Thèse de sciences de l’éducation





télécharger 1.08 Mb.
titreThèse de sciences de l’éducation
page34/34
date de publication09.11.2017
taille1.08 Mb.
typeThèse
h.20-bal.com > histoire > Thèse
1   ...   26   27   28   29   30   31   32   33   34
156"Nous l'appelons ainsi pour la distinguer de cette égalité constitutionnelle ou l'égalité devant la loi, principe nécessaire et excellent, sans lequel il n'existe pas de liberté. Ceci s'expliquera plus bas." (Note de Chateaubriand).

157Unité. Chez Leibniz, substance simple, inétendue, indivisible, active, qui constitue l'élément dernier des choses et qui est douée de désir, de volonté et de perception (Petit Robert).

158Renouvier met bien en lumière ici l'antagonisme entre la liberté et l'égalité : seul le despotisme peut niveler (mais toutefois temporairement, selon nous) les inégalités naturelles entre les hommes.

En revanche, l'idée selon laquelle une société doit s'imposer la devise d'égalité pour ne pas périr nous semble plus discutable.

Les sociétés qui ne se sont pas imposé "l'égalité" comme devise (c'est-à-dire toutes les sociétés antérieures à la Républiques) ont-elles péri ?

Deux questions   corollaires   se posent :

- La devise "égalité" empêche-t-elle "les plus forts" de l'emporter sur "les plus faibles" ?

- L'absence de la devise "égalité" accroit-elle l'inégalité sociale ?

Rien de tout cela n'est sûr.

159On peut noter au passage, et avec amusement (ou avec effroi), combien ce type de proposition qui a fondé notre société actuelle s'apparente au voeu pieu et escamote la réalité des comportements humains (égoïsme, hypocrisie, arrivisme politique, démagogie, etc.).

160On peut se demander quel type "d'égalité d'éducation" s'avérerait, dans l'esprit de Jules Ferry, "dans l'ordre des choses possibles". S'agit-il d'une égalité de niveau scolaire ou d'une égalité de droit à être scolarisé ? La première peut promettre (en théorie) l'égalité sociale chère aussi à Ferry ; la seconde ne permettrait que de développer les talents différents de chacun et perpétuerait donc les inégalités sociales, même si ces inégalités étaient brassées en permanence par une pus grande mobilité sociale.

161La "fin", le "but", "l'essence", la "légitimité" de "l'humanité", de la "société humaine", serait de réduire les inégalités naturelles entre les hommes. Ce postulat (qui, si l'on se réfère aux applaudissements, semble consensuel) reste à être justifié. En l'occurrence, il ne nous semble pas justifiable. Pourquoi ? Parce qu'il est d'ordre non pas scientifique, objectif, mais moral, éthique. L'égalité sociale n'est pas un fait mais une valeur. La nécessité d'égalité sociale est une opinion, une espérance, qui entre dans le cadre plus général non pas d'une théorie scientifique mais d'une philosophie, d'une idéologie (dans le sens d'un ensemble de valeurs consensuelles permettant à un certain nombre d'individus de cohabiter).

L'idée que la réduction des inégalités sociales constitue un gage de bonheur pour la société et dut être réalisée peut être soutenue. Mais cette idée reste une opinion philosophique, qui n'engage que soi et ne saurait être considérée comme "fait scientifique" établi, irréfutable et indiscutable, comme il semble être pourtant le cas dans l'esprit de Jules Ferry, ainsi qu'au sein de notre propre société, et notamment en "sciences de l'éducation".

162Ferry rapproche les inégalité d'éducation du système féodal de castes aboli par la Révolution : les inégalités d'éducation seraient le dernier phénomène social qui perpétueraient les inégalités sociales héritées de l'Ancien régime et empêcheraient l'idéal révolutionnaire d'égalité de se réaliser tout à fait. Ferry voit que l'inégalité d'éducation détermine fortement le devenir socio-professionnel et paralyse la mobilité sociale, donc interdit la liberté de choisir son devenir socio-professionnel, donc contredit l'égalité de droit énoncée par la Révolution.

163Ferry plaide ici pour une "égalité réelle des droits", ce qui sous-entendrait non pas une égalité sociale absolue mais l'égale possibilité pour chacun de pouvoir développer ses propres talents, indépendamment du "hasard de la naissance". Ce que Ferry entendrait comme "égalité d'éducation" consisterait donc plutôt en méritocratie qu'en égalitarisme social absolu.

164On voit bien ici encore que "l'égalitarisme" de Ferry est non pas un égalitarisme social absolu au sens communiste du terme mais un égalitarisme de droit, similaire à celui prôné par la Révolution, et dont l'ennemi n'est pas l'inégalité ni la stratification sociales mais le système féodal de castes. En conséquence, logiquement, "l'égalité d'éducation" de Ferry consisterait non pas en l'accès de tous aux mêmes niveaux de diplôme mais, déjà, seulement, en la possibilité pour tous d'accéder au savoir, à l'école.

165Ce que ne dit pas Ferry, c'est que ces "relations d'inférieur à supérieur" perdurent non pas seulement depuis "des siècles" mais depuis le début de l'humanité. Les questions qu'oublie de poser Ferry sont :

- Si les hommes n'ont jamais réussi à réduire les inégalités sociales depuis le début de l'humanité, par quel moyen, par quelle magie, par quelle supériorité sur les générations antérieures, les hommes du XX° siècle pourraient-ils, eux, réduire ces inégalités ?

- Les hommes des siècles passés étaient-ils insensibles à la question de l'inégalité sociale ? Si oui, pourquoi ? Si non, pourquoi n'ont-ils jamais réussi à réduire cette inégalité ?

Remarquons au passage que l'idée que l'inégalité sociale n'est pas originelle mais qu'elle ne soit qu'une parenthèse dans l'histoire de l'humanité suppose que les hommes aient été antan égaux et nous semble similaire à l'idée religieuse   judéo-chrétienne en l'occurrence   selon laquelle un dieu aurait créé au début des temps une assemblée d'hommes semblables. Cette idée d'égalité originelle s'oppose notamment à la théorie darwinienne, selon laquelle l'homme n'est pas une création divine mais le produit d'une évolution des organismes vivants qui repose justement sur les inégalités, les différences, causées par les mutations génétiques (voir note de synthèse sur la création de la vie et l'évolution des espèces).

Notons aussi que Ferry sous-entend dans ce paragraphe que la démocratie serait le point culminant, l'achèvement de l'humanité en matière de système politique, succédant à toute une histoire de l'homme fondée sur les inégalités et le despotisme. C'est ignorer   ou faire semblant d'ignorer   que les rois français n'ont pas inventé le despotisme, non plus les philosophes des Lumières la démocratie, et que l'histoire de l'humanité a constitué, jusqu'à aujourd'hui, en une succession de régimes démocratiques et despotiques, égalitaires et inégalitaires.

166L'assemblée applaudit-elle parce que la proposition de Ferry est réaliste, courageuse et applicable ou parce que l'image est lyrique et exaltante ?

167Ferry n'évoque pas d'égalité de niveau scolaire entre les fils "d'ouvriers" et de "bourgeois", une "certaine éducation" signifiant ici "une partie seulement de l'éducation que reçoivent les fils de bourgeois".

168En revanche, Ferry parle ici de "supprimer les distinctions de classe" en vue d'une "nation égalitaire". On n'est plus dans le cadre seulement méritocratique d'une égalité des droits d'accès à l'éducation mais dans la perspective, plus ample, d'une égalité sociale absolue, au sens communiste du terme.

169Que signifie "société bourgeoise" ? S'agit-il d'une société dominée par une élite de riches, d'une société d'économie libérale ou d'une société tenue par des propriétaires de fortune oisifs ou spéculateurs ?

170Pour Jaurès, le droit et l'égalité politique et sociale impliquent une communauté des moyens de production. Notons que l'égalité selon Jaurès n'est plus seulement l'égalité de droit mais aussi l'égalité sociale. Que signifie cette "égalité sociale" ? S'agit-il d'une égalité de revenus et de statuts ou d'une réduction des inégalités sociales, auquel cas dans quelle mesure ?

171Jaurès précise bien ici que, selon lui, l'égalité de droit n'est pas suffisante mais que la vraie "justice" implique une égalité sociale.

172La "justice" serait la finalité de l'histoire de l'humanité. Faisons remarquer que ceci contredit l'histoire de l'humanité elle-même : à des périodes soucieuses de "justice", de "droit" et "d'égalité" se sont succédés des régimes inégalitaires et despotiques. Prétendre que la justice est la fin suprême de l'histoire de l'humanité est un argument qui veut prouver la nécessité et le bien-fondé d'un combat (du combat personnel de Jaurès) pour la justice. Hitler, de la même façon, et pour justifier son idéologie, eut pu prétendre que la fin suprême de l'humanité était la ségrégation ou la recherche de la "pureté" raciale. Il s'agit, selon nous, dans les deux cas, d'un argument idéologique, faux en l'occurrence, et utilisé lui-même à des fins idéologiques.

173On est proche ici du religieux, dont la fonction est d'expliquer le complexe, l'insaisissable, par des valeurs sacrées inaliénables.

174Jaurès évoque sans doute les idées de la Montagne et de Babeuf.

175Ce postulat, héritier de l'idéal révolutionnaire (et, au-delà, de la doctrine judéo-chrétienne) n'est justifié ni argumenté d'aucune façon. On semble être en présence d'une proposition purement idéologique.

1   ...   26   27   28   29   30   31   32   33   34

similaire:

Thèse de sciences de l’éducation iconThèse de doctorat (N. R) en Sciences de l’Education

Thèse de sciences de l’éducation iconThèse de sciences de l’éducation
«démocratisation» entendue comme élimination de l’inégalité des chances (fen 1970, peep 1964) 18

Thèse de sciences de l’éducation iconThèse de Sciences de l’éducation Université de Rouen Année 2002-2003...
«bibliographie étendue» est de regrouper les références qui ont alimenté, de manière directe ou indirecte, le travail de recherche...

Thèse de sciences de l’éducation iconBibliographie Thèse
«Observer et comprendre les évolutions démographiques» in Chenu A. et Lesnard L. (dir.), La France dans les comparaisons internationales-Guide...

Thèse de sciences de l’éducation iconThèse pour le Doctorat en Sciences Économiques

Thèse de sciences de l’éducation iconThèse en vue de l’obtention du grade de Docteur en Sciences du langage

Thèse de sciences de l’éducation iconUfr psychologie – sciences de l’education

Thèse de sciences de l’éducation iconHistoire Géographie Education civique Sciences et technologie

Thèse de sciences de l’éducation iconLibrairie – Bibliographie
«Les marchés électroniques : structures, concurrence et conditions d’efficience». Thèse de doctorat, Université Lille 1 Sciences...

Thèse de sciences de l’éducation iconBibliographie renault
«La restructuration de l’industrie automobile dans la concurrence internatyionale», Thèse de 3ème cycle en sciences économiques,...






Tous droits réservés. Copyright © 2016
contacts
h.20-bal.com