Avant propos aux Neuvièmes Rencontres de La Durance





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Une importante vie artistique et intellectuelle

C’est sous l’empire d’Agadé et la renaissance qu’on note la mise en forme de la langue sumérienne : celle-ci se limite à une langue de lettrés ; pour les scribes, des listes de correspondance de vocabulaires sont mises en place dans les centres d’apprentissage des scribes et des textes comme l’Épopée de Gilgamesh reçoivent leur forme définitive. De même, les listes royales sont établies non dans un but historique, mais pour justifier la domination de certaines cités comme Isin et les intégrer dans une tradition prestigieuse comme celle de la dynastie d’Agadé ou la royauté de Kish. Enfin, des progrès scientifiques sont notables en mathématiques, en sciences de la terre et en astronomie.

Par ailleurs, l’art devient l’expression officielle du palais et du temple : il ne s’agit pas à proprement parler d’un changement puisque palais et temples étaient les commanditaires des œuvres d’art, mais la production était diverse selon les cités. Avec l’unification impériale, la cour devient le moteur d’une production importante imitée par les centres urbains. Par exemple, l’art du bas-relief prend une place essentielle et les formes d’organisation changent ; jusque-là, la composition paratactique domine c'est-à-dire le mode dans lequel on range en file les personnages qui interviennent dans une scène de telle sorte que celle-ci s’organise en bandes horizontales en frise continue. Cette composition n’est pas abandonnée, mais ne reste pas l’unique mode de représentation comme en témoigne la stèle de Naram-Sîn qui recourt à une organisation en oblique. L’art du bronze et celui de la glyptique sont également modifiés dans le sens d’une plus grande complexité.

Sous la renaissance sumérienne, on constate un retour aux conventions anciennes, mais il ne s’agit que d’un retour de surface, les changements intervenus sous l’Empire étant prégnants. Des matériaux nouveaux sont utilisés comme la diorite, pierre dure importée d’Arabie méridionale et la représentation des souverains est souvent différente.


Enseigner les civilisations : l’Orient au IIIe millénaire av. J.-C.
Travail sur corpus documentaire et bibliographie


Patrick Parodi

Professeur agrégé, Lycée Joliot-Curie, Aubagne

Travail sur corpus documentaire

Première étape : comment faire percevoir aux élèves les principales étapes de la mise en place de l’écriture ?

Deuxième étape : décrire un site de la Mésopotamie : la cité d’Ur

  1. quoi décrire ? Fournir le plan du site et quelques photographies de la ziggurat, des tombes royales et de leur contenu, des temples + quelques éléments de connaissances (textes).

  2. comment décrire ? quelles procédures d’écriture mettre en place pour arriver une description significative ?

1 les étapes de la description

On peut cependant mettre en avant plusieurs critères pour aider les élèves à l’élaborer :

  • l’effet dominant : l’enjeu du descriptif est de construire une image telle que le lecteur a l’impression de se représenter l’objet décrit (ainsi, la construction textuelle nécessaire est de moins en moins visible au fur et à mesure que la description approche de la réalité),

  • l’effet cadre et trajet : il s’agit d’identifier l’objet décrit (le cadre) et de mettre en avant les aspects qui rappellent l’objet décrit, puis de construire un parcours (le trajet) de mise en relation de certain de ses aspects,

  • l’effet informatif qui délivre des informations sur l’objet permettant de reconstituer l’univers construit par ce dernier,

  • l’effet explicatif qui souligne les problèmes d’interprétation et de compréhension posés et permet de faire fonctionner la description comme réponse à une problématique.

2 Quelle problématique ?

Le site d’Ur met en évidence la place essentielle dans les remparts de l’ensemble consacré à la religion : il y a donc une hiérarchisation de l’espace qui reflète au delà une hiérarchisation du monde social et politique. C’est cette hiérarchisation qu’il convient de mettre en avant.

On peut alors s’interroger sur la problématique suivante pour guider le récit descriptif : en quoi le site d’Ur reflète t-il la place essentielle de la religion dans la vie mésopotamienne au 3ème millénaire avant JC ?

Troisième étape : quels liens peut-on faire entre les mythes mésopotamiens et les récits bibliques ?

Il s’agit de mettre en avant les corrélations culturelles entre les textes mythiques mésopotamiens et l’histoire biblique (un même contexte) mais aussi marquer les différences (la représentation de la divinité très différente dans la religion mésopotamienne et la religion des Hébreux).

Corpus documentaire

Sur le site d’Ur

Document n°1

« Par sa présence quasi quotidienne dans le ciel nocturne et la régularité de son cycle mensuel, le dieu de la Lune est l’une des divinités les plus présentes de la vie quotidienne. Connu à Sumer sous le nom de Nanna et chez les Sémites sous la forme de Sîn, ce dieu apparaît dans tout le Proche-Orient antique […]. Le croissant lunaire état le symbole le plus évident de Sîn ; il apparaît régulièrement sous cette forme dans les documents figurés. En déclinant ce symbole du croissant, les gens de Mésopotamie le comparèrent à la barque sur laquelle Sîn traversait majestueusement les cieux nocturnes, et aux cornes du taureau sous lequel on pensait également que s’incarnait le dieu […].

Dans la mythologie sumérienne, Nanna est issu du viol de la déesse Ninlil/ Mulissu par le dieu Enlil, qui valut à ce dernier d’être temporairement banni des Enfers. Fils d’Enlil, il garde une relation privilégiée avec lui qui est institutionnalisée à l’époque d’Ur III par une organisation du culte mettant en rapport étroit le sanctuaire de Sîn à Ur avec celui d’Enlil à Nippur. Les souverains d’Ur sont censés suivre l’exemple du dieu tutélaire de leur capitale, qui, selon l’œuvre intitulée Le Voyage de Nanna à Nippur, y apporte les prémices des récoltes sous forme d’offrandes alimentaires et en est récompensé par l’attribution de la prospérité agricole. Le déplacement de Nanna/Sîn dans sa barque sacrée l’amène d’autre part à visiter un certain nombre de sanctuaires sumériens entre Ur et Nippur : Enegi, Larsa, Uruk, Suruppak et le Tummal. Selon une tradition mise en place dès le 3ème millénaire, le dieu d’Ur reçoit aussi la visite des souverains qui suivent à travers son sanctuaire un itinéraire soigneusement codifié.

Il est le dieu d’Ur où se trouve son sanctuaire principal, l’ Ekishnugal dont le culte dépasse largement l’audience politique de la cité. La liturgie qui s’y met en place entre ensuite dans le calendrier cultuel de la plupart des temples mésopotamiens : les fêtes essessu sont fixées par rapport aux phases de la Lune (les 7, 15 et 21 du mois) de même que la célébration des nocturnes. La place éminente de l’entu du dieu se traduit par le fait que la fonction est exercée à Ur par des filles de roi et qu’un bâtiment sacré, particulier, le Giparu, lui sert de résidence à proximité de l’Ekishnugal (la plus célèbre est la fille de Sargon). […]

Sous la direction de JOANNES Francis, «Dictionnaire de la civilisation mésopotamienne », Robert Laffont, 2001 (Article Ur)

Document n°2

Au cœur du sanctuaire, se dressait la ziggurat Etemennigur, construite par Ur-Nammu. Il s’agit d’un massif de briques crues recouvert d’un parement de biques cuites. C’était un édifice rectangulaire (de 63 mètres par 43 mètres) dont l’étage inférieur (11 mètres de haut) et une partie du premier étage sont conservés : il y avait un triple escalier en façade su le côté est. La ziggurat était placée dans une vaste cour sur plate forme de 140 mètres par 135 mètres, entourée d’un mur d’enceinte dans lequel étaient aménagées de nombreuses petites pièces. On accédait à cette terrasse par une porte monumentale, l’Edublalmah qui servait également de dépôts d’archives et de tribunal (transformée en sanctuaire à l’époque cassite). Au nord-est de la ziggurat, se trouvait une cour plus petite (la cours dite de Nanna) dotée, elle aussi, d’une entrée monumentale.

Au sud de cet ensemble fut dégagé le Giparu. C'est un bâtiment carré (79 m sur 76,50) construit par Ur-Nammu et achevé par Amar-Sîn. Le bâtiment fut rasé et reconstruit à l'identique sous la première dynastie d'Isin. L'édifice était entouré d'un épais mur d'enceinte avec un couloir périphérique et se divisait en deux blocs principaux. Au sud, il s'agissait d'un sanctuaire, I'E.nun, dédié à la déesse Ningal, de plan typiquement babylonien avec une cella barlongue et des cuisines. Au nord, il s'agissait de la résidence de la grande prêtresse (le Giparu proprement dit) dont l'organisation rappelle celle des maisons privées, en beaucoup plus grand : couronnes de pièces disposées autour d'une cour, caveaux funéraires sous les sols.

Au sud de la cour de Nanna, les fouilleurs ont exhumé un autre bâtiment carré (57 m de côté) : le Ganunmah. Il fut restauré à plusieurs reprises mais les fondations et le plan remontent à l'époque d'Ur III. C'était un bâtiment sans cour, entièrement composé de pièces allongées. Il s'agissait très probablement d'entrepôts ou de magasins.

Encore plus au sud se trouvait I'É.hur.sag, un bâtiment carré (55 m de côté) dont la partie nord-est a presque complètement disparu. Il semble, au vu du plan, qu'il s'agissait là du palais d'Ur-Nammu et de Shulgi bien que les inscriptions évoquent plutôt un temple. On retrouve dans ce bâtiment le prototype des zones officielles des palais amorrites postérieurs avec une cour flanquée d’une grande salle rectangulaire barlongue qui joue le rôle de salle du trône.

Sous l'angle sud-est de l'enceinte sacrée néo-babylonienne furent dégagés les mausolées de Shulgi et d'Amar-Sîn. Shulgi y a construit un édifice, sans doute destiné à son propre culte funéraire, sous lequel il fit aménager des caveaux voûtés en encorbellement. Amar-Sîn y ajoute deux annexes (au nord-ouest et au sud-est) dotées également de caveaux souterrains.

Selon L. Woolley43, l'ensemble de ces bâtiments d'Ur III porte les marques d'une destruction violente à mettre en relation avec la chute de la ville consécutive à la défaite d'Ibbi-Sîn, dernier roi de la dynastie. Les bâtiments furent reconstruits à l'époque d'Isin-Larsa avec quelques nouvelles adjonctions telles que le bastion de Warad-Sîn où se trouvait une porte. À l'époque néo-babylonienne un nouveau tracé de l'enceinte sacrée fut réalisé.

L'un des intérêts archéologiques majeurs du site d'Ur est d'avoir livré des restes de quartier d'habitation du début du 2ème millénaire, définis par les coordonnées du plan archéologique du site: un premier groupe (SM, EH, EM, PG, BC) était situé au sud du quartier sacré, recouvrant des bâtiments plus anciens comme le mausolée des rois d'Ur III ou le cimetière royal de la période dynastique archaïque ; un deuxième (CLW), surtout préservé dans son état du milieu du 2ème millénaire, fut fouillé dans la partie nord-est du site, à côté du bastion d'époque cassite; un troisième (AH) s'étendait au sud du mur néo-babylonien de l'enceinte sacrée. Ce sont les zones EM (seize maisons et quatre rues) et AH (cinquante et une maisons et onze rues) qui furent particulièrement l'objet des soins de L. Woolley. De manière originale, il donna au réseau des rues, des ruelles et des impasses dégagées dans ces deux endroits des noms tirés de la moderne Oxford, et qui sont entrés dans la tradition, comme Quality Lane, Quiet Street, Carfax, Paternoster Row ou Baker's Square. Des études postérieures ont montré que la plupart de ces quartiers d'habitation étaient en relation étroite avec le sanctuaire et qu'ils étaient occupés, en particulier, par des familles de clercs ou de lettrés exerçant leurs fonctions dans le temple du dieu Sîn. Les maisons sont de dimensions et de formes variables. Elles sont en général organisées avec une cour centrale entourée d'une couronne de pièces. Selon L. Woolley, elles possédaient un étage. Dans certaines de ces maisons furent trouvés des caveaux funéraires mais on ignore s'ils en sont bien contemporains. Dans plusieurs habitations le fouilleur a voulu voir des chapelles domestiques : pièces destinées au culte privé. Certains bâtiments ont, par ailleurs, été assimilés à des chapelles publiques. Ils sont semblables aux maisons, disposés souvent aux carrefours et dotés d'une entrée à redans. Les deux quartiers EM et AH ont été dégagés sur une superficie suffisante pour que l'on puisse repérer la voirie. Ce sont des rues non carrelées, sans égouts, en général très étroites (la plus large fait 4 m). Dans nombre de cas elles se terminent en impasse. Ur a également livré les restes d'un quartier d'époque néo-babylonienne au sud du site AH. On y a dégagé sept maisons (de dimensions bien plus importantes que celles du 2ème millénaire) et trois rues.

À l'intérieur de la ville fut également fouillé le temple d'Enki datant de la période d'Ur III. Il fut construit près du rempart sud-est par Amar-Sîn. À proximité du port nord, on a également dégagé la résidence d'Ennigaldi-Nanna, grande prêtresse de Sîn, fille du roi Nabonide. Ce palais abritait de nombreuses « antiquités»: un fragment d'une statue de Sulgi, un kudurru cassite, etc.

La ville d'Ur ne se limitait pas, semble-t-il, à la surface enclose par le rempart. Selon L. Woolley, la ville infra muros ne représentait qu'un sixième de la zone habitée. Au nord-est, à plus d'un kilomètre du rempart, M. Mallowan a dégagé un bâtiment appelé le «trésor de Sîn-iddinam». Il s'agit d'un magasin religieux ou royal. De pins, de nombreuses attestations de ruines d'habitations furent relevées dans les «faubourgs » d'Ur.

Au total, à l'époque de sa plus grande activité (fin du 3ème millénaire et au début du 2ème ), Ur se présentait comme l'association d'un centre urbain délimité par une muraille périphérique à l'intérieur duquel s'élevaient le centre du pouvoir religieux (le sanctuaire de Nanna/Sîn avec ses divers bâtiments associés, et d'autres temples urbains de moindres dimensions) et le centre du pouvoir politique, d'un «quartier portuaire» en dehors de la ville, situé directement au bord de l'Euphrate, et de plusieurs faubourgs agricoles.

Après la dure répression menée par Samsu-iluna dans le sud de la Babylonie, Ur, comme les autres villes de la région, entra dans une période de déclin prononcé et les structures économiques liées au sanctuaire de Sîn ne furent remises en place qu'à partir du règne du roi cassite Kurigalzu Ier. II y eut probablement une seconde période de marasme au tournant du 2ème et du 1er millénaire, avant qu'Ur ne rejoue un rôle significatif à l'époque néoassyrienne. Les «gouverneurs» de la ville, qui avaient conservé le vieux titre de sakkanakku forment alors une véritable dynastie familiale, parfois très indépendante du pouvoir central : on a noté ainsi que Sîn-balâssu-iqbi fit insérer des briques inscrites à son nom dans les parties du sanctuaire de Sîn qu'il restaura sous le règne d'Assarhad-don. Au moment de la guerre fratricide entre Assurbanipal et Samas-sum-ukîn, Ur resta fidèle aux Assyriens, comme sa voisine Uruk, mais fut soumise à un blocus sévère de la part des tribus araméennes locales.

Des archives privées d'époque néo babylonienne et achéménide (en particulier celles dites « de la famille du Barbier») montrent que la ville conserva son statut de centre urbain jusqu’à la fin de la période perse, après que le sanctuaire de Sîn eût bénéficié des attentions de Nabonide (556-539) qui y a laissé plusieurs inscriptions en rapport avec sa restauration du temple et l’installation de sa fille comme grande prêtresse du dieu. Ur maintint son activité dans une partie de la période séleucide mais son devenir ultérieur reste pratiquement inconnu.

Sous la direction de JOANNES Francis, «Dictionnaire de la civilisation mésopotamienne », Robert Laffont, 2001 (Article Ur)

Document n°3 : plan de la cité d’Ur

Des plans du site de la cité d’Ur sont disponibles dans les ouvrages suivants :

Sous la direction de JOANNES Francis, «Dictionnaire de la civilisation mésopotamienne », Robert Laffont, 2001 (Article Ur)

PARROT André, « Sumer », L’Univers des formes, Grandes civilisations, Gallimard, 2006

Sur l’écriture

Document n° 4 : Évolution d'une dizaine de signes cunéiformes

Des exemples d’écriture sont disponibles dans l’ouvrage suivant :

PARROT André, « Sumer », L’Univers des formes, Grandes civilisations, Gallimard, 2006

Document n°5

- N’est-ce pas en Mésopotamie que l’écriture a été inventée ?

Oui, c’est là que nous en avons trouvé les témoignages les plus anciens ; c’est là aussi qu’il nous est donné d’en suivre et d’en comprendre la création et les premières étapes. Les documents les plus archaïques de l’écriture cunéiforme en même temps que de l’écriture tout court, y sont datés par les archéologues des environs de 3200. […] Ils se présentent sous la forme de menues tablettes d’argile, sur lesquelles, à la pointe on a tracé des croquis simplifiés d’objets en même temps que des chiffres. Des chiffres, on y en a trouvé partout, et leur système est assez aisé à comprendre, du fait, que très souvent, leur détail, qui figure sur la face de la tablette, est totalisé au revers : on n’a pas eu grand peine à reconstituer le système. Mais, cette présentation des premières tablettes est éloquente : elle dénonce le caractère exclusivement comptable de l’écriture. On voit qu’elle n a été inventée que pour garder mémoire d’opérations économiques : des mouvements divers de biens, qu’il fallait contrôler […]. L’écriture, dans son état le plus ancien, n’est qu’une mnémotechnie. On éprouvait depuis longtemps le besoin de garder mémoire des infinis transferts de marchandises : [… on remplaça] conventionnellement par des jetons, de formes et de tailles diverses les objets à compter, le tout enfermé dans une petite sphère creuse en argile, éventuellement scellée. Un jour, on a trouvé qu’il était plus facile de remplacer les jetons par de simples croquis, accompagnés de chiffres sur des plaquettes d’argile : ce jour-là, l’écriture est née.

- Que pouvait-elle exprimer et faut-il la juger comme la nôtre ?

Certes non. Elle en était loin, ce n’était encore qu’une pictographie : reproduction par sa silhouette schématisée d’une chose concrète et dessinable. Quand j’ai besoin d’évoquer un bovidé, j’esquisse une tête de bœuf ; si je veux parler d’un vase : un vase ; d’une femme : d’un triangle pubien. Avec ça, je ne vais pas loin ou alors il me faudrait multiplier extraordinairement mes signes pour couvrir toutes les choses représentables et que je puis vouloir exprimer. C’est pourquoi on a haussé la pictographie à son degré supérieur : l’idéographie, en affectant à chaque signe, non seulement sa signification radicale, commandée par son dessin même, mais en lui faisant évoquer un certain nombre de choses qui sont plus ou moins liées à lui dans la réalité, ou par convention. Ainsi, le croquis du pied évoquait-il toutes les actions et les attitudes dans lesquelles cette extrémité joue un rôle décisif : marcher, de tenir debout, transporter. Et la montagne, qui limitait la Mésopotamie à l’est et au nord, renvoyait à ce qu’il y a par-delà la frontière montagneuse : autrement dit, l’étranger. L’écriture s’est enrichie de la sorte de quantités de significations nouvelles, sans augmenter le nombre de signes, lesquels, trop multipliés, eussent nui à la commodité du système et à son efficacité.

- Est-ce que l’écriture, en Mésopotamie, en est restée là ?

Heureusement, non. Dans des circonstances qui nous échappent tout à fait, et sans doute, à en croire les archéologues, environ un ou deux siècles après les plus vieux des documents archaïques retrouvés, nous avons quelques indices que, dans cette couche plus récente des mêmes documents, toujours comptables, on dépassé la simple idéographie, la simple «écriture de choses ». En dessinant, admettons, la flèche, la main, l’eau (le cours d’eau), on s’est aperçu que ces croquis n’évoquaient pas seulement les objets matériels auxquels ils renvoyaient, mais aussi leur nom dans la langue parlée, le sumérien ; soit ti pour la flèche, shu pour la main, et a pour l’eau. On était donc passé d’une écriture de choses à une écriture de mots, de sons, des syllabes puisque les mots sumériens étaient en grande partie monosyllabiques. Or, une écriture de choses ne peut représenter que des choses en elles-mêmes, coupées de tout, comme elles le sont dans la réalité matérielle. Par elles, on peut, certes suggérer des situations, mais jamais d’une façon claire et indubitable. Si je mets côte à côte les croquis du pied, de la rivière, du poisson et de la femme, qui saura ce que ça veut dire ? Ca peut renvoyer à des dizaines de situations et d’aventures. Seul, moi, qui en dessinant ces silhouettes dans cet ordre, ai voulu remémorer que je suis allé, en personne, à telle rivière, que j’ y ai pris de telles manière tel poisson, et que je l’ai ensuite apporté à ma femme, moi seul je puis le comprendre. Autrement dit, l’écriture de choses est incapable de rien d’autre que de rappeler du connu ; les tablettes archaïques rappelaient à ceux qui les avaient inscrits des transferts effectués en leur présence, avec leur détail et leur résultat. […]

La pictographie et l’idéographie, et donc l’écriture cunéiforme dans son premier état, se trouvaient incapables d’enseigner de l’inconnu, du nouveau. Pour aller plus loin, il fallait les brancher, non sur les seules choses, mais sur les mots, autrement dit sur la langue, le seul instruments parfait de communication, le seul qui exprime la pensée de l’homme en sa totalité, et qui puisse par conséquent tout transmettre, tout divulguer : connu et inconnu. L’écriture cunéiforme a été rattachée à la langue le jour où ses signes ont évoqué, non plus les seuls choses qu’elles représentaient, mais leur non dans la langue sumérienne.

- Elle est donc devenue du même coup une écriture phonétique, propre à rendre la langue, et donc toutes les nuances que peut exprimer la langue ?

Pas du tout, en tout cas pas du premier coup ! Les praticiens de l’idéographie ancienne y sont restés très attachés. D’une part, axée directement sur les choses, elle leur donnait l’impression de les maîtriser, de les faire. Dans ce pays, on a toujours identifié le nom et la chose ; le nom, c’était la chose elle-même, sonorisée si on le prononçait, et comme re-produite si on le dessinait : faire des signes des choses, c’était faire les choses elles-mêmes. Dans son état primitif, l’écriture répondait trop bien à une telle vision de ses usages pour qu’ils se soient facilement résolus à l’abandonner. D’un autre coté, cette façon d’écrire s’accordait parfaitement au caractère de la langue sumérienne […]. Le sumérien est une langue isolante, c’est à dire que ses mots ne changent jamais de forme quel que soit leur rôle dans la phrase : il était donc tout à fait logique de noter toujours le même mot par le même signe, qu’on savait lire et articuler en sumérien et qu’il était, par conséquent, inutile de phonétiser. On pouvait recourir au phonétisme ça et là, pour rendre des termes abstraits et non figurables : ainsi, la vie par le signe de la flèche, dont le nom s’articulait ti, comme celui de la vie (l’homophonie es fréquente dans les langues monosyllabiques). Ou alors pour exprimer des notions infigurables comme réception, reçu ce qui se disait shutia, en utilisant phonétiquement les signes de la main, de la flèche et de l’eau (shu-ti-a). Ou encore, à l’occasion pour noter des mots creux qui marquaient les relations entre les choses exprimées, notées par des mots pleins, puisque tel était le fonctionnement de la grammaire sumérienne : par préfixes, ou suffixes, volontiers enchaînés. Mais l’écriture est demeurée foncièrement une écriture de choses, jouant de préférence le rôle traditionnel d’aide-mémoire que l’on avait d’emblée attendu d’elle.

-Ils en sont donc restés à une écriture de choses ?

Non ! Ce qui a fait prendre au sérieux les possibilités phonétiques de l’écriture, c’est, sans doute, d’abord, la présence des Akkadiens parmi la population, et la nécessité dans laquelle on s’est trouvé, le cas échéant, de transcrire leurs noms. Or, ces derniers étaient en akkadien, et l’akkadien, en tant que langue sémitique, ne fonctionnait pas du tout comme le sumérien : les langues sémitiques sont flexionnelles, et les mots y changent de forme selon leur rôle grammatical. Le roi, dont le nom était invariable en sumérien, lugal, se disait shar en akkadien ; mais, quand il était sujet, sharru ; objet d’un verbe, sharra ; complément d’un nom, sharri, etc. Il était donc imprécis et ambigu de l’écrire toujours par un seul et même idéogramme ; il fallait le monnayer phonétiquement. Ainsi s’est-on familiarisé avec les capacités phonétiques de l’écriture, ainsi a-t-on fait de ces possibilités un usage plus étendu. Ce qui allait de pair avec la prise de conscience que l’écriture pouvait bien en vérité servir à bien d’autre chose. […]

Jean Bottero « Babylone et la Bible », Entretiens avec Hélène Monsacré, Hachette Littératures, Pluriel, 2006.

Sur les mythes mésopotamiens

Document n°6

Mille deux cents ans n’étaient pas passés, le pays s’était accru, les populations avaient augmenté, le pays s’agitait comme un taureau. Le dieu était gêné par leur vacarme, Enlil entendait leur clameur. Il dit aux grands dieux : « La clameur de l’humanité me pèse, je perds le sommeil à cause de leur vacarme. »

Récit d’Atra-hasis, version du 17ème siècle av JC, tablette II i : 1-11

Document n°7

Dieu vit que la malice de l’homme sur la terre était grande et que tout l’objet des pensées de son cœur n’était pas toujours que le mal. Dieu se repentit d’avoir fait l’homme sur la terre et il s’irrita en son cœur. Dieu dit : « Je supprimerai de la surface du sol les hommes que j’ai crées, depuis les hommes jusqu’aux bestiaux, jusqu’aux reptiles et jusqu’aux oiseux des cieux, car je me repens de les avoir faits »

Genèse, chapitre 6, verset 5-9

Document n°8

Dans le récit de l’Epopée de Gilgamesh, Outa-napishtim raconte ce qui se passe après que son bateau accoste au mont Nisir lors du reflux du Déluge : «Quand arriva le septième jour, je fis sortir une colombe et je la lâchai. La colombe partit et revint : aucun endroit où se poser ne lui étant apparu, elle avait fait demi-tour vers moi. Je fis sortir une hirondelle et je la lâchai. L’hirondelle partit et revint : aucun endroit où se poser ne lui étant apparu, elle avait fait demi-tour vers moi. Je fis sortir un corbeau et je le lâchai : le corbeau partit et vit le reflux des eaux. Il mangea, se baissa, remonta et ne fit pas demi-tour vers moi ». 

Récit d’Atra-hasis, version du 17ème siècle av JC, tablette XI : 147-156

Document n°9

Au bout de quarante jours, Noé ouvrit la fenêtre de l’arche qu’il avait faite et lâcha le corbeau. Celui-ci sortit allant et revenant, jusqu’à ce que les eaux fussent séchées de dessus la terre. Puis il lâcha d’auprès lui la colombe pour voir si les eaux avaient diminué de la surface du sol. La colombe ne trouva pas d’endroit où reposer la plante de son pied et elle revint vers lui dans l’arche, car les eaux étaient sur la surface de toute la terre. Il étendit sa main, la prit et la ramena vers lui dans l’arche. Il attendit encore sept autres jours et recommença à lâcher la colombe hors de l’arche. La colombe vint à lui, au temps du soir, et voici qu’en s bouche, il y avait une feuille d’olivier toute fraîche. Alors, Noé sut que les eaux avaient diminué de dessus de la terre. Il attendit encore sept autres jours et lâcha la colombe, mais elle ne revient plus vers lui.

Genèse, chapitre 8, verset 6-12

Document n° 10

Un homme de la tribu de Lévi alla et prit une fille de Lévi. La femme devient enceinte : elle enfanta un fils. Elle le regarda : il était beau et elle le cacha pendant trois mois. Comme elle ne pouvait plus le tenir caché, elle prit une caisse de jonc et l’ayant enduite de bitume et de poix, elle y mit l’enfant et le déposa parmi les roseaux sur le bord du fleuve. La sœur de l’enfant se tenait à quelque distance pour savoir ce qui lui arriverait. La fille de Pharaon descendit au fleuve pour se baigner, et ses compagnes se promenaient le long du fleuve. Ayant aperçu l’enfant la caisse au milieu des roseaux, elle envoya sa servante pour la prendre. Elle l’ouvrit et vit l’enfant : c’était un petit garçon qui pleurait ; elle en eut pitié et elle dit : « C’est un enfant des Hébreux ». Alors, la sœur de l’enfant dit à la fille de Pharaon : « Veux-tu que j’aille te chercher une nourrice parmi les femmes des Hébreux pour allaiter cet enfant ? » « Va » lui dit la fille de Pharaon, et la jeune fille alla chercher la mère de l’enfant. La fille de Pharaon lui dit « Emporte cet enfant et allaite-le-moi. ». La femme prit l’enfant et l’allaita. Quand il eût grandi, elle l’amena à la fille de Pharaon et il fut pour elle comme un fils. Elle lui donna le nom de Moïse car, dit –elle, « Je l’ai tiré des eaux. »

Exode, chapitre 2, verset 1-10

Document n°11

Sargon, le roi puissant, le roi d’Akkad, je le suis. Ma mère était une prêtresse, mon père, je ne le connaissais pas… Ma mère, la prêtresse, me conçut en secret, elle m’enfanta. Elle me mit dans une corbeille de roseau avec de l’asphalte, elle ferma le couvercle. Elle me jeta dans la rivière qui ne m’engloutit pas. Le fleuve me porta et m’emmena vers Akki, le puiseur d’eau. Akki, le puiseur d’eau, me sortit comme il trempait son vase. Akki, le puiseur d’eau, me prit comme son fils et m’éleva. Il me plaça comme son jardinier. Durant mon jardinage, Ishtar m’aima.

Thomas Römer, Moïse, Gallimard, 2002

BIBLIOGRAPHIE

  • Sous la direction de JOANNES Francis, «Dictionnaire de la civilisation mésopotamienne », Robert Laffont, 2001

  • Sous la direction de BORDREUIL Pierre, BRIQUEL-CHATONNET Françoise, MICHEL Cécile, «Les débuts de l’histoire », Ed. de La Martinière, mars 2008

  • MARGUERON Jean Claude, PFIRSCH Luc, « Le Proche Orient et l’Egypte antiques », Hachette, 2005

  • GARELLI Paul, LEMAIRE André «Le Proche Orient asiatique », en 2 tomes, Nouvelle Clio, PUF, 2004

  • BOTTERO Jean, «Mésopotamie, L’écriture, la raison et les dieux » coll. Folio Histoire, Gallimard, 1997

  • BOTTERO Jean, « Au commencement étaient les dieux », coll. Pluriel, Hachette Littératures, 2008

  • BOTTERO Jean, «La plus vieille religion. En Mésopotamie », Folio histoire, Gallimard, mai 2004

  • BOTTERO Jean, «Initiation à l’Orient ancien », Points Histoire, Seuil, 1992

  • PARROT André, « Sumer », L’Univers des formes, Grandes civilisations, Gallimard, 2006

  • KRAMER Samuel Noah «L’Histoire commence à Sumer», Ed Arthaud, 1975

  • «L’épopée de Gilgamesh»

  • BOTTERO Jean, Entretiens avec MONSACRE Hélène, «Babylone et la Bible», Ed Belles Lettres, 1994

  • BOTTERO Jean, VERNANT, HERRENSCHMIDT «L’Orient ancien et nous», Hachette Pluriel, 1998

  • ROAF Michael «Atlas de la Mésopotamie et du Proche Orient ancien» Turnhout Brepols, 1991

  • MAC CALL Henrietta, «Mythes de la Mésopotamie», coll. Points Sagesses, Ed Seuil, 1994

Les autres venus d’ailleurs : migrantes et migrants entre représentations et réalités aujourd’hui



Brigitte Manoukian

Professeure au Lycée Vauvenargues
AIX-EN-PROVENCE
b.manoukian@free.fr


La question porte sur les migrations internationales qui touchent près de 191 millions de personnes, ce qui est peu à l'échelle mondiale, mais suffisant pour en faire une question vive posée d’abord en termes politique et économique avant d’être abordée sous l’angle social et humain. Couplé au phénomène de la mondialisation, le thème des migrations génère comme lui bon nombre d’images et discours qu’il convient de démystifier ; de nombreuses parutions ces dernières années, des travaux de géographes, sociologues, économistes, anthropologues, permettent d’en revisiter l’approche et de cerner au plus juste les réalités d’aujourd’hui. Un temps sera donc consacré à faire le point sur ces nouvelles réalités, à renouveler les contenus et casser les schémas traditionnels concernant les migrations : pays de départ/pays d’accueil, émigré/immigré, migrant/pauvreté… la donne migratoire s’est modifiée, de nouvelles logiques migratoires sont mises en œuvre, réseaux et espaces migratoires ont changé d’échelle, migrantes et migrants ont de nouveaux visages. Ces nouvelles approches nous permettront de comprendre pourquoi l’entrée sur les questions d’immigration peut être dépassée.
Enseigner les migrations internationales : enjeux, supports, démarches

  1. Quelle géographie enseigner ?

Le thème invite à faire de la géographie humaine et une géographie par le bas44, soit rendre visibles les femmes et les hommes au cœur des phénomènes géographiques, faire apparaître des situations complexes, variées qui rejettent les déterminismes, montrer que derrière les flux, il y a des drames et des réussites, des transformations sociales, mentales, culturelles, des femmes et des hommes inscrits dans leur temps et les espaces, qui utilisent les opportunités du monde d’aujourd’hui et en vivent parfois les limites.

2 – Quels sont les enjeux didactiques et pédagogiques ?

« Partir du bas pour comprendre en haut » : c’est la démarche de l’étude de cas qui permet de partir au plus près des femmes et des hommes, à l’échelle du terrain, pour comprendre les phénomènes géographiques, les enjeux humains, les stratégies spatiales avant de changer d’échelle et d’aborder les cartes des flux, les champs migratoires, les politiques mises en œuvre… à l’échelle européenne et/ou mondiale.

On s’interrogera aussi sur les types de supports à utiliser : photographies, reportages, mais aussi témoignages écrits, oraux, extraits de romans ou de films de fiction… à croiser avec les cartes et statistiques, les textes réglementaires ou les articles de presse. Documents ordinaires ou moins ordinaires, documents porteurs de savoirs pour la géographie enseignée, mais aussi de messages affectifs ou politiques qu’il convient de manier avec prudence.



Les migrantes et migrants : qui sont-ils ?
Une définition simple dans un premier temps (pour les géographes) : « toute personne qui change de résidence, qui se déplace et traverse au moins une frontière. » Ce n’est pas « l’immigré » qui reste, ni « l’étranger » (critère juridique), ni le « nomade » (le fondement est un fondement de sa culture, de son groupe qui se déplace avec lui).
Avec une classe de première L, une première approche des représentations des élèves donne des résultats qui ne surprennent pas : le migrant est un Maghrébin, plus largement un africain, clandestin, sans-papier, parti pour une vie meilleure, fuir la pauvreté et le chômage, ou pour des raisons politiques : guerre, terrorisme, persécutions.

Le travail proposé s’efforce donc de répondre à un certain nombre de questions pour corriger, nuancer, complexifier les idées et les faits. Les espaces privilégiés dans les exemples et les pistes pédagogiques proposées en annexes sont ceux de l’Europe et l’Afrique, ce qui permet de réfléchir dans le cadre de séquences en 5e, 4e ou première, mais aussi en 3e et en terminale.
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