Thèse de sciences de l’éducation





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Education, Economy and Society, The Free Press, New York, 1971.

117dans notre "Histoire des inégalités d'éducation"

118CHERKAOUI Mohamed, Sociologie de l'éducation, Que-sais-je ? n° 2270, PUF, 1989, p. 116.

119(Note de Rousseau) "Voulez-vous donc donner à l'Etat de la consistance, rapprochez les degrés extrêmes autant qu'il est possible ; ne souffrez ni des gens opulents ni des gueux. Ces deux états, naturellement inséparables, sont également funestes au bien commun ; de l'un sortent les fauteurs de la tyrannie, et de l'autre les tyrans : c'est toujours entre eux que se fait le trafic de la liberté publique : l'un achète, et l'autre la vend."

120On retrouve cette idée de l'égalité comme garant et moyen de la liberté, en réaction par rapport au système féodal de caste dont les inégalités outrancières étaient créatrices d'aliénations individuelles tout aussi outrancières. Ici, l'égalité n'est ni une fin en soi, ni même un moyen à appliquer de façon absolue.

121L'égalité dont il question ici n'est pas du tout une égalité de richesse, de puissance ou d'intelligence. Il s'agit d'une égalité de nature : tous les hommes sont des êtres humains, appartiennent à la même espèce animale ; il ne saurait y avoir entre eux ni de castes ni d'esclaves. Cette idée d'égalité semble différer de celle d'égalité socialiste.

122Cette "conséquence" rappelle que l'égalité naturelle dont il est question n'est pas une égalité sociale. Au contraire, preuve en est, l'égalité naturelle est ici envisagée au sein-même de, malgré l'inégalité sociale : les deux types d'inégalités doivent être bien distinguées et l'inégalité sociale ne saurait pour autant permettre aux dominants de considérer leurs inférieurs comme des êtres humains de nature différente.

123L'auteur met en corrélation le despotisme et l'inégalité sociale, sous-entendant que le premier est la cause de la seconde. Il sous-entend donc réciproquement que la démocratie est capable d'abolir les inégalités sociales.

124La justice, l'égalité pénales, de la même façon que pour l'éducation, s'expriment comme des adversaires du système social de castes, au sein duquel tous les individus n'ont pas les mêmes droits, ne seraient pas des hommes de même nature. Cet anti-féodalisme se distingue d'un égalitarisme social absolu.

125Il est amusant de noter qu'on invoque, à l'époque, les "talents" comme promoteurs de l'égalité (en cela qu'ils s'opposent au système féodal de castes) cependant que ces mêmes "talents" sont aujourd'hui associés à une "inégalité innée", laquelle serait l'ennemie de "l'égalité" (entendue aujourd'hui non pas comme "de nature" mais comme "sociale")

126L'instruction généralisée est ici invoquée comme moyen de défense et de développement de la démocratie face au despotisme.

127L'argument invoqué maintenant est celui de l'égalité en soi, mais articulé avec, subordonné à la nécessité de liberté individuelle : l'ignorance entraîne la dépendance vis-à-vis d'autrui, laquelle dépendance grève la liberté individuelle.

128Il y a une reconnaissance ici, au delà de la nécessité d'une généralisation de l'éducation, de l'utilité collective d'une élite intellectuelle, donc de l'utilité, du bien-fondé d'une relative inégalité scolaire. Ce texte, qui ne prône pas l'égalité sociale absolue, ne juge pas cette égalité sociale comme impossible à réaliser, mais d'abord comme inopportune au bonheur de la collectivité.

129L'éducation est ici considérée comme devant réduire les inégalités sociales sans jamais pour autant pouvoir supprimer ces inégalités.

130L'argument pour la généralisation de l'éducation invoqué ici est celui de la socialisation et de l'imprégnation morale du peuple entier. Cet argument semble être similaire à celui des Hébreux et à celui de la Réforme protestante   si l'on admet que l'éthos et la morale de l'idéologie d'une société laïque s'apparentent à l'éthos et à la morale d'une religion, en cela que leur fonction est de socialiser les individus et de leur permettre de vivre harmonieusement ensemble.

131Il faut se souvenir que l'époque de ce texte (1791) succède directement à un régime féodal de castes, où des classes entières de population étaient à la fois complètement privées de toute éducation et aliénées par les classes dominantes. C'est très vraisemblablement cet état de fait qui est ici qualifié "d'abus". L'instruction généralisée peut donc sembler ici comme un moyen d'interdire le système de castes antérieur avant que de chercher à réduire les inégalités sociales de la nouvelle société qui s'annonce.

132Ici encore, la nécessité d'éducation   comprise comme éducation généralisée, "égalitaire"   est proclamée non pas au nom de l'égalité en soi mais au nom de la liberté. L'éducation généralisée, effectivement, comme nous l'avons vu au cours d'autres textes, semble permettre à chacun de pouvoir connaître ses droits parce qu'il sait lire, écrire et compter, donc de ne pas se laisser aliéner par autrui, donc d'être libre. L'égalité est comprise comme une valeur subordonnée à la liberté.

133Danton dit ici que la politique doit être un juste milieu entre les idéaux qu'une société s'est fixé d'une part et la réalité qu'on ne peut pas transgresser d'autre part.

134"L'intérêt public" se comprend-il ici comme "intérêt des classes populaires" ou comme "intérêt économique de la société" ? La formule reste ambiguë. Il faut remarquer que "l'intérêt économique" peut-être suggéré par l'orateur prolétarien de façon à servir "l'intérêt des classes populaires", mais aussi qu'inversement "l'intérêt des classes populaires" peut être brandi de façon à se diaprer d'une conscience philanthrope et ne servir en fait que "l'intérêt économique". On retrouvera cette même ambiguïté dans "l'école gratuite et obligatoire" et le "colonialisme civilisateur" de Jules Ferry.

135Par cette phrase, Danton identifie l'essence de l'éducation à celle du pain : c'est un besoin. Or, faisons remarquer que si le pain est un besoin vital   privé de pain, un peuple se révolte  , l'éducation généralisée, en revanche, n'est pas un "besoin", mais un voeu idéologique   privé d'éducation, un peuple ne se révolte pas. Une société peut fonctionner sans éducation du peuple. L'éducation du peuple est en soi une superfluité sociale (à moins que le fonctionnement du social n'exige justement cette généralisation de l'éducation), une valeur morale et politique, distincte d'un "besoin" vital comme le pain ou l'oxygène. Assimiler l'éducation au pain, comme "besoin" vital, ne nous semble pas une proposition objective, vraie, mais un abus de sens   vraisemblablement ici un effet de manche lyrique.

136Notons que le Républicain laïc Danton ne rejette pas en bloc le catholique et élitiste système d'éducation jésuite. Cette référence signifie-t-elle que le projet de la République n'est pas de supprimer ce système, non plus que de l'affaiblir mais de le généraliser auprès des enfants pauvres ?

137Danton laisse de côté l'égalité et la justice sociales pour invoquer maintenant le rôle socialisateur et moralisateur bénéfique d'une éducation généralisée. On retrouve ici les motivations des Hébreux et de la Réforme protestante, qui désiraient que tous les sujets soient imprégnés des textes religieux   à condition d'admettre qu'une religion est une sorte de "code social" permettant de vivre en société, d'une part, et que le "républicanisme-laïc" constitue en soi une idéologie, analogue à une religion, d'autre part.

138En réalité, "l'intérêt économique".

139Danton reconnaît ici qu'une éducation généralisée financée principalement par les riches ne servira pas seulement l'intérêt des pauvres mais aussi directement celui des riches, parce que ce système d'éducation sera d'une efficacité supérieure au seul usage d'un précepteur (Cf. aujourd'hui la qualité d'enseignement élevée, d'une part, et le recrutement social aisé, d'autre part, des "Grandes écoles" publiques comme Polytechnique ou Centrale).

140Notons au passage que la gratuité scolaire peut être motivée, à première vue, par un souci de justice et d'égalité sociales. Mais cette gratuité est aussi incitative pour toutes les classes sociales, populaires comme bourgeoises. Elle est une incitation pour toutes ces classes à ne pas utiliser de précepteur mais à fréquenter l'école publique. En ce sens, la gratuité scolaire peut être perçue comme un moyen d'accaparer tous les enfants de la société aux dépens des éducations indépendantes. Dans quel but ? Celui de les socialiser et de les moraliser conformément aux idéaux et valeurs de l'idéologie laïque-républicaine. La gratuité scolaire peut donc, au delà de l'apparence égalitariste, être un moyen de moraliser la totalité des enfants d'une société, l'obligation scolaire (que fera voter Jules Ferry) parachevant cet objectif.

141Notons la contradiction existant entre la reconnaissance de "talents reçus de la nature"   par essence inégaux   et le voeu d'une "égalité de fait".

142Le mot de "justice" reste ici relativement flou. On ne sait finalement s'il s'agit d'établir une égalité sociale de fait, d'atténuer les inégalités sociales ou de permettre à tous les "talents naturels" de se développer à leur plein escient.

143L'instruction n'est pas ici invoquée comme moyen d'égalité sociale ni de moralisation mais comme facteur général de connaissance, de progrès, de confort pour l'ensemble de la communauté.

144On trouve ici l'idée que l'égalité de droit, proclamée par la Révolution, implique nécessairement que chacun fut capable de connaître ces droits, de connaître la loi, donc de savoir lire, donc d'avoir reçu une instruction élémentaire. Il semble intéressant de noter, donc, que l'introduction du droit et de l'égalité de droit implique une scolarisation élémentaire de tous, pour de strictes raisons de logique et de cohérence interne, indépendamment de tout motif moral.

145L'idée ici est que les "pauvres", en dépit de leur appartenance sociale, peuvent avoir des talents, lesquels talents gagneraient à être développés dans l'intérêt à la fois de l'intéressé et de la communauté. Condorcet n'exprime pas ici une quelconque nécessité en soi de l'égalité sociale, ni même de réduction des inégalités sociales.

146Condorcet suggère par cette proposition que la stratification sociale est la cause des différences intellectuelles (et culturelles) entre les hommes. Notons qu'il s'agit d'une posture culturaliste.

147La nécessité d'égalité sociale est invoquée ici non comme fin en soi mais comme condition indispensable à la liberté de tous (les dominés notamment).

148Condorcet pose en premier lieu l'égalité d'éducation comme fin morale en soi ou, plus précisément, comme fin morale indirecte, à savoir comme condition nécessaire à la liberté des plus faibles. Il précise ensuite que cette égalité scolaire doit se traduire non pas par un nivellement, un affaiblissement des plus forts mais par une élévation de tous. Il resterait à préciser comment une élévation du niveau scolaire de tous pourrait être un facteur d'égalisation sociale. Penser que l'élévation de tous puisse égaliser les hommes sous-entendrait que les hommes s'apparentent à des boites de même contenance et encore différemment remplies, qu'il s'agirait de continuer à remplir afin d'obtenir à la fin le même volume de contenu dans toutes les boites. Une telle vision présuppose que les inégalités sociales ne sont le seul fruit que d'une distribution originelle inégalitaire du savoir, comme si une main divine avait distribué au premier jour de l'humanité des savoirs de différents niveaux à des hommes tous égaux en capacités intellectuelles à la naissance. Ces présupposés axiomatiques restent à démontrer.

149L'égalité d'éducation, au sens de Condorcet, n'est pas absolue mais relative. Une certaine égalisation de l'éducation doit "suffire".

150Cette relative réduction des inégalités d'éducation est exigée, pour Condorcet, non par une recherche de l'égalité en soi mais par la liberté individuelle : la relative égalité d'éducation doit abolir toute relation d'aliénation entre les individus.

151Pour Condorcet, instruire le peuple entier suppose de sélectionner les contenus et de modifier les méthodes d'enseignement.

152Il ne semble pas incongru de penser que les "charlatans" dont parle ici Condorcet comprennent, entre autres, les politiciens, les intellectuels, les idéologues, qui promettent un paradis social au peuple pour se faire porter au pouvoir et, en définitive, aliéner "la liberté de ses opinions et de sa conscience". Nous pensons ici aux dirigeants des ex "pays socialistes" : la promesse au peuple d'un "paradis égalitaire" peut déboucher sur la privation de liberté de ce peuple. L'égalité est une valeur paradoxale : elle prive les individus de liberté à la fois quand elle est absente (les castes féodales) et à la fois quand elle est excessive (le socialisme soviétique). Ceci pour rappeler que l'intrusion d'idéologie   inégalitariste comme égalitariste   au sein des "sciences de l'éducation", outre que cette intrusion résiste mal à la tentation de déformer la réalité, n'est pas, de surcroît, sans conséquences pour la société humaine. Veillons donc, sur les conseils de Condorcet, à ce que "chaque homme" ne soit plus "la dupe de ces erreurs populaires qui tourmentent la vie d'espérances chimériques", pour "se défendre contre les préjugés avec les seules forces de la raison" et pour "échapper aux prestiges du charlatanisme, qui tendrait des pièges à la liberté de ses opinions et de sa conscience, sous prétexte de l'enrichir, de le guérir et de le sauver"...

153Condorcet voyait déjà, avant Basil Bernstein, l'effet du registre de langage dans la reproduction des inégalités sociales. Notons que nous disons "reproduction des inégalités sociales" seulement et non pas "effet ségrégationniste" ou "différenciateur", parce que le langage est déjà lui-même déterminé par le milieu social ; il ne différencie pas les devenirs sociaux des individus à partir d'un même milieu d'origine ; simplement, il freine la mobilité sociale.

154"L'égalité réelle" est ici définie par Condorcet comme une absence de "barrière" parmi la "différence des lumières ou des talents" entre les hommes. On retrouve donc l'idée d'une abolition du système féodal de castes sans pour autant chercher à niveler les inégalités sociales.

155Condorcet exprime le voeu que, par le moyen de l'éducation généralisée, les hommes se défient de ne jamais laisser aliéner leurs droits par des despotes sans pour autant renier l'idée de laisser à des hommes "plus éclairés le soin de les gouverner". C'est l'idée que la généralisation de l'instruction ne supprime pas les inégalités sociales mais permette et consolide la démocratie succédant à l'Ancien Régime.

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