Thèse de sciences de l’éducation





télécharger 1.08 Mb.
titreThèse de sciences de l’éducation
page29/34
date de publication09.11.2017
taille1.08 Mb.
typeThèse
h.20-bal.com > histoire > Thèse
1   ...   26   27   28   29   30   31   32   33   34

COURTOIS Stéphane (et coll.), 1997, Le Livre noir du communisme, Paris, Laffont, extraits choisis

Les crimes du communisme, par St. Courtois

L’origine de l’idéal communiste


p.12

(...) Comme philosophie politique, le communisme existe depuis des siècles, voire des millénaires. N’est-ce pas Platon qui, dans La République, fonda l’idée d’une cité idéale où les hommes ne seraient pas corrompus par l’argent et le pouvoir, où la sagesse, la raison et la justice commanderaient ? Un penseur et homme d’Etat aussi éminent que Sir Thomas More, chancelier d’Angleterre en 1530, auteur de la fameuse Utopia et mort sous la hache du bourreau d’Henri VIII, n’était-il pas un autre précurseur de cette idée de la cité idéale ? La démarche utopienne semble parfaitement légitime comme outil critique de la société. Elle participe au débat d’idées, oxygène de nos démocraties. Cependant, le communisme dont nous parlons ici ne se situe pas dans le ciel des idées. C’est un communisme bien réel, qui a existé à une époque donnée, dans des pays donnés.

Le nombre de morts imputable au communisme


p.15

(...) Nous pouvons (...) établir un premier bilan chiffré qui n’est encore qu’une approximation minimale (...) mais qui (...) donne un ordre de grandeur et permet de toucher du doigt la gravité du sujet :

- URSS, 20 millions de morts

- Chine, 65 millions de morts

- Vietnam, 1 million de morts

- Corée du Nord, 2 millions de morts

- Cambodge, 2 millions de morts (le quart de la population)

- Europe de l’Est, 1 million de morts

- Amérique latine, 150.000 morts

- Afrique, 1,7 million de morts

- Afghanistan, 1,5 million de morts

- mouvement communiste international et partis communistes non au pouvoir, une dizaine de milliers de morts

Le total approche la barre des cent millions.

L’extermination de classe, les crimes de l’idéologie égalitaire


p.20

(...) Dans un livre publié à Berlin en 1924   intitulé La Terreur rouge en Russie   l’historien russe, et socialiste, Sergueï Melgounov, citait Latzis, l’un des premiers chefs de la Tcheka (la police soviétique) qui, le 1er novembre 1918, donna des directives à ses sbires : « Nous ne faisons pas la guerre contre les personnes en particulier. Nous exterminons la bourgeoisie comme classe. Ne cherchez pas, dans l’enquête, des documents et des preuves sur ce que l’accusé a fait, en actes ou en paroles, contre l’autorité soviétique. La première question que vous devez lui poser, c’est à quelle classe il appartient, quelles sont son origine, son éducation, son instruction, sa profession. » (in BAYNAC Jacques, 1975, La terreur sous Lénine, Le Sagittaire, p. 75).

MELGOUNOV Sergueï, 1924, La Terreur rouge en Russie ;

BAYNAC Jacques, 1975, La terreur sous Lénine, Le Sagittaire ;

D’emblée, Lénine et ses camarades se sont situés dans le cadre d’une « guerre de classe », sans merci, où l’adversaire politique, idéologique, ou même la population récalcitrante étaient considérés   et traités   en ennemis et devaient être exterminés. Les bolcheviques ont décidé d’éliminer, légalement mais aussi physiquement, toute opposition ou toute résistance, même passive, à leur pouvoir hégémonique, non seulement quand celle-ci était le fait de groupes d’opposants politiques, mais aussi de groupes sociaux en tant que tels   la noblesse, la bourgeoisie, l’intelligentsia, l’Eglise, etc., et de catégories professionnelles (les officiers, les gendarmes...)  , et lui ont parfois conféré une dimension génocidaire.

La « décosaquisation » de Lénine, héritière de la « dépopulation » vendéenne de Babeuf


p.21

Dès 1920, la « décosaquisation » correspond largement à la définition du génocide : l’ensemble d’une population à l’implantation territoriale fortement déterminée, les Cosaques, était exterminée en tant que telle, les hommes fusillés, les femmes, les enfants et les vieillards déportés, les villages rasé ou livrés à de nouveaux occupants non cosaques. Lénine assimilait les Cosaques à la Vendée pendant la Révolution française, et souhaitait leur appliquer le traitement que Gracchus Babeuf, « l’inventeur » du communisme moderne, qualifiait dès 1795 de « populicide ». (in BABEUF Gracchus, La Guerre de Vendée et le système de dépopulation, Tallandier, 1987)

L’extermination de la classe des koulaks


La « dékoulakisation » de 1930-1932 ne fut que la reprise à grande échelle de la « décosaquisation » avec, en prime, la revendication de l’opération par Staline dont le mot d’ordre officiel, claironné par la propagande du régime, était « d’exterminer les koulaks en tant que classe ». Le koulaks qui résistaient à la collectivisation ont été fusillés, les autres déportés avec femmes, enfants et vieillards. Certes, ils n’ont pas tous été directement exterminés, mais le travail forcé auquel il furent contraints, dans des zones non défrichées de Sibérie ou du Grand Nord, leur laissa peu de chances de survie. Plusieurs centaines de milliers y laissèrent la vie, mais le nombre exact des victime demeure inconnue. Quant à la grande famine ukrainienne de 1932-1933, liée à la résistance des populations rurales à la collectivisation forcée, elle provoqua en quelques mois la mort de six millions de personnes.

Une extermination par le contrôle de la nourriture


p.22

(...) Une particularité de beaucoup de régimes communistes : l’utilisation systématique de « l’arme de la faim » ; le régime tend à contrôler la totalité du stock de nourriture disponible et, par un système de rationnement parfois très sophistiqué, ne le redistribue qu’en fonction du « mérite » ou de « démérite » des uns et des autres. Cette démarche peut aller jusqu’à provoquer de gigantesques famines. Rappelons que, dans la période d’après 1918, seuls les pays communistes ont connu ces famines aboutissant à la mort de centaines de milliers, voire de millions d’hommes. Encore dans la dernière décennie, deux des pays d’Afrique se réclamant du marxisme-léninisme   l’Ethiopie et le Mozambique   ont eu à subir ces famines meutrières.

(...) Face à d’immenses tragédies humaines directement provoquées par certaines conceptions idéologiques et politiques, l’historien peut-il abandonner tout principe de référence à une conception humaniste   liée à notre civilisation judéo-chrétienne et à notre culture démocratique  , par exemple le respect de la personne humaine ?
BERGER Joseph, 1974, Le Naufrage d’une génération, Paris, Denoël, « Lettres nouvelles » ;

MALIA Martin, 1995, La Tragédie soviétique, Paris, Seuil ;

Tzv. Todorov : attrait pour le rêve totalitaire, peur de la liberté, servitude volontaire.


p.26

(...) Tzvetan Todorov (p.36) : « (...) L’idéologie communiste propose l’image d’une société meilleure et nous incite à y aspirer : le désir de transformer le monde au nom d’un idéal n’est-il pas partie intégrante de l’identité humaine ? (...) L’attrait pour le système totalitaire, éprouvé inconsciemment par de très nombreux individus, provient d’une certaine peur de la liberté et de la responsabilité   ce qui explique la popularité de tous les régimes autoritaires (c’est la thèse d’Erich Fromm dans La Peur de la liberté) ; il existe une « servitude volontaire », disait déjà La Boétie ».

TODOROV Tzvetan, 1996, L’Homme dépaysé, Paris, Seuil.

FROMM Erich, La Peur de la liberté ;

p.35

(...) Les zeks   terme qui désigne les prisonniers des camps de concentration soviétique   étaient « priés », par la force, de croire en un système qui les asservissait.

Les mensonges les plus tenaces contiennent de la vérité


(...) Comme souvent, le mensonge n’est pas l’envers, stricto sensu, de la vérité et tout mensonge s’appuie sur des éléments de vérité. Les mots pervertis se situent dans une vision décalée qui déforme la perspective d’ensemblre : on est confronté à un astigmatisme sociale et politique. (...) Il est très difficile de ramener le voyant fautif à une conception intellectuelle pertinente. L’impression première demeure et devient préjugé.
(...) Les communistes ont utilisé la force même des critiques adressées à leurs méthodes terroristes pour les retourner contre ces mêmes critiques, soudant chaque fois les rangs de leurs militants et sympathisants par le renouvellement de l’acte de foi communiste.

p.37

(...) Le communisme présentait (...) sa face claire : il se réclamait des Lumières, d’une tradition d’émancipation sociale et humaine, du rêve de « l’égalité réelle » et du « bonheur pour tous » inauguré par Gracchus Babeuf. Et c’est cette face lumineuse qui occultait presque totalement la face des ténèbres.

Le deuil révolutionnaire n’est pas encore fait


p.38

(...) Aujourd’hui encore, le travail de deuil de l’idée de révolution, telle qu’elle fut envisagée aux XIX° et XX° siècles, est loin d’être achevé. Ses symboles   drapeau rouge, Internationale, poing levé   resurgissent lors de chaque mouvement social d’envergure. Che Guevara redevient à la mode. Des groupes ouvertement révolutionnaires sont actifs et s’expriment en toute légalité, traitant par le mépris la mondre rélfexion sur les crimes de leurs prédécesseurs et n’hésitant pas à réitérer les vieux discours justificateurs de Lénine, de Trotski ou de Mao.

Le communisme, légitimé après la guerre par la lutte anti-fasciste


(...) Cette participation des comunistes à la guerre et à la victoire sur le nazisme a fait définitivement triompher la notion d’antifascisme comme critère de la vérité à gauche, et, bien entendu, les communistes se sont posés en meilleurs représentants et meilleurs défenseurs de cet antifascisme. L’antifascisme est devenu pour le communisme un label définitif et il lui a été facile, au nom de l’antifascisme, de faire taire les récalcitrants. François Furet a écrit sur ce point crucial des pages lumineuses. Le nazisme vaincu ayant été désigné par les Alliés comme le « Mal absolu », le communisme a basculé presque mécaniquement dans le camp du Bien.
YATHAY Pin, 1980, L’Utopie meurtrière, Paris, Laffont ;

Lutter pour faire la lumière sur le communisme


p.46

(...) Aucun thème n’est tabou à l’historien et les enjeux et pressions de tous ordres   politiques, idéologiques, personnels   ne doivent pas l’empêcher de suivre la route de la connaissance, de l’exhumation et de l’interprétation des faits, surtout quand ceux-ci ont été longtemps et volontairement enfouis dans le secret des archives et des consciences.

Masaryk : Les destructions inutiles des bolchevistes, non préparés à la révolution


p.1035

(...) Tomas Masaryk : (...) Les bolchevistes n’étaient pas préparés pour une révolution admnistrative, positive, mais seulement pour une révolution négative, c’est-à-dire que, par fanatisme doctrinal, étroitesse d’esprit et manque de culture, ils commirent quantité de destructions superflues.

MASARYK Tomas G., 1930, La Résurrection d’un Etat. Souvenirs et réflexions 1914-1918, Paris, Plon ;

Malia : Août 1914, départ de la tragédie du siècle


p.1037

(...) Martin Malia : (...) C’est le sang d’août 1914, sorte de malédiction des Atrides dans la maison Europe, qui a engendré cette concaténation de violences internationales et sociales qui a dominé tout le siècle : la violence et les carnages de cette Première Guerre mondiale ont été sans commune mesure avec les gains que pouvaient espérer l’un ou l’autre camp. C’est la guerre qui a produit la Révolution russe et la prise du pouvoir par les bolcheviks.

Kautsky : la bestialité militariste de 1914-17 comme terreau de la guerre civile


P.1038

(...) Karl Kautsky : (...) Pendant quatre ans, la guerre mondiale absorba la presque totalité de la saine population mâle, les tendances brutales du militarisme atteignirent les sommets de l’insensibilité et de la bestialité. (...) Ceux qui revenaient n’étaient que trop disposés par les moeurs de la guerre à défendre en temps de paix leurs revendications et leurs intérêts par des actes sanglants et des violences à l’égard de leurs concitoyens. Ceci fournit un de ses éléments à la guerre civile.

Quelques exterminations sauvages commises par les bolcheviques


p.1041

(...) Lénine (...) a fait disperser la Constituante élue au suffrage universel   pour la première fois dans l’histoire de la Russie  , et tirer sur les partisans de celle-ci qui protestaient dans la rue.

(...) Un socialiste russe, le chef des mencheviks, Youri Martov, (...) écrivait en août 1918 : « Dès les premiers jours où ils parvinrent au pouvoir, et bien qu’ayant pourtant déclaré la peine de mort abolie, les bolcheviks commencèrent à tuer. À tuer les prisonniers de guerre civile, ainsi que le font tous les sauvages. À tuer les ennemis qui, après la bataille, s’étaient rendus sur la promesse que leur vie serait épargnés. (...) À la suite de pareilles tueries organisées ou bien tolérées par les bolcheviks, le pouvoir prit lui-même en main la liquidation de ses ennemis. (...) Après avoir exterminé des dizaines de milliers d’individus sans jugement, les bolcheviks procédèrent désormais aux exécutions... dans les formes.

(MARTOV Youri, « A bas la peine de mort », in J. BAYNAC).

Le mépris et la haine des intellectuels par Lénine


p.1042

(...) Les intellectuels furent particulièrement maltraités, et le 6 septembre 1919, après l’arrestation de plusieurs dizaines de grands savants, Gorki adressa une lettre furieuse à Lénine : « Pour moi, la richesse d’un pays, la puissance d’un peuple, se mesure à la quantité et à la qualité de son potentiel intellectuel. (...) Les hommes de science doivent être traités avec le maximum de prévenance et de respect. » (...) La brutalité de la réponse de Lénine fut à la hauteur de la lucidité de la lettre de Gorki : « On aurait tort d’assimiler les « forces intellectuelles » du peuple aux « forces » de l’intelligentsia bourgeoise. (...) Les forces intellectuelles des ouvriers et des paysans grandissent et s’amplifient dans la lutte pour le renversement de la bourgeoisie et de ses acolytes, des petits intellectuels minables, laquais du capital, qui se veulent le cerveau de la nation. En réalité, ce n’est pas un cerveau, c’est de la merde. »

La fin justifie la terreur


p.1043

(...) Pourquoi la conservation du pouvoir était-elle si importante qu’elle justifiât l’usage de tous les moyens et l’abandon des principes moraux les plus élémentaires ? Parce que seule permettait à Lénine de mettre en oeuvre ses idées, de « construire le socialisme ». La réponse fait apparaître le vrai moteur de la terreur : (...) la volonté, parfaitement utopique, d’appliquer une doctrine en total décalage avec la réalité.

La justification de la dictature par Trotski


P.1044

(...) Trotski, dès 1920, définit bien cet enchaînement implacable : « il est tout à fait évident que, si l’on assigne pour tâche l’abolition de la propriété individuelle des moyens de production, il n’est pas d’autre voie pour y parvenir que la concentration de tous les pouvoirs de l’Etat entre les mains du prolétariat, la création d’un régime d’exception pendant la période transitoire. (...) La dictature est indispensable parce qu’il s’agit non pas de changements partiels, mais de l’existence même de la bourgeoisie. Sur cette base, nul accord n’est possible, la force seule peut décider. (...) Qui veut la fin ne peut répudier les moyens (Léon Trotski, 1936, Défense du terrorisme, éditions de la Nouvelle Revue critique, p. 44).

L’utopie au pouvoir, meurtrière


(...) La faillite de la théorie léniniste de la révolution européenne et mondiale laissa les bolcheviks seuls, en tête à tête avec une Russie en pleine anarchie. Plus que jamais, la terreur fut à l’ordre du jour, qui permettait de conserver le pouvoir, de commencer à remodeler la société à l’image de la théorie, et d’imposer silence à tous ceux qui, par leur discours, leur pratique ou leur seule existence   sociale, économique, intellectuelle   dénonçaient chaque jour la vacuité de la théorie. L’utopie au pouvoir devint utopie meurtrière.

L’analyse du dogme par Castoriadis


P.1045

(...) L’idéologie se transforme en dogme, en Vérité absolue et universelle. Cette sacralisation a des conséquences immédiates, bien repérées par Cornelius Castoriadis : « S’il y a une théorie vraie de l’histoire, s’il y a une rationalité à l’oeuvre dans les choses, il est clair que la direction du développement doit être confiée aux spécialistes de cette théorie, aux techniciens de cette rationalité » (Cornelius Castoriadis, 1975, L’Institution imaginaire de la société, Paris, Seuil).

p.1046

(...) C’est l’accession de l’idéologie et de la politique au rang de Vérité absolue parce que « scientifique » qui fonde la dimension « totalitaire » du communisme. (...) C’est (...) elle qui justifie la Terreur.

Une vision abstraite des hommes autorise la terreur et le crime


(...) Là réside l’une des caractéristiques majeures du léninisme, dans la manipulation du langage, dans le découplement des mots et de la réalité qu’ils sont censés représenter, dans une vision abstraite où la société, les hommes ont perdu toute épaisseur et ne sont plus que les pièces d’une sorte de Meccano historique et social. Cette abstraction, étroitement liée à la démarche idéologique, est une donnée fondatrice de la terreur : on n’extermine pas des hommes mais des « bourgeois », des « capitalistes », des « ennemis du peuple ».

Trotski justifie l’extermination des gardes blancs par la menace imaginaire d’une extermination des travailleurs


p.1050

(...) [Trotski] : « On peut et on doit faire comprendre qu’en temps de guerre civile nous exterminons les gardes blancs afin qu’il n’exterminent pas les travailleurs. Dès lors, notre but n’est pas de supprimer des vies humaines, mais bien de les préserver. (...) L’ennemi doit être mis dans l’impossibilité de nuire, ce qui, en temps de guerre, ne peut se traduire que par sa suppression. (...) La question de savoir à qui appartiendra le pouvoir dans le pays, c’est-à-dire si la bourgeoisie doit vivre ou périr, se résoudra non par des références aux articles de la Constitution, mais par le recours à toutes les formes de la violence » (Défense du terrorisme, p.107)

Comment Trotski « justifie » la censure de la presse et l’élimination des récalcitrants


p.1051

(...) « En temps de guerre, toutes les institutions, organes de pouvoir gouvernemental et de l’opinion publique, deviennent, directement ou indirectement, des organes pour la conduite de la guerre. Ceci concerne en premier lieu la presse. Nul gouvernement, menant une guerre sérieuse, ne peut permettre la diffusion sur son territoire, de publications qui, ouvertement ou non, soutiennent l’ennemi. À plus forte raison en période de guerre civile. (...) À la guerre, où la mort sanctionne les succès et les insuccès, les agents ennemis qui se sont faufilé à l’arrière des armées doivent subir la peine de mort. » (Défense du terrorisme, p.78)
p.1054

(...) Lors de la Grande Terreur, en quatorze mois, de 1937 à 1938, 1,8 million de personnes sont arrêtées au cours de quarante-deux grandes opérations mûrement préparées ; près de 690.000 sont assassinées.
P.1055

(...) Annie Kriegel a bien montré le formidable mécanisme de prophylaxie sociale que constituaient ces procès dont la dimension de « pédagogie infernale » remplaçait, sur terre, l’Enfer promis par la religion.

(KRIEGEL Annie, 1972, Les Grands procès dans les systèmes communistes, Paris, Gallimard, Idées ;)
(...) À la pédagogie de la haine, Staline avait ajouté la pédagogie du mystère : le secret le plus absolu entourait les arrestations, les motifs, les condamnations, le sort des victimes. Mystère et secret, étroitement liés à la terreur, nourrissaient une formidable angoisse de l’ensemble des populations.
BROSSAT Alain, 1997, Un communisme insupportable, Paris, L’Harmattan ;
p.1058

(...) D’une logique de combat politique, on glisse à une logique d’exclusion, puis vers une idéologie éliminationniste et, enfin, exterminationniste de tous les éléments impurs. Au bout de cette logique, il y a le crime contre l’humanité.

La justification khmère d’extermination


(...) Les Khmers rouges ont adopté d’emblée une solution radicale : considérant que la rééducation d’une partie du peuple était impossible, car ce peuple était trop « corrompu », ils ont décidé de changer de peuple. D’où l’extermination massive de toute la population intellectualisée et urbanisée.

Le scientisme à l’origine du totalitarisme : Tzvetan Todorov


(...) Les dirigeants des régimes totalitaires revendiquent le droit d’envoyer leurs semblables à la mort et ils en ont la « force morale ». Leur justification fondamentale est toujours la même la nécessité fondée sur la science. Réfléchissant sur les origines du totalitarisme, Tzvetan Todorov écrit : « C’est le scientisme, et non l’humanisme, qui a contribué à jeter les bases idéologiques du totalitarisme. (...) La relation entre scientisme et totalitarisme ne se limite pas à la justification des actes par des nécessités prétendument scientifiques (biologiques ou historiques) : il faut déjà pratiquer le scientisme (fût-il « sauvage ») pour croire à la transparence parfaite de la société et donc à la possibilité de transformer celle-ci en fonction de son idéal, par le moyen d’une révolution »

(TODOROV Tzvetan, 1989, Nous et les autres, Paris, Seuil, p.233 ;)

L’anti-bourgeoisisme meutrier de Trotski et sa divinisation de l’Histoire


p.1059

Trotski illustra avec force ce propos, dès 1919 : « Le prolétariat est une classe historiquement ascendante (...). La bourgeoisie est, à l’époque actuelle, une classe en décadence. Non seulement elle ne joue pas le rôle essentiel dans la production, mais, par ses méthodes impérialistes d’appropriation, elle détruit l’économie mondiale et la culture humaine. Cependant, la vitalité historique de la bourgeoisie est colossale. Elle se cramponne au pouvoir et ne veut pas lâcher prise. Par cela même, elle menace d’entraîner dans sa chute toute la société. On est obligé de l’en arracher et de lui couper, pour cela, les mains. La terreur rouge est l’arme employée contre une classe vouée à périr et qui ne s’y résigne pas. » (Défense du terrorisme, p.82). Il concluait : « La révolution violente est devenue une nécessité justement parce que les exigences immédiates de l’histoire ne pouvaient pas être satisfaites par l’appareil de la démocratie parlementaire. » (Défense du terrorisme, p.57). On retrouve la divinisation de l’Histoire, à qui tout doit être sacrifié, et l’incurable naïveté du révolutionnaire qui s’imagine, grâce à sa dialectique, favoriser l’émergence d’une société plus juste et plus humaine en employant des méthodes criminelles.

Gorki et Aragon « justifiant » la cruauté


(...) Gorki disait les choses plus brutalement ; « Si l’ennemi ne se rend pas, on l’extermine ». Et la même année, Aragon en faisait un vers : « Les yeux bleus de la Révolution brillent d’une cruauté nécessaire ».
P.1060

(...) N’est-ce pas Jean-Paul Sartre qui, en 1952, éructait tout crûment : « Tout anticommuniste est un chien ! » ?

Gorki : l’ennemi de classe, « être inférieur »


p.1062

(...) Dans une lettre de 1932, Gorki, qui rappelons-le, était alors un ami personnel de Iagoda, le chef du GPU, écrit : « La haine de classe doit être cultivée par la répulsion organique à l’égard de l’ennemi, en tant qu’être inférieur. Ma conviction intime est que l’ennemi est bel et bien un être inférieur, un dégénéré sur le plan physique mais aussi « moral ».

(in VAKSBERG Arkadi, 1997, Le Mystère Gorki, Paris, Albin Michel ;)

Darwinisme social, « eugénisme socio-historique » du communisme


p.1063

(...) Il existe dans le communisme un eugénisme sociopolitique, un darwinisme social. Comme l’écrit Dominique Colas : « Maître du savoir sur l’évolution des espèces sociales, Lénine tranche pour décider celles qui doivent disparaître parce qu’elle sont condamnées par l’histoire.

(COLAS Dominique, 1987, Lénine et le léninisme, Paris, Puf, Que sais-je ? P. 101

COLAS Dominique, 1982, Le Léninisme (thèse de doctorat), Paris, Puf ;)

À partir du moment où l’on décrète, par un effet de science   idéologique et politico-historique comme le marxisme-léninisme  , que la bourgeoisie représente une étape dépassée de l’évolution de l’humanité, on justifie sa liquidation en tant que classe et bientôt la liquidation des individus qui la composent ou qui sont censés y appartenir.

(...) Les racines du marxisme-léninisme plongeraient-elles moins dans Marx que dans un darwinisme dévoyé, appliqué à la question sociale et aboutissant aux mêmes errements que dans la question raciale ?

Le communisme est-il universaliste comme il le prétend ou ségrégationniste au même titre que le nazisme ?


P.1064

(...) On a (...) souvent fait reposer une distinction radicale entre nazisme et communisme sur le fait que le projet nazi était particulier   étroitement nationaliste et racialiste  , alors que le projet léniniste aurait été universaliste. Quoi de plus faux : dans la théorie et dans la pratique, Lénine et ses successeurs ont clairement exclu de l’humanité le capitaliste, le bourgeois, le contre-révolutionnaire, etc. Reprenant des mots courants du discours sociologique ou politique, ils en ont fait des ennemis absolus. Et comme le disait Kautsky dès 1918, ce sont des mots « en caoutchouc » qui autorisent à exclure de l’humanité qui l’on veut, quand on veut et comme l’on veut et qui mènent tout droit au crime contre l’humanité.
CARRÈRE D’ENCAUSSE Hélène, 1988, Le Malheur russe. Essai sur le meurtre politique, Paris, Fayard ;

KAUTSKY Karl, 1920, Communisme et terrorisme, Paris, Éditions Jacques Povolozki ;

Prométhéisme lyssenkiste


p.1065

(...) L’idée de « l’homme nouveau » n’a-t-elle pas été au coeur du projet communiste ? Des « Lyssenko » mégalomanes n’ont-ils pas tenté de créer, outre de nouvelles espèces de maïs ou de tomates, une nouvelle espèce d’homme ?

Le « bistouri » scientiste : bolcheviques, Pol Pot, Tkatchev, Netchaïev


Cette mentalité scientiste de la fin du XIX° siècle, contemporaine du triomphe de la médecine, a inspiré à Vassili Grossman cette remarque sur les chefs bolcheviques : « Les hommes de cette trempe se conduisent comme le chirurgien dans une clinique. (...) Son âme est dans son couteau. Ce qui caractérise ces hommes, c’est leur foi fanatique en la toute-puissance du bistouri. Le bistouri est le grand théoricien, le leader philosophique du XX° siècle. »

(GROSSMAN Vassili, 1984, Tout passe, Paris, Julliard/L’Âge d’Homme ;

L’idée est poussée à bout chez Pol Pot qui, d’un effroyable coup de bistouri, ampute la partie « gangrenée » du corps social   le « peuple nouveau »   et conserve la partie « saine »   le « peuple ancien ». Aussi folle soit-elle, cette idée n’était pas totalement neuve. Déjà dans les années 1870, Pierre Tkatchev, révolutionnaire russe et digne émule de Netchaïev, proposait d’exterminer tous les Russes âgés de plus de vingt-ciq ans, considérés comme incapables de réaliser l’idée révolutionnaire. À la même époque, dans une lettre à Netchaïev, Bakounine s’indignait de cette idée folle : « Notre peuple n’est pas une feuille blanche sur laquelle tout Société secrète peut écrire de qui lui semble bon, votre programme communiste, par exemple. »

( in CONFINO Michael, 1973, Violence dans la violence. Le débat Bakounine-Netchaiëv, Paris, Maspero ;)

Le grand refus et le prométhéisme naïf : « aberrations monstrueuses de l’esprit humain »


p.1067

(...) Marx croyait à une autorédemption prométhéenne de l’humanité. Ce fut le rêve messianique du « Grand Soir ». Mais, pour Leszek Kolakowski, « l’idée que le monde existant est si totalement corrompu qu’il est impensable de l’améliorer et que, précisément pour cela, le monde qui lui succèdera apportera la plénitude de la perfection et la libération ultime, cette idée est l’une des aberrations les plus monstrueuses de l’esprit humain. »

KOLAKOWSKI L., 1978, L’Esprit révolutionnaire, Paris, Éditions complexes ;

L’historicisme hégélien démasqué


p.1069

(...) Vassili Grossman (...) en tire néanmoins une leçon d’optimisme que nous reprendrons à notre compte : « Notre siècle est le siècle où la violence qu’exerce l’État sur l’homme a atteint son plus haut degré. Mais c’est là précisément que résident la force et l’espérance des hommes : c’est le XX° siècle qui a ébranlé le principe hégélien du processus historique universel. »
1   ...   26   27   28   29   30   31   32   33   34

similaire:

Thèse de sciences de l’éducation iconThèse de doctorat (N. R) en Sciences de l’Education

Thèse de sciences de l’éducation iconThèse de sciences de l’éducation
«démocratisation» entendue comme élimination de l’inégalité des chances (fen 1970, peep 1964) 18

Thèse de sciences de l’éducation iconThèse de Sciences de l’éducation Université de Rouen Année 2002-2003...
«bibliographie étendue» est de regrouper les références qui ont alimenté, de manière directe ou indirecte, le travail de recherche...

Thèse de sciences de l’éducation iconBibliographie Thèse
«Observer et comprendre les évolutions démographiques» in Chenu A. et Lesnard L. (dir.), La France dans les comparaisons internationales-Guide...

Thèse de sciences de l’éducation iconThèse pour le Doctorat en Sciences Économiques

Thèse de sciences de l’éducation iconThèse en vue de l’obtention du grade de Docteur en Sciences du langage

Thèse de sciences de l’éducation iconUfr psychologie – sciences de l’education

Thèse de sciences de l’éducation iconHistoire Géographie Education civique Sciences et technologie

Thèse de sciences de l’éducation iconLibrairie – Bibliographie
«Les marchés électroniques : structures, concurrence et conditions d’efficience». Thèse de doctorat, Université Lille 1 Sciences...

Thèse de sciences de l’éducation iconBibliographie renault
«La restructuration de l’industrie automobile dans la concurrence internatyionale», Thèse de 3ème cycle en sciences économiques,...






Tous droits réservés. Copyright © 2016
contacts
h.20-bal.com