Despotisme éclairé, monarchie administrative française et parlementarisme anglais





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date de publication28.10.2017
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Despotisme éclairé, monarchie administrative française et parlementarisme anglais

L’objectif est de présenter les nouvelles formes politiques et sociales induites par les Lumières dans l’Europe du 18ème siècle.

Remarque : il ne faut pas caricaturer la tradition et la « monarchie ancienne » (il n’y a pas de passage net d’archaïsme à modernité).

De même, l’absolutisme n’est pas synonyme de tyrannie.
La monarchie elle-même, depuis le Moyen-Age, avait produit une théologie :

Ernst Kantorowicz, dans les Deux Corps du Roi, a montré comment la monarchie traditionnelle avait élaboré une théorie de l’Etat :

Le pouvoir était composé de deux corps :

  • un corps charnel, périssable, celui du monarque

  • un corps mystique, càd le corps politique, l’Etat impérissable.

Il a donc montré comment, à travers la tradition monarchique, émerge une conception de l’Etat. D’ailleurs, à la mort de celui-ci, le chancelier criait :

« le roi est mort, vive le roi » : le corps charnel est mort, mais le corps mystique, l’Etat, existe toujours : la pérennité de l’Etat était assurée.
Les Lumières vont cependant transformer le sens de la monarchie.

LE DESPOTISME ECLAIRE

C’est la forme la plus générale de la modernité politique en Europe au 18ème siècle (la France et l’Angleterre sont à considérer comme des exceptions).

Le système du despotisme éclairé se situe à la conjonction entre la monarchie absolue et les Lumières : - les Lumières doivent éclairer le souverain

- le souverain doit contribuer à diffuser les Lumières.

Le despotisme éclairé interesse au 18ème siècle la quasi-totalité des empires en Europe: l’Autriche, la Hongrie, certains des différents espaces allemands (en particulier la Prusse), certains des différents espaces italiens, l’Espagne, le Portugal, les Etats scandinaves…

(pas l’empire Ottoman).

Le despotisme éclairé prend des formes politiques variables :

  • le prince philosophe (il lit des livres…)  Frederic II (Prusse), Catherine II (Russie), Joseph II (Autriche), Charles III (Espagne).

  • Un grand ministre réformateur, ami des Lumières  Pombal (1er ministre espagnol)

  • Un conseiller issu des Lumières du Prince éclairé : des grands philosophes (surtout français) voyagent et s’installent dans leur cours  Voltaire (cour de Frederic II en Prusse), Diderot (cour de Catherine II)

Les principaux axes des despotes éclairés sont :

  • le renforcement des fonctions de l’Etat, qui passe par une rationalisation de ses fonctions, notamment : l’administration, les finances (surtout le cadastre)…, et une réorganisation de la justice, l’armée…

  • le renforcement du droit de l’Etat : pour les Lumières, l’Etat est la seule entité capable de droit ; de ce fait, tous les droits concurrents sont affaiblis ou détruits (limitation voire abolition des droits de l’Eglise, par exemple disparition des tribunaux d’Eglise)

  • la réduction de l’autorité des Eglises : on estime que l’Eglise doit être dans l’Etat, et non pas l’Etat dans l’Eglise, càd que l’Etat peut contrôler la vie ecclésiastique, et ce contrôle devient, dans tous les Etats, de plus en plus pesant. Cela se traduit notamment par l’affaiblissement du pouvoir du Pape (chaque Etat veut contrôler l’Eglise qui se trouve dans ses frontières). De même les Jésuites sont supprimés.

Deux exemple frappants : en Autriche, l’empereur Joseph II institue une « tolérance civile » : chacun est libre de choisir sa religion dès 12 ans, l’église catholique est contrôlée… et Russie : le métropolite est supprimé pour le saintsinode (organe d’Etat).

  • la réforme des structures sociales (dans cette Europe rurale, la majorité des richesses provient des terres) : les despotes éclairés s’intéressent à une réforme de l’agriculture : la physiocratie. Les physiocrates veulent une agriculture moderne à fort rendement, et le renforcement de la grande propriété agricole.

La ville est aussi l’objet de nombreuses réformes. Le mot clé des Lumières est polis. Ils vont développer une forme de répression et d’organisation de la vie urbaine, pour transformer les villes et en faire des lieux « polissées » (fin des désordres urbains, imposer les mêmes règles à toute la société). C’est également le d »but de l’urbanisme : création de rues, grandes places… en l’honneur des princes.

  • Une intervention de plus en plus forte de l’Etat dans l’éducation et la culture. Le 18ème siècle est l’âge d’or des collèges militaires (réservés aux enfants de la noblesse). On développe l’enseignement du droit d’Etat, des sciences naturelles ; une nouvelle matière apparaît : l’économie politique. Les Académies et sociétés de pensées se développent également.


Mais le despotisme présente des limites et contradictions :

Partout en Europe, on peut noter l’étroitesse de la base sociale des élites réformatrices (quelques aristocrates qui vivent autour des Etats, mais le peuple paysan reste en dehors). De plus, une partie des élites anciennes refuse ces réformes.

On peut aussi noter une contradiction interne : le despotisme éclairé, c’est mettre l’absolutisme au service des Lumières. Ce serait réconcilier les droits naturels, la pensée critique de la tradition… avec le renforcement de l’Etat (même si c’est au nom de l’Etat). C’est donc imposer des réformes « par le haut », par le renforcement de l’Etat. Or il n’y a pas, en Europe, de représentation politique du peuple (Assemblées) et les réformes ne sont pas, pour l’essentiel, consenties. Il n’y a pas plus, dans ces régimes très autoritaires, d’opinion publique, d’espace public.

Dans les Etats allemands, les Lumières se réfugient dans la société civile, mais les élites n’y participent pas.

En Russie, Catherine II renforce l’esclavage des paysans (2nd sevrage) pour développer l’agriculture. Elle crée des postes de fonctionnaires pour obtenir leur soutien.


LA MONARCHIE ADMINISTRATIVE FRANCAISE
Au 18ème, la France connaît en réalité plus une monarchie administrative qu’une monarchie absolue. Le symbole en est Versailles (capitale de la France au 18ème siècle) : le roi circule constamment entre l’aile privée (ou vit la famille du monarque) et l’aile publique (où travaillent les ministres).

Au 18ème siècle, le modèle monarchique français apparaît comme le plus prestigieux du continent (d’ailleurs, des 10e de palais en Europe ont été construits à l’image de Versailles, comme à Saint-Pétersbourg).

On peut bien en effet parler de modèle :

  • la personne du roi incarne la souveraineté et l’Etat lui-même

  • les rois de toute l’Europe prennent Louis 14 pour modèle pour renforcer leur pouvoirs.

Certaines formules restent célèbres : « l’Etat c’est moi », attribuée à Louis 14, ou « c’est légal parce que je le veux », attribué à Louis 16.

On parle de monarchie administrative française, car c’est une formidable machine administrative centralisée (il n’y a pas de commune mesure en Europe). Cette « machine » est née au 17ème siècle, avec les grands ministres des rois : Richelieu, Mazarin, Colbert… ont formé la centralisation administrative à la française, en développant le système des intendants, qui font appliquer la volonté du roi partout en France. Ils ont certes unifié la Justice et fait de l’armée française la 1ère d’Europe au 18ème siècle, développé la marine, la diplomatie (le français devient la langue de l’Europe au 18ème siècle), mais au prix d’une fiscalité très lourde. Ils ont mis au service de l’Etat l’art et la culture : les artistes doivent fournir leur contribution à l’éloge de l’éclat de l’Etat…

Sur le plan social et politique, l’effet est considérable sur le poids des corps intermédiaires (noblesse…), et sur les privilèges : le droit du roi l’emporte partout. Tocqueville, dans l’Ancien Régime et la Révolution, a montré que la Révolution française est préparée par la monarchie, car elle a diminué le poids de la noblesse et centralisé l’Etat.
Au 18ème siècle, on ne peut pas parler d’absolutisme, comme sous Louis 14.

Question de le représentation (ce qui permet de consulter la nation)

Et du consentement (porte, au 18ème, sur l’impôt).

Or, dans l’administration française, la représentation et le consentement ne sont pas assurés : c’est le roi qui, en droit, représente l’Etat ; et le système administratif doit représenter la nation.

Le roi n’est pas pour autant un tyran : il est le dépositaire de la couronne ; il doit léguer à son successeur le royaume comme il l’a trouvé (càd qu’il est usufruitier). Il doit respecter les « constitution non- écrites du 18ème. Mais il n’y a pas de représentation du peuple vraisemblable : il y a seulement des Etats provinciaux, qui n’ont qu’un seul droit, consentir à l’impôt.

Il existait des Etats généraux, réunissant les 3 parties de la population, qui se réunissaient souvent au Moyen Age et au 16ème siècle, mais la monarchie administrative française en ayant peur, elle ne les a plus réunis depuis 1614.

La seule opposition possible d’une opposition est le Parlement (il siège sur l’île de la cité, et se compose de magistrats, souvent très fortunés) : il enregistre les lois et peut faire au roi des remontrances. Mais il ne fait qu’enregistrer : c’est le roi qui veille au bien commun, par les lois et décrets.

Or tout mouvement des Lumières demande la représentation et le consentement, au nom de la raison.
Cependant, on commence à voir naître un espace public : salons privés, loges maçonniques, 1er journaux… où l’on parle de réforme : on aspire à ce que l’Etat français ouvre un espace à la représentation du peuple.

LA MONARCHIE PARLEMENTAIRE ANGLAISE

Il s’agit d’un modèle politique très prisé par les élites des Lumières (tous les intellectuels font un voyage à Londres, notamment pour assister à une séance du Parlement.

Ce système s’explique par différents facteurs :

  • la faiblesse de la monarchie, qui a traversé des moments extrêmement difficiles (2 révolutions : la 1ère, celle de Cromwell, aboutit à la décapitation du roi ; la 2nde, en 1688, « the glorious revolution » qui aboutit à l’expulsion du roi Jacques II (fils de Charles I), car il voulait établir une forme de monarchie absolue. (au 18e, les rois sont indépendants du pouvoir, et ne parlent même pas anglais).

  • Le Parlement est devenu un organe de représentation : les magistrats (nommés ou achètent leur charge) sont devenus députés : à l’origine, ils enregistrent les lois en représentant le peuple, mais ils obtiennent le consentement à l’impôt, càd que s’ils ne veulent pas d’une loi, ils refusent de voter son budget.

Le Parlement se compose de la Chambre des Lords (représente l’aristocratie et le clergé), et la chambre des Communes (représente la petite noblesse et la bourgeoisie).

Avec la Révolution de 1688 s’imposent deux mesures essentielles d’ordre juridique :
En 1688 : l’Habeas corpus (« tu possèdes ton corps ») : on ne peut être mis en prison sans être jugé ; càd que tout accusé doit être présenté à un juge dans la journée.
En 1689, le Bill of rights (« déclaration de droits »), qui définit les droits de l’individu.

Cette monarchie fonctionne de façon originale :

  • le roi conserve un pouvoir limité et intervient peu

  • les chambres se réunissent régulièrement (élections tous les 3 puis 7 ans : perennité, force face au pouvoir royal. Cependant, ces chambres sont loin d’être démocratiques : elles ne représentent que les élites (lords nommés par le roi, et les députés des Communes doivent disposer d’une fortune personnelle). Le système électoral date du Moyen Age (certains bourgs anciens ont 2 députés, quand des grandes villes comme Manchester n’en ont pas).

Le Parlement se compose de deux chambres : les Whigs (libéraux ; au pouvoir en majorité au 18ème), les Tories (conservateurs).

  • entre les rois et les partis gravitent des « hommes politiques » qui achètent les voix…

  • la nécessité pour le 1er ministre d’avoir la majorité se dégage : lorsque le ministre du roi perd la majorité, il doit démissionner.

  • L’opinion publique est très fière de ce système : l’Angleterre se vente d’âtre le pays le plus libre du monde.


Conclusion :

Dans le contact Lumières-politiques, deux notions : représentation et consentement.

Despotisme éclairé : ni représentation, ni consentement, mais réformes «par le haut », au nom de la raison

Monarchie française : à mi chemin : les lois et décrets font droit

Parlementarisme anglais : invention du Parlement, qui malgré ses limites, invente une nouvelle forme de représentation et consentement, qui sera au cœur des révolutions (1787 : Etats-Unis ; 1789 : France).

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