembler, mais il y eut une confusion, et les gardiens battirent les Juifs âgés et malades qui ne pouvaient pas suivre les autres assez vite. Ils furent laissés pour morts, et les gardiens demandèrent de refaire le compte, pour savoir combien seraient déportés vers les camps d'extermination. Les gardiens demandent un décompte de plus en plus rapide, et l'œuvre culmine alors que les Juifs commencent à chanter la prière Chema Israël.

Arnold Schönberg, juif et autrichien, a voulu par une œuvre d’art rendre hommage aux victimes juives du nazisme. 



Analyse musicale

Quelles sont les langues utilisées ?.....................................................................................................................

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Quelle est l’impression d’ensemble en écoutant cette œuvre ?........................................................................

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Comment la voix est-elle utilisée ?

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Quel est le rôle de l’orchestre ?……………………………………………………………………………………………………………………. ……………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………..
Analyse des extraits en caractère gras dans le texte :
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Narrator’s text

  1. I cannot remember every thing! I must have been unconscious most all the time… I remember only the grandiose moment when they all started to sing, as if prearranged, the old prayer they had neglected for so many years – the forgotten creed!



  1. But I have no recollection how I got underground to live in the sewers of Warsaw for so a long time…

(1) The day began as usual. Reveille when it still was dark. “Get out!” Whether you slept or whether worries kept you awake the whole night. You had been separated from your children, from your wife, from your parents; you don’t know what happened to them… (2)How could you sleep?


  1. The trumpet again; “Get out! The sergeant will be furious!” They came out; some very slowly, the old ones, the sick ones, some with nervous agility. They fear the sergeant; they hurry as much as they can. In vain! Much to much noise, much to much commotion! And not fast enough!

The Feldwebel shouts, “Achtung! Stillgestanden! Na wird’s mal, oder soll ich mit dem Jewehrkolben nachhelfen? Na jut; Wenn ihr’s durchaus haben wollt! „


  1. (3)The sergeant and is subordinates hit everyone: young or old, strong or sick, guilty or innocent... it was painful to hear them groaning and moaning.




  1. I heard it though I had been hit very hard, so hard that I could not help falling down. We all on the ground who could not stand up were then beaten over the head…




  1. (4)I must have been unconscious. The next thing I heard was a soldier saying, (5)“They are all dead!” Were upon the sergeant ordered to do away with us. There I lay aside half conscious. (6)I had become very still – fear and pain –

Then I heard the sergeant shout “Abzählen!”



  1. They started slowly, and irregularly: one, two, three, four, “Achtung! „ The sergeant shouted again. “Rascher! Noch mal von vorn anfangen! In einer Minute will ich wissen, wie viel ich zur Gaskammerabliefere! Abzählen!



  1. They began again, first slowly: one, two, three, four, became faster and faster, so fast that it finally sounded like a stampede of wild horses, and all of a sudden, in the middle of it, they began singing the SCHeMA YISROel.



Chorus

SCHeMA YISROel ADONOY ELOHENOO ADONAOY EHOD VeOHAVTO ES ADONOY ELOHEHO BeHOL LeVOVeHO OOVeHOL NAFSHe HO OOVeHOL MeODEHO VeSHINNANTOM LeVONEHO VeDIBBARTO BOM BeSHIVTeHO BeVETEHO OOVeLEHTeHOBADDEREH OOVeSHOBeHO OOVeKOOMEHO.

Texte du récitant

Je ne peux pas me rappeler de tout. J’ai du perdre conscience presque tout le temps ; je ne me souviens que du grandiose instant quand, comme si on l’avait prévu, tous se mirent à chanter la vielle prière, négligée depuis tant d’années ; la foi oubliée !
Mais j’ignore comment j’ai pu me retrouver sous terre, à vivre dans les égouts de Varsovie pendant si longtemps…

Le matin comme d’habitude. Réveil bien avant le jour. Sortez, que vous dormiez ou que les soucis vous aient tenu éveillés toute la nuit. Vous avez été séparé des vôtres, de vos enfants, de votre femme, de vos parents ; vous ignorez ce qui leur est arrivé… comment dormir ?
Les trompettes encore. « Sortez ! Le sergent sera furieux ! » Ils sortaient, les uns aux pas, les vieillards, les malades, d’autres nerveux se bousculant ; ils craignent le sergent. Ils se dépêchent comme ils peuvent. En vain ! Beaucoup trop de bruit, trop d’agitation et pas assez vite !

Le Feldwebel crie: “Achtung! Stillgestanden! Na wird’s mal, oder soll ich mit dem Jewehrkolben nachhelfen? Na jut; Wenn ihr’s durchaus haben wollt!


Le sergent et ses subordonnés frappent tout le monde – jeune ou vieux, fort ou malade, responsable ou innocent. Quelle peine de les entendre geindre et se plaindre !

J’ai entendu, bien qu’on m’ai frappé bien fort ; si fort que je suis tombé malgré moi. On frappe sur la tête tous ceux d’entre nous qui n’ont pu s’empêcher de tomber…

J’ai du perdre conscience. Mon souvenir suivant, un soldat qui disait « Ils sont tous morts.» Et puis, le sergent ordonne qu’on nous enlève de là. Je me suis mis à l’écart, a demi-conscient ; il y eu alors un grand calme - crainte et souffrance – Puis j’entends le sergent qui s’écrie : “Abzählen! „


Ils commencèrent lentement, et irrégulièrement : Un, deux, trois, quatre… “Achtung ! „ La vois du sergent encore. “Rascher! Noch mal von vorn anfangen! In einer Minute will ich wissen, wie viel ich zur Gaskammerabliefere! Abzählen! „
Encore un essai, d’abord lentement : un, deux, trois, quatre… puis plus vite, plus vite, si vite que s’était comme le bruit d’un galop sauvage de chevaux furieux, et soudainement, au milieu de tous ça, les voici qui chantent le SCHeMA YISROel.

Chœur

Ecoute Israël : L’Eternel est notre Dieu, L’Eternel est un ! Tu aimeras L’Eternel, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme et de toutes tes facultés. Que ces paroles que je t’ordonne aujourd’hui seront gravés dans ton cœur. Tu les inculqueras à tes enfants et tu méditeras dans ta maison, et dans tes voyages, en te couchant et en te levant.




« Nuit et brouillard » écrite, composée en 1963 par Jean Ferrat.

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« Nuit et brouillard »signifie en allemand : Nacht und Nebel . Cette appellation correspond à un décret de 1941 stipulant que  toutes les personnes représentant un danger pour la sécurité de l’armée allemande (saboteurs, résistants) seraient transférées en Allemagne et disparaîtraient dans le secret absolu.  Cette expression prenait sens et horreur dans l’extermination discrète des résistants et de toute forme de résistance.


Deux "Nuit et Brouillard".

"Nuit et Brouillard" est une expression qui désignait les déportés politiques qui, classes "Nacht und Nebel" (N.N.) devaient disparaître "dans le brouillard et dans la nuit". C'est aussi le titre d'un film d'Alain Resnais et d'une chanson de Jean Ferrat.
Dès l'abord, le choix de ce titre manifeste, pour les deux auteurs, le choix de parler

d'abord de la déportation des Résistants.

nuit et brouilard

Nuit et Brouillard, le film d'Alain Resnais

Dans Nuit et Brouillard, Alain Resnais utilise le croisement entre les images en couleurs tournées en 1955 et les images d'archives en noir et blanc ; le commentaire sobre écrit par Jean Cayrol, ancien déporté politique, et lu par Michel Bouquet, plonge le spectateur dans l'horreur des camps de concentration. Réalisé dix ans après la fin de la guerre, Nuit et Brouillard reste tributaire de la perception que l'on pouvait avoir du phénomène dans les années 50.
La particularité du film, outre une image censurée où l'on voyait un gendarme français gardant un camp, c'est l'absence presque complète de la spécificité juive de l'extermination. Le mot "Juif" n'est prononcé qu'une seule fois : dans une longue énumération des victimes où l'on retrouve "Annette lycéenne de Bordeaux"..., le commentaire évoque "Stern, étudiant juif d'Amsterdam". Ce sera tout.
Nuit et Brouillard est donc un film qui montre bien  l'horreur des camps de concentration mais évacue le caractère juif du génocide.


 








  1. Introduction

  1. Pourquoi Jean Ferrat a-t-il écrit cette chanson ? 

Son album appelé lui aussi Nuit et Brouillard appelle au Devoir de Mémoire. Mémoire de tous ces hommes, femmes, enfants, vieillards... Juifs pour qui l’humanité s’est arrêtée aux portes d’Auschwitz-Birkenau, de Daschau ou encore de Buchenwald.

     Jean Ferrat, dont le nom véritable est Tenenbaum, est personnellement impliqué dans la question de la déportation : le père de Jean Ferrat, un joaillier juif de Versailles ( émigré de Russie), a été déporté et est mort à Auschwitz. A l'âge de 12 ans, en 1942, Jean Tenenbaum a porté l'étoile jaune.


  1. Quel est le contexte de 1963  et comment la chanson a-t-elle été reçue ?


A cette époque, la France n’est pas encore prête à assumer ses erreurs, à regarder en face ses responsabilités dans le drame d’un peuple qu’elle a elle-même vendu à son agresseur. Nuit et Brouillard est mal vue, mal venue. Les plaies de l’horreur de sont pas cicatrisées, et l’Etat en place garde encore en son sein des fielleux résidus de Vichy.

Pourtant, La douleur qu'elle raconte n'a ni couleur, ni résonance politique. C'est son timing qui est mauvais : "L'époque était à la réconciliation franco-allemande, sous l'égide de de Gaulle et d'Adenauer, raconte son interprète. Ce rappel de l'Holocauste n'était donc pas bien vu dans les hautes sphères."

Si aucune censure officielle n'est prononcée à l'égard du morceau, sa diffusion à la radio est jugée "inopportune". Ce qui, bien sûr, en renforce l'attrait : "J'ai fait une émission sur Europe 1 et la chanson a eu un tel écho que Lucien Morisse, son directeur, qui avait tenu à ce que mes chansons du début soient diffusées, a décidé de lui consacrer tout un débat."

Les français accrochent et suivent Jean Ferrat. Quelques passages radio suffiront à faire connaître la chanson. Et l’album obtiendra même le prix de l’Académie Charles-Cros.

Sombre, "hors du coup" et mal vue des autorités, 'Nuit et brouillard' cumulait les handicaps. Elle s'est pourtant vendue à 300.000 exemplaires dès sa sortie. La justesse des mots, la solennité de la mélodie et des arrangements (la sourde pulsation du tom basse fait toujours son effet) y sont sans doute pour beaucoup.

  1. Postérité de la chanson.

Il est une forme de postérité que les ventes de disques ne peuvent traduire. Le texte de 'Nuit et brouillard', que le pouvoir a voulu taire, est aujourd'hui imprimé dans les pages de certains livres d'histoire et chanté en classe C’est un témoignage de plus pour ne pas oublier, pour que la France puisse se regarder, sans honte et sans arrières pensées, "Pour qu’un jour les enfants sachent qui vous étiez". Au-delà de son histoire personnelle, Jean Ferrat a su trouver les mots pour coller à l’Histoire de ce monde, sans pleurer, sans geindre, pour redonner aux victimes une dignité trop souvent ignorée, et refaire briller l’éclat de l’Humanité.


  1. Quelques éléments sur le texte de la chanson :

    En pleine période de naissance du rock yé-yé (allusion au "twist" à la fin du texte), faire une chanson sur la déportation n'avait rien d'évident. (La maison de disque était d'ailleurs réticente, raconte le chanteur).
     Pourtant, la volonté de l'auteur est de fondre les différentes catégories de déportés : peu importe en effet la religion, peu importe qu'il s'agisse de Jean-Pierre (prénom français), de Natacha (prénom russe) ou de Samuel (prénom juif), la caractéristique commune de tous les déportés est la volonté de résistance : "Ils voulaient simplement ne plus vivre à genoux".


     La question des chambres à gaz ne sera pas posée : ces déportés vont vivre dans un camp certes atroce gardé par des Allemands "du haut des miradors", avec leurs "chiens policiers". Des camps dont on peut revenir. L'expression "Ils n'arrivaient pas tous à la fin du voyage" est un euphémisme.


     En faisant de l'évocation des "wagons plombés" le cœur du chant (1er et dernier paragraphe), Jean Ferrat montre bien qu'il se situe dans une démarche de description de la déportation et pas des camps d'extermination. Pour nous, aujourd'hui, ces wagons plombés évoquent plutôt l'entassement des hommes, des femmes, des enfants, des vieillards promis à la chambre à gaz. Ce n'est pas le sens du texte de Ferrat.

Il y a une dimension politique à ce choix : Jean Ferrat est depuis l'après-guerre un "compagnon de route" du Parti Communiste Français. Le sens de la déportation est pour lui inscrit dans la Résistance, en particulier celle du "parti des 100.000 fusilllés".











  1. Analyse musicale du chant

  1. L’accompagnement instrumental de la chanson :

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  1. Le thème principal

c:\users\lchantel\documents\partitions\nuit et brouillard\nuit et brouillard.tif

Comment est construit ce thème ?……………………………………………………………………………………………………

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Schéma correspondant au mouvement mélodique du thème :
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Dans le chant ce thème correspond ……………………………………………………………………………………………………..
1.


Ils étaient vingt et cent, ils étaient des milliers
Nus et maigres, tremblants, dans ces wagons plombés
Qui déchiraient la nuit de leurs ongles battants
Ils étaient des milliers, ils étaient vingt et cent

Ils se croyaient des hommes, n'étaient plus que des nombres
Depuis longtemps leurs dés avaient été jetés
Dès que la main retombe il ne reste qu'une ombre
Ils ne devaient jamais plus revoir un été
2.

La fuite monotone et sans hâte du temps
Survivre encore un jour, une heure, obstinément
Combien de tours de roues, d'arrêts et de départs
Qui n'en finissent pas de distiller l'espoir

Ils s'appelaient Jean-Pierre, Natacha ou Samuel
Certains priaient Jésus, Jéhovah ou Vichnou
D'autres ne priaient pas, mais qu'importe le ciel
Ils voulaient simplement ne plus vivre à genoux


3.

Ils n'arrivaient pas tous à la fin du voyage
Ceux qui sont revenus peuvent-ils être heureux
Ils essaient d'oublier, étonnés qu'à leur âge
Les veines de leurs bras soient devenues si bleues

Les Allemands guettaient du haut des miradors
La lune se taisait comme vous vous taisiez
En regardant au loin, en regardant dehors
Votre chair était tendre à leurs chiens policier.
4.

On me dit à présent que ces mots n'ont plus cours
Qu'il vaut mieux ne chanter que des chansons d'amour
Que le sang sèche vite en entrant dans l'histoire
Et qu'il ne sert à rien de prendre une guitare

Mais qui donc est de taille à pouvoir m'arrêter ?
L'ombre s'est faite humaine, aujourd'hui c'est l'été
Je twisterais les mots s'il fallait les twister
Pour qu'un jour les enfants sachent qui vous étiez

conclusion

Vous étiez vingt et cent, vous étiez des milliers
Nus et maigres, tremblants, dans ces wagons plombés
Qui déchiriez la nuit de vos ongles battants
Vous étiez des milliers, vous étiez vingt et cent



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