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Laurence Moulinier-Brogi

Université Paris-VIII/CNRS-LAMOP

« Médecins et apothicaires dans l’Italie médiévale : quelques aspects de leurs relations »
On a coutume de dire que la pharmacie se détacha de la médecine au XIIe siècle1 ; de fait, dès cette époque, la figure du clerc-médecin-apothicaire du haut Moyen Age paraît en voie de disparition, et l’individualisation des fonctions permet au contraire à des communautés d’apothicaires de se constituer. Les premiers statuts s'établirent dans le Midi de la France en Arles, en Avignon et à Montpellier, et en Italie, la première réglementation du métier d’apothicaire est due à l’empereur Frédéric II, avec les Constitutions impériales (ou Liber Augustalis) promulguées en 1231 à Melfi. Puis, assez vite, dans de nombreuses villes italiennes, les spetiarii se dotèrent de statuts définissant les modalités d’accès à la profession, d’exercice et de contrôle, empreintes d’un même « esprit de corps », voire d’une même tendance au protectionnisme, malgré des variations selon les régions et l’organisation locale des métiers. On envisagera donc ici les rapports, tour à tour de complémentarité, concurrence ou domination, des apothicaires et des médecins dans l’Italie médiévale, en évoquant d’abord les formes d’organisation du métier de speziale, puis les rapports non plus institutionnels, mais pratiques, entre médecins et apothicaires ; après avoir rappelé à quel niveau culturel ces derniers se situaient selon les lieux, on s’interrogera pour finir sur leurs éventuels empiètements sur les attributions du médecin. Ces deux figures aux fonctions différentes et complémentaires apparaissent en effet soumises aux lois de l’attraction selon des modalités diverses, et à bien des égards, les rapports entre apothicaires et médecins en Italie aux derniers siècles du Moyen Age sont semblables à ceux des deux moitiés d’un même tout.
Le cadre d’exercice du métier
En Italie, la situation se présente d’une manière particulière pour des raisons tenant à l’organisation tant politique que sociale, à savoir la naissance d’Arts, ou regroupements de métiers, elle-même inscrite dans le cadre de la commune. L’apparition de ces organismes est le fruit d’une prise de conscience communautaire que l’on constate ailleurs sous des noms divers (gremios puis colegios en Catalogne, collèges en France du Sud, etc.), mais certains de ces organes n’en sont pas moins mixtes et comprennent d’autres marchands ou artisans, voire d’autres praticiens de santé : les apothicaires furent associés dans un même Art avec les fromagers à Plaisance ou les lardiers à Reggio2, mais avec les médecins à Gubbio d’après le premier statut de la Commune, rédigé en 13383, à Viterbe, où l’Arte dei Medici e speziali est attesté en 13064, ou dans la Florence communale, où l’Art du même nom fut reconnu comme l’un des sept Arts majeurs par les Ordinamenti di Giustizia en 1293, et doté en 1314 de statuts calqués sur le modèle général5. Toutefois, apothicaires et médecins ne restèrent pas forcément unis au sein d’un même Art : à Viterbe, la séparation est advenue dès 1344, et les médecins sont désormais alliés aux juges et notaires, tandis que les aromatarii maintiendront leur autonomie et se doteront, peu après 1375, d’un statut revu et corrigé6.

Les statuts connus ou conservés à ce jour, en latin ou en vulgaire comme ceux des apothicaires de Pise, rédigés en 1497, embrassent en un nombre variable de chapitres, l’ensemble de l’organisation du métier, depuis la formation du futur speciarius jusqu’à la gestion de sa boutique, en passant par la préparation et vente des remèdes, les charges à exercer au sein de l’Arte, les relations qui pouvaient unir — comme la solidarité lors d’un décès7 —, ou opposer les membres de l’ « université »8, et les rapports avec les médecins. Ces statuts diffèrent tant par leur longueur que par leur contenu, lié à des situations particulières, mais grosso modo, tous ont en commun une première partie consacrée aux obligations des membres envers le public et les autorités spécifiques à la « corporation », sans négliger le soin à apporter à l’enseignement aux apprentis, et un second groupe de préceptes relatifs à la bonne cohésion de la communauté, et concernant notamment le devoir d’assistance à un confrère incarcéré, la nécessité de respecter une certaine distance d’une boutique à l’autre, les processions religieuses et les offrandes de cierges aux saints patrons.

L’Art lui-même exerçait un rigoureux contrôle sur ses membres, et toute une série de mesures visaient à assurer la confection légale des remèdes ou autres préparations, comme la piperata9, ou les confetture10: à Florence comme à Sienne, Pistoia, Ravenne, Pise, Asti, Venise, Bologne, Pérouse ou Milan, veditori et saggiatori enquêtaient régulièrement sur les denrées et préparations que détenaient les apothicaires et en référaient aux consuls en cas d’irrégularité11. Les speziali devaient jurer de préparer électuaires, sirops, remèdes, etc. avec de bons ingrédients, sous peine de les voir saisis et détruits, voire brûlés publiquement12, et la préparation de la thériaque, en particulier, était une suprême affaire de santé publique13, et l’on trouve des dispositions similairesun peu partout14.
Si l’on tente de synthétiser la plupart des études portant sur ce métier dans l’Italie médiévale15, le profil qui en ressort est celui d’un opérateur qui, tout en s’affirmant dans l’économie urbaine en tant que marchand — le premier des consuls des marchands de Pise en 1162, et le seul désigné par le nom de son Art n’était-il pas un certain « Nicolò Speciarius » ?16 — se trouva soumis, de manière plus ou moins contraignante, dans le domaine sanitaire, au contrôle du collège des médecins17. En Lombardie, par exemple, les enquêtes menées à partir de la législation corporative confirment cette sujétion des apothicaires à un fort contrôle communal à travers le bras du collège des médecins : ainsi à Milan les médicaments devaient être préparés selon les statuts de la commune et celui du collège des médecins de 1380, et l’inspection assurée par un protophysicus, deux membres du collegio medico et deux apothicaires (1470)18 ; ces visites pouvaient même revêtir un caractère parfois très solennel comme à Pistoia, où tous les médecins de la ville, sans exception, et le chancelier de la commune, devaient participer à l’ « essai » des spezie.

L’histoire des apothicaires de Pise, pour sa part, est celle d’une émancipation par rapport aux médecins avant une sorte de retour de balancier à l’époque moderne. Alors que des statuts élaborés en 1497 défendaient les compétences du seul métier, affirmant que les autorités publiques ne pouvaient exercer la loi qu’à travers les consuls de l’Art, ces statuts furent modifiés en 1560, au profit d’un rôle accru des médecins comme instance de contrôle19. Ce contrôle retrouvé ou accentué des médecins avait en l’occurrence un poids politique évident, et se doublait de la perte d’une autonomie par rapport à Florence, à laquelle Pise dut se soumettre en 1506 après s’être considérée comme libre pendant près de douze ans20 : les peines, par exemple, étaient « deliberate » par les consuls de l’Art de Florence sur dénonciation de ceux de l’Art de Pise21. En outre, il devint obligatoire, pour les médecins comme pour les apothicaires, de posséder un exemplaire du Ricettario fiorentino composé à la toute fin du XVe siècle (1490) par un collège de médecins florentins22 : écrit en vulgaire et orné d’illustrations, ce Ricettario collectif avait pour but, d’après la préface, de mettre fin à l’approximation et à la confusion dans la préparation des remèdes, étant donné le nombre des réceptaires en circulation, et cet outil normatif émané de Florence joua un peu le rôle de l’actuel Codex des pharmaciens23.

Plus largement, comme l’ont mis en évidence les travaux d’Ivana Ait pour Rome et d’Irma Naso pour la Lombardie24, la nécessité, pour les apothicaires de la fin du Moyen Age, de se soumettre désormais à l’approbation d’un collegio medico est à mettre en relation avec le besoin d’organiser une véritable assistance sanitaire, sur le modèle de celle qui s’était affirmée dans quelques villes du centre ou du Nord, comme Venise, Florence ou Milan, à la suite de la pandémie des années 1347-135125. Le point culminant de cette évolution fut l’influence marquée de la classe médicale sur les apothicaires dans le domaine thérapeutique, malgré le distinguo formulé par Antonio Esposito Vitolo : selon lui, là où les deux Arts furent unis, les médecins l’emportèrent sur les apothicaires, alors que là où ils restèrent distincts, et même quand le médecin fut imposé dans le cadre de dispositions statutaires, il n’eut l’avantage ni du point de vue du nombre (à Florence, par exemple, quatre médecins accompagnaient deux apothicaires élus, alors qu’à Pise, un seul médecin accompagnait les veditori du métier) ni de celui des directives, devant se limiter à prendre note et à constater ce que les veditori trouvaient éventuellement d’altéré26.
Or, au-delà du cadre corporatif et des traces institutionnelles de l’affirmation d’une singularité, les apothicaires avaient avec les médecins des contacts balançant entre réalité quotidienne et tentation récurrente.

Dans l’Antiquité, les médecins préparaient les médicaments qu’ils distribuaient à leurs clients, et l’usage dura au Moyen Age, où la distinction entre les deux activités, celle, prédominante, du médecin, et celle, subordonnée, du « manipulateur », manqua longtemps de netteté : à Florence, par exemple, selon Raffaello Ciasca, la plus ancienne attestation de clercs médecins remonte à 934, et celle de médecins laïques à 1070, mais il faut attendre le début du XIIIe siècle (1211) pour trouver la première mention d’artisan désigné expressément comme spetiarius27. Ce flou terminologique explique pourquoi le nombre des apothicaires à Florence paraît beaucoup plus modeste que celui des médecins jusqu’à l’apparition de l’Art les regroupant28, alors qu’ensuite, à partir du moment où l’on peut les identifier plus sûrement grâce aux immatriculations auprès de l’Art, c’est le contraire qui s’impose ; si l’on en croit notamment Giovanni Villani, il y aurait eu à Florence, en 1329, 60 médecins pour 100 boutiques de speziali29, d’où les différentes mesures prises par la commune pour attirer des médecins, de la campagne ou d’autres villes.

De fait, au quotidien, les deux professions furent appelées à collaborer, même quand l’art de guérir se distingua nettement des activités des « préparateurs », et même si leurs rapports ne furent pas toujours au beau fixe. Le médecin était le premier moteur des affaires de l’apothicaire, mais ce dernier pouvait aussi exercer une influence sur la réputation du praticien : Saladin d’Ascoli, archiatre du prince de Tarante au milieu du XVe siècle, s’inquiétait ainsi du préjudice, pour le médecin, de l’ignorance du « pharmacien »30, et à la même époque, Michel Savonarole conseillait aux jeunes médecins de ne pas rougir de se plonger dans l’étude des recettes mais au contraire de préparer eux-mêmes les médicaments et de les porter ainsi, « sic confectas », à l’apothicairerie31. Où l’on peut lire, outre la méfiance des médecins envers ces auxiliaires32 (brocardés depuis Gilles de Corbeil et volontiers qualifiés de « cuisiniers des médecins »), la preuve qu’ils continuaient parfois de préparer eux-mêmes des remèdes. Théoriquement, il revenait au médecin de diagnostiquer et de prescrire, et à l’apothicaire de préparer et de délivrer, mais dans les faits les frontières étaient parfois floues : le bref de la curia mercatorum pisane de 1305 obligeait ainsi les médecins qui fabriquaient eux-mêmes sirop, électuaire, préparations et remèdes (« xiruppum et electuarium et confectiones et medicinas facientes et conficientes »), à bien les préparer, de manière loyale (« bene et legaliter »)33.
Des associations personnelles entre médecins et apothicaires n’étaient pas rares. A Florence, les statuts de la ville et de l’Art les reconnaissaient depuis le début du XIVe siècle, autorisant les apothicaires à avoir dans leur boutique des médecins pour soigner les malades34. Il était également permis aux médecins de gérer des spezerie dans lesquelles ils pouvaient recevoir ou soigner les patients35, comme s’en font l’écho le Décaméron de Boccace36 ou le Trecentonovelle de Sacchetti37, et à Venise aussi, au XIVe siècle, on connaît différents exemples de médecins, notamment juifs, qui tenaient boutique d’apothicaire, dans laquelle ils donnaient des consultations38. à Lucques, un exemple d’association entre médecin et speziale date de 129639, et à la fin du XIVe siècle, un autre médecin lucquois, Jacopo Coluccino, laissa des Ricordanze qui constituent un témoignage de première main sur les praticiens rétribuant un apothicaire pour préparer les médicaments qu’ils vendaient eux-mêmes directement aux malades40 ; d’autres sources, comme les testaments, le donnent à comprendre de manière plus indirecte, comme celui du médecin Guillaume établi à la fin du XIIIe siècle à Bonifacio, en Corse, alors colonie gênoise, et par lequel il destine 20 sous au speciarius Guillelmus de S. Giorgio, qui de toute évidence préparait les médicaments pour lui41. Les médecins pouvaient donc s’attacher les services des apothicaires, et vice versa, à condition que, dans un cas comme dans l’autre, ils aient prêté serment à l’Art et se soient acquittés de leurs impôts et obligations, comme l’enjoignent les Statuts de 1314 pour l’Art de Florence42.

Semblables alliances étaient permises dans plusieurs villes, comme Sienne, Pistoia, Lucques, Bologne ou Ferrare, mais les speziali ne pouvaient ni soigner les blessés ni donner de « medicinam solutivam » sans le consentement des médecins : comme il est précisé en 1258 dans le Capitolare des médecins et apothicaires de Venise, l’apothecarius ne pouvait « medicare vel medicinam aliquam alicui dare vel potionem sine consilio medici »43.

Mais ce qui était surtout interdit, c’était l’accord entre médecin et apothicaire pour vendre certains remèdes et diviser les gains44 : le risque de compérage à but lucratif suscita de nombreuses prohibitions, et les règlementations, sous forme de statuts ou de brefs, comme pour les speziali de Gubbio45, montrent que ce genre de collusion était dans la ligne de mire depuis le début du XIIIe siècle au moins. Dès 1224, lorsqu’il fonda l’université de Naples, Frédéric II avait interdit les associations occultes qui risquaient de se faire au détriment des patients, en prohibant aux médecins de tenir pharmacie pour leur compte ou de s’associer avec un préparateur, et cette interdiction fut répétée dans le Liber augustalis en 123146. Avec les statuts d’Arles compilés dans la seconde moitié du XIIe siècle, et le Capitolare de Venise daté de 1258, les dispositions législatives prises par Frédéric II figurent parmi les plus anciennes connues dans lesquelles apparaisse un distinguo entre les attributions de l’apothicaire et celles du médecin.

De nombreuses villes adoptèrent cette norme, à des dates variables, et la réitération de la prohibition suggère qu’elle n’était guère respectée : à Venise ce principe est affirmé en 1258, puis à nouveau en 1442 et 1480 ; à Pise, cette règle adoptée en 1305 est reformulée en 1321, ce qui n’empêche pas de rencontrer des « sociétés » entre médecins et apothicaires à la fin du XIVe siècle47 ; et à Gênes, le chapitre V des statuts la mentionne encore explicitement en 1488 : « quod nullus speciarius faciat apothecam vel societatem cum aliquo in dicta arte »48. Il était de même interdit, dans cette dernière ville, de donner quoi que ce soit à un médecin pour qu’il se rende dans telle apotheca pour y prescrire son ordonnance, ou de mettre gratuitement à sa disposition dans ce but une habitation ou un lieu. Tout au plus pouvait-on lui offrir un cadeau à Noël, et encore sa valeur ne devait-elle pas dépasser 25 livres. Il était enfin prohibé à tout apothicaire d’avoir dans sa boutique un « médecin prescripteur » lié à lui par des liens de parenté en deçà du 4e degré ou simplement par alliance49. à la même époque, à Viterbe, ces ententes avaient visiblement cours puisqu’en 1480, le pape Sixte IV dut intervenir avec un bref pour interdire tout pacta vel societatem entre les deux catégories, sous peine de voir son lieutenant intervenir immédiatement avec tout pouvoir coercitif50 ; et quelques années plus tard, en 1509, quand sont rédigés de nouveaux statuts pour l’art des apothicaires, les Statuta magnifice artis aromatariorum largement inspirés de ceux de la fin du XIVe siècle, l’argument est repris : « quod nullus de arte predicta, vel in dicta arte iuratus audeat vel presumat dare aliquod salarium saltim vel aliquam provisionem alicui medico civitatis Viterbii, nec etiam forensi »51. Pour dissuader apothicaires et médecins de céder aux sirènes de ces alliances lucratives mais difficiles à poursuivre en raison de leur caractère secret, certaines autorités agitèrent la menace de punitions lourdes, comme en Sardaigne, où les complices encouraient de fortes amendes et des châtiments corporels52, tandis que d’autres, comme à Viterbe, recouraient à l’intimidation en reconnaissant comme valide le témoignage, autant dire la dénonciation, d’un unique témoin digne de foi53. Motivés ou non par l’appât du gain, les rapports entre les deux professions devaient donc être constants.

Les apothicaires étaient des personnages importants dans la cité à plus d’un titre. Ainsi, lorsqu’en 1295, la législation florentine contraignit tous les nobles à s’inscrire dans un Art sous peine d’être exclu de toute participation à la vie politique, puisque seuls ses ressortissants étaient éligibles au priorat institué en 1282, Dante Alighieri, sans être du métier, se fit enregistrer dans celui des médecins et apothicaires54. Quant aux véritables apothicaires, nombre d’entre eux se distinguèrent par les charges politiques qu’ils furent amenés à exercer, mais aussi par l’apport à la vie culturelle de leur cité, notamment à la mémoire privée et publique, qui caractérisa certains d’entre eux.

Giovanni Sercambi (1348-1424), par exemple, ne fut pas seulement l’auteur du Novelliere. Cet apothicaire né à Lucques, qui fut ambassadeur à Arezzo et Milan, écrivit aussi un Monito Politico adressé à Paolo Gunigi, un commentaire au Paradis de Dante, et une chronique. Et le Florentin Matteo Palmieri (1406-1475), pour sa part, remplit d’importantes fonctions civiles et administratives, comme gonfalonier de justice ou ambassadeur, et laissa des œuvres littéraires (Vita civile et Città di vita), et historiques : Historia fiorentina (une chronique des années 1429 à 1466), De vita et rebus gestis Nicolai Acciajoli, De captivitate Pisarum et De temporibus55.

Sans avoir atteint la même fama, d’autres ont laissé le souvenir de citoyens impliqués dans la vie de la cité, voire de littérateurs. Ainsi au XIIIe siècle, à Asti, Guglielmo Venturale (1250-1322 ?) assuma les principales charges du gouvernement de la ville et se fit chroniqueur avec un Memoriale de gestis civium astiensium et plurimum aliorum56 ; le Toscan Giovanni Antonio Di Faye (ou Faie) (1409-1470), qui mourut à Bagnone où il avait ouvert une spezieria en 1428, composa à partir de 1430 une autobiographie, racontant aussi l’histoire de sa famille, et une chronique d’intérêt local 57 ; et Luca Landucci (1436 ?-1516 ?) écrivit un Diario fiorentino considéré comme une importante chronique pour Florence des années 1450 à 1516.

A Rome en particulier, les apothicaires jouissaient d’un grand prestige social, et Ivana Ait a mis en évidence de belles carrières au sein de ce groupe, ainsi dans la famille Stati, dont on trouve la première mention en 1370 à propos d’un certain Lellus Stati, speziale du rione Sant’Eustachio ; à la fin du siècle, Paolo et un de ses fils, Lello, tous deux apothicaires, obtinrent des offices prestigieux comme la charge de conservateurs de la ville, respectivement en 1398 et 141358. La famille Pacca, à la fin du XVe siècle, se signale par des parcours similaires, et fait même l’objet d’un panégyrique, comme d’autres familles romaines, dans les Nuptiali de Marco Antonio Altieri59, et l’on peut encore citer la famille Infessura, dont le début de la fortune remonte à Giovanpaolo, speziale du rione Trevi en 1428 ; un de ses fils fut chroniqueur, les deux autres, speziali, et l’un de ces deux derniers, Lorenzo, se vit confier, avec son neveu, en 1470 la charge très recherchée de consuls de la corporation60. Des familles s’illustrèrent par l’exercice de l’art de l’apothicairerie, et l’usage, de la part des notaires, de leur attribuer les qualificatifs de nobilis ou magnificus, dénote souvent une ascension sociale, récente ou non61.

Enfin, à Gênes, de nombreux apothicaires firent partie du conseil des Anciens entre 1345 et 1517, deux doges (un système institué en 1339), Leonardo Montaldo et Giacomo Campogrosso, en auraient été62, et l’histoire de Viterbe aussi offre des exemples de speziali élus prieurs ou camerlingues63, ou d’hommes de lettres : Cola di Cobelluzzo écrivit une chronique de la ville jusqu’en 139364, que son fils Cosimo continua pour deux années65, tandis que Mariano Orsini fut l’un des quatre gonfaloniers de la commune en 1431, et que Giovanni di Francesco Seppi fut camerlingue en 1403 et en 1424. 66
Qu’ils aient laissé une œuvre ou non, ceux qui dispensaient des médicaments ne pouvaient rester illettrés : leur fonction impliquait la maîtrise du latin pharmaceutique, pour pouvoir exploiter certains ouvrages ou appliquer les ordonnances, et l’examen d’entrée dans la profession, aux modalités variables selon les lieux
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