Lettre pour faire partie du jury du Prix du Livre Inter





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date de publication13.10.2016
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Lettre pour faire partie du jury du Prix du Livre Inter

Anne-Laure m’a parlé de ce jury. Je ne connaissais pas. Elle sait que je passe une journée par semaine à écrire des nouvelles pour divers concours, avec quelques succès sporadiques. Là, ce serait un exercice d’écriture différent. Pourquoi pas… En plus, grâce à elle, j’ai découvert France Inter. Moi qui n’écoutais jamais la radio, je m’y suis mis avec plaisir. Pour Anne-Laure, France Inter, c’est une histoire de famille. Tout le monde écoute. L’émission du midi, dont le nom et le contenu changent régulièrement, le Masque et la Plume, Sur les épaules de Darwin, Le Grand Entretien,… Que de débats en famille au sujet de la qualité de telle ou telle émission, de la pertinence d’un changement de programmation ou de présentateur. Maintenant, j’en parle avec eux. Oui, la voix de Jean Claude Ameisen est vraiment apaisante. Non, A votre écoute, coûte que coûte n’était pas une vraie émission de libre antenne. Oui, Frédéric Lopez ne manque pas de qualités, mais je préférais Isabelle Giordano. A Noël, j’ai même offert à chacun une jolie carte et une enveloppe timbrée pour proposer une question au jeu des 1000 euros. Alors participer à un concours organisé par France Inter, c’est une bonne idée.

Anne-Laure, c’est ma chérie. On va se marier cet été dans le Berry, près de chez nous. Nos familles et nos amis viendront des Landes et de Bretagne. Il faudra que je parle d’Anne-Laure dans ma lettre. C’est important. Parce qu’elle m’a fait découvrir France Inter, parce qu’elle m’a proposé d’écrire cette lettre, parce qu’on échange beaucoup au sujet des livres qu’on lit. Parce que je l’aime, et qu’elle a pris une place importante dans ma vie. On est très différents elle et moi. C’est une grande richesse, la différence. C’est sûr, parfois, on se dispute. Ca peut même être très explosif. On ne se comprend pas toujours. Mais ce qui nous sépare, ce que l’on ne connaît pas, nous grandit. La confrontation de nos différences nous apporte considérablement. Pour les livres, c’est pareil. Grâce à elle, j’ai découvert les romans historiques, notamment sur la Renaissance. Et dire que j’hésitais à lire la trilogie américaine de James Ellroy de peur de confondre ensuite fiction et réalité. J’ai compris alors ce que pouvait apporter la lecture d’un roman historique. Elle m’a fait aussi découvrir Amin Maalouf, Ken Follett, Katherine Pancol, et bien d’autres. Mais aussi Joann Sfar, Lhasa, Paco de Lucia, ou les Ramoneurs de Menhirs, dans des univers très variés. J’ai aussi découvert la galette saucisse, mais ça, c’est une autre histoire.

Bon, il faudra aussi que je me présente. Peut-être de façon chronologique, en commençant par mon enfance heureuse dans un village au cœur de la forêt landaise. Je parlerai alors de M. Pons, mon instituteur, de son exigence parfois teintée d’une violence qui n’existe plus aujourd’hui à l’école. Il me faudra aussi présenter ma grand-mère, qui m’a élevé lorsque mes parents travaillaient. Sa sincérité et ses valeurs humanistes – voire tout simplement humaines – qui ont fait de moi l’homme que je suis aujourd’hui. Mon ouverture progressive au monde, de Mont-de-Marsan à Bordeaux, pour me retrouver maintenant à Bourges. Mes voyages, mes découvertes… Ou alors, il faudrait plutôt que j’aborde ma vie du point de vue des livres. J’expliquerai comment je me suis construit en rapport étroit avec la littérature. Le Petit Prince. Je commencerai par là. J’ai découvert ce livre à l’école primaire, et il m’a suivi – ou conduit – toute ma vie. Il correspond tellement à la simplicité que je veux garder en point de mire. Et les émotions… Les miennes et celles des autres avec qui j’ai pu partager cette œuvre. Sans parler des nombreux amis que j’ai apprivoisés et qui m’ont apprivoisé peu à peu.

Je me rappellerai toujours le regard de cette enfant quand, devenu enseignant, j’ai tourné la dernière page du Petit Prince, dévoilant le dessin de Saint Exupéry montrant une dune de sable d’où le petit garçon avait disparu, suite à sa rencontre avec le serpent. Dans ce regard, j’ai pu lire la plus belle des tristesses, celle que l’on accepte parce qu’elle fait partie de la vie. J’en tremble encore en y repensant. Dans l’établissement où j’ai exercé ensuite, c’est ce livre que j’offrais à chaque fois aux adolescents que je parvenais à réconcilier, au moins un instant, avec la littérature.

Une autre période importante de ma vie a pu être soutenue et portée par la lecture. Pendant l’adolescence, tout envahi de doutes et d’incertitudes sur l’avenir, je me plongeais dans l’étrange en compagnie de Stephen King. J’essayais d’anticiper et de grignoter à l’avance ce qui m’attendait avec Asimov, Barjavel, ou Bradbury. Mais j’ai eu ensuite besoin de bien plus pour concentrer mes émotions, mes ressentis, mes perceptions. Avec Sartre, je mettais enfin des mots sur la distance que j’entretenais avec la vie, sur l’impression persistante d’exister aussi bien comme acteur que comme spectateur de ma propre existence. C’était un grand soulagement de pouvoir grâce aux livres conceptualiser ma philosophie personnelle balbutiante. De L’étranger au Mythe de Sisyphe, je trouvais un frère en la personne d’Albert Camus. Je partageais avec lui, en le lisant, des sensations fortes qui auraient pu, je crois, me rendre fou si je n’avais pas eu la possibilité de les savoir partagées et assumées. Bon, là, j’exagère peut-être un peu.

Pourtant, partage et littérature sont indissociables dans ma vie. Quand j’aime un livre, je ne peux pas m’empêcher de le prêter à quelqu’un, même de force si c’est nécessaire. Combien de livres est-ce que j’ai prêtés à Cédric alors qu’il n’aime pas lire ? Mais n’a-t-il finalement pas apprécié La première gorgée de bière et autres plaisirs minuscules, après plusieurs essais infructueux ? C’est toujours un plaisir pour moi de trouver un livre qui va toucher une personne, lui plaire, l’intéresser, l’interpeler. J’aime offrir des livres. Pour moi, avoir la possibilité de faire partie du jury du Prix du Livre Inter, ce serait comme pouvoir offrir un livre à un ami, ou à un inconnu. C’est pareil. Parfois, il y a des loupés. Le dernier livre que j’ai prêté à Rachid, c’est son chien qui l’a dévoré. Littéralement.

Est-ce que je réserve dans ma lettre un passage pour le dernier livre que j’ai lu ? C’était Sur les épaules de Darwin, de Jean Claude Ameisen. Ca m’a rappelé mes années d’études à Bordeaux, en fac de psycho. Des expériences ou des études précises qui, au final, font évoluer la façon de percevoir l’homme, dans un sens ou un autre, sans valeur morale ajoutée. Mais ce livre n’est pas un roman, alors je n’en parlerai pas. A la place, j’aborderai peut-être le précédent roman. Dans Drood, Dan Simmons revisite les dernières années de la vie de Charles Dickens. Intéressant, ce roman qui parle d’un auteur qui cherche l’inspiration. En fait, je l’avais trouvé un peu long, et ennuyeux par moments. Du coup, il vaut mieux que je parle d’un livre que j’ai incontestablement aimé. La trilogie berlinoise de Philip Kerr. Là, vraiment, je l’ai dévoré en quelques jours. Par contre, ça en jette moins que de dire que j’ai lu Le Sermon sur la chute de Rome. Le dernier Goncourt. Je pourrais en faire une critique à la fois intelligente et émue. Ca me placerait immanquablement en tête des candidats pour être jury de ce prix du Livre Inter. Mais je n’ai pas lu le dernier Goncourt. D’ailleurs, je ne lis pas souvent les romans qui gagnent des prix. Est-ce un aveu de faiblesse, qui m’élimine inéluctablement des candidats choisis pour faire partie d’un jury qui choisira un livre ? J’espère que non. En tous cas, ce n’est pas comme ça que je choisis un livre. Je ne lis pas souvent un roman parce que tout le monde l’a trouvé génial. Je préfère entrer dans une bouquinerie ou une librairie sans idée particulière et ouvrir des livres au hasard des titres et des auteurs. Une seule phrase lue au cœur du roman peut me décider. J’aime bien être surpris. Je n’ai pas besoin de l’assurance de qualité donnée par un panel représentatif de lecteurs.

Attends, réfléchis David, tu ne peux pas écrire ça dans une lettre ou tu demandes à faire partie d’un jury de lecteurs. Si. Il faut que j’assume cela. Je pense qu’il n’y a pas de bon et de mauvais lecteur. Comment pourrait-on faire la différence entre les deux ? Et selon quel critère souverain ? Pour moi, tout lecteur est intéressant. Tout livre mérite d’exister. C’est vrai, j’ai pris autant de plaisir à lire certains San Antonio que Les Chants de Maldoror. C’est juste qu’à certains moments, on a besoin de l’un, ou de l’autre. Du coup, je me demande comment ils vont faire pour choisir les lecteurs qui feront partie du jury. J’espère surtout que j’en ferai partie. Je serais vraiment heureux et honoré de pouvoir participer à cette aventure. Allez, je m’arrête là. Trois mille lettres… J’espère que la mienne pourra toucher suffisamment de cœurs pour ne pas se noyer au milieu des autres.

Mais au fait, ce n’est pas vraiment une lettre que j’ai écrite. C’est plutôt un texte à la forme indéfinie. Bon, je vais terminer en écrivant « cordialement », ça ressemblera davantage à une lettre. Et puis j’aime bien ce mot. Il me ressemble.

Cordialement,

David GASTON

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