Envoyé par Laurence. La litterature de l’entre deux-guerres





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date de publication17.05.2017
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Envoyé par Laurence.

LA LITTERATURE DE L’ENTRE DEUX-GUERRES



Schématiquement, l’entre-deux-guerres se compose de deux périodes séparées par la grande coupure de la crise économique de 1929, qui aura de graves retentissements sur la situation intérieure et internationale. La même ligne de partage permet de distinguer une littérature des années vingt et une littérature des années trente.

LES ANNEES VINGT



Le bilan humain de la guerre 1914-1918 est effroyable : on dénombre 1 300 000 morts de nationalité française : c’est une « génération perdue ». La paix revenue, on voit donc naître une abondante littérature de témoignages (récits de la vie au front, évocations du courage des soldats comme Les Croix de bois de Roland Dorgelès, 1919), mais aussi de protestation contre l’immense « boucherie » : dès 1916, Le Feu de Barbusse avait montré la voix en ce domaine.

Certains des hommes qui reviennent de la guerre cultivent la fibre nationaliste, voire cocardière. D’autres ne se remettent pas du traumatisme subi et ne parviennent pas à s’insérer dans le monde nouveau de la paix, qui s’est édifié sans eux. Ils font partie, eux aussi, de la génération perdue ; ils fourniront des modèles aux héros mis en scène, de façon poignante, par Colette dans la Fin de Chéri ou par Aragon dans Aurélien (1945).

Mais surtout, après cet ébranlement, vient l’heure des remises en question. Nombreux sont les écrivains qui entreprennent alors de contester les modèles culturels antérieurs. Les surréalistes récusent toute idéologie et cherchent à réinventer le langage. Sur la scène du théâtre, Vitrac tourne en dérision les valeurs de la société en même temps que les conventions dramatiques. Et si les romanciers continuent à cultiver l’analyse de l’individu, certains d’entre eux, s’interrogeant sur les fondements de la civilisation occidentale, s’intéressent à d’autres univers culturels, en particulier celui de l’orient.

Les années vingt sont aussi celles où la littérature (par refus de l’histoire ?) s’intéresse à elle-même : Valéry évoque la démarche créatrice dans « Les Pas », Gide écrit le roman d’un roman dans Les Faux-Monnayeurs ; le renouvellement des formes romanesques suscite des débats passionnés.

LES ANNEES TRENTE



Les années trente marquent un tournant. Devant la « montée des périls », fascisme et menace de guerre, les écrivains reprennent davantage leur place dans la société ; symbole de cette évolution : La Révolution surréaliste, revue animée par Breton, s’appelle désormais Le Surréalisme au service de la révolution. Aragon, Eluard, Breton s’inscrivent au parti communiste ; Giraudoux fait jouer La guerre de Troie n’aura pas lieu en songeant au conflit qui menace ; Jules Romains écrit Verdun et Martin du Gard L’été 1914, comme pour conjurer l’irruption d’un nouveau conflit mondial. D’une façon plus générale, le roman se fait plus idéologique ; avec Malraux, Saint-Exupéry ou Montherlant, il se met en quête non plus tant de nouvelles formes que de nouvelles valeurs. Le roman de l’individu, en traduisant l’inquiétude sous toutes ses formes et en exprimant, comme chez Malraux ou Martin du Gard, le tragique de l’existence, devient roman de la condition humaine.

UNE NOUVELLE PSYCHOLOGIE ROMANESQUE



Le roman connaît un développement considérable de l’entre deux-guerres. Le genre romanesque s’ouvre à la poésie, au reportage, à l’essai, à la reconstruction historique, à la méditation politique ou philosophique. Il comporte des œuvres aussi différentes quant au volume et aux thèmes que le bref Diable au corps de Radiguet ou le vaste cycle des Hommes de bonne volonté de Jules Romains.

La psychologie romanesque s’écarte des conceptions classiques qui amenaient à retrouver, derrière la diversité des réactions, l’unité ou la cohérence d’un personnage. La lecture de Dostoïevski a conduit bien des romanciers à rendre compte des complexité de la conscience, de l’ambivalence des sentiments et des zones d’ombre que peut comporter l’âme humaine. La connaissance des travaux de Freud invite aussi les écrivains à mettre à jour les manifestations de l’inconscient : la psychanalyse a eu, sur le plan de la conception des personnages et de l’écriture romanesque(comme ailleurs sur le plan poétique), une influence diffuse mais considérable.

C’est à dire que les romanciers ne renoncent pas, pendant cette période de l’entre deux-guerres, à la psychologie. Ils cherchent de nouvelles voies : attention au détail saugrenu ou incongru comme chez Duhamel, investigations dans les zones troubles de la conscience comme chez Mauriac ou chez Malraux, analyse de situations jusqu’ici inexplorées comme chez Colette. Mais le grand novateur en la matière est Marcel Proust qui, par la mise au point de nouveaux outils stylistiques et par l’attention portée aux phénomènes liés au temps et à la durée, renouvelle complètement l’analyse psychologique du personnage romanesque.


DE NOUVELLES TECHNIQUES NARRATIVES



Des techniques narratives jusque-là encore marginales ou peu exploitées vont connaître une grande expansion et de nouvelles utilisations : monologue intérieur, récit à « point de vue », récit indirect.

Plusieurs influences peuvent être discernées ici. La lecture de romans policiers, dont le succès est considérable depuis le début du siècle, a habitué le public à suivre une intrigue morcelée qu’il faut en partie reconstituer ; on trouve donc, dans ce type de narration, une esquisse de « récit indirect » (où l’on reconstruit l’histoire en confrontant propos de personnages, lettres, fragments de journal intime, etc.). Les traductions de romans anglo-saxons ont permis au lecteur d’apprécier le procédé du monologue intérieur et on montré ce que pouvait apporter au récit l’utilisation des techniques du point de vue, soit que le narrateur se place dans la conscience d’un personnage et adopte son regard partiel sur les choses, soit qu’il se limite à l’observation d’un comportement ; l’influence du cinéma s’exerça dans le même sens.

Le narrateur renonce ainsi à l’omniscience systématique et le roman requiert du lecteur une interprétation des fait, donc une lecture active.

On assiste aussi à cette époque à une diversification des formes du récit à l’intérieur d’une même œuvre : lettres, petites annonces, articles de journaux, dialogues, propos du narrateur se suivent éventuellement sans être reliés entre eux. Cette pratique était déjà celle de Roger Martin du Gard dans Jean Barois ; Montherlant, Malraux, Jules Romains, entre autres, y ont également recours. Le texte romanesque acquiert par là un caractère de saisie sur le vif et de réalisme brut.

Plusieurs de ces techniques sont à l’œuvre dans Les Faux-Monnayeurs de Gide, roman qui apparaît comme particulièrement représentatif à cet égard. Mais il n’est guère de romancier à l’époque, tout « traditionnel » qu’il ait pu paraître , qui n’en ait usé et tiré parti.

LE RAYONNEMENT DE LA POESIE



L’entre deux guerres se caractérise aussi par un rayonnement de la poésie sur tous les autres genres littéraires.

Les recherches et les réalisations surréalistes ont naturellement profondément marqué l’époque. Mais en marge du surréalisme s’élaborent des œuvres poétiques importantes comme celles de Pierre Reverdy, Pierre-Jean Jouve Joë Bousquet, ou celles de saint John Perse, Henri Michaux, René Char et Francis Ponge qui devaient trouver leur plein épanouissement dans la période suivante.

La distinction des genres tend à s’estomper : l’écriture poétique apparaît ainsi comme une forme littéraire commune à de nombreux romanciers, tels Proust, Bernanos mais aussi Ramuz, Giono ou Colette. Aragon, en écrivant le Paysan de Paris, abolit les frontières et mêle intimement narration et poésie.

Le langage poétique se fait entendre plus que jamais au théâtre, dans les pièces de Claudel ou Giraudoux ; il acquiert droit de cité au cinéma dans les films marqués de ce qu’on a appelé le « réalisme poétique » et dont les scénarios et les dialogues sont souvent signés Jacques Prévert( ainsi le célèbre Quai des brumes)
L’œuvre de Jean Cocteau, qui fût à la fois le romancier, dramaturge, poète et cinéaste, symbolise à cet égard les possibilités de renouvellement que la poésie apportait à tous les genres littéraies.

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