Thèse de sciences de l’éducation





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Chapitre II : Le mythe de la révolution


(...) Le mythe de la gauche contient implicitement l'idée de Progrès et suggère la vision d'un mouvement continu.

p58

(...) Le marxisme s'est développé à partir d'une critique de la religion que Marx avait recueillie de Feuerbach. L'homme s'aliène en projetant en Dieu les perfections auxquelles il aspire. Dieu, bien loin d'être créateur de l'humanité, n'est lui-même qu'une idole de l'imagination. Sur cette Terre, les hommes doivent tendre à réaliser la perfection qu'ils conçoivent et qui leur échappe encore. La critique de la religion conduit à la critique de la société. Pourquoi cette critique aboutirait-elle nécessairement à l'impératif révolutionnaire ?

(...) Révolte et Révolution

p65

(...) Camus n'en a pas seulement à tels ou tels aspects de la réalité soviétique. Le régime communiste lui paraît tyrannie totale, inspirée et justifiée par une philosophie. Il reproche aux révolutionnaires de nier toute valeur éternelle, toute morale transcendante à la lutte des classes et à la diversité des époque, il les accuse de sacrifier les hommes vivants à un bien prétendument absolu, à une fin de l'histoire, dont la notion est contradictoire et, en tout cas, incompatible avec l'existentialisme.

p67

(...) Marx annonçait, avec la société sans classe, la solution du mystère de l'Histoire.

Chapitre III :Le mythe du prolétariat


p78

(...) L'eschatologie marxiste attribue au prolétariat le rôle d'un sauveur collectif. Les expression qu'emploie le jeune Marx ne laissent pas de doute sur les origines judéo-chrétiennes du mythe de la classe, élue par sa souffrance pour le rachat de l'humanité. Mission du prolétariat, fin de la préhistoire grâce à la Révolution, règne de la liberté, on reconnaît sans peine la structure de la pensée millénariste : le Messie, la rupture, le royaume de Dieu.

Le marxisme n'est pas disqualifié par de telles comparaisons. La résurrection, sous une forme apparemment scientifique, des croyances séculaires, séduits les esprits, sevrés de foi. Le mythe peut paraître préfiguration de la vérité aussi bien que l'idée moderne survivance de rêves.

p80

(...) La doctrine marxiste prêtait au prolétariat une mission unique, de convertir l'histoire, disent les uns, de réaliser l'humanité, disent les autres.

p82

(...) Le mépris, que professent volontiers les intellectuels pour les métiers de commerce et d'industrie, m'a toujours paru méprisable. Que les mêmes, qui regardent de haut ingénieurs ou chefs d'industrie, croient reconnaître dans l'ouvrier, devant son tour ou à la chaîne de montage, l'homme universel, me paraît sympathique, mais surprenant.

(...) Libération idéelle et libération idéale

p85

(...) Plusieurs des griefs ouvriers n'ont rien à voir avec le système de propriété.

(...) Enumérons les griefs fondamentaux : 1° insuffisance de la rémunération ; 2° durée excessive du travail ; 3° menace du chômage total ou partiel ; 4° malaise lié à la technique ou à l'organisation administrative de l'usine ; 5° sentiment d'être enfermé dans la condition ouvrière sans perspective de progression ; 6° conscience d'être victime d'une injustice fondamentale, soit que le régime refuse au travailleur une juste part du produit national, soit qu'il lui refuse la participation à la gestion de l'économie.

p86

(...) Le niveau des salaires, en Occident, dépend, on le sait, de la productivité, de la répartition du revenu national entre investissements, dépenses militaires et consommation, de la distribution des revenus entre les classes. La répartition des revenus n'est pas plus égalitaire en régime de type soviétique qu'en régime de type capitaliste ou mixte. La part des investissements est plus grande de l'autre côté du rideau de fer. L'expansion économique y a servi à l'accroissement de la puissance plus qu'à l'élévation du niveau de vie.

(...) La diminution de la durée du travail s'est révélée compatible avec le capitalisme. La menace du chômage demeure, en revanche, un des maux de tout régime non pas tant de propriété privée que de marché. A moins qu'on élimine radicalement les oscillations de la conjoncture ou que l'on ne consente à une inflation permanente, toute économie de libre embauche impliquera un risque de chômage, au moins temporaire. Il ne faut pas nier cet inconvénient, il faut le réduire autant que possible.

p88

(...) Le niveau de vie n'a pas subitement progressé dans les démocraties populaires d'Europe orientale ; il a plutôt diminué, les nouvelles classes dirigeantes ne consommant probablement pas une moindre part du produit national que les anciennes. Là où existaient des syndicats libres, n'existent plus que des organismes soumis à l'Etat, dont la fonction est d'inciter à l'effort, non de revendiquer. Le risque de chômage a disparu, mais ont disparu aussi le libre choix du métier ou du lieu de travail, l'élection des dirigeants syndicaux, des gouvernants. Le prolétariat n'est plus aliéné, parce qu'il possède, selon l'idéologie, les instruments de production et même l'Etat. Mais il n'est libéré ni des risques de déportation, ni du livret de travail, ni de l'autorité des managers.

(...) Le prolétariat, disions-nous, est enclin à interpréter l'ensemble de la société, selon la philosophie marxiste : il se croit victime du patron, même quand il est surtout victime de l'insuffisance de la production. Mais ce jugement peut être érroné, il n'en est pas moins authentique. Avec la suppression des capitalistes, remplacés par des managers d'Etat, avec l'instauration d'un plan, tout devient clair. Les inégalités de rémunération répondent à l'importance inégale des fonctions, la baisse de la consommation à l'augmentation des investissements. Les prolétaires, du moins un bon nombre d'entre eux, acceptent plus aisément la Zeiss du manager nommé par l'Etat que la Packard du patron. Ils ne protestent pas contre les privations parce qu'ils en saisissent la nécessité pour l'avenir. Ceux qui croient à la société sans classe, à l'horizon de l'histoire, se sentiront associés à une grande oeuvre, fut-ce par leurs sacrifices.

Nous appelons idéelle la libération que les marxistes appellent réelle parce qu'une idéologie la définit.

p89

(...) Qui dénonce le capitalisme, en lui même, préfère la planification, avec ses rigueurs politiques, aux mécanismes du marché, avec leurs imprévisibles alternances.

(...) Séduction de la libération idéelle

p93

(...) "Ce que nous cherchons, écrit (...) Jeunesse de l'Eglise, (...) c'est une force historique neuve, saine, préservée de toutes les sales combines du passé, capable d'accomplir ce que les autres se sont contentés de penser et d'utiliser égoïstement. Or, précisément cette force existe : nous en avons découvert la densité, les virtualités au fur et à mesure que les événements nous rapprochaient du peuple. Le seul monde moderne digne de notre espoir, c'est le monde ouvrier..."

(...) Prosaïsme de la libération idéelle

p100

(...) Pourquoi les hommes ne donneraient-ils pas le meilleur d'eux-même au service de la collectivité, pour un idéal ? Au risque d'être traité de cynique, je ne crois pas qu'aucun ordre social puisse se fier à la vertu et au désintéressement des citoyens. Pour obtenir le rendement maximum, les planificateurs ont, depuis longtemps, rétabli l'inégalité des salaires et même les profits : le directeur soviétique se réserve la plus grande partie d'un fonds où s'accumulent les excédents de l'entreprise

p101

(...) Les progressistes, indignés que les machines n'aient pas, en deux siècles, triomphé de la millénaire pauvreté, que les classes et les nations prolétariennes ne bénéficient pas d'un partage équitable, sur quel miracle comptent-ils ?

(...) La planification, la propriété collective suppriment certaines formes de profit, mais non l'avidité des biens de ce monde, bref le désir d'argent.

(...) Il existe, en toute société, une minorité indifférente à l'argent et prête à se dévouer, plus nombreuse dans les partis révolutionnaires ou les régimes à peine sortis d'une révolution que dans les régimes stabilisés.

(...) La nature sociale est rebelle aux voeux des idéologues. L'interdiction, faite aux membres du parti communiste de recevoir des salaires supérieurs à ceux des ouvriers, n'a pas tenu au-delà de la phase d'enthousiasme. Au cours des plans quinquennaux, on a joint à l'émulation socialiste la vieille formule : "Enrichissez-vous." Les communistes ont eu le droit de cumuler jouissances et puissance. L'élite qui se déclare prolétarienne, en compensation des services qu'elle rend à la communauté, trouve normal de vivre comme l'aristocratie d'hier. Il est possible, probable même que les citoyens soviétique ne s'indignent pas plus contre les privilèges de leurs directeurs que les citoyens américains contre ceux des capitalistes.

p102

(...) Les révolutionnaires par idéalisme attribuent à la classe ouvrière la mission surhumaine de mettre fin aux maux, trop réels, des sociétés industrielles. Ils n'ont pas le courage d'avouer que le prolétariat, à mesure de son inévitable embourgeoisement, perd les vertus qui semblaient lui conférer une vocation.

(...) A partir de quel moment l'inégalité des revenus ou un contrat de travail entre un entrepreneur et un salarié implique-t-il exploitation ?

(...) De l'optimisme politique

p108

(...) Les dirigeants de la gauche se situent au milieu de la hiérarchie, ils mobilisent ceux qui sont en bas pour chasser ceux qui sont en haut, ils sont des demi-privilégiés et représentent les non-privilégiés, jusqu'à la victoire qui en fera des privilégiés.

p110

(...) La suppression d'une aristocratie héréditaire ou des capitalistes ne modifie pas l'essence de l'ordre social parce qu'elle ne modifie pas l'essence de l'homo politicus.

p111

(...) L'appétit d'honneurs, qui anime et les grands bâtisseurs et les intriguants de bas étage, continueront d'agiter la Cité que la gauche aura transformée, la Révolution bâtie, le prolétariat conquis.

Gauche, révolution, prolétariat, supposés victorieux, suscitent autant de problèmes qu'ils en résolvent. Si l'on élimine les privilèges des nobles, on ne laisse subsister que l'autorité de l'Etat ou de ceux qui tirent de lui leurs fonctions. Les droits de la naissance, en disparaissant, laissent libre carrière à ceux de l'argent. La destruction des communautés locales renforce les prérogatives du pouvoir central. Deux cent fonctionnaires prennent la place des deux cents familles.

(...) La gauche s'est définie contre l'Ancien Régime par la libre pensée, l'application de la science à l'organisation de la société, le refus des statuts héréditaires : elle a manifestement gagné la partie. Il ne s'agit plus, aujourd'hui, d'avancer toujours dans le même sens, mais d'équilibrer planification et initiative, rétributions équitables pour tous et incitation à l'effort, puissance de la bureaucratie et droits des individus, centralisation économique et sauvegarde des libertés intellectuelles.

(...) Deuxième partie
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