Le ministère des Arts (1881-1882) ou l’institutionnalisation manquée d’une politique artistique républicaine





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Le ministère des Arts (1881-1882) ou l’institutionnalisation manquée d’une politique artistique républicaine

« Les grands services publics naissent d’un besoin social, plus ou moins grand, mais toujours existant au moins à la création du service. En voyant naître et disparaître les départements ministériels, en les voyant se transformer, nous assisterons, dans une certaine mesure, aux transformations sociales dont la France fut l’objet.1 »

Dans les tout derniers jours du second Empire, le ministère des Beaux-Arts qui remplaçait depuis peu celui de la Maison de l’Empereur est démantelé. Dès septembre 1870, ses services sont répartis entre les ministères des Travaux publics, de l’Instruction publique et des Cultes. À partir de cette date et tout au long de la IIIe République, le traitement gouvernemental des beaux-arts reste partiellement assuré par une simple direction ou un sous-secrétariat d’État (créé en 1875) aux attributions fluctuantes. Envisagées et débattues à de nombreuses reprises, la formation d’un nouveau ministère et, avec elle, la formalisation d’une politique artistique n’ont cependant jamais été réalisées2.
Cette absence n’était pas inéluctable : c’est ce que permet de rappeler la brève exception qui constitue l’objet de cet article. Le 14 novembre 1881, la création d’un ministère des Arts, confié au député et critique d’art Antonin Proust, inscrit en effet la politique artistique dans les fonctions d’un gouvernement républicain. Inscription toute temporaire, puisque ce ministère disparaît après deux mois et demi d’existence, le 29 janvier 1882, et n’est jamais reconstitué. Au-delà du récit d’une « expérience », revenir sur cet épisode permet d’éclairer la genèse de l’intervention culturelle publique, en exhumant une forme historique à un moment envisagée, puis écartée, du traitement public de l’art3. En plus de la définition d’une fonction gouvernementale nouvelle que marque la création d’un ministère ce « possible évacué » consiste de fait en la promotion d’une représentation spécifique de l’art et de ses problèmes. Cette dernière trouve son origine dans la promotion des arts dits « décoratifs » ou « industriels » engagée à partir du milieu du siècle en France. La double rupture qui la caractérise permet aux promoteurs de l’intervention publique de (re)penser et (re)légitimer le traitement étatique des questions artistiques : la remise en cause de l’opposition traditionnelle entre « le Beau et l’Utile » tend à démontrer les intérêts sociaux et économiques de l’art, et l’abandon de la catégorie élitiste des « beaux-arts » constituée sous l’Ancien régime au profit d’une appréhension unifiée des arts en général conduit à produire une définition du domaine artistique ajustée aux principes censés fonder l’action d’un gouvernement républicain. Édifié sur cette base, le ministère des Arts doit en retour faire correspondre les structures sociales et mentales de la vie artistique « à l’état de nos mœurs », comme le dit le ministre4.
La création de ce ministère peut ainsi tout particulièrement s’analyser dans une perspective durkheimienne comme un résultat des échanges entre « le corps social » et « l’organe gouvernemental » qui « se développe avec la division du travail, non pour y faire contrepoids, mais par une nécessité mécanique »5. Une nouvelle division du travail s’esquisse, qui tend à relier les activités artistique et économique ; le ministère des Arts se fonde sur cette nouvelle organisation et les représentations qui y sont liées ; il est en retour censé les faire advenir. Ces relations à double sens qui unissent l’administration gouvernementale aux structures sociales ne s’inscrivent cependant pas dans une évolution linéaire à l’issue inéluctable. Dans le cas du ministère des Arts comme dans bien d’autres, elles sont aussi marquées par des hésitations, des conjonctures singulières, voire des retours en arrière6. En l’occurrence, les échanges et l’innovation institutionnelle à laquelle ils conduisent n’avaient rien d’évident. On verra en effet qu’ils ont nécessité la mobilisation conjointe d’une fraction particulière du champ artistique et de réformateurs gouvernementaux. Il nous faudra alors rappeler les conditions politiques et institutionnelles exceptionnelles qui ont permis aux ressources des réformateurs d’être pleinement employées, et à leur projets d’être réalisés. Ces conditions de possibilité conjoncturelles ont en retour largement contribué à dessiner les formes de cette institution, et l’orientation de la politique élaborée en son sein. Elles expliquent aussi — pour partie au moins — son échec à s’établir durablement dans les catégories de pensée et d’action gouvernementales7.
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