«chancelier de fer»





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Otto von Bismarck (1815 - 1898)

Le « chancelier de fer »

Otto Édouard Léopold, comte puis prince de Bismarck-Schusen, duc de Lauenbourg, est né le 1er avril 1815 à Schönnhausen, près de Stendal dans l'actuel Land de Saxe-Anhalt. Il est issu d'une famille de junkers, la classe des petits nobles prussiens, conservateurs, militaristes et dévoués à leur souverain.

Par son action brutale à la tête du gouvernement prussien, cet homme d'État va peut-être plus qu’n’aucun autre infléchir le cours de l'Histoire.

C'est ainsi qu'il va transformer l'Allemagne démocratique et cultivée en un État autoritaire et militariste. Sans l'avoir consciemment voulu, il porte sans nul doute une responsabilité dans les évènements qui ont conduit aux drames du XXe siècle.

Un homme de conviction

Après un bref passage dans l'administration et la magistrature, Bismarck se destine à vivre de ses modestes rentes sur la terre familiale lorsque son élection au Parlement ou Landtag de Prusse, dans les années 1840 le fait remarquer pour son attitude inflexible et ses discours violents vis-à-vis des idées dites « révolutionnaires » ou simplement démocratiques.

Ne se cachant pas d'être agnostique, voire athée, Bismarck n'a qu'une passion, la Prusse, et agira constamment en vue d'étendre son emprise sur l'Allemagne. Ses idées sont servies par son physique impressionnant de colosse aux yeux bleus et au regard direct, autant que par sa franchise brutale et volontiers sarcastique.

D'un tempérament fougueux et sportif, passionné de chasse et de nature, c'est aussi un bon vivant, amateur de bonne chère et de grands vins; c'est aussi un père aimant et un mari amoureux de sa femme Johanna von Puttkamer, fille unique d'un propriétaire de Poméranie, de dix ans plus jeune que lui.

Nommé ambassadeur à la Diète fédérale de Francfort de 1852 à 1858, Otto von Bismarck y acquiert la conviction que l'unité allemande devra se faire sous l'égide de la Prusse et au besoin contre l'Autriche. Il est ensuite nommé ambassadeur à Saint-Pétersbourg, où il apprécie l'autoritarisme du gouvernement russe, puis à Paris en mai 1862. Pendant ses vacances dans le Midi de la France, il est rappelé d'urgence à Berlin et reçu par le roi le 23 septembre 1862.

Au secours du roi

Guillaume 1er a succédé à son frère le 2 janvier 1861. Cet homme âgé (64 ans) et profondément pieux a été d'emblée troublé par le régime de délation qu'avait instauré le gouvernement réactionnaire du défunt roi (la Camarilla).

Irrité aussi par la virulence de l'opposition libérale à l'assemblée du Landtag, qui s'oppose au vote de crédits militaires en vue de renforcer l'armée, il a d'abord envisagé d'abdiquer. Puis, il s'est ravisé et s'est dit qu'il pourrait tenter un nouveau départ avec Otto von Bismarck, dont il avait déjà remarqué le tempérament ardent et les convictions rigides.

C'est ainsi que le roi lui offre le poste de ministre-président, autrement dit la direction du gouvernement. Jusqu'à sa mort, en 1888, il va lui conserver sa confiance malgré leur incompatibilité de caractère et de très violents heurts entre les deux hommes !

Prussien par-dessus tout
La bourgeoisie libérale croit au début d'une ère démocratique. Elle ne va pas tarder à déchanter.

Le nouveau chef du gouvernement de Berlin que l'on surnommera rapidement et avec justesse le « Chancelier de fer », raffermit l'autorité de l'État prussien et de son souverain en bafouant allègrement les prérogatives des députés.

Sa politique est résumée par un député dans l'aphorisme : « La force prime le droit » et lui-même rappelle publiquement que les grands problèmes du temps ne sauraient être résolus par le Parlement mais « par le fer et par le sang » !

Bismarck fait capoter une nouvelle tentative de l'empereur d'Autriche François-Joseph 1er d'unifier l'Allemagne autour de Vienne en dissuadant Guillaume 1er de se rendre à la Journée des Princes convoquée à cet effet.

Adepte de la « Realpolitik » (un avatar du précepte de Philippe de Commynes : « La fin justifie les moyens »), il provoque une guerre avec l'Autriche en vue d'unifier la Petite Allemagne en exploitant les circonstances, à savoir un différend dans l'administration de trois duchés enlevés au Danemark en 1864.

L'Autriche appelle la Confédération germanique à se mobiliser contre la Prusse mais celle-ci, alliée de l'Italie, réagit très vite et remporte une victoire écrasante sur les Autrichiens à Sadowa , le 3 juillet 1866. La défaite de l'Autriche fait en Europe l'effet d'un « coup de tonnerre ». L'Autriche signe la paix avec la Prusse à Prague le 23 août 1866. Elle est exclue d'Allemagne. La Prusse, quant à elle, annexe la plupart de ses adversaires d'Allemagne du Nord.

La Confédération germanique est remplacée le 15 décembre 1866 par une Confédération de l'Allemagne du Nord, avec 21 États sous la mainmise écrasante de la Prusse. La Confédération comporte un Parlement fédéral composé de deux assemblées : le Bundesrat, ou Conseil fédéral, et le Reichstag, ou Chambre des députés. Ceux-ci sont élus au suffrage universel. La réalité du pouvoir appartient au Président héréditaire qui n'est autre que... le roi de Prusse Guillaume 1er, assisté d'un Chancelier fédéral en la personne de Bismarck !

Il ne manque à la nouvelle Confédération que d'être rejointe par les grands États du Sud (Bade, Bavière...) pour que toute l'Allemagne soit enfin unie. Avec la même habileté dont il a usé contre l'Autriche, Bismarck s'emploie à unir les Allemands contre... la France de Napoléon III. Celui-ci, qui s'est entremis pour favoriser l'alliance entre la Prusse et l'Italie (au demeurant bien inutile), a secrètement réclamé pour prix de ses services un territoire tel que le Palatinat bavarois, le Luxembourg ou même la Belgique. En faisant état publiquement de ces demandes de « pourboires », le chancelier n'a pas de mal à exciter contre la France l'animosité des Allemands et de la plupart des Européens.

Pour souder définitivement l'Allemagne autour de Berlin, il va dès lors oeuvrer à une guerre de l'ensemble des Allemands contre la France. Une dérisoire affaire de succession à la tête du royaume espagnol lui en fournit le prétexte.

En truquant une dépêche officielle de l'empereur Guillaume 1er en vacances dans la station thermale d'Ems, Bismarck monte les opinions publiques l'une contre l'autre. Comme prévu, le gouvernement français se laisse entraîner à déclarer la guerre à la Prusse le 19 juillet 1870. Napoléon III est capturé à Sedan dès le 2 septembre suivant mais les républicains qui prennent alors le pouvoir prolongent la résistance non sans courage et efficacité.
Dès le début du conflit, Bismarck n'a pas dissimulé sa haine et son mépris pour la France et les Français. En contraste avec la retenue et la noblesse du roi Guillaume 1er, il s'est montré toujours partant pour bombarder les villes assiégées, affamer la population parisienne ou encore fusiller les francs-tireurs faits prisonniers...

La France est enfin défaite et, comble de l'humiliation, c'est à Versailles, dans la galerie des Glaces, le 18 janvier 1871, qu'est solennellement proclamé le IIe Reich.

Bismarck peut savourer son triomphe lors de sa signature du traité de Francfort avec les vaincus, non sans commettre l'erreur d'enlever à la France l'Alsace et le nord de la Lorraine, empêchant toute réconciliation future entre les deux pays.

Le chancelier va s'atteler dès lors à la construction d'une nation puissante avec les 25 États qui composent le IIe Reich, chacun conservant ses lois, sa Constitution et même son souverain (sans compter l'Alsace-Lorraine, érigée en terre d'Empire).

Le Kulturkampf

Estimant sa tâche terminée pour l'essentiel, Bismarck cède la présidence du Conseil des ministres à son ami Albert von Roon, modernisateur de l'armée, le 1er janvier 1873. Lui-même conserve les fonctions de chancelier de l'Empire et de ministre des Affaires étrangères et prend le temps de se reposer dans sa propriété de Varzin. Il n'en continue pas moins d'inspirer la politique allemande.

À l'assemblée du Reichstag, les deux partis traditionnels, les conservateurs et les nationaux-libéraux, soutiennent la politique impérialiste du chancelier. Mais la domination prussienne commence à être contestée dès mars 1871 par un parti du Centre, le Zentrum, composé d'une soixantaine de députés catholiques issus d'Allemagne du sud et de Rhénanie. C'est précisément contre les catholiques que Bismarck va mener son plus difficile combat, le « Kulturkampf » ou « combat pour la civilisation ». Un combat dont il aurait tout aussi bien pu se passer !

Tout commence avec sa protection accordée aux catholiques qui refusent le nouveau dogme de l'infaillibilité pontificale, proclamé lors du concile Vatican I (1870). Par les « lois de Mai » (votées en mai 1873, mai 1874, mai 1875), il multiplie les brimades à l'encontre des catholiques en Prusse et dans l'ensemble de l'Allemagne : contrôle de l'État sur le patrimoine de l'église, surveillance des candidats à la prêtrise, dissolution de la compagnie de Jésus (les jésuites)...

La résistance s'organise sous l'égide du député Ludwig Windthorst, un ancien camarade d'université du chancelier. « Vous voulez détacher les catholiques allemands de l'obéissance au Saint-Siège pour les soumettre au knout de votre police », lance-t-il. Bismarck clame son refus « d'aller à Canossa ». Les esprits s'échauffent... Le 13 juillet 1874, aux bains de Kissingen, un jeune ouvrier tonnelier catholique du nom de Louis Kullmann, quelque peu déséquilibré, tire sur le chancelier et le blesse à la main, mais Bismarck n'en arrive pas moins à ceinturer son agresseur !

La montée des socialistes à l'extrême-gauche et la progression du Zentrum d'une élection à l'autre obligent le chancelier à réfréner sa haine du catholicisme. Après la mort de Pie IX en 1878 et l'avènement d'un pape plus conciliant en la personne de Léon XIII, il va progressivement abolir la plupart des lois de Mai, discrètement et par petites touches de façon à ne pas perdre la face.

Le socialisme d'état

S'étant allégé du fardeau catholique, le chancelier s'empare de la question sociale. À la différence de la République française qui avait évacué celle-ci par le massacre de la Commune, en 1871, l'Empire allemand est confronté à la percée électorale des socialistes après la fusion de leurs mouvements au Congrès de Gotha, en 1875. Sous l'influence de Ferdinand Lassalle, ils mettent en avant des revendications réformistes dans le cadre d'un état bourgeois et s'opposent à un autre théoricien du socialisme, Karl Marx, partisan d'une « dictature du prolétariat ».

Les catholiques du Zentrum et même le roi Guillaume 1er rejoignent les socialistes dans leurs revendications en faveur d'une amélioration du sort des classes laborieuses.

Bismarck, de son côté, a pris en haine les socialistes après que le député August Bebel, leader du mouvement marxiste, se soit opposé au Reichstag à l'annexion de l'Alsace-Lorraine, en 1871. L'année suivante, le député et deux de ses amis sont envoyés en forteresse sur une fausse accusation. 

Prenant prétexte de ce que le 11 mai 1878, un ouvrier plombier, Max Hodel, a tiré sur l'empereur Guillaume 1er, le chancelier fait voter le 19 octobre 1878, la première de ses lois antisocialistes. Elle interdit tout simplement pour deux ans les organisations socialistes et social-démocrates. Leurs représentants n'ont le droit de se faire élire au Parlement qu'en qualité de candidat indépendant.

Cette loi et les suivantes n'empêchent pas pour autant les partis socialistes et révolutionnaires de gagner en influence auprès des ouvriers. Bismarck choisit alors de leur couper l'herbe sous le pied en promouvant de 1883 à 1889 une législation sociale plus avancée que dans aucun autre pays européen : caisses d'assurance contre les accidents et la maladie, caisses de retraite...

En 1890 enfin, les lois antisocialistes sont abrogées et les sociaux-démocrates se flattent de recueillir 20% des voix et 35 sièges aux élections du nouveau Reichstag.

Disgrâce

Fort de son prestige, le chancelier organise à Berlin en 1878 une conférence internationale pour régler la « question d'Orient », autrement dit le sort des Balkans. Il est alors au sommet de sa carrière.

Soucieux de maintenir un ordre européen favorable à l'Allemagne, Bismarck cultive de bonnes relations tant avec la Russie qu'avec l'Autriche-Hongrie et rêve même de renouer avec la France malgré le différend sur l'Alsace-Lorraine. Sa hantise est l'encerclement de l'Allemagne par une alliance franco-russe qui viendrait des rivalités entre Russes et Austro-Hongrois dans les Balkans. Lui-même ne veut s'en mêler à aucun prix : « Tous les Balkans ne valent pas les os d'un seul grenadier de Poméranie »... Ses successeurs oublieront hélas ce précepte.

En 1885, il réunit une nouvelle conférence internationale en vue du partage de l'Afrique. Lui-même est insensible au mirage colonial mais sous la pression de quelques affairistes et aventuriers, il accepte de planter le drapeau allemand sur quelques territoires exotiques. C'est ainsi que le Togo, le Cameroun, le Sud-Ouest africain (aujourd'hui la Namibie) ou encore l'Afrique orientale (aujourd'hui la Tanzanie) deviennent colonies allemandes de même que quelques archipels de l'Océan Pacifique.
Le 9 mars 1888 meurt le vieux roi Guillaume 1er (91 ans), qui l'a toujours soutenu malgré son mauvais caractère, son mépris des hommes et ses colères homériques.

Son fils et successeur Frédéric III recèle toutes les qualités d'un grand souverain. Mais il est atteint d'un cancer de la gorge et meurt trois mois après son avènement, ce qui lui vaudra le surnom : « der 99 Tage-Kaiser » (l'empereur des 99 jours).

Il laisse le pouvoir à son fils Guillaume II (29 ans), sur les capacités duquel, hélas, il a le plus grand doute.

Petit-fils de la reine d'Angleterre Victoria par sa mère, le nouveau souverain est un être fantasque, imbu de lui-même, arrogant et imprévisible. Après quelques flatteries à l'égard du vieux chancelier, il ne tarde pas à manifester la volonté de gouverner seul et ambitionne pour l'Allemagne une politique de conquête et de domination mondiale au risque de ruiner par trop de précipitation l'oeuvre du « chancelier de fer ».

Le 20 mars 1890, en guise de protestation contre un décret signé par l'empereur lui-même en violation des dispositions habituelles, Bismarck remet sa démission. Il se retire sur ses terres pour ruminer sur l'ingratitude des hommes.

Dans son Journal, à la date du 31 décembre 1870, le fils de Guillaume 1er (le malheureux Frédéric III) avait émis ce jugement lucide sur l'oeuvre de Bismarck : « Bismarck nous a faits grands et puissants, mais il nous a enlevé nos amis, la sympathie du monde et notre bonne conscience. Je persiste encore aujourd'hui à croire que l'Allemagne, sans fer ni sang, seule avec son bon droit, pouvait faire des conquêtes morales et devenir unie, libre et puissante. Le Junker audacieux et violent en a décidé autrement » (*).

Bibliographie

1815-1861

Allemagne : l'Union rêvée

Malgré une forte unité linguistique, l'Allemagne (anciennement Germanie) n'a au Moyen Âge jamais réussi à s'unir, à la différence de la France ou de l'Angleterre. Les titulaires du Saint Empire Romain germanique, aussi appelés empereurs d'Allemagne, élus par une poignée de Grands Électeurs, n'avaient qu'un pouvoir symbolique.

À partir de Maximilien 1er, le titre impérial demeure dans la maison des Habsbourg. Celle-ci n'exerce de véritable pouvoir que sur ses domaines héréditaires (archiduché d'Autriche, royaumes de Bohème et de Hongrie...). 

La guerre de Trente Ans (1618-1648) ravage l'Allemagne sous des prétextes religieux. Elle se termine par les traités de Westphalie, qui émiettent l'Allemagne en 350 principautés plus ou moins grandes, jalouses de leur indépendance, et placées sous l'autorité toute symbolique de l'empereur qui règne à Vienne.

Au XVIIIe siècle, une puissance commence à émerger de ce savant désordre : la Prusse de la dynastie des Hohenzollern.

L'Empereur des Français Napoléon 1er, en abolissant le Saint Empire Romain germanique et en ramenant à une quarantaine le nombre de principautés, va dégager la voie à une unification de l'Allemagne sous l'égide de la Prusse.

Notons aussi que l'occupation française coïncide avec une extraordinaire effervescence intellectuelle et artistique et réveille le patriotisme allemand. Quelques noms en portent témoignage : Goethe, Novalis, Fichte, Hegel, Beethoven... L'époque est au romantisme. On rêve d'épopée et l'on cultive la nostalgie du passé. C'est ainsi que se développe dans la jeunesse éduquée le rêve d'une Allemagne réunifiée.

Le rêve prend forme

Après la chute de Napoléon, le Congrès de Vienne crée le 8 juin 1815 la Confédération germanique, un ensemble aux contours très lâches, présidé par l'empereur d'Autriche assisté du roi de Prusse.

Il va de soi que cette construction politique, sans pouvoir réel, ne correspond pas aux voeux de la jeunesse qui souhaite en terminer avec le morcèlement de l'Allemagne et crée dans cette perspective une Association des étudiants allemands. Fondée à Iéna, cette association politique se donne pour symboles la devise «Honneur, Liberté, Patrie» et les couleurs de l'ancien empire (noir, rouge, or), qui sont celles de l'actuel drapeau allemand...

Le Congrès de Vienne attribue par ailleurs à la Prusse la Rhénanie, autrement dit la région du Rhin, située à l'ouest de l'Allemagne, de sorte que Berlin n'aura de plus pressant désir que de rattacher cette riche acquisition à ses territoires de l'Est.

L'union douanière du Zollverein

L'intégration économique de l'Allemagne (à l'exclusion de l'empire autrichien) progresse très vite au milieu du XIXe siècle, en contraste avec les échecs successifs des unions politiques.
Le mérite en revient à un économiste patriote, Friedrich List, partisan d'un protectionnisme raisonné, qui plaide très tôt pour une union douanière.

Le 26 mai 1818, la Prusse donne l'exemple en supprimant les soixante-sept tarifs douaniers qui entravent les échanges de marchandises à l'intérieur même de son territoire.

Le 11 janvier 1828, le ministre des finances prussien von Motz convainc la Hesse-Darmstadt d'établir une union douanière avec son propre pays.

Visionnaire, il écrit dans un rapport au roi de Prusse Frédéric-Guillaume III : «L'union des États dans une association douanière et commerciale entraîne après elle l'unification politique en un même système politique».

Dès lors se multiplient les unions douanières du Rhin à l'Elbe. En 1834, elles sont réunies en une seule, sous le nom de Deutscher Zollverein (en français, Union douanière allemande).

Dans cette union, une absence est remarquée, celle de l'Autriche. C'est que la plupart des Allemands, à commencer par les Prussiens, n'ont aucune envie d'intégrer dans leur projet un empire multiculturel qui compte de très importantes minorités non-germaniques (Slaves, Hongrois, Italiens, Roumains...).

L'Autriche, fâchée d'être exclue du jeu, ne va avoir de cesse de l'entraver mais sans succès.

La Prusse face à l'Autriche

En 1841 monte sur le trône prussien Frédéric-Guillaume IV. Cultivé et idéaliste, favorable aux libéraux, surnommé le «Roi romantique», le nouveau souverain est aussi un personnage instable et irrésolu, au point qu'il sombrera dans la folie à la fin de sa vie. En attendant, il convoque une diète (assemblée) en vue de rédiger une Constitution. C'est un échec et il doit y mettre un terme.

Mais la Révolution française de février 1848 ravive à Berlin comme dans le reste de l'Europe les mouvements libéraux. Les 18 et 19 mars, Berlin se soulève. Sous la pression de la rue, Frédéric-Guillaume IV forme un gouvernement libéral et accorde le 5 décembre 1848 la Constitution tant promise. Il adopte aussi le drapeau noir, rouge et or de l'Allemagne rêvée par les libéraux. L'épreuve se termine dans le drame en novembre 1848, quand 13.000 soldats entrent à Berlin sous les ordres du général Friedrich von Wrangel. Les rebelles sont massacrés et l'état de siège instauré jusqu'en juillet 1849.

Entre temps, à Francfort, dans l'église Saint-Paul, s'est réuni le 18 mai 1848, un Parlement élu au suffrage universel en vue de fonder un État fédéral allemand. Constitué de députés venus de toute l'Allemagne, essentiellement des bourgeois libéraux, le Parlement de Francfort constitue sans attendre un gouvernement fédéral provisoire et nomme l'archiduc Jean de Habsbourg «vicaire de l'Empire». Mais des dissensions se font jour entre partisans d'une Petite Allemagne d'où serait exclue l'Autriche et partisans d'une Grande Allemagne. Les premiers l'emportent enfin et offrent la couronne impériale au roi de Prusse.

Le 27 avril 1849, après bien des hésitations, Frédéric-Guillaume IV fait savoir son refus d'une couronne «ramassée dans le ruisseau». Il ne veut pas devenir un quelconque souverain constitutionnel. Le Parlement, là-dessus, est dispersé avec brutalité par les troupes prussiennes. La rupture est consommée entre les libéraux allemands et le roi de Prusse.

Un mois plus tard, le 26 mai 1849, le roi de Prusse, qui a de la suite dans les idées, réunit les petits souverains de l'Allemagne du Nord à Erfurt en vue de constituer une «Union restreinte» dont il serait le souverain.

L'empereur d'Autriche François-Joseph 1er proteste. La guerre menace. Frédéric-Guillaume IV consent in fine à faire marche arrière en signant la convention d'Olmütz, le 29 novembre 1850. L'Union restreinte est dissoute... et la Confédération germanique de 1815 rétablie ! L'empereur d'Autriche peut se réjouir. De leur côté, les patriotes allemands se disent que décidément, rien ne sera possible tant que Vienne ne sera pas éliminé de la partie.

Affaibli et déconsidéré par l'humiliation d'Olmütz, le roi Frédéric-Guillaume IV se laisse désormais mener par une coterie de réactionnaires, surnommée avec mépris la Camarilla. Brutalités policières et arbitraire deviennent le lot quotidien des libéraux prussiens.

Succès de l'intégration économique

En attendant des jours meilleurs, le Zollverein s'étend et, grâce à cette union douanière, dans les années 1850, l'Allemagne du Nord entre résolument dans l'ère industrielle et devient une zone économique complètement intégrée, où les chemins de fer eux-mêmes ignorent les frontières. Le thaler prussien devient la monnaie de référence de la Petite Allemagne en attendant qu'en 1871, après la constitution de l'Empire allemand, le mark (unité monétaire représentant un tiers de thaler) ne devienne la monnaie officielle du nouvel  État.

L'intégration économique de l'Allemagne précède ainsi son intégration politique... Cette démarche est celle-là même qu'ont tenté de mettre en oeuvre les «Pères de l'Europe» dans les années 1950 pour unifier le Vieux Continent !

1862-1871

Allemagne : l'Union «par le fer et par le sang»
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Le 2 janvier 1861, Guillaume 1er (64 ans) succède à son frère Frédéric-Guillaume IV sur le trône de Prusse.

Cet homme profondément pieux est troublé par le régime de délation qu'a instauré le gouvernement réactionnaire du défunt roi (la Camarilla). Il est aussi très irrité par la virulence de l'opposition libérale à l'assemblée du Landtag, qui s'oppose au vote de crédits militaires en vue de renforcer l'armée. Il envisage d'abord d'abdiquer puis se ravise, renvoie les ministres de son frère et, le 23 septembre 1862, appelle à la chancellerie l'énergique comte Otto von Bismarck (47 ans).

L'alliance étroite entre les deux hommes va conduire à l'unification de l'Allemagne autour de la Prusse et de sa capitale, Berlin. Elle va modifier radicalement la carte de l'Europe en installant en son coeur un puissant état aux ambitions hégémoniques.

Deux guerres pour un empire
Le nouveau chef du gouvernement de Berlin que l'on surnommera rapidement et avec justesse le «Chancelier de fer», raffermit l'autorité de l'état prussien et de son souverain.

Il fait capoter une nouvelle tentative de l'empereur d'Autriche François-Joseph 1er d'unifier l'Allemagne autour de Vienne en dissuadant Guillaume 1er de se rendre à la Journée des Princes convoquée à cet effet.

Il n'hésite pas à provoquer une guerre avec l'Autriche en vue d'unifier la Petite Allemagne. Le prétexte lui est fourni par un différend dans l'administration des duchés du Schleswig et du Holstein enlevés au Danemark en 1864.

L'Autriche appelle la Confédération germanique à se mobiliser contre la Prusse mais celle-ci, alliée de l'Italie, réagit très vite. Sous le commandement du feld-maréchal Helmuth von Moltke, l'armée prussienne remporte une victoire écrasante sur les Autrichiens à Sadowa (Königgrätz) le 3 juillet 1866. La défaite de l'Autriche fait en Europe l'effet d'un «coup de tonnerre».

L'Autriche signe la paix avec la Prusse à Prague le 23 août 1866. Elle est exclue d'Allemagne. La Prusse, quant à elle, annexe la plupart de ses adversaires d'Allemagne du Nord.

La Confédération germanique est remplacée le 15 décembre 1866 par une Confédération de l'Allemagne du Nord, avec 21 États sous la mainmise écrasante du 22e, la Prusse. La Confédération comporte un Parlement fédéral composé de deux assemblées: le Bundesrat, ou Conseil fédéral, et le Reichstag, ou Chambre des députés. Ceux-ci sont élus au suffrage universel. La réalité du pouvoir appartient au Président héréditaire qui n'est autre que... le roi de Prusse Guillaume 1er, assisté d'un Chancelier fédéral en la personne de Bismarck!

Il ne manque à la nouvelle Confédération que d'être rejointe par les grands États du Sud (Bade, Bavière...) pour que toute l'Allemagne soit enfin unie.

De son côté, l'empereur d'Autriche François-Joseph 1er, inaugure un nouvel état multiculturel résolument tourné vers le Danube et les Balkans, l'Autriche-Hongrie.

Napoléon III, empereur des Français, qui s'est entremis pour favoriser l'alliance entre la Prusse et l'Italie (au demeurant bien inutile), a réclamé pour prix de ses services un territoire tel que le Palatinat bavarois ou encore le Luxembourg.

En faisant état publiquement de cette demande de «pourboires», le chancelier Bismarck excite contre la France l'animosité des Allemands et de la plupart des Européens.

Pour souder définitivement l'Allemagne autour de Berlin, il va dès lors oeuvrer à une guerre de l'ensemble des Allemands contre la France de Napoléon III. Comme prévu, celle-ci est battue et c'est à Versailles, dans la galerie des Glaces, le 18 janvier 1871, qu'est solennellement proclamé le IIe Reich, autour de Guillaume 1er de Hohenzollern, qui relève le titre d'empereur (en allemand Kaiser). Le grand oeuvre de Bismarck est achevé.
Bibliographie

Pour une initiation à l'histoire allemande, je ne saurais trop recommander l'ouvrage de l'historien (et résistant) Joseph Rovan : Histoire de l'Allemagne des origines à nos jours, Points Histoire. Un pavé de 1000 pages étonnamment digeste et agréable à lire.

Veuillez répondre aux questions suivantes a la suite de vos lectures.

  1. De quoi s’agit-il, le realpolitik ? Pourquoi est-ce que Otto Von Bismarck exemplifia ce type de politique?

  2. Selon les points de vue de Bismarck, quoi un Homme d’État doit protéger?

  3. Comme le premier ministre de Prusse et le ministre des affaires internationales, comment est-ce que Otto Von Bismarck domina les politiques de Prusse?

  4. Quel but central pour les gens allemandes /prussiens est-ce que Otto Von Bismarck visa? Comment est-ce que le succès de ces buts permis de maintenir?

  5. Quel était le focus central de Otto Von Bismarck après les victoires sur l’Autriche et la France?

  6. Quels deux domaines de la société allemande est-ce que Otto Von Bismarck modernisa?

  7. Pourquoi voulut-il unifier les états allemands?

  8. Sur quel plan, lui, il s‘embarqua pour s’assurer que l’unification réussisse ?

  9. Comment est-ce que Otto Von Bismarck s’est débrouillé de manipuler les catholiques et les socio-démocrates dans la société allemande?

  10. Décrivez les politiques domestiques et internationales de Otto Von Bismarck en faisant attention vers l’industrialisation, la colonisation et l’économie allemande.

  11. Pourquoi est-ce que lui ,il ne s’est pas accordé avec Wilhelm II?



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