Thèse de sciences de l’éducation





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Après la lecture de Jeannine Verdès-Leroux


La sociologie apparaîtra au XXX° siècle comme une religion née au XIX° siècle et se dissolvant au XXI° dans la connaissance de la neurobiologie du comportement et des capacités cognitives, qui expliquera (si elle le peut) pourquoi tel imprimeur-sur-tissu, fils d'un maraîcher, doté d'un fort "accent populaire" (comme dit Bourdieu) et ayant bien travaillé à l'école aura finalement renoncé, après une rupture douloureuse d'avec une étudiante en médecine au Canet-plage à une carrière de pharmacien.
J. Verdès-Leroux a le mérite d'attaquer, et frontalement, P. Bourdieu. Malheureusement, sa critique reste en surface et ses arguments, comme ceux qu'elle dénonce chez Bourdieu, sont répétitifs. Elle n'analyse pas les causes de ses mensonges ou de ses croyances, de son idéologie. Elle ne remet pas en cause son ultra-culturalisme et son déni de toute donnée biologique.
Le "capital" est l'un des trois concepts fondamentaux de Bourdieu (avec l'habitus et le champ). Ce "capital" a une part de fondement : l'acteur poursuit son intérêt personnel (qui n'exclut pas forcément celui d'autrui) en se servant de ses armes, de ses atouts. Il faudrait simplement, pour être honnête, intégrer dans ce "capital" très culturel et très social le capital biologique : l'acteur se sert, dans la vie de tous les jours et pour atteindre ses intérêts, de ses capacités d'attention, de mémoire, de logique, de langage, de séduction, d'enthousiasme ou d'énergie, qui sont innées et ne découlent aucunement des capitaux seulement évoqués par Bourdieu.
J. Verdès-Leroux reproche à Bourdieu ses lacunes empirique et son hypertrophie théorique. Une thèse soit se baser d'abord sur des faits observés. Quid de la mienne ? On pourrait dire que ces faits empiriques sont constitués par la recherche et l'exposition des connaissances biologiques (cerveau, génétique), à partir desquelles il est procédé à une remise en cause de la sociologie d'axiome ultra-culturaliste comme celle de la Reproduction.

Un sous-titre possible pourrait d'ailleurs être : "La sociologie de l'éducation considérant la biologie, effets et analyses nouvelles, limites et précautions, perspectives scientifiques et philosophiques."
Marx appelait à la lutte contre la violence des dominants. Cette violence aujourd'hui n'existe plus. Bourdieu en appelle donc aux "luttes symboliques contre la violence symbolique". Outre le caractère comique du plagiat qui veut à tout prix ressusciter une violence pour se donner un sens de vie, ce type de slogan est sans fin : même dans une société parfaite, heureuse et idéale, on pourrait dénicher, inventer, imaginer des "violences" quelconques.

Démontrer par l'absurde le dogmatisme bourdieusien


Montrer que le raisonnement bourdieusien peut démontrer toute chose et son contraire, et qu'il n'est donc pas valide.

S'appuyer sur l'exemple de l'emploi du "témoin" en science.

Exemple : de l'eau prélevée dans un étang est soupçonnée contenir du nonylphényl. On sait (ou on croit) que le nonylphényl réagit avec de l'alcool pour donner un précipité jaune. On va donc ajouter de l'alcool à l'eau de l'étang pour savoir si elle contient la molécule toxique. On remplit donc un tube avec de l'eau de l'étang, puis on y verse de l'alcool. L'eau vire au jaune. Elle contient donc du nonylphényl. Sûr ? Non. Prenons un tube "témoin", que nous remplissons d'eau stérilisée, exempte à coup sûr de nonylphényl. On verse dans cette eau de l'alcool. L'eau vire également au jaune. Conclusion : l'alcool peut très bien faire virer au jaune de l'eau pure. Le tube d'eau d'étang contient-il à coup sûr du nonylphényl ? Non. Rien ne le prouve. L'utilisation d'un tube "témoin" nous a permis d'invalider une hypothèse hasardeuse. Notons que la coloration en jaune de l'eau pure n'implique pas que l'eau de l'étang ne contient pas la mauvaise molécule, mais elle certifie que l'hypothèse du nonylphényl n'est "pas certaine". Notons également que si l'eau pure n'avait pas viré au jaune, cela n'aurait pas signifié pour autant que l'eau de l'étang contenait à coup sûr la molécule toxique : l'alcool versé dans l'eau de l'étang aurait pu virer au jaune pour une raison autre que la présence de nonylphényl.

Quel rapport avec Bourdieu ? Lorsqu'il "démontre" une hypothèse, il ne prend pas soin de la valider par un effet contraire ou différent sur un échantillon "témoin". Il dégage des hypothèses en raisonnant sur des cas isolés. Or, on pourrait, avec sa rhétorique (habitus, inconscient, illusions, résistances), démontrer n'importe quelle hypothèse concernant n'importe quelle population. Avec la rhétorique bourdieusienne, on pourrait par exemple démontrer :

- que les charpentiers dominent les maçons ;

- que les maçons dominent les charpentiers ;

- que "les ouvriers dominent les bourgeois" ;

- que "les femmes dominent les hommes" ;

- que "les bricoleurs qui se tapent avec un marteau sur le doigt sont victimes du "système"" ;

- que l'attribution des peluches géantes à la foire est organisée par les dominants et favorise les dominants ;

- que l'attribution des peluches géantes à la foire, avec l'intervention des dominants, favorise faussement les dominés pour leur donner l'impression d'être des gagnants et leur faire mieux supporter leur soumission sociale ;

Introduire le concept de "résistance" : "Quand j'expose cette théorie au cours de conférences, je sens des sourires ironiques dans l'assemblée".

Imaginer deux Bourdieu s'opposant sur deux hypothèses contradictoires et farfelues, sans possibilité d'accord.

Vérités intuitives et incomplétudes chez bourdieu


Il y a une part de vérité dans la théorie de Bourdieu, qui part d'une intuition : l'école méritocratique est impuissante à réduire les "inégalités de chance" à l'école et les inégalités sociales. Bourdieu impute cette impuissance à l'origine sociale, alors qu'elle est peut-être influencée par des facteurs naturels (qu'il ignore, élude ou rejette).

La plupart des sociologues anti-bourdieusiens ne lui reprochent pas d'éluder le biologique, mais de montrer que la société est un système fortement reproductif, dans lequel tous les enfants n'ont pas les mêmes chances de réussite à la naissance   ce qui n'est malheureusement pas faux.

Il y a, dans l'habitus (qui est un concept fumeux sous sa forme actuelle), une part de vérité et d'explication de cette résistance à la mobilité par l'école : c'est qu'il existe à l'intérieur de chaque individu des déterminants qui l'orientent vers un statut social similaire à celui de ses parents. Bourdieu considère ces déterminants comme d'origine sociale, acquise, alors qu'ils peuvent être pour partie d'origine naturelle.

Ce qu'il manque à la théorie et à l'intuition de Pierre Bourdieu, c'est le pan biologique de l'apprentissage et de la réussite scolaire et sociale.

C'est cette intuition de forte reproduction sociale (qui n'est pas infondée) qui pousse Bourdieu à vouloir être systématique, infaillible, implacable. Il est excessif, parce qu'il veut démontrer une idée forte, la réalité d'une force puissante. Ce qu'il ignore, c'est que cette force repose sur des facteurs naturels, qu'il nie ou élude.

Il est comme un ornithologue qui aurait l'intuition que les oiseaux migrateurs retrouvent leur nid natal et, pour convaincre de cette intuition, bâtisse une théorie dans laquelle tous les oiseaux tous les oiseaux migrateurs sans exception retrouvent leur nid, ce qui n'est pas vrai.

Il est encore comme un astronome ou un physicien qui percevrait les effets d'un phénomène et bâtirait une théorie sur leur origine, sans pour autant avoir les moyens d'observer le phénomène réel.

Ce qu'il ignore également, c'est que ces facteurs naturels, parce qu'ils sont distribués en grappes, au hasard, admettent une fourchette de mobilité et même des exceptions "d'hypermobilité" (enfant disposant de fortes capacités de mémoire, d'attention, de logique, de travail, de vitesse de raisonnement, d'ambition et de détermination, naissant au sein d'une famille étiquetée comme appartenant au "sous-prolétariat" par exemple). La théorie de Bourdieu, parce qu'elle est a-biologique et se veut infaillible (parce que portée par une forte intuition, qui est presque comme une intime conviction) n'admet pas, n'explique pas ou ignore les trajectoires atypiques. Il y a une certaine logique dans ce déni. Pour paraphraser Bourdieu, on pourrait dire que "on a chacun le déni de son intuition". Ici, en l'occurrence, le déni est faux, et l'intuition est bonne, seulement incomplète : il existe une forte reproduction sociale, que l'école méritocratique n'arrive pas à débloquer ; cette reproduction est autant due à la nature qu'à l'origine sociale ; cette cause naturelle génère naturellement des exceptions, des trajectoires atypiques.

Voilà pourquoi, en substance, la théorie de Pierre Bourdieu contient certaines vérités, intuitives et incomplètes, cherche à être infaillible, et exclut les exceptions.

Analyse par Frédéric Martel de l'ouvrage de Jeannine Verdès-Leroux sur Bourdieu


"Au commencement, il y a pour Jeannine Verdès-Leroux, une attente déçue, sinon un amour déçu, phénomène classique de constitution des haines universitaires les plus tenaces. C'est du reste parmi les "bourdieusiens" de la première époque, Jean-Clause PASSERON, Claude GRIGNON ou Jean-Claude CHAMBOREDON, que se recrutent aujourd'hui les antibourdieusiens historiques.

(...) Après avoir situé Bourdieu dans cet environnement clos, cité assiégée par des lecteurs "malveillant" et "pharisiens", Jeannine Verdès-Leroux oppose à sa sociologie trois critiques de fond : une méconnaissance des "dominés", une vision pessimiste du monde et une utilisation à des fins idéologiques des résultats de la recherche.

(...) Elle relève que Bourdieu y "étale son dégoût des goûts, des manières de vivre des classes populaires" et critique avec pertinence le fait que Bourdieu considère les "dominés" comme obligatoirement marqués par la "honte de soi".

(...) En second lieu, Jeannine Verdès-Leroux reproche à Pierre Bourdieu sa haine pour le monde dans lequel il vit. Il abhorre les professeurs de littérature (voyez son Flaubert), il déteste les journalistes, les médiologues et les experts, il hait la gauche réformiste et les intellectuels (les "fast-thinkers"), les hommes politiques en général et le monde de l'université en particulier, les petits-bourgeois et les classes populaires, les chercheurs qui cherchent à la Bibliothèque nationale, les militants de l'éducation populaire qui cherchent à démocratiser la culture et les fonctionnaires de l'Education nationale qui veulent réformer l'enseignement... "Le monde de Pierre Bourdieu, écrit Mme Verdès-Leroux, est un monde de luttes inexorables, inexpiables, permanentes, éternelles, sans aucun répit, sans issue". Selon elle, cette haine généralisée et cette vision amère et "fantasmatique" du monde de Pierre Bourdieu ne débouche sur rien. C'est une sociologie qui est incapable de corriger le monde et de le réformer (mot honni par le sociologue)   et d'ailleurs est-ce son objectif ?

(...) Sa troisième critique est plus fondamentale et plus largement partagée. Il s'agit de montrer que la sociologie de Pierre Bourdieu, sociologie "à l'estomac", est, "malgré ses proclamations de scientificité, un discours idéologique". Et c'est bien là, pense-t-elle, que réside l'un des aspects les moins acceptables de son oeuvre : le fait d'imposer des opinions présentées comme étant des résultats non discutables parce que scientifiques. Et si vous critiquez ces résultats pour ce qu'ils sont, c'est-à-dire des opinions, explique Mme Verdès-Leroux, Bourdieu emploie l'argument des "résistances".

Au terme d'un procès sans appel, et sans nuance, Jeannine Verdès-Leroux considère en définitive que la sociologie de Pierre Bourdieu, fille "d'un marxisme décanté et fortement léninisé", ne contient rien de fécond : ni l'ombre d'un concept, ni le début d'une proposition méthodologique. Rien n'est utilisable   ou simplement lisible.

(...) Pour tenter de démonter la mécanique Bourdieu et pour démystifier le travail d'un grand manipulateur, plusieurs livres étaient possible   et sans nul doute souhaitables. Un récit, "de l'intérieur", sur le "clan" Bourdieu (récit qui aurait pu, ironiquement, s'appuyer sur les méthodes préconisées par Bourdieu lui-même sur le "champ" scientifique) ; une déconstruction intellectuelle de l'oeuvre, comme Luc FERRY et Alain RENAUT s'y étaient brillamment attelés avec La Pensée 68 ; une biographie critique pour comprendre le parcours et les dérives du petit Béarnais, marqué par le colonialisme en Algérie, devenu professeur au Collège de France et militant d'extrême-gauche.

Faute de choisir son genre et faute de distance avec son sujet, Jeannine Verdès-Leroux ne réussit véritablement à écrire aucun de ces livres, pourtant nécessaires. De fait, son "essai sur le terrorisme sociologique" de Pierre Bourdieu, excessif et peu fair-play, décevra les antibourdieusiens, qui auraient eu pourtant besoin d'un manuel et d'un porte-drapeau, et laissera de marbre les acolytes du maître.

Des critiques, nombreuses, ont été adressées à Bourdieu en France et à l'étranger, mais Jeannine Verdès-Leroux prend à peine le temps de les mobiliser pour étayer sa thèse.

(...) De même, des concepts féconds, des méthodes originales ont permis   hier   à Bourdieu de défendre son approche singulière dans les sciences sociales, même s'il est possible de considérer que sa pensée est aujourd'hui datée. De ces critiques, elle ne dit rien. De ces apports, elle ne dit mot.

(...) La démarche de Mme Verdès-Leroux était en soi, recevable, comme le sont, en démocratie, toutes tentatives de porter un regard critique sur une pensée, en l'occurrence, dominante. A lire son pamphlet, le regret n'en est que plus grand. Et le livre critique sur la pensée de Pierre Bourdieu, qu'on attendait, qu'on espérait, reste à venir."
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