Avant propos aux Neuvièmes Rencontres de La Durance





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Annexe 2 

Extrait du mythe d’Atra-hasis

Ils appelèrent la déesse et demandèrent à la sage-femme des dieux, Mami :

« Tu es la déesse-mère, créatrice de l’humanité, Crée le prototype humain afin qu’il porte le joug, qu’il porte le joug assigné par Enlil, que l’homme porte la corvée des dieux ».

Nintu prit la parole et s’adressa aux grands dieux :

« Par moi seule, ce n’est pas possible de le faire, mais, avec Enki, la mission peut se faire comme lui seul peut tout purifier qu’il me donne de l’argile et moi je le ferai ».
Enki prit la parole et s’adressa aux grands dieux :

 «A la nouvelle lune, le sept et le quinze, j’organiserai un bain de purification. Que l’on sacrifie un seul dieu et que les dieux se purifient par immersion. Dans sa chair et dans son sang, que Nintu mêle l’argile. Que ce dieu et l’homme soient mêlés, réunis dans l’argile. Pour les jours à venir, que l’on entende le tambour, de la chair du dieu qu’il y ait esprit, qu’il le proclame (l’homme) vivant comme son signe, qu’il y ait un esprit pour qu’on ne puisse pas l’oublier ».

Dans l’assemblée répondirent « Oui » les grands Anunnaki assignateurs de destins.

À la nouvelle lune, le sept et le quinze, il organisa un bain de purification. Le dieu Wê qui avait de la personnalité fut sacrifié dans leur assemblée. Avec sa chair et son sang, Nintu mêla de l’argile. Dans les jours qui suivirent, ils entendirent le tambour, de la chair du dieu il y eut un esprit. Il le proclama l’homme vivant comme son signe. Il y eut un esprit pour que l’on ne puisse pas l’oublier. Une fois qu’il eût mélangé cette argile, elle appela les Anunnaki, les grands dieux, les Igigi, les grands dieux désormais (qui) jetèrent un crachat sur l’argile.

Mami prit la parole et s’adressa aux grands dieux :

« Le travail que vous m’aviez commandé, je l’ai accompli ! Vous avez sacrifié un dieu avec sa personnalité, j’ai ôté votre lourde corvée, j’ai imposé à l’homme votre labeur ». (…)

Des matrices furent rassemblées. Elle malaxa l’argile en sa présence. Elle ne cessait de réciter l’incantation qu’Enki lui dictait assis devant elle. Une fois qu’elle eut terminé son incantation, elle détacha quatorze pâtons ; sept pâtons à sa droite, sept pâtons à sa gauche, elle plaça. (…) Des quatorze matrices réunies par la sage-experte, sept produisirent des hommes et les sept autres des femmes. Devant la divine matrice, faiseuse des destins, on les apparia et les accorda deux par deux.


Quelques éléments sur l’assyriologie et le déchiffrement de l’écriture mésopotamienne

Patrick Parodi

Professeur agrégé, Lycée Joliot-Curie, Aubagne

Étudier la Mésopotamie invite à nous interroger sur la science de l’assyriologie (on nomme ainsi la science se penchant sur cette région, car au XIXe siècle, on pensait que les documents cunéiformes s’appliquaient aux Assyriens de Ninive du VIIIe siècle av. J.-C.) et au-delà sur la naissance de l’écriture en raison des documents nombreux fournis par l’archéologie. La civilisation mésopotamienne est connue dès le XIIe siècle quand Benjamin de Tulède retrouva la cité de Ninive, complètement ruinée. Les premières tablettes cunéiformes furent rapportées en Europe au XVIe siècle, mais il faut attendre le début du XIXe siècle pour qu’un latiniste allemand Georg Friedrich Grotefend se penche sur leur traduction ; c’est seulement en 1857 quand, à la demande de la Royal Asiatic Society de Londres, quatre savants proposèrent chacun une traduction proche d’une même inscription qu’on acquit la certitude que le problème technique de la langue fut surmonté et permettait ainsi le développement de l’assyriologie.

Quelles étapes dans ce déchiffrement ?

D’octobre 1802 à mai 1803, un jeune professeur de latin, Grotefend, envoie de multiples communications à l’université de Gottingen pour annoncer qu’il pensait avoir réussi à « lire et expliquer les inscriptions persépolitaines dites cunéiformes ». Déjà, en 1775, un savant Niebuhr proposa de distinguer dans cette écriture qui apparaissait indéchiffrable (on pensait même qu’il ne s’agissait pas d’une écriture, mais de simples ornements) des signes différents (il les avait recensés) et trois systèmes graphiques distincts dont un seul ne comprenait qu’une quarantaine de signes. C’est ce système qui fut le point de départ du travail de Grotefend : il étudia plus particulièrement les inscriptions présentes sur les façades des palais et des tombeaux de Persépolis, ancienne capitale des Achéménides ; il identifia aussi trois écritures différentes, parfois en colonnes parallèles qu’il nomma Prima scriptura (celle dont Niebuhr avait reconnu le caractère alphabétique), Secunda scriptura et Tertia scriptura. En comparant les plus courtes inscriptions, il identifia des groupes de signes formant des mots (les mots sont séparés les uns des autres par un clou oblique) répétés dans la même phrase, parfois avec une terminaison différente et supposa qu’il s’agissait de noms communs, probablement déclinables ; Grotefend se pencha alors sur les noms propres qui ne se modifient pas, souvent intercalés entre des titres royaux et différemment placés dans le texte. En les identifiant, il espérait ainsi connaître la valeur des signes qui le composaient. Utilisant la langue des Perses, le « zend » que Grotefend supposait être la langue sous-jacente à l’écriture, il arriva à identifier deux ou trois inscriptions (« Darius, roi puissant, fils d’Hystape » « Xerxès, roi puissant, roi des rois, fils de Darius) et à déterminer la valeur d’un tiers des signes de la Prima scriptura.

Ces travaux furent repris par un officier anglais H. C. Rawlinson qui découvrit une inscription à Béhistoun, en Perse occidentale où se trouvaient de multiples noms propres, ce qui permit d’achever le déchiffrement de l’alphabet.

Ils permirent ainsi de constater dans la deuxième moitié du XIXe siècle que la Secunda scriptura comportait surtout une graphie syllabique (un signe = une syllabe). Cette langue, ayant près de 110 signes différents, fut qualifiée d’élamite, du nom du royaume d’Elam, au sud-ouest de l’Iran actuel, et n’est rattachée qu'à quelques familles de langues dont le déchiffrement reste encore parcellaire. Enfin, les études se portèrent parallèlement sur la Tertia scriptura, comprenant entre 400 et 500 signes différents, plus complexe que le simple syllabaire et davantage présente dans de multiples documents de l’ancienne Mésopotamie conservés par les souverains perses, qui avaient annexé en 539 av. J.-C le royaume babylonien.

Cette langue comprenait certes des signes syllabaires, mais aussi de nombreux signes qualifiés d’indicatifs ou de classificateurs ou de déterminatifs pour donner la valeur générale du mot suivant ou précédent. Le clou ne désignait plus l’énoncé phonétique du nom d’un objet, mais l’objet lui-même : ainsi, après le nom propre d’un souverain, se trouvait un seul signe pour définir sa qualité de roi. Or, dans les inscriptions, on trouve à la fois des signes qui épèlent syllabiquement et un signe unique et idéographique ce qui permet de retrouver le contenu phonétique de ces idéogrammes. Cette langue apparentée à l’hébreu, l’arabe et à d’autres idiomes sémitiques fut appelée assyrien, babylonien puis akkadien. En 1851, Rawlinson termina la traduction de la troisième colonne et permit ainsi la lecture de tous les documents découverts. En 1857, le test proposé par la Royal Asiatic Society de Londres confirma la validité de la méthode.

Dès lors, on se pencha sur le fonctionnement et la constitution de cette écriture akkadienne, mélangeant idéogrammes et syllabogrammes, grâce à la découverte en 1880 de documents rédigés entièrement en idéogrammes, vite identifiés comme des mots d’une langue attribuée aux Sumériens dominant la Mésopotamie et absorbés par les Sémites au tournant du IIIe et IIe millénaire. C’est Fr. Thureau-Dangin (1872-1944) qui en 1905, dans son ouvrage Les inscriptions de Sumer et d’Akkad, en propose une traduction cohérente, base des travaux futurs.

Ceux-ci se firent sur un lot d’archives, c’est-à-dire des collections de tablettes d’argile, support de l’écriture. La plus ancienne est composée des Tablettes d’Uruk datées de 3200 av. J.-C. (des tablettes sont aussi issues des fouilles entreprises en Akkad et Kish), des Tablettes de Djemdet nasr (à Kish et Uruk) et enfin des Tablettes d’Ur datées de 2700 av. J.-C.

Les Tablettes d’Uruk ont été retrouvées dans l’enceinte du grand temple de la ville ce qui laissa supposer qu’elles évoquaient des mouvements de biens, avec le détail des quantités par exemple et que l’écriture avait été mise en place pour des raisons économiques. Ce constat du but utilitaire de l’écriture se confirma dans les autres tablettes et il fallut attendre 2600 av. J.-C. pour voir des usages étendus à d’autres domaines. L’écriture en question fut d’abord strictement linéaire, c’est-à-dire composée de lignes gravées dans la pierre ou marquées à la pointe sur une plaque d’argile molle (ensuite cuite ou séchée). Ces tracés composaient des ensembles simples dont un bon nombre étaient de véritables croquis d’objets reconnaissables, des signes plus ou moins géométriques…

Dès 2900 av. J.-C., les signes évoluent : le tracé fut imprimé au moyen d’un roseau dont l’extrémité est taillée en biseau ce qui entraînait une pression plus évasée et donnait un aspect cunéiforme. Cela conduisit à une stylisation plus poussée : les pictogrammes qui se référaient à une réalité matérielle qu’ils représentaient, de manière directe ou non, furent peu à peu remplacés par les idéogrammes, qui renvoyaient à la complexité sémantique de l’objet. Dans la dernière partie du IIIe millénaire, le matériel graphique fut fixé. Il s’agissait alors d’une véritable écriture c'est-à-dire un système pour transmettre et fixer tous les messages ce que confirmèrent les tablettes exhumées à Uruk en 1928-1929 où les signes étaient répétés, associés à des chiffres traduisant des opérations comptables complexes.

Jean Bottero explicite avec détail dans son ouvrage « Mésopotamie, l’écriture, la raison et les dieux »37 les étapes du phénomène c’est-à-dire comment est-on passé du pictogramme à l’écriture proprement dite.

Ainsi, les tablettes, comme celles d’Uruk, contenant des pictogrammes sont difficilement déchiffrables : un pictogramme traduit un objet qu’il dépeint, mais suggère plus qu’il ne représente. Le pictogramme de la montagne évoque les pays étrangers qui sont délimités en Mésopotamie par des massifs montagneux et un épi le travail agricole. Cela est lié à l’impossibilité matérielle de figurer certaines réalités, comme l’agriculture par exemple, ou des gestes ou encore des mouvements comme se tenir debout, marcher, aller, même si l’association de deux signes peut contribuer à surmonter la difficulté : le signe de l’eau et le signe de l’œil pour désigner une larme par exemple. Mais, cette fabrication de pictogramme ne peut être apparentée à une simple représentation graphique, de nature artistique, puisqu’il y a un véritable code conventionnel de pictogrammes : l’artiste choisit son dessin, l’auteur utilise des signes identifiables. C’est en cela une écriture, mais une écriture de choses, c’est-à-dire compréhensible de manière quasi universelle, mais pauvre et limitée. Elle ne peut exprimer les accidents, les mouvements, les causalités, les intentions, etc. De fait, l’écriture pictographique ne peut révéler une vérité inconnue à un lecteur seulement lui décrire un événement qu’il connaît par ailleurs. Bottero la désigne alors sous le terme d’aide-mémoire.

C’est avec les tablettes de Djemdet nasr qu’il identifie une écriture phonétique ; pour lui, il s’agit non plus de représenter l’objet proprement dit, mais un autre objet dont le nom était phonétiquement identique ou proche qui fonctionne comme les rébus actuels : l’association des termes « geai » et « pin » signifiant ensemble autre chose, en l’occurrence, «j’ai peint ». Dans les tablettes, on voit ainsi trois pictogrammes, les deux premiers représentant le dieu sumérien Enlil et le troisième une flèche qui en sumérien se dit «ti» (ce que montre l’écriture cunéiforme). Or, « ti » signifie la vie, terme souvent accolé aux noms des dieux ; il y a donc usage dans ces tablettes d’une écriture phonétique. Le signe n’est alors plus un pictogramme, mais un phonogramme puisqu’il évoque un phonème. De fait, selon Bottero, le système graphique n’est plus une écriture de choses, mais de mots, qui transmet une langue et donc suppose pour le lecteur de comprendre cette dernière. L’écriture n’est plus alors un simple aide-mémoire, mais elle peut informer et instruire ; elle devient une écriture au sens plein et propre du mot. Cependant, cette écriture phonétique ne remplace pas l’écriture pictographique : les deux systèmes se sont superposés. Cela entraîne certes une diminution progressive du nombre de signes, mais rend la lecture plus complexe.

La dernière étape identifiée est celle du couplement de la langue parlée et de la langue écrite. Cela serait dû à l’existence et l’usage, à côté du sumérien, dès la première moitié du IIIe millénaire, de la langue sémitique et donc la nécessité de la transcrire dans les pictogrammes/phonogrammes des Sumériens ; or, sumérien et sémite sont deux langues très éloignées l’une de l’autre. Mais, dans une société culturellement mêlée, les emprunts linguistiques sont nécessaires et évidents. Par ailleurs, la langue sémitique est une langue complexe dans laquelle les mots changent d’aspect suivant leur rôle dans la phrase et il est alors difficile de les représenter de manière immuable ; c’est pourtant cette langue qui s’impose progressivement en Mésopotamie. Elle est la langue officielle et d’État lors de l’empire d’Akkad (en 2340-2200) tandis que le sumérien devient peu à peu une langue de lettrés. L’écriture devient alors pleinement phonétique, mais garde des traces de son état primitif : les pictogrammes subsistent et les 400 signes cunéiformes d’usage courant ont plusieurs valeurs, idéographique (ou pictographique) et phonétique. L’écriture cunéiforme ne peut donc se lire, mais elle se déchiffre en fonction du contexte, des usages, etc.

Ce déchiffrement de l’écriture de la Mésopotamie au IIIe millénaire fut donc le préalable nécessaire à la compréhension d’une civilisation, longtemps considérée comme mystérieuse et peu accessible.

Dieux et déesses du Proche-Orient ; d’une religion anthropomorphique et polythéiste à une religion hénothéiste et transcendante ou des influences à travers les mythes et grands textes

Patrick Parodi

Professeur agrégé, Lycée Joliot-Curie, Aubagne

Le domaine de la religion de la Mésopotamie est celui qui fut le plus étudié en raison des analogies et des dissemblances qui apparaissent avec les textes de l’Ancien Testament, même s’il y a un important décalage chronologique : les textes des premières descriptions mésopotamiennes datent de la fin du IIIe millénaire alors que les textes bibliques les plus anciens datent de la fin du 1er millénaire. Cependant, les récits de la création s’inspirent de la même conception archaïque d’un univers né de la séparation des eaux douces et des eaux marines, expressions des entités primordiales, le Ciel et la Terre, dont l’accouplement donne naissance aux dieux.

Les textes mésopotamiens qui relatent la naissance du monde, des dieux et des hommes sont tardifs (ils datent du début du IIe millénaire), le plus ancien, le Lugal-e, daté de la fin du IIIe millénaire qui relate la naissance d’une divinité mineure, le démon Asakku, né du Ciel et de la Terre. Ils expliquent ainsi la double origine du panthéon : les dieux principaux sont nés de l’imprégnation de la terre par l’eau céleste alors que les divinités secondaires sont issues de l’union du grand dieu Enlil et de ses diverses conquêtes. Ces divinités ne sont pas toujours immortelles puisque certaines, toujours secondaires, sont victimes des combats qui les opposent aux divinités plus anciennes. Enfin, la création de l’univers est liée à la séparation initiale du Ciel et de la Terre. La mythologie mésopotamienne fonctionne autour du processus paradoxal de distinction et de séparation des genres d’un côté et de fusion de l’autre.

Ce qui constitue l’ensemble de l’univers est expliqué le plus souvent par les accouplements divins ou par la récupération d’éléments de dieux morts : ainsi, dans le Lugal-e, le démon Assaku s’accouple à une montagne pour donner naissance à plusieurs sortes de pierres. Il est finalement tué par le grand dieu Ninurta et devient lui-même une pierre. Le grand dieu Enki donne naissance aux plantes par son union avec la déesse Ninhursag et l’eau d’irrigation est présentée comme son propre sperme. Le dieu Marduk confectionne la voûte céleste avec les restes d’un autre dieu, crée le Tigre et l’Euphrate avec ses yeux, crée les montagnes avec sa poitrine et consolide l’ensemble avec les restes de son cadavre. Ces histoires montrent qu’il n’y pas de création ex nihilo, mais une élaboration et une organisation du monde divin.

La création de l’être humain se trouve dans trois textes différents, mais qui reflètent une même tradition :

  • le premier est celui d’Enki et Ninmah ; le dieu Enki est incité par sa mère Ninmah à créer avec de l’argile des hommes pour aider les Anunnaki, surchargés de travail ;

  • celui d’Atra-Hasîs38 donne une version différente : ce sont des divinités mineures, les Igigi, qui, réduites à l’état d’esclavage, se révoltent contre le dieu Enlil. Celui-ci veut d’abord les tuer, mais il se ravise, sous la pression des autres dieux, et décide de créer de nouveaux êtres chargés de remplacer les Igigi. Après avoir immolé le dieu Wê, il mélange son sang et sa chair à de l’argile pour donner vie à de nouveaux êtres. Dans ce mythe composé au début du IIe millénaire, on retrouve aussi l’histoire du Déluge : un roi, le « Très sage » ou « Celui dont la vie est prolongée », fidèle d’Enki, est averti en rêve et sauve les humains en construisant un bateau ;

  • le troisième texte est celui d’Enûma elish mettant en avant le dieu Marduk qui décide de créer l’homme, mais c’est le dieu Enki (ou Ea) qui fabrique le prototype de l’être humain avec le même objectif de décharger les dieux de leurs multiples corvées et ainsi de faire plaisir à des dieux qui l’honorent.

On voit donc que la religion polythéiste de l’Orient ancien crée de véritables panthéons, c’est-à-dire un regroupement de divinités ayant chacun son champ de compétences et de pouvoirs. Il n’y a pas pour autant singularité de la divinité, mais plutôt hétéronomie. Cette diversité se retrouve dans les pratiques cultuelles : ainsi, la déesse Inanna ou Ishtar est-elle perçue différemment à Lagash ou Uruk par exemple.

Cependant, même si elle est diverse dans sa représentation, la constitution du panthéon obéit à une règle simple : le dieu créateur, le démiurge, assigne à chaque divinité un élément constitutif du cosmos, de la nature et de la société. Un dieu ou une déesse est une substance de l’énergie du démiurge, possède un territoire correspondant à sa fonction et où s’exercent des activités spécifiques. Il y a donc différenciation entre les dieux créateurs qui ont un statut supérieur et souverain et les autres dieux, objets de leur création. Ainsi, le prince Gudéa de Lagash invoque pour la construction d’un temple deux familles de dieux, les démiurges Enlil et Enkik et les autres divinités qui participent au même effort que ces derniers.

Ces divinités sont aussi des puissances poliades, chacune ayant une cité qui l’honore et où se crée un panthéon local aux dimensions plus floues : exemple, Inanna à Uruk et Kish, Utu à Larsa et Sippar ; (les rares à avoir deux cités, mais en alternance sumériennes et akkadiennes).

On trouve aussi des couples ou des triades divines : par exemple, la triade composée d’An, d’Enlil et d’Enki qui représente les trois niveaux de l’univers ou la triade astrale, Samas (le soleil), Sîn (le soleil) et Ishtar (Vénus). Parfois, cela peut être lié à la parenté : la triade composée d’un dieu, de son épouse et de sa sœur est fréquente (la sœur introduit la future épouse auprès de son frère).

Cela donne alors naissance à de multiples mythes relatant les conflits de pouvoir, de souveraineté entre ces divinités qui peuvent parfois aussi être confondues. Ainsi, pour la guerre, on peut invoquer une ou plusieurs divinités concomitamment ou successivement : Inanna, Ishtar, Zababa, Ninurta ou Ningirsu.
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