Professeur d'histoire au lycée Jean Jaurès à Châtenay-Malabry et animateur du Réseau éducation sans frontières (resf)





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date de publication11.10.2017
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Richard Moyon, professeur d'histoire au lycée Jean Jaurès à Châtenay-Malabry et animateur du Réseau éducation sans frontières (RESF)
Il y a un an, le ministre de l’Intérieur reculait devant la multiplication des mobilisations d’écoles, de collèges et de lycées solidaires des élèves sans papiers et la succession d’affaires emblématiques (dont la cavale de Rachel et Jonathan cachés pendant deux mois par le RESF). Le 31 octobre 2005, il publiait une circulaire suspendant jusqu’à la fin de l’année scolaire l’expulsion des jeunes majeurs sans papiers scolarisés et des parents sans papiers d’enfants scolarisés. C’était une façon de gagner du temps, de s’épargner une année de conflits à répétition, mais c’était aussi fixer au 30 juin 2006 la date annoncée de l’ouverture de la chasse à l’enfant.

La mobilisation est allée crescendo en mai et juin : rassemblements devant les préfectures, signatures par dizaines de milliers de la pétition Nous les prenons sous notre protection. Du coup, Sarkozy choisit une nouvelle fois de reporter les échéances : le 13 juin, il improvisait une seconde circulaire laissant espérer leur régularisation aux familles. Arno Klarsfeld, nommé médiateur, se répandait en déclarations rassurantes. Il assurait : « Que les familles ne s’inquiètent pas. Celles qui ont des attaches fortes avec la France, c’est à dire dont les parents habitent en France depuis deux ans, dont les enfants sont nés en France ou sont arrivés avant l’âge de 13 ans et qui sont scolarisés depuis septembre 2005 seront régularisées ». Le 3 juillet, à l’antenne de France Inter, il s’engageait : « Tous les cas que je vois à la télévision d’enfants risquant d’être expulsés sont immédiatement régularisables. S’ils se présentent avec leur famille à la préfecture, ils seront régularisés. La quasi-totalité des enfants vont voir leur situation régularisée ». Le quotidien le Figaro titrait le 6 juin : « Les élèves sans papiers ne seront pas expulsés » ou, le 28 juin : « Sans papiers : des milliers de régularisations en vue ». Répondant à ces appels, des dizaines de milliers de familles se précipitaient dans les préfectures débordées.

Redoutant d’être contraint à une régularisation massive nuisible à son image, Sarkozy corrigeait le tir. Le 24 juillet, alors que la totalité des dossiers était loin d’être déposée et que seuls quelques uns avaient pu être étudiés, il fixait un quota aux préfets : pas plus de 6000 régularisations, soit 80% de refus par rapport au nombre de candidatures attendues. C’est presque exactement le pourcentage finalement atteint par chaque préfecture « après un examen individualisé et approfondi de chaque dossier » …

Au total, selon les chiffres officiels, 6 924 régularisations ont été obtenues dans le cadre de la circulaire du 13 juin sur 33 000 dossiers déposés. Autrement dit, 26 000 familles (et au moins 50 000 enfants) restent sans papiers et d’autant plus menacées que, contraint par deux fois de reporter les expulsions massives de familles et de jeunes, le ministre tentait une série de coups de force à la fin de l’été.

Après avoir fait expulser une famille ukrainienne arrêtée lors d’une convocation à la préfecture d’Evry, il frappe un grand coup le 17 août en s’attaquant au squat de Cachan. Hébergés dans un gymnase de Cachan, les ex-squatters résistent, trouvent la solidarité de la population, d’artistes, de sportifs, de responsables syndicaux et politiques et, au bout du compte, après 45 jours d’occupation du gymnase et de grève de la faim pour six d’entre eux, obligent le gouvernement à accorder en partie ce qu’il refusait obstinément la veille : un réexamen des dossiers des sans papiers sous le contrôle de médiateurs et la promesse de relogement à court terme. Une cinquantaine de sans papiers avaient été placés en rétention lors de l’évacuation du squat. La police ne réussit à en expulser qu’une douzaine, parfois avec difficultés. Dans le cas de Jeff, le lycéen nigérian du lycée Dorian finalement expulsé fin août, des passagers sensibilisés par des militants présents lors de l’embarquement refusent de voyager dans un fourgon cellulaire volant avec des expulsés menottés en fond de cabine. Retards, discussions avec l’équipage, tensions avec l’escorte policière, refus de s’asseoir ou d’attacher sa ceinture, il est même arrivé que le commandant fasse monter des CRS à bord pour mater les passagers !

Dès la rentrée, les mobilisations reprennent dans les établissements scolaires. Impossible de toutes les citer. A Nevers, en septembre, plusieurs centaines de lycéens en grève et d’enseignants assiègent la préfecture plusieurs jours de suite jusqu’à obtenir la libération de Suzanna, leur camarade de terminale, et de sa mère. A Lyon à la mi-octobre, une jeune Algérienne et ses deux enfants sont interpellés à leur domicile et conduits à l’aéroport. Parents d’élèves et enseignants débarquent et bloquent l’expulsion. La famille est emmenée à Marseille, le RESF marseillais prend le relais : la police renonce, la famille est rapatriée à Lyon et libérée. Début octobre, Suzilène, une lycéenne de Colombes est placée en rétention. Ses camarades se mettent en grève, manifestent à Orly pendant que Suzilène est secrètement embarquée au Bourget, seule, sur un avion spécialement affrété pour l’expulser. A Colombes, la colère monte : plusieurs établissements débrayent et des centaines d’élèves et d’enseignants manifestent devant la préfecture de Nanterre puis au Conseil général du 92 où ils sont reçus par Nicolas Sarkozy qui, quelques jours après, autorise Suzilène à rentrer.

Mais ces affaires relativement médiatisées ne sont que la partie émergée de l’iceberg : de façon moins visible mais tout aussi féconde pour l’avenir, dans des centaines d’établissements et de localités, des collectifs se constituent autour de familles déboutées de la circulaire du 13 juin 2006 ou autour des élèves majeurs. La vague de parrainages amorcée au printemps dernier se poursuit. Il ne se passe pas de semaine sans qu’une ou plusieurs préfectures soient assiégées par des rassemblements de parents, d’élèves et d’enseignants.

Pourtant, pris au piège de sa propre démagogie, le ministre de l’Intérieur s’entête à tenter d’expulser des familles ou des jeunes au moins pour l’exemple. La leçon claire : la seule protection véritablement efficace des jeunes et des familles est leur régularisation immédiate. C’est ce qui est à l’ordre du jour et ce qui restera l’objectif immédiat des manifestations de solidarité.

Richard Moyon

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