Section II : Du modèle communautaire : le renforcement du parti de l’entreprise. Du Cnpf au Medef : le développement de l’idéologie managériale





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SECTION II : Du modèle communautaire : le renforcement du parti de l’entreprise. Du CNPF au Medef : le développement de l’idéologie managériale
Ici il s’agit de relever que du côté patronal, une profonde mutation va s’opérer sur la période. En 1981, le dirigeant nouvellement élu Yvon Gattaz souhaite faire du CNPF le parti de l’entreprise, mais les conditions politiques jusqu’en 1982 ne sont guère favorables à la prise en compte des intérêts de ce « nouveau parti ». Jusqu’à cette date, le CNPF fait le « gros dos ». Mais dès l’enregistrement de l’échec de la politique de relance, le patronat devient plus revendicatif, par rapport aux lois Auroux, par rapport au poids des charges sociales, par rapport, somme toute, à une revendication libérale de mise en œuvre de plus de flexibilité et de déréglementation.

En 1986, Yvon Gattaz quitte la présidence du CNPF, remplacé par François Perigot. Celui -ci s’inscrit dans la perspective tracée par son prédécesseur, dans le cadre d’une défense et d’une illustration d’une politique toute libérale. Le discours patronal consiste essentiellement à dénoncer le poids des charges sociales et par conséquent à s’inscrire dans la perspective libérale qui consiste à considérer que l’Etat-providence constitue un frein à la création d’emploi. Au fond on peut considérer que jusqu’en novembre 1994, rien ne bouge fondamentalement au sein du CNPF, ses orientations restent globalement les mêmes.

Mais l’heure des changements a sonné, arrive à la tête de l’organisation en novembre 1994 Jean Gandois, soucieux de la responsabilité des entreprises à l’égard des chômeurs.

A cette date, le CNPF promeut l’idée de la citoyenneté de l’entreprise, dans un contexte général politique qui ne cesse de mettre en avant cette notion de citoyenneté.

Il reste que la présidence de J. Gandois et son souci du développement d’une « citoyenneté de l’entreprise » (notion à bien des égards ambiguë) n’aura qu’un temps, la « Conférence nationale sur l’emploi du 10 octobre 1997 » organisée sous l’égide du nouveau gouvernement de la « gauche plurielle » va conduire à la démission de J. Gandois et à l’élection d’Antoine de Sellières à la présidence du CNPF, lequel est sur une logique d’affrontement, s’appuyant sur le poids grandissant des fédérations de services (et en particulier du monde de l’assurance, le numéro deux du CNPF étant alors Denis Kessler aux positions largement ultra-libérales, et pour cause si je puis me permettre), sur une logique de retour à une orthodoxie libérale, voir ultra-libérale. Ce poids grandissant des services se confirmera finalement par l’élection de Laurence Parisot quelques années plus tard.

Mais ce qui est fondamental, depuis les années 1980, c’est le développement d’une nouvelle idéologie managériale, étudiée en particulier par L. Boltanski et E. Chiappello.

La nature de "l'idéologie managériale" se présente comme toute idéologie, c'est à dire qu'elle propose une vision du monde faite de représentations et de pensées, et elle oriente pratiquement les actions des individus et des groupes. Comme le soulignait en effet, Louis Althusser1 , "L'idéologie managériale" se traduit dans des pratiques (cercles de qualité, projets d'entreprise, ….). Comme toute idéologie, l'idéologie managériale possède une relative efficacité qui se mesure à son emprise sur les comportements, conduites, gestes et systèmes de perception des acteurs sociaux.

Du point de vue de son origine, notre orientation dépasse la conception selon laquelle il y aurait une division entre infrastructure où se détermineraient les rapports de production, et superstructure où se détermineraient les formes culturelles et idéologiques de la société civile.

Poser l'entreprise comme productrice d'idéologie, cela revient à la considérer comme étant à la fois concernée par l'économique et par le culturel.

Etudiant les nouvelles politiques sociales dans l'entreprise, Philippe Messine se situe dans une même perspective, pour lui " (...) une analyse d'inspiration gramscienne appliquée à l'entreprise doit permettre de reconstituer l'unité du phénomène social, dans sa dimension économique et culturelle. Pour cela, il faut se garder d'attribuer des lieux fixes aux catégories de phénomènes étudiées, ne pas assigner de manière exclusive, le cadre de la cité à la sphère idéologique et culturelle, ni le cadre de l'entreprise à la sphère économique" 2 .

Par ailleurs, "l'idéologie managériale" ne trouve pas son seul fondement dans l'élaboration d'une pensée issue d'une classe dominante. Chaque groupe d'individus, chaque organisation ou institution produit en effet de l'idéologie sous des formes spécifiques nécessaires à leur cohésion (idéologie du service public pour exemple). Selon Bernard Ramanantsoa et Roland Reitter, "L'idéologie est présente dés qu'il y a acteurs et action collective, c'est à dire conflit potentiel soit sur les fins soit sur les moyens de cette action"3. Ce sont ces formes spécifiques qui marquent le relatif degré d'autonomie à l'égard de la réalité des rapports sociaux et des rapports de domination en oeuvre dans la société globale.

"L'idéologie managériale" est certes le produit de l'évolution des rapports sociaux, mais, parce qu'elle oriente l'action des acteurs sociaux, elle contribue en retour à cette évolution. De plus, à travers ses formes spécifiques, elle ne se présente pas en un discours unique et unifiant.

Si à bien des égards, elle n'est jamais autre chose qu'un ensemble de projections idéalisées des intérêts et des valeurs de la classe dominante, elle apparaît aussi sous des formes qui prennent en compte les spécificités de chaque entreprise.
Ces quelques réflexions sur l'origine de "l'idéologie managériale", nous renvoie donc à la question de son rapport au réel, de son rapport avec la réalité.

En effet, considérer que l'idéologie managériale est en grande partie le résultat de l'évolution des rapports de domination et le produit des projections idéalisées des intérêts de la classe dominante, c'est affirmer son caractère d'illusion consciente ou inconsciente; dans tous les cas, elle exprime plus des espoirs qu'une réalité.

Pour autant, elle n'est pas totalement illusion ; elle se présente comme une grille de lecture du réel, c'est à dire qu'elle prend en charge l'analyse et la finalisation des changements économiques et culturels.

En d'autres termes, elle s'appuie sur des éléments du changements social (cette première phase est marquée par des éléments tout à la fois de connaissance et de méconnaissance du réel et par des occultations) pour en dégager un sens et une finalité (espoirs et intérêts de la classe dominante).

Plus précisément, "l'idéologie managériale" assure trois fonctions essentielles:

- Une fonction d'identification : "l'idéologie managériale" permet aux acteurs sociaux de se représenter leurs positions et leurs activités au sein de l'entreprise, en proposant une image claire de l'entreprise et de son environnement tout en rappelant les grands principes de fonctionnement de la société et en indiquant les buts communs à atteindre ; dans cet optique, "l'idéologie managériale" répond à un souci de rassemblement de tous autour de l'entreprise. L'enjeu de "l'idéologie managériale" est ici de construire un consensus, de faire de l'entreprise une communauté.

- Une fonction de légitimation : "l'idéologie managériale" a pour fonction de légitimer l'ordre ou le futur ordre social. L'enjeu de "l'idéologie managériale" est ici de protéger et de renforcer les élites managériales au pouvoir contre toute idée de démocratie industrielle ou d'autogestion.

- Une fonction d'occultation : "l'idéologie managériale", par ses fonctions d'identification et de légitimation, occulte une partie de la réalité des rapports sociaux. En effet le ralliement des acteurs sociaux autour de l'entreprise passe par un discours simplifié. Deux éléments du changement social sont dissimulés : le fait que, comme toute idéologie, "l'idéologie managériale" fonctionne aussi à l'exclusion et le fait que l'idéologie managériale propose ses valeurs au dehors, c'est à dire qu'elle accompagne et parfois devance l'extension de la rationalité économique à toutes les sphères d'activités de la société.
Ainsi, l'idéologie managériale possède deux dimensions, une dimension interne (recherche du consensus en son sein) et une dimension externe (propagation de ses valeurs au sein d'autres structures ou sphères d'activités). Ainsi, pour reprendre la terminologie d'Althusser, nous pouvons constater que l'appareil idéologique d'Etat qu'est l'Ecole ou même l'appareil répressif d'Etat qu'est l'Armée, sont concernées par cette pénétration des valeurs de l'entreprise. En ce sens, l'entreprise tend à remplacer l'administration dans l'allocation des valeurs idéologiques contribuant à cimenter la collectivité nationale.

Comme le soulignait Jean-Pierre Worms4, l'Administration jouait un rôle essentiel " (...) dans le domaine de l'allocation des valeurs culturelles (idéologiques) (...). Non seulement par l'idéologie de "l'intérêt général" et du "service public" l'Administration contribue au maintien et au développement des valeurs d'intégration et de cohésion qui sont au centre de la permanence de la collectivité nationale, mais encore elle joue un rôle crucial dans la diffusion d'une série de valeurs culturelles qui structurent très fortement l'ensemble des rapports sociaux. Des études plus particulières montreraient facilement le rôle primordial de l'administration dans la diffusion de certains modèles d'organisation hiérarchisé, centralisé, etc ...) de certains modes de raisonnement et de certains types de rationalités, de certains modèles d'autorité et même de certains modèles de carrière et de mobilité sociale".

Ne détruisant que ce que l'on remplace, c'est aujourd'hui l'entreprise qui assure de façon quasi-hégémonique l'allocation des valeurs idéologiques, par la diffusion de ses modèles d'organisation (organisation souple, décentralisée), de ses modes de raisonnement et de rationalité (rationalité économique, le client contre l'usager, ...), de ses modèles d'autorité (autorité légitimée par une logique communautaire-consensuelle) et ses modèles de carrière et de mobilité sociale (ascension au mérite et individualisation des rapports sociaux).

C'est en ce sens que l'entreprise assure une fonction politique à travers la dimension pratico-sociale de son idéologie et que se joue ici une lutte entre institutions, entre idéologies.

A) Nouvel esprit du capitalisme, nouveau monde




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