«Cause arménienne» et terrorisme Auteur : Dussardier Turquie News





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« Cause arménienne » et terrorisme


Auteur : Dussardier

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« Comme Benito Mussolini, certains Arméniens croient que la vérité se trouve à la pointe des baïonnettes. »

Bruce Fein, ancien sous-secrétaire d’État américain à la Justice.



Attentat à la bombe devant le bureau de la Turkish Airlines à l’aéroport d’Orly (Paris), le 15 juillet 1983. Bilan : 8 morts (4 Français, 2 Turcs, 1 Suédois, 1 Américain) et 56 blessés. L’Asala revendique la tuerie.

A l’occasion du vingt-cinquième anniversaire de l’attentat commis par l’ASALA à l’aéroport d’Orly, contre le bureau de la Turkish Airlines, Turquie News vous propose un dossier exclusif « Cause arménienne » et terrorisme.

Le 15 Juillet 1983 huit personnes y ont trouvé la mort, une soixantaine d’autres ont été blessées.

La violence et l’absurdité de cet attentat, et de bien d’autres, ont frappé le public. Mais les motifs, les ressorts et les appuis des groupes terroristes arméniens ayant sévi dans les années 1970 et 1980 demeurent méconnus du grand public, même turc.

Des nostalgiques déclarés de l’ASALA à ceux qui voudraient faire passer le terrorisme pour l’acte de fanatiques isolés, l’éventail semble large. Et pourtant, le terrorisme arménien ne coïncide-t-il pas remarquablement avec les accusations de « génocide » et l’invention de la « cause arménienne », en arménien le « haïtadisme » ?

Cet article se propose d’étudier le lien existant entre la « cause arménienne », si complaisamment exhibée comme celle de pures victimes, et des actes terroristes, donc criminels.

Sommaire


I) Origines et développement du terrorisme arménien : années 1960-années 1980

A) Un contexte favorable, une impulsion venue de Moscou

L’invention du terme « génocide arménien » en 1965, le développement de cette théorie, et la naissance du terrorisme qui l’a supporté mériteraient un article et même un livre, aussi faut-il se limiter ici à quelques remarques essentielles.

Dans la première moitié des années 1960, les communautés arméniennes, en France et aux États-Unis du moins, semblent promises, sinon à une disparition complète, du moins à une forte réduction, sous l’effet de l’assimilation, qui dilue tôt ou tard les populations immigrées minoritaires dans la majorité. Plusieurs églises arméniennes ferment ainsi leurs portes aux États-Unis. La Fédération révolutionnaire arménienne (FRA-Dachnaktsoutioune, principal parti nationaliste arménien) est discréditée par l’assassinat de l’archevêque Léon Tourian, chef de l’Église arménienne pour le continent, le 24 décembre 19331, puis par l’activisme pronazi d’une large partie de ses militants et cadres, jamais condamnés par la direction internationale2. La calamiteuse expérience du retour en Arménie soviétique, soutenue par le Hintchak et le Ramkavar (les deux autres partis nationalistes) en 1945-1948 achève de donner une bien piètre image de ceux qui sont censés représenter les immigrés arméniens et leurs descendants. Même le regain d’intérêt pour les études arméniennes à l’université de Californie semble éloigné du nationalisme hargneux, comme en témoignent les fort intéressantes publications de Louise Nalbandian3.

Pour éviter cette menace, plus dangereuse que la police ottomane autrefois, la FRA réoriente sa stratégie vers le Proche-Orient, et tout particulièrement le Liban, dès la fin des années 19504, c’est-à-dire après le schisme de 1957 au sein de l’Église arménienne. Elle se trouve ainsi en contact avec le soi-disant « socialisme » arabe ― tiers-mondiste et nationaliste ―, qui lui convient mieux que la social-démocratie de l’Internationale socialiste5 et, surtout, le services secrets soviétiques, relayés dans la région par leurs alliés syriens. La FRA se trouve ainsi progressivement infiltrée, pénétrée, et in fine, manipulée par l’URSS. Le retournement est d’autant plus spectaculaire que l’anticommunisme inconditionnel était, depuis 1923, un des principaux thèmes du parti dachnak. Mais ce revirement ne peut étonner que ceux qui ignorent la singularité fondamentale de la FRA, c’est-à-dire sa capacité à défendre successivement des thèses contradictoires, les seules idées qui comptent vraiment pour elle étant celles de la « Grande Arménie » et sa vision quasi totalitaire du peuple arménien.

Comme Kapriel S. Papazian, dirigeant du Ramkavar, le notait dans son livre sans aménité sur la FRA, publié en 1934 :

« La tâche consistant à la présenter la Dachnaktsoutioune dans son caractère moral et politique fut plutôt difficile, dans la mesure où cette société a eu l’agilité de changer, à plusieurs reprises, d’aspect et de couleur. Au début, ils se réclamaient d’un nationalisme mâtiné de socialisme ; puis, ils devinrent de plus en plus socialiste, jusqu’à adopter une ligne bolchevique, et à prendre le drapeau rouge pour emblème. […] Aujourd’hui, ils professent de nouveau le nationalisme, et se rapprochent même du fascisme et du nazisme, conservant comme emblème le drapeau rouge mais y ajoutant une dague, symbole de vengeance et de conspiration6. »

Quant au Hintchak et au Ramkavar, leurs sympathies prosoviétiques demeurent acquises, surtout depuis la déstalinisation.

C’est ainsi qu’a lieu à Erevan, le 24 avril 1965, la première manifestation depuis que l’Arménie est devenue une République soviétique7. Le même jour, d’autres manifestations ont lieu ailleurs dans le monde, notamment à Paris, sur les Champs-Élysées. C’est le début du réveil identitaire arménien, provenant exclusivement de l’accusation de génocide, et des griefs antiturcs qui l’accompagnent. Toutefois, pendant les cinq premières années au moins, ce réveil reste limité dans sa portée et dans son audience médiatique. Si des livres agressivement antiturcs sont édités ou réédités au Liban dès la fin des années 1960, l’ouvrage de Richard G. Hovannisian8, ancien activiste de l’AGBU (une branche du Ramkavar), semble donner l’espoir d’une historiographie qui défendrait assez calmement, et sans trop de sectarisme, la thèse du « génocide ». Du côté turc, c’est la sérénité qui prévaut et un débat s’engage.

Mais le KGB n’a évidemment pas retourné la FRA pour aboutir à un débat d’historiens et à quelques manifestations. Le ton se durcit à partir de 19709. Le contexte, il est vrai, s’y prête. Après la guerre des Six jours (1967), le terrorisme arabe se développe rapidement, tout particulièrement sous l’impulsion de Waddi Haddad, qui, comme par hasard, est recruté par le KGB en 197010. Un terrorisme arménien ne tarde pas à apparaître, très lié à ce terrorisme arabe.

B) Les phases du terrorisme

Chronologiquement, il est possible de distinguer :

1) L’apparition du terrorisme, de 1970 à 1975 ;

2) L’affirmation, de 1975 à la fin des années 1970 ;

3) Le point culminant, de 1979-1980 à 1983 ;

4) Le déclin, de 1983 à 1988.

En 1970, un attentat à l’explosif contre une librairie de Lisbonne est revendiqué par une énigmatique Armée révolutionnaire arménienne, dont il s’est avéré depuis qu’elle est une émanation de la FRA. Il s’agit probablement d’un premier essai.

Au tout début des années 1970, se forme un groupe de militants dachnaks et hintchaks, pressés de passer à l’action terroriste. Waddi Haddad et Georges Habache, dirigeant du Front populaire de libération de la Palestine (FPLP) en prennent rapidement le contrôle11. En 1972, le congrès de la FRA consacre la victoire des prosoviétiques sur les proaméricains, et des tenants du terrorisme sur les opposants à la violence physique12. Comme par hasard, c’est exactement à la même époque qu’apparaissent et se multiplient les agressions de Turcs par des Arméno-Américains, en Californie ; de même, un professeur à l’université de Californie à Los Angeles (UCLA), Stanford Jay Shaw, qui n’a pourtant pas encore pris position sur les évènements de 1915, voit ses cours perturbés par des militants arméniens violents13.

Tous ces évènements, passés inaperçus du côté turc, sont autant d’étapes vers l’acte fondateur du terrorisme arménien nouvelle manière : le double assassinat de janvier 1973. Ce jour-là, Kourken (Gourgen) Yanikian, Arménien naturalisé américain, abat deux diplomates turcs. L’assassin avait mûri son projet depuis plusieurs semaines. Il entretenait une relation épistolaire avec ses deux futures victimes, leur affirmant qu’il envisageait de vendre deux peintures d’époque ottomane14. Ce n’est pas un hasard si ce double assassinat a lieu en Californie. Dans cet État, se trouve la communauté arménienne la plus nombreuse et la plus structurée d’Amérique du nord. Les vingt-deux terroristes Arméno-Américains condamnés dans les années 1970 et 1980, sont d’ailleurs, tous domiciliés en Californie au moment de leur arrestation15.

L’enthousiasme délirant, soulevé au sein de la communauté arméno-américaine, et tout particulièrement en Californie, renforce les tenants de la violence, à l’intérieur comme à l’extérieur de la FRA. Il en sera question dans la deuxième partie.

L’échec devant l’ONU d’un projet visant à « reconnaître le génocide arménien », en 1974, donne aux partisans du terrorisme des arguments, voire des hommes, supplémentaires. La crise de Chypre, la même année, et le retour de la démocratie en Grèce, assure aux terroristes arméniens un alliés solide et d’autant plus respectable qu’il est à nouveau un régime parlementaire, bientôt candidat 1977) puis membre (1981) de la Communauté économique européenne. Jusqu’à la fin des années 1980, les terroristes arméniens sont chez eux à Athènes. La nouvelle République grecque de Chypre, paradis fiscal et île située au large du Proche-Orient, sert de relais pour le soutien soviétique à la FRA, notamment les livraisons d’armes16. La guerre civile libanaise, à partir de 1975, achève de poser le cadre pour une décennie de terreur.

Trois groupes terroristes arméniens sévissent alors :

― Les Commandos des justiciers du génocide arménien (CJGA), c’est-à-dire la branche terroriste de la FRA, formée, nous l’avons vu, à partir de 1972. Directement rattachée à la direction internationale de la FRA17, les CJGA se concentrent officiellement sur les objectifs turcs, et tout particulièrement sur les assassinats de diplomates, même si nous verrons plus loin que ce n’est pas tout à fait exact. Les CJGA changent de nom, et deviennent l’Armée révolutionnaire arménienne, en 1983. Déjà, le 21 juillet 1982, une tentative d’assassinat avait été commise à Rotterdam, sous le nom d’Armée rouge arménienne, qui cachait en fait la branche terroriste de la FRA18 ;




Emblème de l’ASALA
L’Armée secrète arménienne pour la libération de l’Arménie (ASALA), issue du groupe de dachnaks dissidents et de hintchakistes, proches du FPLP. L’ASALA prend Yanikian pour référence et pour inspirateur. Selon un documentaire de la télévision turque, l’assassinat de Yanikian fut même un attentat de l’ASALA, qui portait simplement un nom un peu différent avant 1975.

Jusqu’à sa mort, en 1988, le chef de l’ASALA est Haroutioun Tachikian, plus connu sous son pseudonyme, Hagop Hagopian, un camarade de Waddi Haddad et Georges Habbache dans les combats terroristes anti-israéliens. Hagopian s’est même vanté d’avoir participé au massacre des athlètes israéliens, à Munich, en 197219.

L’ASALA possède une branche politique, le Mouvement national arménien (MNA) d’Ara Toranian, issu lui aussi d’une dissidence de la FRA20. Elle accuse les dachnaks d’être des nationalistes étriqués, de faux socialistes. En réalité, le « progressisme » de l’ASALA est au moins autant sujet à caution, comme celui de ses alliés : le FPLP, Abou Nidal, Carlos, la Libye, et, à partir de 1984, l’Iran. Intégrée dans le terrorisme arabe soi-disant progressiste, elle dépend au moins autant que lui des sordides calculs politiques et des passions « antisionistes » (lisez : antisémites). Ainsi, le 18 février 1980, l’ASALA plastique-t-elle les bureaux d’El Al à Rome. L’anonyme qui revendique l’attentat justifie cet acte par « le rôle que joue le sionisme »21.

La Nouvelle résistance arménienne (NRA), d’une existence plus brève que les deux autres (1977-1983), et dont les attentats se distinguent en ce qu’ils font, pour certains, des blessés, mais jamais de morts. La NRA est le moins connu des groupes terroristes arméniens. Pour les auteurs proarméniens, il s’agit d’un groupe indépendant22. Selon des auteurs turcs, la NRA n’est rien d’autre qu’un faux-nez de l’ASALA, qui concurrencerait ainsi à la fois les CJGA par ses attentats spectaculaires et par un terrorisme non meurtrier. Je n’aurai pas la prétention de trancher ce débat.

De 1975 à 1979-1980, ce sont les CJGA qui tuent le plus, et de loin, contrairement à une légende tenace23. Ainsi, l’assassinat des ambassadeurs turcs à Vienne et Paris (Danis Tunaligil et Ismaïl Erez), les 22 et 24 octobre 1975, n’est pas dû à l’ASALA mais bien à la branche terroriste du parti dachnak24. Toutefois, l’ASALA sait beaucoup mieux communiquer. Elle n’hésite pas à revendiquer des attentats commis par d’autres, tels les assassinats d’octobre 1975. Elle a le goût du spectaculaire, comme en témoigne l’impressionnante série de plasticages commis dès les années 1970. Son acronyme est nettement plus médiatique que le sigle CJGA, si peu élégant que M. Minassian va jusqu’à supposer qu’il ait été délibérément choisi par souci d’une relative discrétion25. Afin de varier les plaisirs médiatiques, l’ASALA use de divers noms supposés impressionnants, pour signer certains de ses crimes.

L’ASALA plastique le domicile des historiens Stanford Jay Shaw et Ezel Kural Shaw, en octobre 197726. Revendiqué sous le nom de « Groupe arménien 28 »27, cet attentat est commis alors même que les victimes se trouvaient chez elles ; l’explosion aurait donc pu les tuer, une bonne partie de la maison ayant été détruite. Déjà victimes de plusieurs attaques, comme on l’a vu plus, haut Stanford Jay Shaw et Ezel Kural Shaw deviennent des figures haïes.

Cet attentat est l’occasion pour M. Hovannisian de changer radicalement sa position : d’historien digne de ce nom, il redevient un militant, qualifie Stanford Jay Shaw de « criminel », et appelle, avec un franc succès, ses étudiants d’ascendance arménienne à perturber systématiquement les cours de son collègue, qui enseigne dans la même université que lui. Quant à Mme Nalbandian, il est impossible de savoir ce qu’elle aurait dit de ces évènements : un accident (hum) de voiture l’avait emportée dès 1974 ; mais, sauf erreur de ma part, aucune de ses publications, entre 1965 et sa mort, ne fut consacrée au prétendu « génocide arménien ».

En 1979, l’ASALA, forte de sa popularité, multiplie les attentats contre des objectifs non turcs, notamment le triple attentat du 23 décembre, à Rome, contre le Conseil international des Églises, les bureaux d’Air France et ceux de la TWA ; les trois explosions font au total douze blessés. Ce n’est pas une nouveauté pour elle : son premier plasticage, en janvier 1975, visait déjà le Conseil international des Églises. Certains auteurs, favorables au nationalisme arménien, prétendent, avec un aplomb si typique, que l’ASALA ne frappe d’objectifs non turcs qu’à partir de 1983 : un moyen de distinguer la « bonne » ASALA et la « mauvaise » ASALA. Cette distinction, outre qu’elle démontre une grande complaisance pour l’assassinat, ne repose sur rien.

Le 10 mars 1980, meurent les premières victimes d’un attentat aveugle commis par l’ASALA : il s’agit de deux citoyens italiens, tués par une double explosion, Place de la République, à Rome, contre l’office turc de tourisme et le bureau de la Turkish Airlines ; quatorze personnes sont gravement blessées28.

Les négociations avec le gouvernement Mauroy, pour faire arrêter les attentats en France, obtiennent finalement l’effet inverse : l’ASALA se lance dans une nouvelle campagne d’attentats antifrançais29. Le 7 août 1982, l’attentat le plus sanglant de la période est commis, à l’aéroport d’Ankara. Dix civils sont tués par deux tireurs, dont l’un est tué dans l’échange de tirs avec la police, l’autre, blessé, est soigné, puis condamné à mort est exécuté30. La popularité de l’ASALA est à son zénith.

Face à cette concurrence, aggravée par la pression du gouvernement américain, les CJGA poursuivent leur campagne d’assassinats et changent de nom en Armée révolutionnaire arménienne, nom plus médiatique. Ils sont aussi tentés par le terrorisme aveugle. Le 20 janvier 1980, les CJGA revendiquent un quadruple attentat à l’aéroport de Madrid, contre les bureaux de la TWA, de la British Airways, de la Swissair et de la compagnie belge Sabena, qui fait douze blessés31. Le 12 octobre de la même année, les CJGA posent une bombe à l’agence de voyage dirigée par Ali Ondemir, dans la ville de Los Angeles. La charge explosive est si forte qu’un véhicule passant devant le bâtiment est projeté hors de sa route, et son conducteur blessé. Un responsable des pompiers de Los Angeles déclare, après l’attentat : « C’est une chance qu’aucun piéton ne soit passé devant l’immeuble au moment de l’explosion ; il aurait été déchiqueté. » Les CJGA revendiquent l’attentat comme un avertissement au gouvernement turc ; or M. Ondemir est un citoyen américain32 ; seul le racisme permet de le rattacher aux autorités d’Ankara.

L’affaire des « cinq de Los Angeles » aurait pu être beaucoup grave. Tous membres du parti dachnak ou de sa branche de jeunesse, ces terroristes sont arrêtés avoir d’avoir pu un attentat contre le consulat turc, avec une bombe d’une puissance telle qu’elle aurait causé, en cas d’explosion, au moins cinq cents morts, et vraisemblablement de deux à trois mille33. Vous avez bien lu : ce sont des chiffres dignes d’Al-Quaïda. Fort heureusement, la vigilance du FBI a évité un tel carnage.

L’année 1983 marque à la fois le point culminant de la violence terroriste, plus absurde que jamais, et le début du déclin. En février, la première victime que fait l’ASALA en France est une Française, Renée Morin, secrétaire de l’agence de voyage Marmara à Paris, dont les locaux sont plastiqués. Le 15 juillet 1983, l’ASALA commet un attentat à l’explosif contre le bureau de la Turkish Airlines, qui fait huit morts et une soixantaine de blessés. La Direction de la surveillance du territoire (DST) et les Renseignements généraux (RG) avaient identifié, depuis le début de 1983, toute la section française de l’ASALA, et n’attendaient que la première occasion pour procéder à leur arrestation. Aussi, quelques semaines après le carnage d’Orly, l’ASALA est-elle totalement démantelée en France34.

Monte Melkonian, Ara Toranian et A. Yenikomchian mènent une dissidence, l’ASALA-Mouvement révolutionnaire, soutenue par le MNA, et qui entend revenir à un terrorisme strictement antiturc, centré sur l’assassinat de diplomates35. Mais la police française a eu tout le temps de repérer ces personnes, et l’ASALA-MR est démantelée à l’automne 1985, avant d’avoir pu commettre un seul attentat. Ce n’était pourtant pas l’envie qui lui en manquait : au domicile de Monte Melkonian, les policiers saisissent des armes, des munitions, des explosifs, et une photo de l’ambassadeur turc en France36.

Douze jours plus tard, l’ARA atteint « le sommet de l’autodestruction » avec son attaque contre l’ambassade turque de Lisbonne : un policier portugais est tué en défendant l’entrée du bâtiment, les cinq terroristes prennent plusieurs fonctionnaires en otage, et se font exploser pendant que la police portugaise donne l’assaut ; ils meurent tous dans l’explosion, qui tue aussi la femme de l’ambassadeur37.

Les règlements de compte entre terroristes arméniens se multiplient. Sous le nom provocateur de « FRA-Mouvement révolutionnaire » (amalgame des deux noms de ses rivaux), l’ASALA tue une dizaine de dachnaks et commet plusieurs attentats aveugles contre des commerçants arméno-libanais finançant la FRA, cependant que le parti dachnak fait assassiner des membres de la « FRA-MR »38.

L’ARA commet encore plusieurs attentats. Le 20 juin 1984, le conseiller pour les affaires sociales de l’ambassade turque à Vienne meurt dans l’explosion de sa voiture. Le 19 novembre 1984, toujours à Vienne, le Turco-Suisse Enver Ergun, de l’ONU, est abattu. Le dernier acte de l’ARA est la prise d’otage du 12 mars 1985, à l’ambassade turque d’Ottawa : l’ambassadeur parvient à s’échapper, en sautant du deuxième étage, un garde canadien est tué, et les trois terroristes doivent se rendre sans gloire à la police39.

Sous la pression soviétique, le XXIIIe congrès de la FRA, tenu en août 1985 à Athènes, adopte un moratoire d’un an sur le terrorisme40. L’année suivante, cette renonciation devient théoriquement définitive. Nous allons voir dans la troisième partie qu’il s’agit principalement d’un vœu pieu.

C) Bilan du terrorisme

De 1973 à 1988, les terroristes arméniens ont tué plus de soixante-dix innocents ― un chiffre qui n’inclut pas les assassinats de terroristes entre eux ―, en ont blessé plus cinq cents, ont tenté en vain d’assassiner douze personnes, et pris cent cinq otages. Parmi les personnes tuées, trente-et-une sont des diplomates turcs, des membres de leur famille ou de leur personnel, trente-quatre sont de simples citoyens, et cinq des agents des forces de l’ordre41.

De 1980 à 1986, le terrorisme arménien a représenté presque un quart des attentats commis aux États-Unis, selon le FBI42. Les CJGA ont à leur actif le premier assassinat d’un diplomate jamais commis sur le territoire australien.

Le nombre exact de victimes ne peut pas encore être donnés. Par exemple, il n’est pas possible d’établir avec précision les responsabilités de l’ASALA au sein du Comité de soutien aux prisonniers politiques arabes (CSPPA), groupe créé par la Syrie, et dont les attentats firent dix morts à Paris, en 1986. Le CSPPA est probablement un regroupement de terroristes arabes et arméniens, agissant pour le compte de Damas. De même, l’attentat du 7 décembre 1985 à Paris (vingt blessés) est revendiqué par l’ASALA, et la base de données globale sur le terrorisme, , constituée par l’université du Maryland, l’enregistre comme un attentat commis par cette organisation43 ; mais tous les auteurs condamnés sont des chiites du Djihad islamique44. Cependant, ces deux explications ne sont pas vraiment contradictoires, l’ASALA se situant dans la mouvance du Djihad islamique, à partir de 1985, précisément45.
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