Des animaux et des Académiciens





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« En Ecoute Facile »

Des animaux et des Académiciens

LA BALEINE

Evoquée par Jules Michelet dans son ouvrage « la Mer », Livre II la Genèse de la mer, chapitre XII 

Danielle Jeanne : Bonjour Virginia, aujourd’hui nous évoquerons pour nos auditeurs, un mammifère marin : la baleine !

Virginia Crespeau : et quel auteur avez-vous choisi ?

Danielle Jeanne : Jules Michelet ! Cela vous surprend, n’est-ce pas ?

Virginia Crespeau : En effet, je connais Jules Michelet l’historien du XIX° siècle. Il a consacré 30 années de sa vie à rédiger une monumentale Histoire de France qui selon Taine « est vraiment l’épopée lyrique de la France ». Nous avons d’ailleurs récemment évoqué cet académicien au cours d’une émission de Canal Académie sur Louis XIV. Michelet, c’est l’écrivain engagé, partial par moment et qui « n’oublie pas qu’il est sorti du peuple, ce peuple dont il fera le grand acteur de l’histoire de la France ».

Danielle Jeanne : Michelet, c’est aussi un poète qui cherche dans la nature son inspiration. Il publie successivement l’Oiseau en 1856, l’Insecte en 1857, la Mer en1861, enfin la Montagne en 1864. Ces pages sur la nature et les animaux sont à la fois très lyriques et d’une grande justesse, en particulier quand il s’agit de décrire les mœurs de nos « frères inférieurs ». En effet, pour Michelet les animaux sont de véritables personnes.

Virginia Crespeau : Ecoutons ensemble quelques extraits tirés de la Mer et consacrés à la baleine.

Danielle Jeanne : «  Le pêcheur, attardé dans les nuits de la mer du Nord, voit une île, un écueil, comme un dos de montagne, qui plane, énorme, sur les flots. Il y enfonce l'ancre... L'île fuit et l'emporte. Léviathan fut cet écueil. » (Milton.)

Erreur trop naturelle, Dumont D’Urville y fut trompé. Il voyait au loin des brisants, un remous tout autour. En avançant, des taches blanches semblaient désigner un rocher. Autour de ce banc l'hirondelle et l'oiseau des tempêtes, le pétrel, se jouaient, s'ébattaient, tournoyaient. Le rocher surnageait, vénérable d'antiquité, tout gris de coronules, de coquilles et de madrépores. Mais la masse se meut. Deux énormes jets d'eau, qui partent de son front, révèlent la baleine éveillée.

L'habitant d'une autre planète qui descendrait sur la nôtre en ballon, et, d'une grande hauteur observerait la surface du globe, voulant savoir s'il est peuplé, dirait : «  Les seuls êtres qu'il m'est donné de découvrir ici sont d'assez belle taille, de cent à deux cents pieds de long ; leurs bras n'ont que vingt-quatre pieds, mais leur superbe queue, de trente, bat royalement la mer, la maîtrise, les fait avancer avec une rapidité, une aisance majestueuse, auxquelles on reconnaît très bien les souverains de la planète. »

Et il ajouterait : « Il est fâcheux que la partie solide de ce globe soit déserte, on n'ait que des animalcules trop petits pour qu'on les distingue. La mer seule est habitée, et d'une race bonne et douce. La famille y est en honneur, la mère allaite avec tendresse, et quoique ses bras soient bien courts, elle trouve moyen, dans la tempête, de serrer contre elle-même et de protéger son petit. »

../Ils vont ensemble volontiers. On les voyait jadis naviguer deux à deux, parfois en grandes familles de dix ou douze, dans les mers solitaires. Rien n'était magnifique comme ces grandes flottes, parfois illuminées de leur phosphorescence, lançant des colonnes d'eau de trente à quarante pieds qui, dans les mers polaires, montaient fumantes. Ils approchaient paisibles, curieux, regardant le vaisseau comme un frère d'espèce nouvelle ; ils y prenaient plaisir, faisaient fête au nouveau venu. Dans leurs jeux ils se mettaient droits et retombaient de leur hauteur, à grand fracas, faisant un gouffre bouillonnant. Leur familiarité allait jusqu'à toucher le navire, les canots. Confiance imprudente, trompée si cruellement ! En moins d'un siècle, la grande espèce de la baleine a presque disparu.

Leurs mœurs, leur organisation, sont celles de nos herbivores. Comme les ruminants, ils ont une succession d'estomacs où s'élabore la nourriture ; les dents leur sont peu nécessaires, ils n'en ont pas. Ils paissent aisément les vivantes prairies de la mer ; j'entends les fucus gigantesques, doux et gélatineux ; j'entends des couches d'infusoires, des bancs d'atomes imperceptibles. Pour de tels aliments, la chasse n'est pas nécessaire. N'ayant nulle occasion de guerre, ils ont été dispensés de se faire les affreuses mâchoires et les scies, ces instruments de mort et de supplice, que le requin et tant de bêtes faibles ont acquis à force de meurtres. Ils ne poursuivent point. (Boitard.) C'est l'aliment plutôt qui va à eux, apporté par le flot. Innocents et paisibles, ils engouffrent un monde à peine organisé qui meurt avant d'avoir vécu, passe endormi à ce creuset de l'universel changement.

Virginia Crespeau : Comme chez les humains, les baleines connaissent l’amour, l’enfantement.

« … La femelle porte neuf mois. Son agréable lait, un peu sucré, a la tiède douceur du lait de femme. Mais, comme elle doit toujours fendre la vague, des mamelles en avant, placées sur la poitrine, exposeraient l'enfant à tous les chocs ; elles ont fui un peu plus bas, dans un lieu plus paisible, au ventre d'où il est sorti. Le petit s'y abrite, profite du flot déjà brisé.

La forme de vaisseau, inhérente à une telle vie, resserre la mère à la ceinture et ne lui permet pas d'avoir la riche ceinture de la femme, ce miracle adorable d'une vie posée, assise et harmonique, où tout se fond dans la tendresse. Celle-ci, la grande femme de mer, quelque tendre qu'elle soit, est forcée de faire tout dépendre de son combat contre les flots. Du reste, l'organisme est le même sous cet étrange masque ; même forme, même sensibilité. Poisson dessus, femme dessous.

…/L'amour, chez eux, soumis à des conditions difficiles, veut un lieu de profonde paix. Ainsi que le noble éléphant, qui craint les yeux profanes, la baleine n'aime qu'au désert. Le rendez-vous est vers les pôles, aux anses solitaires du Groenland, aux brouillards de Behring, sans doute aussi dans la mer tiède qu'on a trouvée près du pôle même…/

../Ce qui rend cet hymen touchant et grave, c'est qu'il y faut l'expresse volonté. Ils n'ont pas l'arme tyrannique du requin, ces attaches qui maîtrisent le plus faible. Au contraire, leurs fourreaux glissants les séparent, les éloignent. Ils se fuient malgré eux, échappent, par ce désespérant obstacle. Dans un si grand accord, on dirait un combat. Des baleiniers prétendent avoir eu ce spectacle unique. Les amants, d'un brûlant transport, par instant, dressés et debout, comme les deux tours de Notre-Dame, gémissant de leurs bras trop courts, entreprenaient de s'embrasser. Ils retombaient d'un poids immense... L'ours et l'homme fuyaient épouvantés de leurs soupirs.

../L'amour furtif, si difficile, l'allaitement au roulis des tempêtes entre l'asphyxie et le naufrage, les deux grands actes de la vie presque impossibles, se faisant par effort et par volonté héroïques ! – Quelles conditions d'existence !

La mère n'a jamais qu'un petit, et c'est beaucoup. Elle et lui sont tiraillés par trois choses : le travail de la nage, l'allaitement et la fatale nécessité de remonter ! L'éducation, c'est un combat. Battu, roulé de l'Océan, l'enfant prend le lait comme au vol, quand la mère peut se coucher de côté. Elle est, dans ce devoir, admirable d'élan. Elle sait qu'en son petit effort pour téter, il lâcherait prise. Dans cet acte où la femme est passive, laisse faire l'enfant, la baleine est active. Profitant du moment, par un puissant piston elle lui lance un tonneau de lait.

Le mâle la quitte peu. Leur embarras est grand, quand le pêcheur féroce les attaque dans leur enfant. On harponne le petit pour les faire suivre, et en effet ils font d'incroyables efforts pour le sauver, pour l'entraîner ; ils remontent, s'exposent aux coups pour le ramener à la surface et le faire respirer. Mort, ils le défendent encore. Pouvant plonger et échapper, ils restent sur les eaux en plein péril pour suivre le petit corps flottant ! »

Virginia Crespeau : Michelet constate que nous sommes bien forcés de tuer pour obtenir notre nourriture : «  Nos dents, notre estomac démontrent que c’est notre fatalité d’avoir besoin de la mort » ; Marguerite Yourcenar disait qu’il nous fallait « digérer des agonies ». Michelet ajoute : « Nous devons compenser cela en multipliant la vie ». Alors Michel se montre très moderne et visionnaire : il réclame « pour les espèces en voie de disparition, surtout pour la baleine, l’animal le plus grand, la vie la plus riche de toute la création,  une paix absolue pour un demi-siècle ».

Danielle Jeanne : « La mer qui commença la vie sur ce globe, en serait encore la bienfaisante nourrice, si l’homme savait seulement respecter l’ordre qui y règne et s’abstenait de le troubler.

Virginia Crespeau : merci de votre fidélité à l’écoute de nos émissions sur Canal Académie. A bientôt ! »

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