Approches actuelles de l’histoire de la géographie en France. Au-delà du provincialisme, construire des géographies plurielles





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Approches actuelles de l’histoire de la géographie en France. Au-delà du provincialisme, construire des géographies plurielles




Marie-Claire ROBIC


Equipe Epistémologie et histoire de la géographie (E.H.GO), Laboratoire Géographie-cités (CNRS, Université de Paris, I, Paris VII, 13 rue du Four, 75006 Paris

robicmc@parisgeo.cnrs.fr




Version partiellement mise à jour d’un article publié en 2006 :



ROBIC M.-C., 2006, « Approches actuelles de l’histoire de la géographie en France. Au-delà du provincialisme, construire des géographies plurielles », Inforgeo, 18-19 (Silva Telles e os 100 Anos do Ensino Superior da Geografia em Portugal), Lisbonne, p. 53-76 [Actes de Silva Telles Conference. 100 years of University teaching in Portugal, 1904-2004, Lisbonne, 25-27 novembre 2004].

Introduction



Dans toutes ses « réflexions sur l’histoire de la géographie » Philippe Pinchemel, l’un des pionniers de l’histoire de la pensée géographique, a appelé à pratiquer une histoire plurielle. Ainsi, dès 1979, il aspirait à traiter des « histoires de la géographie » et de l’« histoire des géographies ». Il y affirmait « la pluralité des contenus, des histoires de la géographie », et mettait à la base de cette pluralité une « dualité » : « l’histoire de la géographie est tout à la fois une histoire de la pensée géographique et une histoire de l’action géographique » (Pinchemel, 1979, p. 223).

Deux titres semblent répondre à cette aspiration : celui du livre collectif, Géographies plurielles : les sciences géographiques au moment de l’émergence des sciences humaines (1750-1850), que dirigent deux jeunes historiennes (Hélène Blais et Isabelle Laboulais-Lesage) et qui est issu d’un colloque organisé par la Société française pour l’histoire des sciences de l’homme en 2003 ; le titre d’une thèse : Géographies de l’exploration. La carte, le terrain, le texte (Afrique occidentale, 1780-1880), soutenue la même année par une autre jeune historienne, Isabelle Surun. Les géographes ne sont pas en reste : ainsi par exemple de la thèse défendue par Olivier Orain (2003), intitulée Le plain pied du monde, qui examine les « postures épistémologiques » et « les pratiques d’écriture » dans la géographie française au cours du XXe siècle.

Au vu d’une bibliographie1 des travaux de recherche publiés en France entre 1990 et 2005 sur l’histoire de la géographie et des savoirs géographiques et sur l’épistémologie du domaine, tout se passe comme si cet appel à la pluralité avait été entendu, grâce à la multiplication des travaux de recherche concernant l’histoire de la géographie, grâce à leur ouverture hors du seul champ de la science géographique et des géographes, grâce enfin, et peut-être surtout, au renouvellement des approches. Aussi serait-il est inexact de titrer « studying ourselves », comme le faisait Mark Bassin en 2000 dans Progress in human geography, tant, dans cette bibliographie, l’éventail des chercheurs impliqués et des pratiques étudiées est large.

Ce sont ces ouvertures, souvent hors de l’histoire de la seule discipline universitaire, que je voudrais d’abord évoquer ici. Elles se font notamment sur des périodes antérieures à l’institutionnalisation, et sur des champs de l’action situés hors des réseaux académiques, scientifiques et scolaires les plus habituels. Par là, j’insisterai sur les rencontres intellectuelles qui se sont produites dans le même temps. Mais c’est peut-être la diversification des modes d’investigation et des modèles d’analyse du matériau géographique qui marque le mieux le renouvellement des approches.
I. De l’histoire de la géographie à l’étude des savoirs, des cultures et des expériences géographiques
1. Une certaine vogue historiographique

Parmi les nouveautés, l’investissement de jeunes chercheurs dans l’histoire de la géographie est un premier signe de désenclavement. Témoigne d’abord d’un renouvellement de la curiosité la multiplication des thèses qui se consacrent, de près ou de loin, à une étude réflexive de la géographie, qu’elles soient essentiellement historiques ou plutôt d’ordre épistémologique. De 1940 à 1989, on compte en cinquante ans  moins de dix thèses d’Etat consacrées à l’histoire de la géographie, dont trois sont dues à des géographes, Numa Broc, Robert Specklin et Georges Nicolas-Obadia2. Quelques thèses de troisième cycle s’y ajouteraient3. Après la thèse de François de Dainville sur les Jésuites soutenue en 1940, elles signalent depuis la fin des années soixante une certaine renaissance du genre « histoire de la géographie », après son irrémédiable déclin déclenché à la fin du XIXe siècle par la montée de la géographie moderne, celle du terrain. En revanche, de 1990 à 2004, on recense dans les quinze dernières années près de vingt thèses « nouveau régime » portant sur l’histoire de la géographie, de la cartographie moderne ou de l’enseignement de la géographie et soutenues comme thèses de géographie, par des géographes, en France (Tableau 1). Cette liste serait à compléter par la petite dizaine au moins de thèses d’histoire, d’histoire des sciences, voire de sciences politiques, intéressées à la constitution ou à la mise en œuvre de savoirs sur l’espace, tandis que tous les ans une ou deux inscriptions en thèse de géographie accroît la liste des sujets relevant de ce champ.

La relative vogue que connaît l’histoire de la géographie en France, comme dans d’autres cultures semble-t-il (Bassin, 2000 ; Ryan, 2004)4, résulte sans doute de la convergence de plusieurs facteurs très hétérogènes, que je ne pourrai qu’évoquer ici. Outre cet intérêt des jeunes générations, elle se marque par une production très diverse, liée par exemple à des commandes institutionnelles, telles les questions mises au programme des concours de recrutement pour l’enseignement secondaire, où une maîtrise minimale de l’épistémologie et de l’histoire disciplinaires est exigée désormais pour les futurs professeurs dans un but didactique et de culture scientifique5. Cette vogue est aussi liée à un esprit de patrimonialisation et à des phénomènes de génération qui incitent nombre de géographes, souvent retraités, à livrer leur mémoire, leur message, leur recette du « bonheur d’être géographe » (Bonnamour, 2000), ou à constituer des instruments d’ordre biographique pour une mémoire de la géographie du XXe siècle (cf. les recueils de textes et la constitution de CD-Rom sur la vie et l’œuvre de géographes marquants, tel P. Pinchemel). La mode des « égohistoires », lancée par les historiens, a eu aussi ses émules dans la décennie 90 (George, 1995 ; Lévy, 1995 ; Claval, 1996) et elle a pu s’exprimer dans des supports officiels accompagnant la carrière des universitaires, telles les Habilitations à diriger des recherches, qui supposent que chaque postulant sache reconstituer son itinéraire intellectuel. A certains égards, un numéro spécialisé tel le volume de Géocarrefour intitulé « les références des géographes » répond à ce souci de témoigner de son parcours, ou du moins, dans une perspective plus épistémologique qu’historiographique, des courants de pensée et des champs philosophiques ou idéologiques qui ont nourri une réflexion de géographe (Durand-Dastès, 2003)6. Enfin, cette vogue est soutenue par une historiographie militante, qui accompagne souvent, on le sait, les projets de rénovation ou de « révolutionnarisation » de la discipline, dont témoigne l’annonce des multiples « tournants » qui affectent périodiquement la géographie et les sciences sociales (Robic, 1999). Le Dictionnaire de la géographie et de l’espace des sociétés publié sous la direction de Jacques Lévy et de Michel Lussault (2003), témoigne, par son ouverture à des biographies et par ses entrées historiques, d’une nouvelle légitimité de l’interrogation historique.

Dans ce mouvement d’ensemble, je privilégierai la recherche vive, celle dont témoignent notamment les thèses et, sur un plan collectif, les programmes de recherche suscités éventuellement par des appels d’offre.
2. Des ouvertures hors de la géographie institutionnalisée
On peut faire état, d’abord, de l’ampleur des ouvertures hors de l’étude classique de la géographie académique ou institutionnalisée, qui reste cependant un point fort de la recherche (Autour du monde : Jean Brunhes…, 1993 ; Baudelle et al., 2001 ; Berdoulay, 1995 ; Blanc-Pamard, 1991 ; Claval, 1993 ; Claval, Sanguin, 1996 ; Chivallon et al., 1999 ; Dory et al., 1993 ; Knafou, 1997; Orain, thèse, 2001 ; Pumain, Robic, 2002 ; Robic, 2000 ; Robic et al., 1996 ; Sanguin, 1993 ; Staszak, et al., 2001 ; Wolff, thèse). C’est le premier facteur qui a motivé l’idée d’un désenclavement du champ de réflexion.

Ces ouvertures proviennent en premier lieu de regards disciplinaires nouveaux. Le temps n’est plus où seuls des géographes travaillaient sur l’histoire de leur discipline. Nous rencontrons désormais de nombreux historiens, tels Daniel Nordman, Serge Briffaud, Danielle Lecoq, Dominique Lejeune, etc., et souvent des géographes-historiens exemplaires de l’association « histoire-géo » typique de l’organisation scolaire française (Ozouf-Marignier, 1992 ; Histoire/Géographie…, 1998). Mais la discussion se fait aussi avec des philosophes, en des pratiques de longue durée illustrées amplement par les publications de Jean-Marc Besse, et en quelques interrogations plus ponctuelles qui relèvent notamment d’une rencontre avec la phénoménologie. Des littéraires, spécialistes de l’Antiquité (Christian Jacob), de la Renaissance (Franck Lestringant) ou de l’époque contemporaine (Paule Petitier) participent aussi de ces regards extérieurs sur la géographie, armés d’une compétence qui nous éclaire tant sur les traditions grecques que sur la dimension théorique et historique de la cartographie, comme le fait par exemple Christian Jacob (1992), sur les pas de Brian J. Harley. Sociologues tel Laurent Mucchielli, économistes, politistes, ethnologues, ont pu explorer également les interactions entre spécialités.

Ces ouvertures existent aussi parce que la recherche se confronte à des pratiques non-universitaires. L’une des premières dimensions, déjà ancienne, concerne l’histoire de l’enseignement. Elle a été vivement ranimée par suite de la création des Instituts universitaires de formation des maîtres, au début des années 90. A côté de nombreuses thèses consacrées à la didactique de la géographie, plusieurs travaux se sont portés sur le système d’enseignement, qu’il relève de l’école élémentaire ou du secondaire (Chevalier, 2003 et HDR 2003; Clerc, 2002 ; Lefort, 1992 ; Roumegous, 2002), en sortant du seul enseignement classique qui sert en général de référence. Or les formations professionnelles ou « modernes » (par opposition à la formation classique qui valorise l’enseignement des humanités), ont eu partie liée avec les premiers moments de l’enseignement géographique en France, avant même la fameuse Défaite de 1870 dont le traumatisme aurait, selon une vulgate fort critiquable, à lui seul impulsé l’introduction de la géographie dans les programmes scolaires.

Sans viser l’exhaustivité, je signalerai d’autres explorations de pratiques géographiques, telles les recherches sur les formes d’expertise déployées durant les conflits : l’étude de la participation des géographes français à la Grande Guerre (Palsky, 2002) croisent les travaux de collègues allemands (Mehmed, 1995), britanniques (Heffernan, 1994, 1995) et américains (Smith, 2003), ceux aussi des historiens spécialistes des relations internationales (Bariéty, 2002 ; Ter Minassian, 1997), et d’autres qui ouvrent depuis peu des chantiers de recherche sur l’histoire culturelle de la guerre, tout autant que les publications des collègues, géographes ou non, appliqués à l’analyse des identités territoriales en Europe (Boulineau, 2001 ; Walter, 2004)7.

Un croissant intérêt pour l’implication de l’expertise géographique dans les pratiques d’aménagement ou de régionalisation (Baudelle et al., 2001), mobilise aussi par exemple des politistes (Isabelle Couzon, Efi Markou, Philippe Veitl). Une autre pratique, qui a fleuri en Grande-Bretagne pendant la Seconde Guerre mondiale puis aux Etats-Unis, le renseignement, est de celles où le rôle des géographes et de la description géographique est interrogé (Clout, Gosme, 2000 ; Gosme, thèse en cours). Sans oublier un intérêt croissant de jeunes générations de chercheurs pour les modalités de la vulgarisation géographique, qu’elle s’opère par le livre et le magazine (Labinal, Champigny, thèses), ou par des formes de mise en scène de la terre dans les musées, les jardins pédagogiques, les globes (Alavoine, 2003) ou les géoramas (Besse, 2000 et 2003a).

A ces ouvertures à des pratiques géographiques non-académiques s’ajoute une ouverture à de que l’on peut appeler des savoirs géographiques : savoirs de l’espace géographique, savoirs de la production des territoires tels qu’on les soupçonne notamment chez les ingénieurs du XIXe siècle (Verdier, 2002). Il s’agit des ingénieurs créateurs de réseaux, qui conçurent par exemple, à l’instar de Léon Lalanne, tant des réseaux ferrés nationaux que des systèmes de représentation cartographique (Palsky, 1996). Ces savoirs de l’espace peuvent concerner aussi l’officier de Marine engagé, sous l’autorité de l’Académie des Sciences, dans la reconnaissance de l’Océan pacifique (Blais, 2005), ou encore l’officier topographe attaché à la figuration du champ de bataille (Pansini, thèse, 2002).
Enfin j’indiquerai un dernier mode d’ouverture en direction d’une étude historique des expériences géographiques, expériences de l’explorateur par exemple, de sa rencontre avec l’inconnu, de sa découverte de milieux ignorés, de ses contacts avec guides, informateurs, réseaux de marchands, autorités politiques locales – comme l’a étudié notamment Isabelle Surun dans sa thèse. Alors, l’expérience sensible des lieux, le rapport corporel au milieu et les interactions sociales mises en jeu au cours dans ces divers contacts sont au cœur de l’analyse, et les carnets de terrain, les correspondances, les dessins sont mobilisés pour livrer le récit des événements mémorables, des impressions et des désirs exprimés in situ.
3. Des rencontres sur des questions vives et sur des thématiques transversales
La sortie du provincialisme résulte aussi de rencontres liées au partage de questions vives ou de thématiques transversales aux sciences de l’homme. Parmi les premières figurent la question de la ville (Montigny, 1992 ; Berdoulay, Claval, 2001 ; Robic et al., 2003), le thème du paysage (Briffaud, 1994 ; Besse, 2000b), les problèmes de l’environnement (Robic, 1992) et du développement durable (Berdoulay, Soubeyran, 2000 ; Robic, Mathieu, 2001), le processus de mondialisation (Arrault, thèse). Sur chacune de ces questions vives s’opèrent des rencontres entre spécialistes de disciplines différentes.

Des procédures communes de recherche sont parfois mises en place, à l’occasion par exemple de l’analyse d’ouvrages classiques sur la ville, qui a suscité autour du sociologue Christian Topalov et de l’historien Bernard Lepetit une entreprise attentive à bannir la téléologie et à conduire à l’inverse des enquêtes sur la production et la réception de l’œuvre visant un « historicisme réflexif » (Topalov, 2001, p. 307)— sachant que la lecture se fait toujours au présent. Ailleurs, c’est la nature du texte scientifique qui est interrogée dans ses nombreuses variantes (Berthelot, 2003).

Plus généralement, les questions de l’espace et du territoire suscitent des colloques, séminaires, programmes de recherche nationaux et internationaux, en général pluridisciplinaires. Ces travaux très ancrés dans les mobilisations politiques contemporaines autour des problèmes de décentralisation, de réorganisation territoriale dans le cadre européen, ou encore de recomposition des identités locale et nationale, menés par exemple à l’instigation de Marie-Vic Ozouf-Marignier à l’Ecole des hautes études en sciences sociales, supposent coopérations internationales et interprétations pluridisciplinaires. Histoire des représentations paysagères, des représentations des frontières ou des découpages régionaux et des emboîtements d’échelles, prennent sens dans des histoires croisées où les contributions spécifiques de la géographie sont interrogées.

C’est une approche transdisciplinaire qui nourrit enfin des recherches historiques récentes attachées non pas à des notions, non pas à des disciplines particulières, mais à des styles ou à des modalités du travail scientifique ou de l’activité intellectuelle. Je veux évoquer par là ces deux thèmes de recherche collective, très mobilisateurs depuis quelques années, que sont le terrain et le projet. L’histoire de la géographie se trouve engagée dans ces deux directions. Elle rejoint dans une approche commune l’étude des pratiques cognitives qui s’ancrent dans le voyage, l’enquête, la collecte, la collection, etc. En une configuration nouvelle autour de la notion de terrain, elle rejoint tant l’histoire des disciplines naturalistes que celle de l’enquête sociale (Blanckaert, 1999 ; Bourguet et al., 2002 ; Chabaud et al., 2000)8. Elle peut aussi rejoindre l’étude de pratiques artistiques contemporaines, comme le Land Art. Un auteur emblématique de ces convergences serait Alexandre de Humboldt.

En direction du projet, et toutes disciplines confondues, les historiens se rassemblent autour de l’étude de spécialités comme le paysagisme (Briffaud, 1994 ; Besse, 2000a, 2001), l’urbanisme (Berdoulay, Soubeyran, 2002), l’architecture, ou encore le projet urbain (Pousin, 2005) ou le projet de territoire9.


4. Hors de l’Hexagone et à la rencontre des subaltern studies
En quatrième lieu, un désenclavement d’ordre géographique s’est opéré par une sortie de l’Hexagone et le développement de recherches s’attachant à la question de la rencontre coloniale. Sortie de l’Hexagone, avec une propension récente, mineure par rapport à l’ensemble des travaux mais néanmoins réelle, à conduire des recherches sur des traditions étrangères, telle la pratique du renseignement évoquée ci-dessus, à se pencher sur les échanges internationaux, qu’il s’agisse des relations organisées dans le cadre des congrès internationaux (Robic et al., 1996), ou du tissage de réseaux d’influence destinés à asseoir une prééminence culturelle ou personnelle, comme l’ont fait un Pierre Deffontaines (Delfosse, 1998, ), un Pierre Monbeig (Angotti-Salgueiro, 2002), ou un Emmanuel de Martonne (Delfosse, 2001 ; Gómez Mendoza, 2001)10. Une interrogation sur l’émergence de la géographie à la Renaissance englobe d’emblée une science européenne et des réseaux intellectuels et religieux courant de la Flandre à l’Italie (Besse, 2003b). Les recherches portant sur les explorations de la fin du XVIIIe siècle et du XIXe siècle (Blais, 2005 ; Surun, 1998), sur les entreprises de colonisation (Bruneau, Dory, 1994) et sur la construction de savoirs scientifiques relevant d’ « aires culturelles », tel l’africanisme (Sibeud, 2002 ; Suremain, 2004), s’engagent dans l’examen d’expériences géographiques affrontées à l’inconnu et à l’altérité, et souvent, dans l’examen d’interactions multiples entre les acteurs de ces explorations.

Trop peu développée, la question de la science coloniale ou plutôt des savoirs coloniaux est devenue depuis peu à l’ordre du jour. Sur cette thématique « Science and Empire » déjà abordée sporadiquement au début des années 90, avec beaucoup moins de systématisme que dans le monde anglo-saxon, une monumentale thèse sur les savoirs coloniaux appliqués à l’Indochine a été soutenue en 2004 (Thomas, thèse, et 2004). Elle envisage frontalement les discontinuités et les relations d’hybridation qui ont pu s’opérer entre des savoirs occidentaux et les savoirs locaux qui se sont confrontés à propos de la gestion forestière et, pour ce faire, elle s’interroge d’emblée sur les modèles épistémologiques et historiographiques utilisables11.

De même, mais avec plus ou moins de systématisme, les recherches nouvelles manifestant une curiosité pour les activités géographiques non-académiques, pour les implications de la géographie dans des débats relevant d’enjeux contemporains et pour la rencontre entre savoirs relevant de socles culturels différents, se sont fondées sur des modèles d’analyse permettant de mieux fonder en méthode et en compétence l’activité réflexive appliquée à ces pratiques et savoirs géographiques pluriels.

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