Centenaire de la "libération" de l’Algérie. Page 216





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Histoire 1re



Étude d’œuvre


Centenaire de la "libération" de l’Algérie.

Page 216




Auteur

HUEN Victor (dessin), pour les Imageries Réunies de Jarville (lithographie), Nancy.


Titre

Centenaire de la "libération" de l’Algérie.

Dimensions

-

Date de création

1930

Matière de l’œuvre

Image d’Epinal.

Lieu de conservation

Archives d’Outre-mer, Aix-en-Provence, France.

Précisions 

L’œuvre est une des nombreuses productions de l’imagerie de propagande coloniale réalisées à l’occasion des manifestations célébrant le centenaire de la conquête de l’Algérie par la France, du 1e janvier au 30 juin 1930 et précédant d’un an la grande exposition coloniale internationale de Paris, apothéose du colonialisme français.

Crédits

© Imagerie Jarville, Nancy 1930/ANOM


Présentation


« La colonisation a donné lieu à une abondante production d’images. Celle-ci est une des nombreuses images de propagande coloniale réalisées à l’occasion des manifestations célébrant, en France et en Algérie, le centenaire de la conquête de l’Algérie par la France (1830). Elles se déroulèrent du 1e janvier au 30 juin 1930, précédant d’un an la grande exposition coloniale internationale de Paris, apothéose du colonialisme français.

L’image porte la signature de Victor Huen (1874-1939) qui est l’auteur du dessin à partir duquel la reproduction a été faite.

C’était un peintre de réputation modeste, spécialiste des scènes militaires. Il était très soucieux de détail, dans la tradition de l’art académique. Il fut surtout un bon dessinateur, employé par les ateliers d’imprimerie d’images populaires (affiches, cartes postales, images pour enfants, publicités...), comme ici les « Imageries Réunies de Jarville » à Nancy. L’image porte également leur signature.

L’expression « image d’Epinal » est l’expression générique pour désigner ce type d’image populaire très répandu au XIXe et début XXe car c’était la spécialité de la ville d’Epinal.

Le dessin de Victor Huen est reproduit par le procédé de la lithographie qui permet de reproduire des sujets à moindre coût et en grande quantité. A la différence des procédés de gravure traditionnels pour lesquels le support (bois ou métal) était creusé (au burin ou par des procédés chimiques), la lithographie est une technique qui consiste à dessiner à la surface du support (une pierre calcaire) et à utiliser un processus chimique simple pour obtenir l’image à imprimer. La technique date de la fin du XVIIIe siècle, inventée par un auteur dramatique qui cherchait un moyen économique de reproduire ses textes, Aloïs Senefelder. »

Composition


Plans 


« Victor Huen a construit son image de façon classique, en trois plans successifs :

  • Un premier plan est occupé par toute une série d’objets et d’éléments symboliques des activités qui unissent la France et l’Algérie. De gauche à droite, on peut distinguer un globe et des livres, des pièces de tissu, une masse, des éléments d’engrenage, une pelle, des grappes de raisin, une gerbe de céréales, une charrue, des moutons.

  • La partie centrale du dessin, au second plan, est celle qui occupe l’essentiel de l’espace et qui est au cœur du message véhiculé par l’image : on peut voir des groupes de personnages, organisés autour de la figure centrale de l’allégorie de la France, juchée sur une sorte de trône et qui domine l’ensemble de la composition. De gauche à droite : une infirmière, un magistrat, deux enfants, un soldat, un algérien, un colon européen, un autre algérien.

  • Enfin, à l’arrière, un troisième plan constitue un décor simple, avec un effet de perspective pour attirer l’œil vers la partie centrale : des bateaux à quai que l’on charge et décharge de marchandises, la mer. Dans l’angle droit, un bâtiment à la toiture en forme de coupole qui évoque l’architecture locale du Maghreb, un arbre qui évoque vaguement un palmier.»

Couleurs 


« Dès les débuts de la lithographie, à la fin du XVIIIe siècle, se posa la question de la couleur : les débuts furent hésitants avec la nécessité d’utiliser plusieurs pierres (voir calque « Présentation ») comme support, une pour chaque couleur. C’est un lithographe français, Godefroy Engelmann, qui ouvrit au début du XIXe siècle la voie vers des techniques plus complexes pour obtenir des images en couleur : on parla alors de chromolithographies. Leur succès et leur diffusion en grand nombre les fit désigner avec mépris sous le diminutif de « chromos ». Le procédé d’impression repose sur les multiples nuances possibles que l’on peut obtenir à partir des trois couleurs primaires (bleu, jaune et rouge) auxquelles on ajoute le noir : c’est ce que l’on nomme la quadrichromie.

On voit bien ici la médiocre qualité de l’image dont les couleurs sont pour le moins simples : sont utilisées directement les couleurs primaires plus quelques touches de vert et de marron. La piètre qualité de l’image se retrouve également dans les nombreux petits défauts de superposition des couches de couleurs sur le dessin.

Le but n’est manifestement pas d’utiliser les couleurs pour produire une œuvre de qualité mais dans un but symbolique, facilement identifiable :

  • Couleurs de la France, bleu/blanc/rouge

  • Couleurs qui évoquent les particularités idéalisées d’une Algérie méditerranéenne (jaune : soleil ; bleuté pâle du ciel) et agricole (vert : feuilles de la vigne, palme qui symbolise l’abondance).»

Textes


« Au-delà de l’image elle-même qui est construite et mise en couleur de façon simple, des éléments de texte viennent la compléter, éclairer le message de propagande. Il s’agit de bien se faire comprendre par des « lecteurs », si l’on peut dire, qu’il s’agit d’éduquer :

  • On l’a vu (calque « Présentation »), l’œuvre porte une double signature, celle de l’atelier de lithographie et celle du dessinateur, gages d’une relative qualité (dans un contexte de concurrence entre les ateliers d’imprimerie : Epinal, Nancy…)

  • Surtout, le dessin porte un titre, bien visible, qui permet de situer, dans le temps et l’espace, l’événement symboliquement représenté : la conquête de l’Algérie par la France un siècle plus tôt, en 1830. L’image est diffusée dans le contexte des commémorations qui ont lieu du 1er janvier au 30 juin 1930, des deux côtés de la Méditerranée.

  • Le message est aussi diffusé par deux courts messages intégrés à l’image. L’un est facilement lisible, sur un rouleau de papier tenu par le magistrat : « Le droit, la Loi, la Justice ». L’autre, sur le livre que tiennent les deux enfants, nécessite de faire l’effort de curiosité pour manipuler l’image pour lire le début d’un abécédaire et le début d’une phrase, « La France est mère… »

  • Enfin, cette image d’Epinal était accompagnée d’un texte de quelques lignes dont le but était de compléter le message diffusé :

« Avant 1830, l'Algérie, province nominale de l'Empire turc, était un pays sauvage en pleine anarchie où une population de 1 million d'habitants vivait dans la plus grande misère, exploitée par des chefs cupides et barbares.

Depuis cette date, la France y a planté son drapeau et, en libérant ses populations, en a fait une véritable province française florissante où 5 millions d'indigènes profitent de tous les bienfaits de la civilisation à côté des Français avec qui ils vivent dans la plus grande union affectueuse et le même amour pour leur commune patrie qui répand également sur tous sa généreuse bonté.

1930 sera donc l'anniversaire d'un grand jour pour l'Algérie qui, sous l'impulsion d'un chef éminent, le Gouverneur général Pierre Bordes, continuera dans le travail fécondateur et l'union de tous les cœurs sa marche ascendante vers son idéal de civilisation française, de paix et de fraternité. »

Interprétations


L’imaginaire 


« Un décor placé en arrière plan est composé d’une sélection d’éléments destinés à exalter l’imaginaire de celui qui regarde l’image. Chaque élément renvoie à une vision idyllique d’une Algérie exotique, terre méditerranéenne de soleil, si différente de la métropole :

  • La mer, au loin mais bien au centre de la composition.

  • Le ciel bleu.

  • Des navires à voile, évocation, en 1930, d’un mode de transport qui disparaît et qui tranche avec la modernité des engrenages au premier plan.

  • Le palmier et le bâtiment, à droite, aux formes et à la blancheur évocatrices d’un autre monde.

  • Le gardien de moutons dans sa djellaba.

La couleur jaune qui illumine par touches la scène centrale accentue l’évocation inconsciente du climat méditerranéen : une Algérie rêvée, terre de soleil, de chaleur … Une terre d’abondance aussi : le dessinateur insiste, par des symboles classiques, sur l’imaginaire d’un pays de cocagne avec les grappes de raisin, les gerbes de blé, la palme portée par l’allégorie de la France.»


La propagande 


« Dans ce cadre idéalisé (calque « l’imaginaire ») d’une Algérie heureuse, le cœur du message que l’image est destinée à transmettre est celui d’une complémentarité harmonieuse entre la métropole et sa colonie :

  • Les éléments du premier plan évoquent les apports mutuels de richesses économiques et culturels. La France apporte sa culture (l’éducation évoquée par les livres), l’ouverture au monde (le globe), ses produits industriels et manufacturés, gages de modernisation (engrenages, outils, pièces de tissu). L’Algérie apporte la richesse de sa terre méditerranéenne : céréales, vigne, élevage.

  • L’organisation des personnages allégoriques en couples accentuent le message d’une harmonie, d’une fraternité née de cette complémentarité : le travail (les deux paysans : un colon français, bien « gaulois » avec sa moustache, et un fellah autochtone), la culture (les deux enfants et leur livre qui leur parle de la « mère » patrie), les institutions d’un Etat de droit (le magistrat et l’infirmière mais aussi Marianne et le soldat : la justice, la santé, l’ordre, le pouvoir).

  • L’harmonie qui règne est le résultat de la protection bienveillante du personnage qui domine, sur son trône, la scène : l’allégorie de la France ; une France républicaine (bonnet phrygien) qui déverse ses valeurs bienfaitrices, elle aussi tout à la fois drapée dans le drapeau français et dans un tissu jaune vif, évocateur de l’Algérie ensoleillée. »

Dans cette logique, l’image justifie la politique d’intégration de l’Algérie à la France entre 1830 et 1930 (le littoral de l’Algérie a été transformé en trois départements dès 1848) comme la conséquence logique d’une volonté commune et d’un intérêt mutuel.


Le mythe


« Le message de propagande d’une union affectueuse entre la France et l’Algérie, diffusé ici de façon qui peut sembler anodine, constitue une véritable réécriture de l’Histoire et témoigne de la volonté de ses commanditaires (commande dans le cadre des célébrations du centenaire) de construire le mythe d’une Algérie française heureuse bien éloigné de la réalité historique :

  • Le titre tout d’abord, « centenaire de la -libération- de l’Algérie » n’est pas anodin. Il renvoie à l’idée que l’intervention française en 1830, sous Charles X, a libéré les algériens de la domination turque (l’Algérie était un protectorat de l’Empire Ottoman) mais il passe sous silence l’extrême violence, la difficulté avec laquelle elle s’est faite. La « libération » a été en réalité une « conquête » puis une « annexion ».

  • L’harmonie entre les « couples » de l’image n’a rien à voir avec la réalité : depuis le XIXe siècle, le statut de l’indigénat sépare très clairement les Européens qui s’installent, nombreux, en Algérie et les Algériens d’origine (autochtones). Pour les uns, une citoyenneté complète, pour les autres la nationalité française mais l’absence de citoyenneté (statut spécifique qui en fait des Français de seconde zone).

  • L’entente qui semble régner entre les deux paysans (poignée de main, bras sur l’épaule, regards dirigés vers la France) est particulièrement caricaturale et éloignée de la réalité. La conquête de l’Algérie s’est accompagnée d’une spoliation systématique des terres par la France au détriment des fellahs algériens et au profit des colons (comme, par exemple, en 1871 en Kabylie).

  • Le soldat porteur du drapeau, lui aussi, évoque la participation des Algériens à la guerre de 14-18, leur adhésion aux valeurs de la France mais ne reflète pas la déception qui en a suivi avec le maintien d’une domination autoritaire de la France.

  • Il est à noter d’ailleurs que le fait que l’égalité et la fraternité ne soient qu’apparentes transparaît dans l’image en en faisant une lecture attentive : la France domine sur son trône, son binôme figé au garde-à-vous et le fellah qui garde ses moutons à l’arrière plan, sur des terres qui ne sont plus à lui, ne semble guère concerné par l’harmonie qui règne. Volontairement ou involontairement, quelques éléments « subversifs » qui donnent finalement un peu de profondeur à une image de propagande bien caricaturale par ailleurs. »



© Magnard 2011 Page sur

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