La rage a la fin de l’ancien regime





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La rage canine est de connaissance très ancienne : les écrits de Sumer (Code d'Eshnounna, XXIIIe s.) sont les premiers à la mentionner, puis Homère (Iliade, VIII, 299).



La morsure de chiens "fous" est indiquée dans le Code sumérien d'Eshnounna, dans l'Avesta achéménide (VIe s.) et Xénophon fait une allusion au comportement des chiens enragés (Anabase, V, 7, 26)… Mais Aristote (384-322) écrit que « lorsque l'animal a mordu, tous les animaux deviennent enragés, sauf l'homme »  (HA VIII, 22). On a beaucoup glosé sur cette exception, qui ne serait que relative (voir Théodoridès, op. cit. : 27).

Théodore Priscianos, médecin de Gratien (375-383), attribuait la rage aux morsures de serpents. Il n'a pas été suivi sur ce point précis, mais la rage est longtemps assimilée à une envenimation, tant par sa nature que par le traitement "évacuatoire" qu'on lui applique.



Aristote (384-322) signale la rage chez le chameau (HA VIII, 22) et dit que le cheval est atteint d'une maladie appelée fureur (= rage), et qu'on peut le contenir en jouant de la flûte : allusion à la musicothérapie (HA VIII, 24). Apsyrtos, hippiatre des armées de Constantin (ca. 280-337) décrit la rage du cheval, qu'il attribue aux excès de chaleur et d'alimentation (vesces).

Un texte hippocratique apocryphe du 1er s. après J.C. dit que la rage survient spontanément seulement chez certaines espèces : lions, loups, chiens, chacals et autres animaux qui se distinguent par une chaleur excessive (Théodoridès, op.cit. : 28). Mais Galien (131-201) reviendra sur ces acquis en disant que le chien seul en est atteint (Des lieux affectés, VI, 5).

Cælius Aurelianus (Ve s. A.D.) précise que les animaux enragés mordent et transmettent ainsi la rage : chien, renard, cheval, âne, loup, ours, léopard, oiseaux. Parfois elle survient après un simple contact avec l’animal atteint. (De acutis morbis, III, 9-16).



Lucius, le héros changé en âne des Métamorphoses d'Apulée, est accusé d'être enragé : il doit, pour prouver son innocence, boire un bassin rempli d'eau fraîche (L'Âne d'or ou les Métamorphoses, IX, 3).



Ce genre de test remonte à la médecine gréco-byzantine : Aetios d'Amida (ca. 502-575) dit de mettre des noix écrasées sur la plaie, de les enlever le lendemain et de les donner à manger à des poules. Si elles n'en meurent pas, c'est qu'il n'y a rien à craindre (Théodoridès, op. cit. : 44).





COMMENTAIRES
Les références aux auteurs antiques sont les mêmes, à quelques nuances près pour les deux médecines, rurale et vétérinaire, ce qui explique que nous ne les avons pas reproduites en face de la seconde.
Si le chien enragé est bien indiqué comme étant le vecteur principal de la rage (ce qui était effectivement le cas au XVIIIème siècle avec la prolifération des chiens errants), le loup est simplement mentionné. On peut s’en étonner alors que les attaques par des loups enragés furent fréquentes et presque toujours mortelles, dans les vingt dernières années du siècle, dans de nombreuses régions de France et que nous en possédons des exemples innombrables de description.
De la même façon, il n’est pas fait mention des diverses ordonnances Royales promulgées en faveur de battues contre les chiens errants et les loups, tant dans les villes que dans les campagnes*, ou en faveur d’autres mesures pour la population**.
Les chiens n’intéressent les auteurs des articles que dans la mesure où ils sont le danger potentiel le plus important. Leur traitement n’est pas une priorité, ce qui compte c’est le bétail. On essaie donc de soigner celui-ci et on surveille ou on élimine les chiens, c’est du moins le parti de l’auteur, et cette attitude sera très longtemps celle des vétérinaires des campagnes (jusqu’au développement très récent de la médecine vétérinaire de ville).
Le nécessaire recours à la « Nosologie » au XVIIIème siècle nous vaut ici les diverses « rages », spontanée ou communiquée ; elles-mêmes subdivisées tant chez l’homme que chez le chien ; la « spontanée » étant plus fréquente chez les animaux que chez l’homme. Cette confusion dans les symptômes, cette imprécision entre corps et esprit entraînant certains médecins à penser que la rage n’est finalement qu’une maladie par suggestion par « imagination mélancolique », par peur, tout cela cause de la mort (voir note 5 de Poinsinet de Sivry).
Si le temps d’apparition de la maladie est différent chez l’homme (de 35 à 40 jours) et chez l’animal (de 5 à 10 jours), il reste dans les deux cas imprécis et varie toujours chez les deux selon le tempérament, la saison, la nature de la plaie, l’animal ayant mordu, etc. 
Le traitement est identique chez l’homme et chez l’animal. Il doit être à la fois précoce et prolongé ; à l’apparition de la maladie, il devient inutile. Il sera surtout local puis général.

Local : basé sur la physio-pathologie de l’époque, empêcher le venin (comparé ici à celui de la variole) de pénétrer à l’intérieur de l’organisme ; donc cautérisation de la morsure par le feu ou par des caustiques, agrandissement et entretien de la plaie pour empêcher de se refermer trop précocement.

Général : évacuer le venin, polymorphisme de la pharmacopée inspirée directement de l’antiquité avec « consensus » pour le mercure en usage externe et interne.
La théorie des humeurs palpite encore lorsque les auteurs évoquent les tempéraments les plus sensibles à la maladie, mais les rapprochements faits avec la variole et d’autres maladies inoculables préparent insensiblement les esprits à ce qui sera la grande découverte du XIXème siècle et qui donnera enfin un nom aux « séminaria contagionis » de Frascator et aux « vers » de Desault.

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