C1 : Soka gakkai ja2 20H, 22/07/1988





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4: Bouddhisme et secte

4.1. Analyse de l’ensemble des JT

Nous trouvons trois journaux télévisés parlant de la « secte » en une relation avec le Bouddhisme. Deux entre d’eux (C1 et C3) traitent de la Sôka Gakkai, l’organisation bouddhiste laïque dont les pratiques religieuses et le socle doctrinal reposent sur les enseignements de Nichiren, moine bouddhiste japonais du XIIIe siècle1. Nous n’avions pas évoqué ce mouvement dans la deuxième partie décrivant tous les courants bouddhiques en France. En effet, la Sōka Gakkai est considérée par plusieurs rapports parlementaires, comme une secte et ne fait pas partie de l'Union Bouddhiste de France (UBF) regroupant les écoles de toutes obédiences, qui, malgré leurs différences, se reconnaissent entre elles.

Il est intéressant de noter que les deux reportages (C1 et C3) présentés dans deux chaînes différentes, avec trois ans d’écarts, nous livrent les différentes mises en scène et le ton de la présentation que nous analyserons plus loin.

Pour un autre, le JT C2, intitulé « Secte » (JA2 20H, 29/05/1991), traite la communauté de l’Aumisme, qui est également le sujet du JT A2 : L’ashram (JA2, 20H, 15.08.1982), dans le groupe Bouddhisme et les vacances, précédemment étudié. Il sera également intéressant de comparer ces deux JT, diffusés à 9 ans d’intervalle et traités sous deux tons différents.

C1 : Soka gakkai (JA2 20H, 22/07/1988)
Avant d’analyser ce JT, il est intéressant de noter qu’il a été présenté le 22 juillet 1988, alors que la chaîne 2 a été amputée d’un reportage sur le Soka Gakkai, présenté comme un exemple de secte pour l’émission « Edition spéciale », le 7 juillet. 2 Dans ce contexte, nous comprenons mieux les raisons de la construction de ce reportage.


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Présentateur : « Nous vous présentons maintenant le reportage consacré aux sectes et leur influence. Nous prenons le risque de présenter cette enquête. Pourquoi ce risque ? Elie Vannier »


Le présentateur introduit aux téléspectateurs le message principal du reportage, presque déjà conclu, «le reportage consacré aux sectes et leur influence ». Néanmoins,   il tente de justifier son choix en renvoyant l’explication plus approfondie au directeur de l’information.


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Elie Vannier (Directeur de l’Information) :

« D’abord, c’est notre métier. Nous sommes journalistes. Et nous devons présenter le plus complètement possible à nos téléspectateurs. Parce qu’il s’agit de position de principe. En effet, si un individu ou un groupe accepte de nous donner une interview, nous estimons que cet accord est irrévocable. Nous respectons la loi qui protège les droits de la personne, mais à côté de cette loi existe la déontologie propre à notre profession. Les ignorer reviendrait à mettre en cause une des libertés essentielles de la société démocratique, la liberté de la presse. Nous ne parlons pas de secte. Même ce mot a un sens différent selon des pays. Au Japon, par exemple, une secte est un groupe religieux existant dans une famille spirituelle celle du shintoïsme, du Bouddhisme.
Le Japon justement de plus en plus présente en France, par ses exportations et ses investissements. Son influence apparaît aussi dans la culture et à travers l’organisation comme Soka Gakkai à laquelle François Dubré a consacré un excellent reportage ».

En légitimant son choix, le directeur de l’information joue avec les mots et les phrases par crainte d’un procès en diffamation de l’organisation Soka Gakkai : « Nous ne parlons pas de secte » alors que le présentateur a déclaré « Nous vous présentons maintenant un reportage consacré aux sectes et à leur influence. » De plus, il continue à suggérer, sans être explicite, aux téléspectateurs, avec la même technique. D’abord, entrer dans le sujet par un exemple de la définition du mot « secte » au Japon. Et la suite du commentaire concerne le Japon et ses investissements en France ainsi que ses cultures dont l’organisation Soka Gakka. Néanmoins, avec les opérateurs linguistiques comme « justement de plus en plus présente en France » et « son influence » pourraient soulever le sentiment du patriotisme chez les téléspectateurs français.

Le reportage montre deux parcours différents des membres de l’organisation : un couple avec un enfant et une pédiatre. Le JT présente les profils socioprofessionnels de ces deux témoins. Deux courtes séquences présentent leur vie quotidienne.

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Commentaire Voix-off : « 8 heures du matin dans un immeuble moderne dans le 15 arrondissement Paris. Monsieur et Madame Chesnel se lèvent. Une journée comme les autres commencent. Madame Chesnel est professeur d’espagnol dans un lycée dans la région parisienne. Monsieur Chesnel est un employeur de la Chambre de Commerce à Paris. Il est chargé d’information des cadres de plus de 300 sociétés industrielles. »
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Commentaire Voix-off :

« 8h30 de l’autre côté de la capitale, Marie- Claude Angelique pédiatre reçoit le premier client dans le cabinet qu’elle vient d’ouvrir. Cet après-midi elle ira travailler dans un hôpital parisien. »
Avant de passer à la séquence de « révélation » de la pratique du Soka Gakkai, le commentaire continue à décrire que les situations sociales des deux témoins sont différentes. Ils sont « normaux ». « Ils vivent, travaillent, se distraient comme des milliers d’autres parisiens ». Néanmoins, cette dernière phrase suggère déjà inconsciemment aux téléspectateurs que ce qui va être présenté à la suite ne relève pas de la normalité.
La séquence suivante représente une mise en scène de la pratique du gongyo (récitation d'extraits du Sûtra du Lotus et de Nam Myoho Renge Kyo). Cette séquence illustre un commentaire voix-off donnant l’information sur l’heure (18h30), le lieu (l’église bouddhiste française), la durée (20 minutes), et la méthode (prière d’une seule phrase) et le résultat de la pratique, «paraît-il donner une énergie, une force vitale, protégeant du malheur et guérissant les maladies ».

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La mise en scène de la pratique
La dernière phrase du commentaire, le mot «paraît-il» montre que le commentateur ne croit pas pleinement à ce résultat. Il soulève tout de suite un débat par une question « Comment des gens comme eux parfaitement intégrer dans la vie sociale et professionnelle peuvent-ils croire qu’une répétition d’une phrase peut atteindre un tel résultat ? »
La suite de reportage laisse la place aux interviews des témoins pour justifier leur croyance et le résultat concret de cette pratique.



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Mme Chesnel : « Le fait de réciter cette phrase révéle en nous un état de Bouddha. »



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M. Chesnel :

« Comment une phrase Nam Myoho Renge Kyo peut-elle engendrer cette nature ? C’est vrai c’est un côté mystique. Ça je ne renie pas, c’est vrai. C’est un moyen d’utiliser une sagesse orientale entre guillemets dans l’univers occidental, il faut avouer que c’est très matérialiste et renforce sa vie intérieure ».


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Marie-Claude Angelique :

« …..Ma mère, par exemple d’ailleurs, elle accepte que j’en parle devant vous. Elle avait une maladie mentale grave, considérée par le médecin et attendait sa mort. Elle l’a pratiquée pendant un an et demi. Vous avez vu le médecin ne comprend pas. Moi non plus, mais je suis heureuse qu’elle soit comme ça »


Nous trouvons ensuite l’information dans le même sens pour justifier leurs actions par deux plans d’interviews de Mme Chesnel,qui explique que ce fait lui permet de mener une vie à la fois laïque (travail, famille) et sacré (la prière) sans être coupée du monde réel. Marie-Claude Angelique reconnaît que cette prière est un moyen d’harmoniser le « fond » des pratiquants malgré la différence, leur apparence externe ou leur état intérieur.
En laissant parler les témoins de points de vue positifs de Soka gakkai, le JT reprend le modèle argumentatif avec le plan d’un homme accompagné d’un commentaire Voix-Off.


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Commentaire Voix-Off :

« Premier détail surprenant, nous n’avons jamais rencontré un membre de Nichiren Shoshu hors de la présence du dirigeant de l’association. Il n’y pas une crainte une fois d’être manipuler ? »



Le témoin, Marie-Claude Angelique, répond à cette question qui ne surprend pas les téléspectateurs : « Pas du tout. A l’inverse de manipulation, au contraire, je me sens de plus en plus libre. Oui c’est le mot, c’est la liberté. »
Le reportage continue son enquête pour connaître l’organisation Soka gakkai plus en détail en montrant la séquence du lieu de la pratique collective de la prière.
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Le commentaire voix-off précise que le siège de l’organisation se situe à Sceaux et décrit que « Régulièrement plusieurs centaines de membres s’y retrouvent le soir pour répéter éternellement la même phrase miraculeuse. »
L’adverbe «éternellement » et l’adjectif « miraculeuse » employés dans le reportage reflète l’exagération de la part du journaliste vis-à-vis de cette communauté et la rendent moins crédible.
La séquence (les images ci-dessous) suivante montre une succession de gros plans focalisés sur les visages ou une partie des visages des participants. Ce qui accentue l’idée de concentration et de détermination des pratiquants. Nous trouvons également les deux témoins, interviewés dès le début du reportage, ainsi que le responsable du mouvement, qui surveille tous les interviews, accordés au journaliste.
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Après avoir montré le contexte spatial et la pratique au sein du siège de l’organisation, le reportage présente ensuite le contexte socio-historique ainsi que les catégories socioprofessionnelles des membres par un commentaire voix-off et un montage d’images d’archives. Nous constatons le ton ironique du commentaire (ci-dessous), par exemple, l’utilisation d’adjectif « prospère » après le mot « association ». Le commentaire emploie la méthode argumentative par la phrase « parfaitement intégrer dans la société, c’est bien le problème ».
Commentaire en Voix-Off :

« Nichiren Shoshu est une association prospère en France. Et ses membres sont plus de 6,000 en général ce sont des cadres ou des membres de professions libérales avec les moyennes d’âge 30-35 ans. Rien avoir avec les sectes regroupant les illuminés à la recherche d’une mythique exotique. Ce sont des gens sérieux, compétents, actifs, parfaitement intégré dans la société. »
Parfaitement intégré dans la société, c’est bien là le problème. Cet homme qui ne veut pas montrer son visage a passé ces 5 dernières années à étudier le Nichiren Shoshu, ses publications, et sa stratégie. »


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Pour illustrer ce commentaire, le journaliste se met en scène face à l’homme anonymat présumé avoir étudié tous les aspects de l’organisation Nichiren Shoshu.

Un plan sur la couverture d’un livre, intitulé en Anglais « I denounce Soka Gakkai » a été choisi pour illustrer le commentaire « Pour lui, cela ne fait aucune doute, l’activité de Nichiren Shoshu Français fait partie d’un vaste plan destiné à implanter dans le monde entier une idéologie intolérante et impérialiste. »
Néanmoins, du point de vue des téléspectateurs, il est difficile de comprendre si cet homme est l’auteur du livre. Si oui, le fait que cet homme veut donner une interview sans se dévoiler n’a donc plus aucun sens.
La suite du commentaire « Un des moyens utilisés par le Soka gakkai pour se faire accepter, c’est son musée. » énonce une nouvelle piste à enquêter. Comment cette organisation est-elle perçue dans l’espace publique ?
Les informations dans la séquence suivante, montrent un lieu avec vue de l’extérieur du musée, mais, l’on ne sait pas où exactement. Le commentaire précise que c’est ce musée parisien où expose les œuvres venues du Musée Fuji de Tokyo et présente un ton dubitatif par une question « Quels sont les meilleurs moyens pour être reçu par la municipalité ? Ou par les hommes politiques. C’est ainsi Monsieur Ikeda son directeur international a été vu avec Jacques Chirac ou du Président Reagan. Et à chaque fois M. Ikeda n’oublie pas de s’exposer parmi les toiles ou les estampes un message en apparence anodin de paix universelle et d’amour. »
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Nous remarquons que le denier plan de cette séquence montrant la signature de Monsieur IKEDA est accompagné par le commentaire voix-off utilisant un ton ironique en employant les mots «en apparence anodin ».
La séquence suivante porte sur l’interview de Philippe Paquet, Porte-parole de la NSF (Nishiren Shoshu Française) qui précise que la NSF est une association autonome financièrement et administrativement de la Soka gakkai. Le journaliste le laisse continuer à justifier la valeur du patriotisme de l’organisation : « Nous sommes une association française, organisée par les Français avec des activités françaises ». Tout de suite, le scénario est controversé par le propos du journaliste concernant l’histoire de l’acquisition du château, proche d’un centre nucléaire, soupçonné être un centre d’espionnage industriel.

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La suite de la séquence est le jeu entre l’accusateur (le journaliste) et la défense (le porte-parole de la NSF) à travers l’interview.
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