La rage a la fin de l’ancien regime





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LA RAGE A LA FIN DE L’ANCIEN REGIME

DANS LE COURS COMPLET D’AGRICULTURE

DE L’ABBE ROZIER : ETUDE MEDICALE ET VETERINAIRE

"Ceux qui les ont les premiers publiés, par négligence ou

par une trop grande crédulité, ne se sont pas souciés de recognoistre la vérité.

Ceux qui sont venus après ce sont fiez au récit des premiers :

et ainsi de main en main, d'escrit en escrit les faussetez et absurditez

ont esté authorisées et reçues pour véritables".

Jean Riolan.

Gigantologie, Paris, 1618.

Pour illustrer cette double approche de la rage au XVIIIème siècle, nous avons choisi l’article « Rage » de l’ouvrage* de l’abbé Rozier. Ce dernier, agronome réputé, fut le second directeur de l’Ecole Vétérinaire de Lyon, fondée par Bourgelat, puis de l’Ecole pratique d’Agriculture de cette même ville. Son « Traité », il préférait le mot « travail » car il soumettait toujours ses théories à l’épreuve de la pratique, reste un grand classique de l’Agronomie au XVIIIème siècle.

Commencé en 1783, il comprend dix volumes, le dernier rédigé par des collaborateurs après sa mort accidentelle survenue en 1793, lors du siège de Lyon par la Convention.

L’article, situé dans le Tome Huitième est divisé en trois sections : médecine rurale, médecine vétérinaire et un supplément concernant surtout la thérapeutique ; on notera que la seconde partie est rédigée par M. Thorel, médecin vétérinaire à Lodève. Rédigé en 1789, il nous a semblé un bon reflet de la multitude des écrits sur la rage qu’a vu fleurir le siècle : ouvrages scientifiques, mémoires des médecins et des chirurgiens des diverses académies, recettes de médecine populaire souvent colportées par le bas-clergé, procès-verbaux des bureaux d’agriculture, ordonnance royales ; reflétant assurément les interrogations inquiètes posées sur la gravité et l’accroissement de la maladie.

Nous l’avons complété à la fois par des citations d’auteurs antiques, références obligées au XVIIIème siècle (voir par exemple notre « histoire médicale du vin » dans le Bulletin n° 30 du C.E.H.M.) et par des notes d’ouvrages érudits des auteurs contemporains ; elles confirment toutes la vision synthétique, prudente et documentée de l’abbé Rozier.

Nous avons été grandement aidés par l’ouvrage fondamental en ce qui concerne l’Histoire de la Rage de Jean Théodoridès**, véritable classique de l’Histoire de la Médecine à qui nous avons notamment emprunté les citations de l’œuvre de Philuménos, de Caelius Aurélianus, et de certains auteurs du XVIIIème siècle.

Abbé Rozier
RAGE*. Médecine Rurale. Il n'est point de maladie plus cruelle que la rage et il n'y en a pas dont il soit plus difficile de se garantir.
Elle a été connue des anciens médecins. Celse a été le premier qui en ai parlé. Galien en a donné une description assez étendue ; et après eux, Coelius Aurélianus et Schenkius, ont écrit sur cette maladie. Parmi les modernes(1), Lister et Astruc, Sauvage, Tissot, Vanswieten, Buchan et Portal n'ont rien laissé à désirer sur les dénominations, les symptômes, l'origine enfin sur l'histoire de la rage.

On l'observe plus fréquemment dans les pays chauds que dans les pays froids. Aussi est-elle très commune en Espagne et en Italie. Les régions méridionales de France n'en sont point à l'abri ; mais on peut avancer, sans craindre d'être démenti que la rage est moins fréquente dans le bas-Languedoc et la Provence que dans nos provinces septentrionales.
L'horreur de l'eau en fait le principal caractère, mais on est encore dans les ténèbres sur sa nature, sa cause, ses préservatifs et ses remèdes(2).
On distingue deux espèces de Rage ; celle qui vient d'elle-même dans une personne qui n'a été mordue par aucun animal enragé ; est appelée spontanée ; mais si elle dépend d'une morsure ou d'un attouchement immédiat, elle prend le nom de rage communiquée.
L'homme est rarement attaqué de la rage spontanée ; néanmoins il est prouvé par une infinité d'observations qu'il n'en est pas absolument exempt. Samult et Salius en rapportent des exemples(3).
L
* Nous avons conservé l’orthographe du XVIIIème siècle.
es vives passions de l'âme ont souvent rendu les morsures très venimeuses. On lit dans les Ephémérides des curieux de la nature, qu'un jeune homme s’étant mordu le doigt dans un transport de colère, eut le lendemain tous les symptômes de la rage, et en mourut(4).

Les mélancoliques et les maniaques sont ceux qui sont le plus sujets à la rage. Il apparaît que les tempéraments vifs et nerveux y sont aussi très exposés ; on l'a vu souvent se manifester dans le cours des fièvres malignes, et dans les fortes fièvres inflammatoires, telles que la phrénésie, la paraphrénésie, et l'inflammation de l'estomac(5).
La rage spontanée est plus facile à guérir que la communiquée ; on la combat avec succès par les remèdes généraux, surtout si elle est symptomatique(6) (saignée, relachants et antispasmodiques(7) administrés à propos produisent des effets très salutaires).

Pour développer d’une manière claire et précise les différents symptômes qui caractérisent la rage, il faut plutôt faire connaître les différents animaux qui enragent d’eux-mêmes, et qui peuvent la communiquer aux hommes et à d’autres animaux.

De ce nombre sont toutes les espèces de chiens, les loups, les fouines, les belettes, les renards et les chats, qui, d’après Bucham, ne sont pas les seuls animaux qu’on doive craindre à cet égard ; et pour preuve de son assertion, il rapporte l’observation suivante, qui lui a été bien certifiée par un témoin oculaire : « Un cocher étant à la chasse, tire sur un lièvre, et ne le tue pas ; mais il le blesse assez pour que le lièvre reste sur place ; il court prendre la proie, le lièvre blessé lui attrape le petit doigt, et le mord très fortement. Ce cocher, qui était de la plus grande sécurité sur son état, six semaines après devint enragé, et mourut en trois jours ».



On a observé que les animaux carnassiers tels que les chiens, les loups et les renards, ont les humeurs plus disposées à la corruption, et que leurs entrailles exhalent, quand on les ouvre, une odeur forte et désagréable ; on sait encore qu’ils ne suent que très difficilement, qu’ils ont le sang extrêmement gluand, et leur cuir très serré, et qu’ils enragent le plus souvent en hiver, saison,

comme l’observe très bien M. Sauvage, où la faim dévore les loups, les échauffe intérieurement, et où l’électricité est la plus forte ; ils mangent en été des charognes, des brebis mortes, des chardons, et les eaux croupissantes, dont ils se nourrissent, les disposent et peuvent engendrer dans leur corps les différents vers qu’on a trouvé dans le cerveau, les reins, et les sinus de ceux qui sont morts de la rage(8).
C’est assez mal à propos qu’on fait tuer un chien, immédiatement après qu’il a mordu quelqu’un. On doit au contraire le conserver, pour s’assurer si la rage a été communiquée. Et pour cet effet, on doit commencer par enfermer l’animal, et le mettre hors de portée de pouvoir assouvir son désir insatiable de mordre(9).

On le reconnaîtra enragé, s’il ne veut ni boire ni manger ; s’il a le regard louche ou morne ; s’il s’éloigne des autres chiens quand il les aperçoit. Enfin un chien enragé semble plutôt murmurer qu’aboyer. Il est hargneux et disposé à mordre les personnes étrangères. Il porte, en marchant, les oreilles et la queue plus bas qu’à l’ordinaire. Quelquefois il paraît endormi, ensuite la langue commence à sortir de sa gueule ; il écume et ses yeux deviennent larmoyants. S’il n’est pas enfermé, sa marche devient précipitée, il court en haletant ; sa contenance est abattue, et il finit par périr insensiblement dans des contorsions violentes.
Voyons maintenant quels sont les symptômes avant-coureurs de cette maladie communiquée à l’homme par la morsure d’un animal enragé.

Pour l’ordinaire, la plaie qui résulte de cette morsure, est légère en apparence et ne tarde pas longtemps à se guérir. Celui qui a été mordu, perd bientôt sa joie naturelle ; il devient pensif, inquiet et rêveur, il ressent des malaises dans tout le corps ; il pousse de profonds soupirs, il baille souvent et devient dans peu mélancolique ; cet état dure ordinairement quinze jours, ou trois semaines. C’est alors que la plaie, avant de se rouvrir, commence à devenir douloureuse, le malade y ressent une douleur vive et gravative ; la peau qui la revêt change de couleur et se transforme en un rouge obscur. Il s’y forme quelquefois, par dessous, une ecchymoze ; sa surface devient rude et inégale en divers endroits ; tout le voisinage de la plaie s’enfle et se ramollit ; ses bords se renversent, et leur tissu paraît spongieux et imbu d’un sang corrompu. Il s’écoule de cette plaie une humeur fétide et souvent noirâtre.

A cette époque se déclarent d’autres symptômes qui caractérisent le premier degré de la rage, communément appelée rage mue, ou rage déclarée, tels qu’un engourdissement général, un froid continuel, des soubresauts dans les tendons, la contraction de certaines parties du corps ; un grand resserrement aux hippocondres, une difficulté de respirer, entremêlée de soupirs ; l’horreur pour l’eau et pour toute espèce de liquide, qui devient plus forte ; un tremblement général, à la vue de quelque glace, d’une lame de métal poli, d’un couteau ou d’une épée luisante ; la soif devient plus ardente. Il survient quelquefois un vomissement de matières atrabilaires, avec une fièvre forte ; le corps s’échauffe, le sommeil est interrompu, et M. Portal ajoute que la peur qu’ils ont de la boisson, trouble leur raison au point qu’ils croyent voir tous ceux qui les entourent armés de verres et de bouteilles pour les forcer à boire.

Le moindre vent, le plus léger mouvement, dans l’atmosphère qui les entoure, suffit pour leur rappeler l’idée de la boisson, ou pour exciter en eux une telle irritation, qu’ils disent souffrir de commotions générales dans tout leur corps ; ils poussent des cris de douleur lorsqu’on ouvre une fenêtre ou lorsqu’on approche d’eux avec un peu de précipitation.
« Leurs yeux ne peuvent plus supporter la clarté de la lumière ; ils se couvrent quelquefois le visage, et font fermer les fenêtres, pour rester dans l’obscurité : les uns sont si effrayés, qu’ils croyent voir continuellement, ou par intervalle, l’animal qui les a mordus. Les autres entendent des bruits fort incommodes dans les lieux les plus silencieux, et si l’on vient à faire le bruit le plus léger, à ouvrir une porte, ou à fermer une fenêtre, ils croyent que la maison tombe sur eux. »
La rage blanche, ou le second degré de la rage confirmée(10), est accompagnée de symptômes plus terribles. Dans cet état déplorable on observe un délire furieux, dans lequel les malades se jettent sur toutes sortes de personnes, et leur crachent au visage. Ils mordent et déchirent tout ce qu’ils trouvent, ils tirent la langue comme des lions, ils écument de la bouche, et jettent beaucoup de salive. Leur visage est rouge, leurs yeux sont étincelants. L’urine s’épaissit et s’enflamme, et quelquefois elle se supprime ; la voix devient rauque, ou les malades la perdent entièrement. Communément ils ressentent des douleurs si vives, qu’ils prient les assistants de les leur abréger, en leur ôtant la vie : il y en a qui se mordent eux-mêmes. A tous ces accidents fâcheux, la faiblesse succède, et annonce une mort prochaine. D’autres ne sont jamais furieux ; ils pleurent et périssent sans éprouver de convulsions.
La rage se communique, dit M. de Sauvage d’un sujet à l’autre de deux manières car, ou la salive de l’homme est immédiatement infectée de la bave de l’animal, ou bien la bave de l’animal infecte d’abord le sang au moyen d’une morsure, et ensuite l’infection se communique à la salive(11).

Le même savant nous apprend, « que la salive est immédiatement infectée de six manières ; 1°. En tirant le souffle vaporeux et chaud d’un animal enragé, comme l’observe Caelius ; 2°. En portant à la bouche des aliments salis de cette bave ; 3°. En passant à la bouche des corps infectés, même depuis longtemps, de cette bave ; 4°. En recevant un baiser des personnes ou des animaux qui ont cette maladie(12) ; 5°. En recevant une morsure au visage, sur les joues, où passe le conduit de Sténon ; aux oreilles, où sont les parotides ; aux glandes maxillaires, d’où la bave est portée avec la salive dans la bouche ; 6°. Enfin en recevant ces blessures aux yeux, au nez, aux sinus frontaux, d’où l’humeur est portée par les arrières-narines au gosier. »

Il faut observer que la rage communiquée par l’infection de la salive se développe plus promptement que la rage communiquée par le sang, et que le nombre et la véhémence des symptômes varient beaucoup, selon la quantité et l’activité du venin reçu(13).
C’est dans la bave de l’animal enragé, qu’est renfermé le venin de la rage. Elle est composée de deux parties ; savoir, d’une fixe, qui est cette salive écumeuse et gluante qui tombe dans tous les sens, et d’une autre partie qui est volatile et qui s’évapore aisément. Il ne faut pas croire que le venin introduit dans le corps, puisse y rester des années entières pour exciter la rage. Il est vrai qu’il a besoin d’une certaine coction ou préparation pour produire cet effet. Il faut qu’il fermente dans le sang, et qu’il s’infecte ; mais pour cela il ne faut pas un si long espace de temps. On a vu la rage se développer au bout de trois jours, de trois semaines dans les uns, et de deux ou trois mois dans les autres : d’après cela une personne mordue ne doit pas négliger de mettre en usage les différents remèdes qui peuvent la préserver de la rage. Si cependant il ne reste aucun symptôme de cette maladie, après avoir pris pendant les quarante jours qui suivent l’instant où il a été mordu, les remèdes convenables, il y a lieu de se croire à l’abri de tout danger(14).

On appliquera un cautère sur l’endroit de la morsure ; on laissera la plaie longtemps ouverte, et on scarifiera les bords, s’ils sont calleux(15).

Outre les profondes scarifications ; on séparera et on amputera les chairs de la plaie et des environs. Les allemands prescrivent encore de brûler la plaie, et de la couvrir avec un emplâtre vésicatoire, fortement saupoudré de mouches cantharides. Un médecin hollandais y faisait appliquer des harengs salés(16) ; Boeerhave(17) approuve beaucoup cette application. Vandrereren recommande beaucoup le vinaigre.

La saignée et les autres évacuants laxatifs et antiphlogistiques, peuvent beaucoup soulager les malades ; il faut les faire boire abondamment, surtout lorsque l’horreur de l’eau n’est pas encore déclarée(13).

Comme il existe, dans le commencement de cette maladie, et lorsqu’elle est déclarée, un état de congestion, une tension inflammatoire dans la poitrine et la gorge, la sensibilité des malades est extrême ; il faut alors combattre cet état nerveux par des remèdes calmants et antispasmodiques, et donner le musc et le camphre, en commençant par de petites doses, et en les portant au plus haut point, avec d’autant plus de fondement, que les malades supportent les plus fortes doses des remèdes les plus énergiques. Il est avantageux de jeter le malade dans un état d’engourdissement et d’insensibilité, à l’aide duquel on peut lui faire prendre des bains, auxquels ils refuserait. D’après cette observation, on saurait recommander assez longtemps l’usage assidu de la valériane, du camphre et de l’opium. Neugans a guéri une femme avec une combinaison de musc et de cinabre ; il fit appliquer un antispasmodique sur la partie affectée, composé avec le galbanum et l’opium, et fit frotter ensuite la partie mordue avec de l’huile d’olive ; enfin il appliqua un cautère sur le bras affecté ; tous ces remèdes lui réussirent dans la première attaque ; ils eurent encore du succès dans la seconde ; mais ils furent infructueux dans la troisième. Neugans soupçonna alors que la nature s’habituait à ces remèdes ; il les changea, donna des antihystériques, et la guérit radicalement. M. d’Arluc, médecin de Provence, a guéri un enfant de dix ans, en faisant oindre l’endroit de la morsure d’un liniment où il fit entrer le camphre et l’opium, et en faisant boire, au jeune malade, qulques gouttes d’eau de luce ; il fit encore scarifier les bords de la plaie, qui étaient calleux, et y fit appliquer des topiques mercuriels. M. Sage recommande beaucoup l’usage extérieur et intérieur de l’alcali volatil fluor ; et il conte par différentes observations qu’il rapporte, qu’on a guéri radicalement plusieurs femmes hydrophobes, avec ce seul

remède.Cette méthode a déjà eu des partisans célèbres et éclairés ; elle a eu en Espagne les plus brillants succès.
Les bains et l’immersion dans l’eau, sont en général regardés comme de très bons préservatifs ; mais, comme le remarque très bien Morgagni, ils guérissent rarement, et peuvent même être dangereux, quand l’horreur de l’eau est venue ; d’ailleurs, les immersions ne doivent avoir lieu qu’au moment où le malade s’y attend le moins : elles peuvent alors produire un changement salutaire en agissant de deux manières ; 1°. Par la terreur qui change de nature l’idée du principe vital qui constituait l’affection hydrophobique ; 2°. Par l’affusion qui pénètre tout le système : d’après ces principes, l’immersion doit être considérable, et souvent répétée.
Les arabes et les hongrois se servent beaucoup des cantharides. Vitmar, médecin de Milan, assure en avoir obtenu de grands avantages en les mêlant avec le poivre.
Le mercure peut être regardé comme spécifique dans cette maladie, parce qu’il opère, sans produire des salivations, des sueurs, et autres évacuations sensibles(14). Kleink assure qu’on peut prévenir le développement de la rage, en appliquant sur la plaie un digestif où l’on fait entrer le sublimé corrosif. On a encore regardé plusieurs remèdes comme spécifiques, tels que la noix vomique et les amandes amères ; mais ces spécifiques sont défectueux ; le musc et le mercure leur sont préférables. Enfin le docteur Mead conseille le remède suivant, comme un spécifique et un préservatif qui ne lui a jamais manqué, quoique dans l’espace de 30 ans il l’ait employé plus de mille fois. Prenez d’hépatique terrestre nettoyée, séchée et pulvérisée, demi-once, de poivre noir en poudre, deux gros ; mêlez, divisez cette poudre en quatre prises égales. On donne une de ces prises tous les matins à jeun, pendant quatre jours, dans un demi-setier de lait de vache. On fait saigner le malade avant de commencer, et le cinquième jour on lui donne un bain froid qu’il continue pendant un mois.
Auteurs Antiques



Dans l’Antiquité grecque et latine elle portait le nom d’hydrophobie.
L’hydrophobie est définie par Caelius « comme un désir ardent de l’eau avec crainte sans qu’il ait aucune raison valable pour cela et qui est produite par une disposition morbide de l’économie ».(De acutis morbis : Livre III, de 9 à 16).




Parfois la rage éclate sans cause apparente « par suite d’une constriction spontanée des pores identique à celle produite par le « virus » de la rage ». Il s’agit de la « rage spontanée ». Caelius (op. cit.).





Chez Caelius (op. cit.) une distinction est faite entre la rage et les autres maladies nerveuses : frénésie, manie, mélancolie. Il discute ensuite la question de savoir si la rage doit être considérée comme une maladie de l’âme ou du corps. Il conclut avec justesse qu’il s’agit d’une affection de ce dernier qui trouble « par sympathie » les fonctions de l’âme comme le font la manie et la mélancolie.


Pour les espèces concernées dans l’antiquité, voir plus loin : Médecine Vétérinaire.



« La morsure des chiens enragés est mortelle à l’homme pendant les jours caniculaires. Ceux qui sont mordus d’un chien enragé dans cette époque sont affectés d’une horreur de l’eau qui les conduit à la mort ». Pline (H.N. Livre VIII, 63).
« Les chiens qui goûtent au sang menstruel deviennent enragés et font des morsures venimeuses et incurables ».Pline (H.N. Livre VII, 15).
… « l’air seul exhalé de la gueule d’un chien enragé, sans qu’il y ait morsure de la part de cet animal, ne suffit-il pas pour communiquer la rage à la personne qui le reçoit ? » Arêtée de Cappadoce (De causibus et signis morborum. Livre I, 8).




Caelius décrit d’une manière très détaillée les principaux symptômes physiques et psychiques de la rage humaine, après la période d’incubation : anxiété, colère, torpeur, mouvements insolites, insomnie, mauvaise digestion, respiration haletante. Survient ensuite le phénomène d’hydrophobie proprement dit, suivi d’apparition de rougeur au visage, aux yeux et de spasmes vénériens. Vers la fin, apparaissent hoquet et vomissements de bile noirâtre (op.cit.).





« Telle est la force de la rage, qu’on ne marche point impunément sur l’urine d’un chien enragé, surtout si l’on a quelque ulcère. Le remède alors est d’y appliquer bien chaud du crottin de cheval arrosé de vinaigre et enveloppé dans une figue ». Pline (H.N. Livre XXIX, 5).

Dans la langue des chiens est un petit ver appelé « lytta » par les grecs : lorsqu’on l’a ôté aux jeunes chiens, ils ne deviennent point enragés et n’éprouvent jamais de dégoût (pour la nourriture). Le même ver, après l’avoir fait tourner trois fois autour du feu se donne à ceux qui ont été mordus d’un chien enragé pour les empêcher de le devenir ». Pline (H. N. Livre XXIX, 5).




Galien : « La diathèse prenant son point de départ d’une quantité de salive très petite et augmentant dans le corps, se manifeste quand elle est arrivée à un développement considérable après six mois » (De locis affectis, Livre VI, 5).




.


Longue durée de la période d’incubation (six semaines à six mois parfois un an), pour Dioscoride (Matière Médicale, Livre II, 9).

Pour Philuménos, la durée d’incubation de la maladie va en général de quarante jours à plusieurs mois, pouvant quelquefois atteindre de un à sept ans.(Traité sur les animaux venimeux et le traitement de leurs morsures ou piqûres).


Dioscoride (op. cit.) est un des premiers auteurs à conseiller la cautérisation par le feu.

Galien (op. cit.) se refusait à utiliser les cautères* et faisait appel à des pharmacopées des trois ordres :

  • Minéral : terre de Lemnos

  • Végétal :baies de genièvre, gentiane, encens.

  • Animal : cendre d’écrevisses.

* de même que 300 ans plus tard, Caelius.


Philuménos (op. cit.), recommande d’agrandir la plaie :

« Il faut pratiquer l’incision avec un crochet nommé mydion (….) et découper des deux côtés en cercle, assez profondément, afin que le flux du sang assez abondant s’oppose à la diffusion ultérieure du « venin » ; une ventouse appliquée avec une flamme assez grande serait très utile afin de tirer le « venin » avec les matières ».

La cautérisation est également conseillée : car « le feu étant plus fort que toute autre puissance empêche le « venin » de se répandre à l’intérieur ».

Pour maintenir la cicatrice ouverte, Philuménos (op. cit.) conseille l’application de saumure ou d’un emplâtre à base de divers végétaux (ail, oignons, ou grains de blé).

Tout cela chez Philuménos semble emprunté à Dioscoride




Utilisation de cendre d’écrevisses et de racines de gentiane. Dioscoride (op.cit.).
Emploi de l’hippocampe d’après Elien, ingéré rôti ou pilé avec du miel et du vinaigre sur les morsures. Dioscoride (op. cit.).




Foie de chien enragé mangé rôti.
« Les autres pour ôter la crainte de l’eau usent de la dent nommée canine du même chien qui aura mordu et la lient dans un sachet de cuir au bras du patient ». Diocoride (Livre II, 39).

Le remède préventif le plus efficace pour Philuménos (op. cit.) est l’ellébore « à employer hardiement non pas une ou deux fois mais à maintes reprises avant le quarantième jour et après ».

Comme Dioscoride, il préconise la cendre d’écrevisses et la racine de gentiane dissoutes dans du vin vieux.




Celse (De Arte medica, Livre V, 27), recommande comme thérapeutique préventive :

  • L’application de ventouses sur la plaie pour en extraire le « venin » (virus).

  • La cautérisation de la morsure avec un fer rouge ou des substances caustiques.

  • Le bain chaud avec sudation.

  • L’absorption de vin pur considéré depuis Asclépiade (205-105) comme un antidote contre divers poisons.






« Une fois l’hydrophobie manifestée, le seul remède qu’on puisse tenter est de jeter la personne enragée, lorsqu’elle ne s’y attend point, dans une piscine et si elle ne sait pas nager, de la laisser couler au fond en ayant soin de la ramener à temps à la surface, pour la plonger à nouveau afin qu’elle puisse boire malgré elle et qu’ainsi on la délivre tout à la fois et des tourments de la soif et de la terreur de l’eau ».

Après cette immersion violente et pour en contre balancer les effets sur les natures trop faibles, il faudra plonger les patients dans un bain d’huile chaude. Celse (op. cit.).


L’unique remède à la morsure du chien enragé est celui qui a été révélé, comme divinement, depuis peu d’années ; c’est dis-je, la racine de la rose sauvage, appelée cynorrhodos ». Pline (H.N, Livre VIII, 63).
« Ceux qui ont été mordus d’un chien enragé sont préservés de l’hydrophobie en frottant la plaie avec de la cendre de tête de chien ou des poils brûlés de leur queue. Cette cendre prise en boisson fait le même effet et quelques uns en font encore manger. Il y a sous la langue d’un chien enragé un limon formé par sa salive qui, pris en boisson, préserve de la rage. Un remède beaucoup plus sûr encore est de faire manger cru, s’il est possible, sinon cuit de quelque façon que ce soit, le foie du chien même qui a mordu, ou d’en faire avaler le bouillon. La fiente de coq, mais seulement celle qui est rousse, appliquée avec du vinaigre est encore bonne ; ainsi que la queue d’une musaraigne mise en cendre ; ainsi qu’un petit morceau de nid d’hirondelle dont on frotte la plaie avec du vinaigre ; ou de la vieille peau dont un serpent s’est dépouillé au printemps, pilée avec une écrevisse mâle dans du vin … ». Pline (H.N. Livre XXIX, 5).


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