Avant propos aux Neuvièmes Rencontres de La Durance





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Bilan : La religion des Hébreux et des Mésopotamiens est sans aucun doute traversée par de multiples points communs que Jean Bottero recense : « importance et sérieux de la religiosité, nombre assez réduit des personnalités surnaturelles objets du sentiment, de l’imagination et du comportement religieux, le sentiment de la supériorité des dieux, de leur transcendance, la conviction de leur caractère de souverains des hommes […] et tout manquement à quelque décision que ce soit de cette autorité, constitue une révolte contre sa source, un pêché »42. Cependant, si les traits communs sont évidents, les divergences ne le sont pas moins : tout d’abord, leur fondation. Il apparaît que la religion mésopotamienne est le fruit d’un long processus, sans livres saints ni une quelconque autorité chargée d’en assurer l’orthodoxie alors que celle d’Israël se réfère à une fondation, réelle ou supposée, qui met en avant des règles, transmises oralement puis par écrit, mettant en place une véritable orthodoxie et orthopraxie, véritable modèle de pensée et de conduite. Par ailleurs, la religion mésopotamienne reste essentiellement polythéiste et anthropomorphiste : de fait, il ne pouvait être possible de tenir les dieux comme radicalement différents des hommes, puisque leur vie en reprenait les défauts, les qualités, voire les sentiments et les attitudes. Pour la religion des Hébreux, l’approche est différente ; tout d’abord, se met en place un hénothéisme rigoureux puisque Yahvé est celui qui intervient en tout sans pouvoir être représenté ni imaginé. De fait, la notion d’absolu s’impose dans cette religion qui amène au VIIe siècle av. J.-C. à un strict monothéisme et engendre une distinction dans le récit de la construction du monde. Chez les Mésopotamiens, l’univers est une immense sphère regroupant les dieux créés initialement et les hommes, apparus plus tard. Dans la Bible, il s’agit de deux sphères distinctes : l’une comprend le monde matériel et son contenu alors que la deuxième est celle du Créateur, d’un autre ordre, non représentable et totalement abstrait. Enfin, l’objectif fixé est différent : chez les Mésopotamiens, le culte est essentiel dans son déroulement et dans son apparat alors que pour les Hébreux, le culte rendu à Dieu est essentiellement une conduite morale et le culte, certes important, reste secondaire, voire peut être dangereux dans les dérives qu’il entraîne.

Quelle histoire de l’Orient au IIIe millénaire ?

Patrick Parodi

Professeur agrégé, Lycée Joliot-Curie, Aubagne

1. Les prémices d’un monde urbain

C’est l’époque d’Uruk vers 3700-3100 av. J.-C. qui marque une révolution urbaine dont on peut distinguer les étapes principales :

  • naissance d’une architecture démesurée qui dépasse les simples besoins quotidiens avec des édifices gigantesques en hauteur, de véritables complexes palatiaux avec une cour centrale et des salles vouées à des cérémonies accueillant un vaste public,

  • naissance d’un système politique avec un « roi-prêtre » aux prérogatives multiples : conduite de cérémonies, chasse aux grands fauves, guerre et garantie de l’ordre du monde

  • apparition d’une économie plus complexe avec un artisanat capable de conduire des productions monochromes, standardisées, cuites au four.

2. L’époque des dynasties archaïques

a. Quelles sources ?

Dès le XXVIIe siècle, l’usage de l’écriture se répand en Mésopotamie, non seulement pour l’activité économique, mais aussi à tous les champs de l’activité humaine. 

Les inscriptions sur pierre et sur argile deviennent aussi plus précises : pour chaque inscription, on voit apparaître la filiation du personnage cité, la titulature précise, l’événement qui a motivé l’inscription et les circonstances : on peut penser par exemple à la Stèle des Vautours qui raconte la guerre victorieuse de Lagash contre Umma.

Par ailleurs, on trouve des listes dynastiques élaborées par les scribes au début du IIe millénaire regroupées sous le titre de Liste royale sumérienne dont l’objectif est davantage politique qu’historique puisqu’il s’agit de justifier la domination d’Isin. Ainsi, des dynasties sont présentées successivement alors que certaines sont contemporaines, d’autres sont oubliées ou ignorées (celle de Lagash par exemple). Cependant, elles donnent des indications utiles sur la durée des règnes, sauf pour les dynasties d’avant le Déluge et immédiatement après, car les chiffres ont une portée symbolique et où l’histoire s’apparente donc alors davantage au mythe.

De fait, l’histoire des premières cités sumériennes est peu et mal connue, les documents étant plus parcellaires alors qu’à partir de la domination de Lagash, vers 2500-2450, la documentation est plus importante en nombre et en contenu.

b. Les premières cités sumériennes

Le Sud de la Mésopotamie est constitué d’un ensemble de Cités-Etats qui se partagent le territoire de Sumer, appelé «Kalam », c’est-à-dire le pays, dans les sources de cette époque.

Chaque cité comprend une agglomération centrale où se trouve le temple de la divinité la plus importante et un ensemble de villages et de petites villes où se trouvent les temples des divinités secondaires. Se constitue ainsi un panthéon dont la tête est le Dieu Enlil, de la cité de Nippur qui de fait est le centre du pays de Sumer sans en être la capitale politique.

Les systèmes politiques sont proches, mais l’exercice politique est différent : chaque cité est dirigée par un « ensi », chargé de l’administration des biens du dieu, dont les pouvoirs sont relativement restreints, notamment face aux grandes propriétés religieuses qui regroupent l’essentiel des terres. Cependant, dans le nord de Sumer comme à Akshad, la royauté y est plus affirmée : le domaine de l’ensi regroupe l’essentiel des terres et des richesses ce qui nécessite un bataillon important de fonctionnaires et entraîne une société inégalitaire, très hiérarchisée. C’est ce système qui va s’imposer avec la conquête de Sargon d’Agadé en 2340 av. J.-C.

Cependant, le morcellement politique n’empêche pas les cités de s’associer sur le plan économique en gérant ensemble un réseau de comptoirs en pays d’Akkad, en Susiane, dans le Haut Djézireh et en Syrie.

c. Les dynasties archaïques (2800-2350) 

Dans l’ensemble des cités sumériennes, la plus importante est la cité d’Uruk qui a une enceinte de 9,5 km et une surface de 5 km2. Selon d’anciennes traditions sumériennes, l’existence de cette cité est attribuée à la volonté de Gilgamesh, héros de plusieurs récits épiques, dont l’existence n’est pas strictement avérée même si son nom apparaît dans de nombreuses inscriptions, reprenant d’anciennes traditions sumériennes. Gilgamesh porte le titre d’« En » qui signifie « seigneur » alors que le titre de « Lugal », que l’on peut traduire par « roi », est plus tardif, sauf pour Mebaragesi, roi de Kish, adversaire de Gilgamesh dans de multiples épopées. Il convient d’être prudent sur la nomenclature royale : le titre d’« En » semble être le plus ancien, puisqu’il existerait dès l’époque d’Uruk, et il aurait été remplacé par celui d’« Ensi », très employé, que l’on traduit généralement par « gouverneur », marquant ainsi la subordination du souverain au dieu. Quant au titre de « Lugal » qui signifie littéralement « homme grand » est plus tardif et il suppose une autorité supérieure aux ensi locaux et donc un pouvoir qui couvre l’ensemble du territoire de Sumer.

C’est à l’époque de la vie supposée de Gilgamesh et de Mebaragesi que fut construit à Kish le premier palais royal, indépendant du Temple. C’est la naissance d’une monarchie militaire à une époque de multiples luttes entre les cités pour l’hégémonie du pays de Sumer où la « royauté » d’une cité est, après plusieurs générations, remplacée par une autre.

On peut noter cependant trois dominations :

- celle de Kish (2700-2600 av. J.-C.) qui conquiert le pays d’Elam. Cette domination de Kish reste pour le moins théorique, mais sa prééminence est plusieurs fois attestée ce dont peut témoigner le titre de Lugal (roi). Trois souverains marquent cette période dont il est difficile parfois de discerner la part d’historicité et la part de légende. Le premier est Etana, héros d’un mythe sumérien ; le deuxième est Enmebaragesi, attesté par des sources épigraphiques et qui aurait remporté une guerre contre l’Elam et enfin, le troisième est Agga, présent aussi dans l’épopée de Gilgamesh, roi des 23 souverains de Kish mentionnés pour cette cité. Ce dernier semble être le dernier roi de Kish, sur la liste des 23 souverains qu’elle contient. Après lui s’achève la domination de Kish, supplantée par Uruk. Même si d’autres dynasties semblent avoir régné, leur rôle apparaît moindre. Cependant, le titre de «roi de Kish » est repris par des souverains d'autres cités en raison de son prestige, puisqu'il paraît signifier que celui qui le porte exerce la domination sur la Basse Mésopotamie. Ainsi, encore aux XXVIe, XXVe et XXIVe siècles av. J.-C., la prééminence de Kish sur les autres cités de la région persiste dans le domaine symbolique, voire même dans le domaine politique.

- celle d’Ur (2600-2500 av. J.-C.). Deux dynasties ont dominé la basse Mésopotamie depuis Ur : la première, fondée par Mesannepada, serait à situer vers le XXVe siècle. Le souverain fondateur est attesté par des inscriptions à Mari, qui font de lui le fils de Meskalamdug. Il porte le titre de « roi de Kish », ce qui indique qu'il exerce l'hégémonie sur la basse Mésopotamie. Aennepada, son fils et successeur, est attesté par une inscription mentionnant la construction d’un temple de Ninhursag à El Obeïd sous son règne. La deuxième dynastie d’Ur, qui compte quatre rois, daterait du siècle suivant, mais ces souverains ne sont pas attestés autrement que par la Liste royale.

- celle de Lagash (2500-2350 av. J.-C.). Le roi Ur-Nanshe est vers 2520 av. J.-C. le fondateur d'une nouvelle «dynastie» à Lagash. En réalité, il s’agit d’une série de rois qui ne sont pas forcément liés par des liens familiaux. C'est avec lui et ses successeurs que l'on est pour la première fois bien renseigné sur l'histoire du pays de Sumer, grâce aux nombreuses archives retrouvées à Girsu pour cette période. Lagash est alors apparemment l'une des cités-État les plus puissantes de basse Mésopotamie, alors que Kish ou Uruk entrent dans une phase de déclin.

C’est sous le souverain Eannatum que la cité de Lagash atteint son apogée après qu’elle ait remporté la victoire sur son ennemie héréditaire, la cité d’Umma, avec laquelle elle entretenait un conflit relatif à la propriété de terres situées sur la frontière commune de leurs territoires. Elle lui impose des conditions rudes : la cité d’Umma doit céder les territoires contestés et s’acquitter en outre d’une contribution de guerre constituée par une livraison de grains. Sa domination s’étend alors sur d’autres territoires jusqu’à Mari, mais les listes royales continuent à accorder la suprématie aux cités de Kish et d’Akshad. La reprise de la guerre contre Umma avec de multiples variations (défaites et victoires s’enchaînent) provoque le déclin de la cité de Lagash : Eannatum est quant à lui vaincu par le roi d'Umma, mais son fils Entemena le venge et prend la ville ennemie.

Une deuxième période d’apogée s’ouvre avec Urukagina ou Uruinimgina qui s’empare par la force du pouvoir à Lagash. Il entame toute une série de réformes qui limitent les privilèges de la caste sacerdotale, dépouillée de toute autorité politique, mais il leur rétrocède des terres qui leur avaient été enlevées. Le règne d’Urukagina est court, environ 8 ans, et se termine par la défaite face à la cité d’Umma qui s’empare non seulement de Lagash mais aussi d’Uruk, Ur et Kish. Cependant, la domination d’Umma n’est ni continue ni de longue durée.

e. Le problème de l’État mis en place.

L’apparition des cités-États a amené certains historiens, notamment américains, à préférer la notion de la « naissance de l’État » : la transformation de la communauté villageoise en société urbaine amène sans aucun doute un changement de la perception du monde, du temps, de l’espace et du rapport des hommes entre eux.

Il y a alors débat sur le type d’État qui est mis en place : dans les années 1940, le sumérologue T. Jacobsen s’appuie sur l’idée d’une démocratie primitive en fondant son affirmation sur les mythes où des assemblées de héros, dieux et hommes sont décrites. Il y voit la trace d’une Assemblée primitive d’Anciens gérant les affaires courantes et déléguant au besoin le pouvoir à un lugal. Si l’hypothèse est séduisante et en rien contradictoire avec l’histoire de la Mésopotamie, aucun document ne la conforte ni ne fait allusion au domaine d’action de cette assemblée particulière. Cependant, les textes ne cessent de se référer à l’existence d’assemblées : le roi mythique d’Uruk, Gilgamesh, consulte successivement deux assemblées, celles des Anciens et celle des hommes jeunes avant de partir en guerre. Les textes rédigés en akkadien font référence aux « anciens de la ville », qui ne sont pas les hommes les plus âgés de la cité, mais les membres des familles les plus influentes. De même, on trouve des références à des assemblées portant le nom de la ville ou de ses habitants, comme par exemple celle de Nippur, ainsi que des mentions relatives à des conseils populaires de voisinage, existant dans les quartiers des villes, ou à des conseils de marchands.

Dans les années 1960, un autre historien, K. Wittfogel émet une thèse différente s’appuyant sur l’idée que les contraintes induites par l’irrigation ont nécessité l’apparition d’un pouvoir despotique, capable d’administrer et de gérer les installations ainsi que la distribution de l’eau. Or, cette thèse se heurte aux témoignages archéologiques, car les réseaux sont de fait installés par chaque ville sur un territoire restreint et leur gestion ne nécessite donc pas un pouvoir particulièrement coercitif. De plus, les sources écrites ne comportent aucun élément susceptible de corroborer cette thèse.

Il y a donc interrogation sur le fait que la naissance des cités soit parallèle à celle de la notion d’État : le territoire restreint des cités ne semble pas nécessiter l’existence d’un pouvoir organisé et fort à l’exception de la cité de Mari où la taille des installations hydrauliques semble exiger une organisation plus soutenue.

f. Le problème du palais royal

Les fouilles archéologiques ont dégagé un certain nombre de grands bâtiments considérés comme des palais. . Ils seraient apparus durant les dynasties archaïques, mais cette datation est encore très discutée. Les palais d’Uruk, de Jemdet Nasr, de Kish, apparaissent comme des édifices considérables par leurs dimensions : ils possèdent plusieurs niveaux, et sont constitués d’un corps de bâtiments autonomes qui s’articulent par de longues circulations internes. Il est plus difficile d’attribuer des fonctions précises aux différentes parties qui les composent même si on tend à distinguer deux espaces : le bâbanu, la zone de porte où sont reçus les gens venant de l’extérieur et le bîtânu, la résidence.

Que sait-on alors des palais royaux ?

Ce sont d’abord une grande maison, dans laquelle réside le roi, ainsi que le définissent les Sumériens en la désignant par le terme « é-gal », qui signifie littéralement « où habite le roi ». Au cours du IIIe millénaire, le même mot est utilisé pour se référer au domaine royal dans son ensemble. Le palais apparaît cependant comme le centre du pouvoir dont il intègre d’ailleurs l’ensemble ou une partie au moins des activités.

Ainsi, les 15 000 tablettes d’Ebla témoignent de la présence à côté du roi d’un nombre conséquent de scribes nécessaires à la gestion des domaines agricoles, des ateliers et des activités de commerce. Le palais semble aussi un lieu de stockage de l’alimentation nécessaire à la consommation interne et à la rétribution des services rendus ; des ateliers de tissage peuvent également y être localisés, mais l’archéologie n’en trouve pas trace.

Le palais peut être considéré comme une vaste entreprise économique à la tête de laquelle se trouve un intendant et possédant de vastes étendues de terres et de troupeaux. Ainsi, pour l’État de Lagash au XXIVe siècle, environ deux mille textes mettent à jour l’activité de la « maison de la femme » ; ce domaine de la reine tire ses ressources de la culture des terres arables, de l’élevage du gros et du petit bétail ainsi que de la pêche en eau douce et en mer. Son personnel est évalué à environ 1500 personnes, tout sexe et tout âge confondus. L’organisation apparaît comme celle qui domine l’ensemble du troisième millénaire. Il y a trois formes d’exploitation de la terre : soit en culture directe par le personnel du domaine, soit en affermage contre une redevance en nature -la quantité d’orge ou de laine étant fixée à l’avance- ou soit enfin en location, le personnel recevant un lopin de terre en rémunération de son activité.

Dans la seconde moitié du IIIe millénaire, on voit mieux l’usage des matières premières par le palais, ces dernières étant conservées dans ses entrepôts. Un important artisanat assure alors la transformation, les ouvriers étant étroitement contrôlés. La production est destinée à entretenir le roi et son entourage, à payer les artisans et ceux qui travaillent pour le domaine royal, le surplus étant commercialisé.

Le palais est aussi lieu de résidence du roi et de sa famille, mais le fait n’est que strictement avéré à la fin du IIIe millénaire pour les étages supérieurs. Les rois paraissent avoir plusieurs épouses alors que l’ensemble de la société semble être monogame. Il est difficile d’évaluer le nombre d’épouses royales, mais les archives du palais de Mari donnent pour le roi Zimrî- Lîm une douzaine d’épouses. Le titre de reine pourrait n’être porté que par une seule des épouses royales, qui est chargée du palais en l’absence de son mari. Toute domesticité, essentiellement féminine apparaît également dans les sources écrites, donnant l’image d’un palais surpeuplé. Les hommes y sont peu nombreux, les fonctionnaires n’y venant que pour y recevoir les directives royales.

Par ailleurs, les fouilles n’ayant mis à jour que des palais vides de tout objet et de tout mobilier, il est difficile d’esquisser la vie quotidienne dans ces palais ; les tombes et les documents iconographiques et textuels donnent quelques pistes, montrant des bijoux raffinés, en or, des plateaux de jeux, des vaisselles précieuses. Cela témoigne d’une richesse certaine des palais royaux, signe ostentatoire de puissance.

Un autre élément a été mis à jour récemment : les vêtements royaux. Le roi porte le kaunakès, sorte de pagne ou de jupe montrant la toison de l’animal, cet habit étant celui de la population masculine quel que soit son niveau de richesse. Cependant, la statuaire montre quelques différences entre le roi et le commun des mortels : il porte une étoffe de qualité maintenue par des épingles en matière précieuse, une ceinture, un bonnet…

La difficulté la plus importante consiste à trouver des espaces consacrés à la religion ; les palais découverts et fouillés n’ont pas donné de traces de sacralité à l’exception du palais de Mari, où le plan est celui d’un palais, mais dont le cœur est constitué par un véritable sanctuaire. Cette anomalie est difficilement expliquée par les archéologues.

Enfin, les travaux des historiens ne permettent que difficilement de dire si les palais sont apparus lors des dynasties archaïques.

De fait, cela pose le problème de la place du roi (dont on a vu précédemment les questions de titulature) : il est le personnage essentiel de la cité, représenté par l’iconographie comme un chef victorieux, notamment dans la Stèle des Vautours ou encore dans l’Étendard d’Ur. Il participe à des banquets probablement sacrés, il est un grand constructeur de temples. Les textes tardifs mettent l’accent sur son rôle militaire, mais aussi d’administrateur de la cité pour le compte d’un dieu ; il est donc décrit comme un gestionnaire de la vie économique gestionnaire de la vie économique, ayant à la fois un rôle de juge et de prêtre.

La difficulté essentielle est de dater l’apparition de la royauté : les listes dynastiques élaborées au début du IIe millénaire pour justifier certaines entreprises politiques ne sont pas fiables. Elles distinguent les dynasties d’avant le déluge, entièrement mythiques et celles d’après le déluge dont la réalité historique est plus certaine sans être, pour autant, plus précises ou exactes.

Cependant, quelques constantes sur l’ensemble du millénaire apparaissent : dès la fin du IVe millénaire, la royauté mésopotamienne met en évidence sa nature «autre». Séparée du reste des institutions, sacrée et en liaison directe avec les dieux, elle ne peut être confondue avec le reste de la population. C’est cette altérité qui définit l’autorité et le pouvoir du roi et les légitime. Peu à peu, les textes légaux et diplomatiques, les épopées et les mythes, les hymnes et les prières éclairent les conceptions idéologiques de la monarchie. Au début, les documents tendent à montrer le souverain comme un homme capable de maîtriser les forces naturelles, animales et végétales et conduisant la procession amenant aux divinités les diverses offrandes. S’en dégage alors la double idée que le roi de la cité-État a deux fonctions évidentes : la fonction de responsable du bien-être économique de la cité et la fonction de représentant de la cité auprès des divers dieux et notamment la divinité poliade avec lesquels il entretient une relation privilégiée et dont il organise le culte sacrificiel.

Les productions littéraires, historiographiques et théologiques postérieures au IIIe millénaire mettent en avant ces fonctions de manière encore plus précise : le roi est appelé à organiser le système productif économique afin que la société puisse pourvoir aux besoins des dieux, seuls véritables maîtres du pays. Le service des dieux est la finalité pour laquelle l’humanité est créée c’est-à-dire transformer les biens d’une nature incapable par elle-même de nourrir les dieux. C’est la même finalité qui explique la création de la royauté, nécessaire à l’organisation de cette production. Les mythes du Déluge sont évidemment porteurs de cette idéologie : le dieu Enlil décide de l’extermination de l’humanité en raison du «bruit» inutile qu’elle fait, mais la raison de sa survie après le Déluge s’explique par l’absolue nécessité de son rôle productif.

Le discours mythologique encadre donc la responsabilité du roi dans l’exploitation de la terre et la production des richesses, destinées à l’entretien des dieux qui en échange, garantissent la pérennité de la ville et de l’humanité. Le roi n’est qu’un simple intermédiaire, choisi et choyé par les dieux dans leur relation à la cité-État : il est leur représentant diplomatique, leur lieutenant sur terre, voire leur fils ou leur amant. C’est cette situation qui est la source de la légitimité et de l’autorité du souverain. De plus, cela lui confère un rôle militaire et guerrier essentiel puisqu’il doit veiller à la gestion et l’administration des propriétés terrestres des dieux qu’il doit donc défendre.

g. Le problème du temple

Il est également difficile d’évaluer la place du temple. Le temple est considéré comme la demeure du dieu ainsi que le suggèrent les termes sumérien et akkadien, respectivement « E » et « Bîtu », que l’on traduit littéralement par « maison ». Entre 1920 et 1930, le sumérologue A. Deimel émet la thèse de l’existence d’un régime théocratique : pour lui, les grandes cités sont dirigées par les grands prêtres des temples qui possédaient la terre arable. Cette thèse est nuancée par A. Falkenstein dans les années 1950 qui met en avant la lente dépossession du pouvoir du temple, propriétaire unique de la terre aux origines. L’idée de l’existence d’une théocratie est largement remise en cause par les travaux récents des archéologues qui n’en trouvent aucune trace textuelle ne le montre même si le rôle des temples est incontestablement important, notamment dans la gestion des terres.

Par contre, le cas d’Uruk reste à part : en effet, il n’y a pas trace de palais, mais uniquement d’un temple : la cité aurait-elle, seule, connue une théocratie ? Cette question se pose en raison de l’analyse longtemps faite des découvertes archéologiques et sigillographiques. Les premières attestent en effet de l’absence d’un palais tandis que les secondes montrent sur les sceaux trouvés à proximité des temples un personnage au torse nu, vêtu d’une ample jupe et dont la tête est ceinte d’un bandeau, agissant dans le cadre de scènes de chasse ou d’offrandes à proximité de temples. Ainsi s’est dégagée l’idée qu’il existait un « roi-prêtre ». Cependant, des analyses plus récentes nuancent largement encore cette idée : d’une part, si les édifices dégagés ont une forme semblable à celle des autres temples, aucune installation purement cultuelle n’a été retrouvée ; d’autre part, les scènes où le « roi-prêtre » est présent ne sont guère différentes dans leurs thèmes et leurs actions de celles des rois de l’époque des dynasties archaïques.

Les premiers temples mésopotamiens présentent tous les mêmes caractéristiques : ils sont édifiés sur une terrasse et formés d’un bâtiment en trois parties avec un accès sur un long côté, une salle principale dédiée au culte qui comprend un podium et une table d’offrandes et des salles latérales pouvant servir de sacristies ou permettant l’accès à d’autres niveaux. Dans la salle principale, on trouve une statue du dieu ou de la déesse en majesté ou au moins une représentation divine s’il n’y a plus de statues, placée sous un dais. Les offrandes sont soit des petites statuettes destinées à se rappeler aux bonnes grâces de la divinité soit un repas que celle-ci savoure par la vue ou l’odorat, partagé ensuite par le roi et le clergé.

Il apparaît que les temples sont surtout liés à l’essor des cités puisque la divinité poliade y occupe la place centrale, les autres étant disséminées dans des petits sanctuaires annexes ce dont témoigne la taille de la salle centrale, ne semblant pas destinée à accueillir des fidèles. La maison du dieu est donc un espace fermé auquel la population n’a pas accès, les espaces sacrés étant réservés à une catégorie de desservants nommés les « erib bîti ». Le clergé joue un rôle de serviteur de la divinité : il est chargé de lui faire des offrandes y compris des sacrifices, de la vêtir et de la sortir lors des fêtes.

Il est difficile d’identifier avec précision les dieux adorés dans ces temples, mais des textes cosmogoniques retrouvés à Shuruppak, Nippur et Eridu permettent d’en connaître certains : An, dieu du ciel, Enlil dieu de l’atmosphère, Ninmah, déesse de la terre, Inanna déesse de la fécondité et de l’amour, Ea/Enki, dieu des eaux douces, Utu dieu solaire, Nanna, divinité lunaire. À côté de ce panthéon central, se trouvent aussi des divinités locales (voir plus loin). Il y a un dieu principal dans chaque temple, mais le culte est aussi rendu à d’autres divinités considérées comme invitées. Il est plus difficile de déterminer la gestuelle des cultes, car les rituels, les textes mythologiques et les listes d’offrandes ne le permettent pas.

Enfin, sur le plan économique, le temple joue un rôle important : par exemple, le temple de Bawa (cité de Girsu) possède plus de 4500 hectares de terres dont une partie concédée en fermage, donne du travail à près de 1200 hommes et femmes -du scribe au jardinier en passant par le pêcheur, le laboureur et l’orfèvre-, rétribués par des rations alimentaires. La production permet aussi d’entretenir le clergé et une partie est reversée à la famille royale.

h. Le problème de la société et de la vie quotidienne de la cité

Le tableau donné ne peut être que partiel en raison des lacunes de la documentation.

La population présente dans les cités est difficilement quantifiable : à partir du nombre de 1200 personnes pour le temple de Bawa, des archéologues ont évalué la taille des cités. En fonction du nombre de temples, ils sont parvenus par exemple à un total de 25000 habitants pour Lagash. Des textes d’Urukagina évoquent le nombre de 36 000 habitants, mais les données ne sont pas vérifiables notamment en raison du rôle symbolique joué par les chiffres dans les sources écrites et des variations contenues dans toute hypothèse.

Il apparaît plus clairement que la société est hiérarchisée : en attestent par exemple la taille variable des habitations, l’emplacement plus ou moins proche du temple, la richesse ou la pauvreté du matériel retrouvé.

Au sommet, se trouvent le roi et sa famille, les dignitaires de la cour et les principaux prêtres et à la base, les soldats, les artisans, les commerçants et les paysans. Cette photographie reste floue, car il est difficile d’évaluer la place de ceux qui ont des fonctions rares comme les scribes ou les artisans d’art. Par ailleurs, si l’esclavage est attesté et semble t-il peu important, les relations de dépendance ne sont pas clairement connues : le temple fournit des rations alimentaires à des hommes qui semblent libres et dont certains ne dépendent pas uniquement de lui pour leur subsistance. On peut juste voir une assez grande pauvreté de la population, car les lopins de terre concédés sont de faible taille — un « iku » s’étend sur 35 ares environ —, avec une productivité annuelle plutôt faible, estimée à 500 silas, ce qui équivaut à 0,84 litre de céréales environ ; le revenu quotidien est ainsi estimé entre 1 et 1,5 litre de céréales ; enfin, le matériel retrouvé se limite à de la céramique et à quelques objets en métal.
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