Et ses conséquences pour Monthureux





télécharger 94.24 Kb.
titreEt ses conséquences pour Monthureux
page1/4
date de publication31.10.2017
taille94.24 Kb.
typeDocumentos
h.20-bal.com > droit > Documentos
  1   2   3   4



Chapitre VI

La gardienneté de Luxeuil

et ses conséquences pour Monthureux
Nos lecteurs ont pu se faire une idée de ce qu’il faut entendre par vouerie, terme qui avait pour équivalents ceux d’avouerie et d’avocatie. C’était répétons-le en manière d’éclaircissement, la délégation passée à un laïque par le seigneur monastique ou ecclésiastique, pour l’exercice des fonctions temporelles incompatibles avec l’état de religion ou d’église, comme la défense militaire, l’exécution de la justice, la main forte d’ordre public, etc. La vouerie devint bientôt partout une véritable participation de la seigneurie sur les multiples domaines d’un monastère ou d’une église. De simple tutelle, gratuite ou rémunérée, qu’elle était à l’origine, elle se transforma en accompagnement de propriété et de juridiction. Evêques ou abbés se trouvèrent ainsi placés dans une nouvelle nécessité de défensive, en péril continuel et croissant, lors des conflits d’intérêts, de se voir envahis et même dépossédés.

Pour contenir, dans le devoir et le droit, cette multitude de co-seigneurs, le chef du domaine ecclésiastique ou monastique dut réclamer ou accepter la protection ou les bons offices d’un dynaste indépendant, dont la puissance et l’autorité fussent en état de s’imposer aux vassaux de second ordre.

Au-dessus des simples voués ou sous-voués, l’institution d’une haute vouerie fut donc inévitable. En divers lieux, et particulièrement à Luxeuil, celle-ci prit le nom de gardienneté.

Il semblait tout indiqué que le gardien de l’abbaye de Luxeuil et de ses terres fût le comte de Bourgogne, après que ce titre et cette dignité furent devenus héréditaires. C’était, en effet, dans la région qui prit le nom de comté de Bourgogne, qu’étaient les principales possessions du monastère.

Et comme ce pays relevait du Saint-Empire, il appartenait à l’empereur d’Allemagne, ou au Roi des Romains, de désigner, ou au moins de confirmer le gardien chargé de cette protection, sous sa garantie et son contrôle ; il était tout naturel que le choix du souverain tombât sur le puissant vassal qui était le plus à portée de secourir les terres luxoviennes enclavées dans son comté.

L’expérience révéla aux abbés de Luxeuil les inconvénients de cette disposition. Au commencement du XIIIème siècle, la garde de l’abbaye, assumée personnellement par l’empereur Fréderic II, échut à son fils Henri, roi des Romains, qui l’inféoda à Othon de Méranie, époux de Béatrix, comtesse palatine de Bourgogne et sœur de l’empereur. Ce nouveau protecteur, à qui le titre de comte de Bourgogne était disputé par Etienne II d’Auxonne et Jean le sage de Chalon, s’attaqua aux franchises de Luxeuil, où l’on dut même recourir à l’empereur, pour ne point être empêché de fortifier la ville.

En vertu de l’indépendance qui lui avait été reconnue par Fréderic II, l’abbaye se choisit elle-même son haut-voué ou son gardien, dont elle ne voulait pas, à
aucun prix et pour des bonnes raisons, voir tomber le privilège en les mains des comtes de Bourgogne, trop avides de cette riche proie.

Ce furent les comtes de Bar, dont les domaines s’étendaient jusqu’à la Franche-Comté, qui furent investis de la gardienneté de Luxeuil, à partir de 1218. Ils la gardèrent jusqu’en 1258, sauf de 1248 à 1251, période où ce droit fut exercé, on ne sait trop pourquoi, par le duc de Lorraine, Mathieu II (1).

Cette succession d’événements entraîna pour les terres de l’abbaye, et, par conséquent, pour Monthureux, une sorte de changement de nationalité. On s’explique ainsi l’incertitude qui rend obscure et variable l’appartenance nationale de notre pays. D’abord français sous les carolingiens, il rentre dans la mouvance germanique après la constitution du comté héréditaire de Bourgogne. La châtellenie, puis la vouerie, échue à une famille lorraine, les sires de Darney, ne le rattachent que très indirectement à la Lorraine. Il faudra même attendre des siècles son incorporation définitive au duché, puisqu’elle ne fut reconnue qu’au traité de Besançon en 1704.

Pour le temps qui nous occupe, c’est à dire pour une bonne partie de la première moitié du XIIIème siècle, Monthureux est barrois, comme les seigneuries qui l’avoisinent au nord et à l’ouest, Bleurville, Deuilly (2), Tignécourt, Saint-Julien. Par conséquent tous les conflits qui surgiront entre les comtes de Bar, les ducs de Lorraine et les comtes de Bourgogne, lui vaudront les mêmes destinées qui atteindront les domaines de Bar. Il faut absolument tenir compte de ces circonstances pour pressentir le sort de Monthureux à cette époque.

On peut remarquer, à ce propos, la disposition que nous révèlent les ruines très apparentes du Château. La grande entrée précédée d’un pont-levis, et flanquée de quatre tours, dont trois sont encore visibles dans leurs bases, donnait accès à l’unique chemin qui n’eut pas à franchir la Saône. Sur cette voie débouchaient, un peu avant d’arriver au bourg, celles de Bourbonne, de Deuilly , de Serocourt, et enfin de Bleurville, la seule qui, moyennant un détour, communiquait avec la Lorraine proprement dite. Au XIIIème siècle, le pont de la Tour Saint-Nicolas et le Pont-de-Bois n’existaient certainement pas encore. Ils ont remplacé les gués ou voids. Quant à l’ancienne voie de Jonvelle et de la Bourgogne, elle a, selon toute vraisemblance, nécessité l’établissement d’un pont qui doit être le tout premier en date, celui du faubourg, pour la communication avec Luxeuil.

Toutes ces circonstances s’accordent parfaitement avec le fait historique de la
(1) Encore Mathieu n’est-il qu’associé à la gardienneté, conservée par le comte de Bar. Voir aux Archives du Doubs, G. I ; n° 6. L’accord des deux gardiens est relatif aux terres luxoviennes comprises entre la route de Faverney à Remiremont, Port-sur-Saône, Dampierre-sur-Salon, la frontière allemande, Montbéliard et Besançon.

(2) Deuilly relevait de Vaudémont, mais il est prouvé que Vaudémont, encore e la mouvance de la Lorraine au début du XIIIème siècle, avait passé dans celle de Bar en 1219. Ce fait ne sera pas sans importance pour l’histoire de Monthureux.

gardiennité, antérieure à 1258. Elles ne s’accorderaient pas moins avec celui qui fut, nous le démontrerons, successivement champenoise, française, et de nouveau comtoise et germanique, mais finit par être combattue et supprimée par la Lorraine.

Arrêtons-nous un instant à cette période pour recueillir les détails qui peuvent, de près ou de loin, intéresser l’histoire de Monthureux. Ce ne sont guère que des épaves historiques qui ne laissent pas deviner le plus important, c’est à dire ce qui concerne les conditions de vie de nos ancêtres. Il faut savoir se contenter, en attendant mieux.

Ce fut sans doute Hugues II de Faucogney qui confia en 1218, la garde de son monastère au comte de Bar, Henri II. Son gouvernement, en effet, ne prit fin qu’en 1219. Simon, qui lui succéda passa, suivant certains témoignages, à l’abbaye de Béze (1), du diocèse de Langres, en 1229, et fut remplacé par Thiébaud II.

Cet abbé ne put manquer d’avoir affaire à deux personnages, dont la mention trouve sa juste place en ce point de notre histoire. Il s’agit de Jean de Verres et de Guérin, son frère, aux noms desquels les documents ajoutent souvent celui de Monthureux.

C’étaient deux vassaux d’Aubert III de Darney, comme il appert dans une pièce du Cartulaire de Bar, inventoriée dans le Catalogue des Actes de Mathieu II (2), sous la date de novembre 1226. Voici la transcription de cette analyse :

« Aubert, sire de Darney, promet à Mathieu que, de la prochaine fête de Pâques (3) en cinq ans, il ne reprendra d’aucun autre seigneur que de lui le château et l’alleu de Darney. Passé ce terme, il sera tenu d’observer les arrangements conclus entre lui et le duc, car s’il les enfreignait, ses vassaux, Renier de Mandres, Jean de Verres et Guérin, son frère, Gérard de Ville et Pierre

Malécuelle passeraient à l’hommage du duc. »

Ce document, à lui seul, prouverait suffisamment que le lien féodal entre le duc de Lorraine et le sire de Darney, menaçait de se relâcher. Il fait pressentir la réelle défection qui fut reprochée plus tard à Aubert III. Celui-ci manqua formellement à l’engagement susdit, en acceptant, moyennement finances, de prêter au comte de bar le concours de ses armes (1229).

Le noble vassal qui est appelé ici Jean Verres, apparaît ailleurs avec son frère Garin ou Guérin, sous le nom de Verraz ou le Verraz. Un accord avec les templiers de Norroy et les Prémontrés de Flabémont, du mois de février 1240 (nouveau style), désigne comme arbitre « li sires Garins Verraz de Mosturuel (4) ». L’année suivante 1241, l’abbé de Luxeuil passe une transaction avec les frères Jean et Guérin de Monthureux.

Il est évident qu’il s’agit, en toute occurrence, des mêmes personnages. La


  1. Aujourd’hui, département de la Côte d’Or, arrondissement de Dijon.

  2. Par Le Mercier de Morière, Nancy, 1803, p. 132, n° 74

  3. C.-à-d. du 11v avril 1227 au 11 avril 1232. Dans ces deux années 1127 et 1232, Pâques tombe précisément le même jour.

  4. Documents inédits sur l’histoire des Vosges, 1893, p. 29

démonstration de cette identité pourrait, d’ailleurs, être poussée plus loin, s’il en besoin.

Nous rencontrons d’autre part ce même nom de Verraz ou Verral dans l’histoire de la famille de Baufremont, dont les armes portaient vair (1), comme celles de

Il y a peut-être une relation généalogique entre la famille Baufremeont, la branche cadette de Bulgnéville, les nobles comtois de Varre, et les Verraz de Monthureux. Il n’est pas, non plus, impossible que, pour avoir été dépendance féodale de l’une ou l’autre de ces familles seigneuriales, une population voisine de nous, ait reçu ne surnom qui serait, en ce cas, moins vulgaire et moins désobligeant qu’il ne paraît l’être. Mais nous ne voyons pas grand intérêt à nous engager sur ce terrain de conjectures.

Ne quittons pas celui des documents. Nous retrouvons « Warin de Vares » dans un acte daté du mois d’octobre 1255(2), scellé par Aubert, sire de Darney, en qualité de suzerain. Ce personnage, qui se qualifie « chevalier de Mosturuel », déclare donner à la maison de Relanges, la moitié du moulin de Belmont, et rappelle, pour cette donation, l’assentiment (le los et lou crante) d’Alix, sa femme, et de son fils Jacques (Jacot) et de ses autres hoirs (héritiers).

C’est la première fois que nous rencontrons Belmont dans les appartenances de la seigneurie de Monthureux, où, nous le verrons dans la suite, il est toujours compris avec Nonville. Apparemment, un membre de la famille de Varre ou des Verraz avait contracté alliance avec celle de Darney, et reçu en dotation divers héritages de la région, parmi lesquels on peut compter la vouerie de Luxeuil pour Monthureux, et celle, du moins en partie, de Relanges pour Nonville et Belmont.

Nous avons vu, par l’Accord de Luxeuil (vers 1157), que le droit héréditaire du voué ne comportait pas nécessairement celui de la châtellenie. Il n’est pas impossible que, dans la période où nous sommes arrivés, les deux n’aient point toujours été exercés par la même personne. Nous pouvons relever les traces d’une lignée des Verraz (3) de Monthureux pendant plusieurs générations, et

nous trouvons, presque parallélement, un châtelain --miles de Mosturuel -- dont le nom est bien différent. Mais un examen attentif finit par découvrir une
(1) Les de Varre partaient de vair plein, les Baufremont, vairé d’or et de gueules, gueules signifie en blason la couleur rouge ; le vair est figuré par des cloches de jardin renversées.

l’antique lignée de Varre ou Vaire, en Franche-Comté.

(2) Arch. Dép. des Vosges II. 10

(3) A Warins ou Garins Verraz de Mosturuel succéda son fils Jacques : Les documents font aussi mention de Sibille et de Clémence, filles de Monseigneur Jacques de Verraz de Mosturuel (1266). La seconde vivait encore en mars 1318. A cette date, elle disposa de divers biens, sis à Contrexéville, et ailleurs, en faveur de l’abbaye de Flabémont. Moyennant ces legs, elle devait avoir sa sépulture dans l’église du monastère ; les religieux acquitteraient à perpétuité un anniversaire pour la donatrice et ses parents (ancessours) ; ils s’engageaient à «  soigner et administrer à toujours une lampe ardant en leur église de Flabémont devant l’autel monseigneur Sainct Paul, Apôtre … » Arch  dép. Vosges, II. 14. Il est question, en 1296, d’Huart, dit le Verraz. Ne serait-ce un Huart de Bulgnéville, qui aurait épousé Sibille, sœur de Clémence ?

véritable succession.

D’après Henri Lepage (1), il y avait, en 1245,, un Warmannus de Mosturuel qui,

dans le courant de mai, vendit à Husson de Passavant (2) la moitié des dîmes de Merval (3) pour 25 livres de langresiens et de viennois (4). C’est le second de ce nom, puisque nous en avons relaté un autre, qui était mort avant 1199. Or, à la même époque, vivait certainement Warins de Varre, chevalier de Mosturuel, et il tenait ce titre de sa qualité de voué.

Nous avons signalé la cession faite par celui-ci, en octobre 1255, au prieuré de Relanges, de sa part de seigneurie dans le moulin de Belmont. Il faut rapprocher de cet acte un autre qui l’a précédé de peu, et qui a été passé le jour de la saint Michel, en cette même année 1255. Il y avait, comme témoins, avec Thiébaud II, abbé de Luxeuil, l’Abbé de Lure, Thiébaud de Faucogney, celui de Faverney, Olivier, et Maître Guillaume de Bourbonne, chanoine de Besançon. En leur présence, Wermannus (5), fils du seigneur Willencus de Mosturuel, approuvé par son neveu Colin, donne, en pure et véritable aumône, pour « le remède » de son âme, et de celle de tous ses ancêtres, à l’Abbé et au couvent de Luxeuil, la totalité de l’héritage qu’il possède à « Mosturuel, Lironcourt, les deux Thons (duabus Tonnis) et dans leurs finages ou ailleurs, tant en église que dîmes, fief, terres, près, etc.
(1)Statistiques des Vosges, tome II. p. 328

(2) Passavant relevait, en arriére-fief, comme Darney, du duc de Lorraine. En 1232, Mathieu II de Lorraine déclara, par acte authentique n° 163 du Catalogue de Lemercier de Morière, que si lui ou ses héritiers causaient quelque dommage sur la terre que Simon, sire de Passavant, tient, dans la châtellenie de Passavant, du sire de Bourbonne, et du duc en arrière-fief, à savoir Passavant, Martinvelle, Regnévelle, Moigneromont, et toutes leurs dépendances, Simon ou ses héritiers pourraient, sans méfaire, porter à un autre leur hommage.
  1   2   3   4

similaire:

Et ses conséquences pour Monthureux iconDans la perspective de la révision des lois de bioéthique en juin,...
«tout génétique», la programmation d'enfants conçus pour être abandonnés par la femme qui les a portés

Et ses conséquences pour Monthureux iconLa deuxieme guerre mondiale et ses consequences 03 juillet 2014

Et ses conséquences pour Monthureux iconL’emprise lorraine sur le domaine de monthureux

Et ses conséquences pour Monthureux iconRésumé Le cinquième centenaire de la ‘découverte’ de l'Amérique est...

Et ses conséquences pour Monthureux iconL’invention de l’imprimerie est une revolution
«Ceci tuera cela» car elles sont «énigmatiques» (L. 4) : l’auteur se doit donc de les expliquer à son lecteur. Hugo va donc traiter...

Et ses conséquences pour Monthureux iconL’appareil d’Etat en première ligne pour défendre la République
«millénaristes» animés par la passion de détruire. Le singulier du terrorisme rend mal compte de la pluralité de ses incarnations,...

Et ses conséquences pour Monthureux iconQU’est-ce que c’est qu’Être camerounais ?
«Qu’est-ce qu’être Camerounais», et par la suite la proposition d’en faire un sujet de réflexion de fond qui devra aboutir à des...

Et ses conséquences pour Monthureux iconThème 2 – L’évolution du système de production et ses conséquences...
Quelles sont les transformations économiques et sociales provoquées par les mutations du système de production au xxe siècle ?

Et ses conséquences pour Monthureux iconProgramme prévisionnel
«Midi moins le quart» que l’on aime à retrouver pour ses terrasses ensoleillées, la silhouette nonchalante de ses avenues bordées...

Et ses conséquences pour Monthureux iconLire et exploiter ses lectures en ses
Cher monsieur, je me permets de vous écrire pour vous remercier. J’ai terminé votre enquête






Tous droits réservés. Copyright © 2016
contacts
h.20-bal.com