Interview leos carax





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Interview - LEOS CARAX - Novembre 1984 (FRANCE CULTURE)

INTERVIEW DIFFUSEE SUR FRANCE CULTURE EN NOVEMBRE 1984.
FC1-- "Le prix à payer. J'ai installé une barre de gymnastique chez moi pour soigner le cinéma qui manque d'exercice, l'époque est dangereuse, il faut la santé. La modernité, c'est la confusion. N'importe qui aujourd'hui peut être journaliste, policier ou critique. Ca fait peur. Mon quartier est infesté de policiers et de critiques. Je vais déménager. Pourtant, la critique de cinéma est le plus beau métier du monde, après réalisateur de films. La critique doit rêver tout haut le cinéma d'avenir, avec bel espoir, belle hargne, il doit préparer les pistes d'atterrissage pour les OVNIs, crier que tout est enfin, déjà, toujours, encore à l'infini possible, vanter le risque et la brutalité, cracher sur les fameuses valeurs et la violence. Il doit être garde du corps splendide, ogre Langlois, producteur poète. Oh là là. Mais non, non. La critique 84 est un oeil mort, elle gère la crise comme tout le petit monde qui s'en nourrit, repère d'anciens combattants et de collabos." Voilà un exemple du style écrit de Leos Carax, qui semble être beaucoup plus à son aise quand il écrit et quand il filme que quand il parle, et nous nous trouvons là devant le paradoxe absolu du cinéma tel qu'il va, c'est que c'est vrai qu'on demande aux réalisateurs de parler de leurs films. Je suppose que, Leos Carax, vous vous en passeriez bien...
LC-- Ben... Pour revenir à la santé... moi, je... non... parce que j'ai envie de faire l'acteur un jour, alors... je me... j'essaye de jouer à ce jeu-là... mais c'est très spécifique au film, je crois que là j'ai pas l'impression... c'est pas... Bon, moi je peux parler, mais... ces trucs dans Libération c'était plus parce que justement quand je parlais c'était pas reproduit, ou les gens savaient pas reproduire, parce que je pense que, bon,... on ne se sert pas du magnétophone dans les interviews modernes et même si on s'en sert on ne sait pas retranscrire. C'est pour ça que je crois j'ai commencé avec cette émission-là. Mais la sortie je la ressens en fait je crois plus... je me mets dans la peau d'un acteur et puis je pense que les gens... enfin, j'ai le sentiment d'être un acteur, voilà, qui aurait joué dans... dans un film, qui aurait eu le premier rôle, et le réalisateur serait mort avant la sortie, et puis il viendrait le défendre, le film. Voilà. Je me mets dans cette peau-là, donc je peux parler facilement.

FC1-- Bon, une fois dans cette peau-là, est-ce que vous pouvez dire au nom de ce réalisateur d'où il vient ?
LC-- Ah oui... alors là je peux plus, pas du tout, non.

FC1-- C'est ça...
LC-- Je peux parler du prochain, je peux parler des gens qui ont travaillé dessus, et puis... et puis c'est tout.

FC1--
Est ce que vous acceptez qu'on en parle nous ? LC-- ...

FC1-- Alors, le magnétophone est là. Ah que les hommes ont donc la mémoire courte et se peut-il qu'en devenant
des pères, ils oublient aussitôt qu'ils ont été des fils.
Tout de même elle voulait bien, sûrement qu'elle voulait bien, en tout cas elle se laissait faire. Le sentier était devenu trop étroit. Il n'en put plus aller de front, elle allait devant, lui derrière, et pourtant il continuait à tenir sa main , bien que ce ne fut pas commode, il continuait à la tenir par la main, c'est pourquoi il y a des moments où rien ne peut être changé, sans quoi tout change, des moments où rien ne peut être dénoué de nous sans quoi tout est dénoué.

LC-- Ben j'ai mis ça parce que, par rapport à la mort de la... d'une jeune actrice récemment qu'il fallait pas se ficher de la... des gens modernes. Même si moi je me sens donc, j'ai dit, plus du XIXème que... Non, parce qu'il me semble qu'il y a une modernité qu'on peut partager avec des gens comme... je sais pas, un peintre peut, voilà... avec sa muse et... moi j'aime bien donc... ça c'était Lio, je peux dire Lio, parce que sur France Culture... on va pas la passer et... c'est une chanteuse de variétés. Et c'est une enfant aussi.

FC1-- Si je vous demande, Leos Carax, "Qu'est-ce que l'émotion ?", qu'est-ce que vous pouvez répondre ?... Moi j'avoue que j'ai pas de réponse. Enfin, l'émotion au sens où Céline l'entend.
LC-- Avec Jean-Yves, c'était... que la technique c'était une relation humaine. C'est ça l'émotion, c'est pour ça qu'on travaille ensemble.
Jean-Yves alors.... le choix est pas parti de son image de films d'avant, c'est parti de lui. Après, j'ai découvert que c'était peut-être aussi... Jean-Yves, il a été opéré à neuf ans, on lui avait retiré le coeur et puis on l'a remis, et puis j'ai vu sa cicatrice, parce qu'on a été au hammam quand on préparait le film et... je me suis dit que voilà, quoi, si moi j'avais besoin d'une greffe un jour, c'est lui que je demanderais, que... que si jamais sur le tournage j'allais flancher, tout ça, il me sauverait, et puis ça a été le cas, c'est... quelqu'un qui respecte beaucoup la vie... et les émotions, donc, peuvent...même si y'a pas plus différent, on est très différents, ben... c'était bien, c'était... je veux dire, il créait l'émotion lui-même et je crois que le film... enfin, le film doit beaucoup à lui et puis aux deux visages des acteurs et ce qu'il se passe entre lui et les acteurs, aussi. L'émotion, c'est ce qui se passe... c'est ce qui voyage à toute vitesse entre deux personnes, et lui il s'occupe de lumière, c'est ce qui est censé aller plus vite, pour moi. C'est pour ça qu'il doit être doué pour l'émotion.

FC1-- Alors pardonnez-moi, mais j'ai envie de vous interroger là-dessus, parce que c'est une chose qui m'a le plus frappé en regardant le film, c'est à quel point vos comédiens, eux aussi, étaient rares, aussi bien dans leur... dans la découverte que nous faisons d'eux, que dans leur façon de s'exprimer. Alors est-ce que vous pouvez un peu parler de votre rencontre avec ces comédiens puisqu'ils ne sont pas là... j'aurais aimé leur poser des questions aussi éventuellement, mais... vous êtes là pour en parler peut-être.
LC-- Ben, les comédiens, moi je les choisis, quoi, c'est à dire, c'est à peu près mon seul travail. Ca peut... Enfin, là ça a duré un an, mais ça aurait pu durer 20 ans... sauf que j'aurais fait un autre film, évidemment... là, ben la jeune fille, Mireille Perrier, donc, ben c'est... c'est... Y'a quelque chose d'évident dans le visage, dans la voix, je pense que... elle a vraiment une voix, un visage et puis, de par sa vie, quelque chose qui rejoint les... déjà ça donne envie de faire un personnage de fin tragique, ce qui manque au cinéma, je trouve, de féminin, un personnage féminin. Et que là, voilà, c'était quelqu'un qui traversait toute l'histoire comme ça, du cinéma, en tout cas du siècle, donc... je pense que c'est quelqu'un qui.. je veux dire qu'elle est... elle a beaucoup à voir avec... des actrices comme il y en a plus, des actrices comme Lilian Gish ou Orane Demazis, je pense que c'est une actrice de chez Pagnol, en fait, voilà. Et c'est ce qu'il fallait parce que je voulais qu'elle parle peu mais quand elle parle - c'est quelqu'un qui ne doit pas bouger, d'où son personnage tragique - alors que le garçon il bouge beaucoup, enfin, physiquement du moins, et elle, elle fait des claquettes, mais sur place, quoi, disons. Alors c'était important... elle a un monologue dans le film et voilà et... mais ça c'est un truc que je vois sans nul doute. Et puis le garçon, il s'appelle Denis Lavant, et, alors lui, j'ai cherché quoi... Denis Lavant... ben je l'ai beaucoup cherché, quoi... parce que je peux dire que...

FC1-- Est-ce que je peux intervenir, là ? C'est à dire que... Moi, ce qui me frappe, enfin, j'ai le privilège comme ceux qui nous écoutent peut-être parce qu'ils ont déjà vu votre film qui est sorti depuis trois jours... ce qui me frappe, c'est le contraste... très étonnant entre lui et vous. C'est à dire que lui est quelqu'un de semble-t-il déterminé, extérieur, enfin... qui s'extériorise... qui parle, et vous, il semblerait que vous soyiez le même personnage mais en... mais tourné vers vous-même...
LC-- Le seul moment où il parle, il parle à une fille dans une cuisine, moi je ne suis pas dans une cuisine avec une fille, là.

FC1-- D'accord ! LC-- Voilà, c'est tout... Non, mais je parle beaucoup... voilà, des fois.

FC2-- Il parle pas beaucoup dans le film, il voit beaucoup, il voit, il est là, disons que nous on est là à côté de lui, c'est quand même le regard de ce personnage qui nous fait voir, qui nous fait voir un peu plus loin. Moi y'a une chose qui m'a étonnée et que... en y repensant et que je trouve avoir un sens, c'est que il a dû avoir des boutons quand il était jeune ou enfant, et il a une peau qui est un petit peu vérolée... et dans le film de Forman [Amadeus], le personnage de Salieri, qui est également un regard dans le film, a une peau un petit peu vérolée. Et ça donne un relief absolument incroyable à un visage, mais on se dit aussi que c'est des gens qui arrivent à voir par tous les pores de leur peau, parce que bon, ils ont pas seulement le trou des yeux, le trou du nez ou de la bouche, ils en ont quelques autres et... ça je trouve ça... comme j'avais trouvé incroyable que Godard prenne un personnage roux pour jouer dans Prénom Carmen, là... je trouve qu'avoir pris un personnage qui a des cicatrices sur la figure... et que Escoffier ne les ait pas masquées... d'ailleurs ça aurait été une certaine [?], je trouve ça magnifique.
LC-- Oui, c'est les cicatrices. Oui, oui, ben c'est le premier film, celui-là, il a une vingtaine d'années plus les années... parce que c'est... c'ets très piqué ailleurs,... plus quelques années au XIXème, au XVIIIème siècle... j'ai piqué pas mal... non, celui-là je vois pas où il a commencé. Le prochain, je peux dire, voilà, que j'ai commencé là récemment et que, il sera fini à la fin de l'été. Mais celui-là je sais pas...

FC1-- Alors dans votre journal tenu pour libération vous vous défendez contre les références et contre le passé, contre votre propre biographie... enfin, contre tout ce qui est de l'ordre d'un passé ou de parents, et l'expression revient, l'idée que vous voulez être un orphelin... Enfin, à travers l'entretien que vous avez donné dans le Monde également. Et pourtant vous vous réclamez de la modernité telle qu'elle remonte jusqu'au XIXème siècle...
LC-- J'aimerais pas... mouais c'est parce que je... j'aime pas qu'on me foute des pères dans le dos, ou des fils, je pense qu'il y a d'autres gens qui doivent pas aimer ça, cette idée... voilà, et puisque si c'est des histoires de famille c'est très privé et je trouve que ça serait très dégueulasse de la part des journalistes, et tout de même très paresseux.

FC1-- Oui, c'est ça, c'est à dire que, enfin, non, je comprends d'autant mieux, je vous comprends d'autant mieux que la... que c'est vrai que la paresse de... notre paresse, aussi bien des journalistes que des critiques, consiste à ramener de l'inconnu, c'est à dire un film nouveau, qui est fatalement inconnu, au connu, c'est à dire à d'autres films qui ont été faits, à d'autres cinéastes qui ont fait des films, de manière à nous protéger contre cet inconnu-là. Or, quand on voit votre film, on voit bien que... que c'est un saut dans l'inconnu.
FC2-- Oui, il veut pas parler de ses pères, mais moi je crois qu'il parle de ses grand-pères, là. Je suis d'accord qu'on n'a pas envie de parler de ce dont on vient directement, mais de ce qui est un tout petit peu plus loin, le grand-père ou l'arrière grand-père, on en parle.
FC1-- Leos Carax, j'aimerais avoir vote point de vue là-dessus...

FC2-- On a entendu Guitry, il a parlé de Pagnol... voilà.
LC-- Oui, parce que... foncièrement, c'est moins dégueulasse de parler d'eux, parce qu'ils ne sont pas là.

FC2-- Ils sont pas là, ils sont morts. LC-- Oui.

FC1-- Et en même temps y'a quelque chose, y'a un adjectif et un mot, tout compte fait, qui compte... semble-t-il beaucoup pour vous et qui a provoqué je crois l'intérêt à Cannes pour votre film et qui a provoqué l'intérêt de la presse pour votre film, puisqu'une double page dans le Monde, c'est rare pour un premier film, une double page dans Libération, c'est rare pour un premier film, je crois qu'il y a quelque chose. Ce mot, c'est le mot contemporain. Et effectivement, il y a dans Boy meets girl quelque chose de foncièrement contemporain. Et c'est un mot que vous employez volontiers. J'aimerais que, comme pour l'émotion tout à l'heure, vous parliez simplement de ce mot, et de ce qu'il recouvre.
LC-- C'est évident, quoi, qu'on est contemporain. On ne peut parler qu'à des contemporains. Vous avez peut-être trente ans de plus que moi, j'ai peut-être le même âge que la demoiselle et puis Jean-Yves a dix ans, je crois, de plus que moi, donc... Normalement, si tout se passe bien pour moi, disons, je verrai plus de films que vous. Vous serez déjà parti, moi je continuerai à en voir. Je verrai des femmes que vous ne verrez jamais. Tout ça... enfin, si ça se passe comme j'ai prévu les choses... tout ça ben ça m'intéresse, quoi... d'un autre côté, vous avez connu des femmes qui maintenant sont un peu vieilles, vous avez vu des films qui sont rayés et qu'on passe plus... Alors y'a des gens... chais pas, dont j'aurais aimé être le contemporain, moi. Voilà, enfin... je passe beaucoup de temps à regretter de pas avoir vu des choses, et puis même en étant contemporain de l'époque, je trouve qu'elle est pas... elle est pas contemporaine d'elle-même, elle retarde. Donc ça me frustre aussi, ça. Ca, ça me met en colère. Des choses comme la lune, quoi, on est pas synchrone avec la lune, par exemple, parce que si on a envoyé quelqu'un y'a... chais pas combien de temps, c'est pas normal qu'aujourd'hui on... je veux dire, on soit là. Alors... contemporain, chais pas quoi dire là-dessus...

FC1-- Non, non, vous en parlez très bien. Bon. LC-- Ben je préciserais la suite... le prochain...

FC1-- Bon, parlons du prochain. Y'a une phrase dans... dans tout ce que j'ai lu... LC-- Il va être brutal.

FC1-- Il va être brutal, mais... Vous dites aussi : "avoir le courage de faire une comédie".
LC-- Pas tout de suite, quand même...

FC1-- Le prochain ne sera pas une comédie ? LC-- Non.

FC1-- Pourtant, pour en revenir - excusez-moi de faire un flash-back sur Boy meets girl - mais l'humour de Boy meets girl est une chose qui fait son... une grande partie de son prix, tout de même. Je trouve par exemple que la séquence du téléphone au milieu des bébés est une chose d'une drôlerie et d'un humour d'une très très très grande finesse, d'autant que rien n'est réellement appuyé pour provoquer le rire et que là on est vraiment dans du très très bel humour. Je crois que l'humour c'est quelque chose qui vous attache beaucoup, non ?
LC-- Oui, c'est... le cinéma, ça se fait vraiment pas seul, ça se fait contre des gens... et c'est ce qui est le plus dur, c'est d'être drôle contre... drôle de colère, quoi, drôle de... pour emmerder le monde, un peu. Et... c'est très dur parce qu'on peut toujours vous dire - c'est ce qui m'arrive tout le temps, enfin, dans mes rapports avec les journalistes - que c'est pas drôle. Enfin, moi quelque chose que je trouve drôle, c'est pas forcément drôle, donc... comme y'a... si vous voulez, dans ce film-là c'était... moi je me suis dit, je vais tout essayer dans ce film-là, parce qu'y a pas de raison... On me file cent briques, autant que j'essaye tout, c'est peut-être le dernier. Donc j'ai essayé des choses comme ça, voilà. Mais... mais on les paye très cher parce que... parce que les gens sont pas drôles, hein. Et puis sur un tournage c'est... y'a les forces qui font que c'est même pas les gens, c'est même pas leur faute, mais y'a un tel poids, quoi, que... c'est pour ça qu'il y a pas de comédies aujourd'hui, quoi, y'a... le cinéma ça manque beaucoup de ça. C'est pas léger aujourd'hui. C'est à dire, les... les bons films sont légers, généralement. Et aujourd'hui, tous les films sont lourds. Et puis ça plaît, en plus.

FC1-- Et le prochain ? Je vous ai arrêté au moment où vous commenciez à en parler. Parce qu'après tout...
LC-- Le prochain, je m'étonne moi-même... je m'étonne moi-même de passer d'un film à l'autre comme un cinéaste, quoi, en fait. C'est... parce que les gens me demandaient "c'est quoi le prochain ? c'est quoi le prochain ?" Alors... y'aura un prochain ? Puis... je me suis dit oui... le prochain, alors là je voudrais... je vais être encore plus déçu qu'avec celui-là parce qu'il est très ambitieux. Et je parlais du scénario à Jean-Yves et puis il écoutait et puis il me disait que le script, on avait un script qui existait et c'était vrai Vous savez, dans le scénario, moi je mets absolument tout... je vais pas citer de nom mais je me prends pour.... et c'est même pas des cinéastes d'ailleurs, plus des écrivains, mais, je me dis si j'étais Balzac, quel scénario j'écrirais, par exemple ? Et alors après je me retrouve devant un truc, je suis totalement incapable de filmer ça. Et puis c'est une lutte entre ça et moi, parce que y'a comme deux mouvements dans le cinéma, qui sont un mouvement où on va vers ce qu'on ne sait absolument pas faire, ou ce qu'on ne connaît pas, c'est à dire les étoiles, la lune, et puis un mouvement où on rentre très fort à l'intérieur, mais à toute vitesse, quoi, y'a autant de distance, et on cherche la partie la plus mystérieuse qui est en soi. Alors le scénario, c'est le lieu pour faire commencer les mouvements et après on tourne, et en tournant, y'a des forces qui font que bon ben quand même, ça emmerde la société... Parce que les gens veulent savoir ce que vous faites, quand vous êtes en train de... Alors vous dites, "mais taisez vous, je suis en train de faire" "oui, mais qu'est-ce que vous êtes en train de faire ?" Vous dites "Mais... silence !" Et vous avez pas envie de dire "silence" non plus, même pas "moteur" à la rigueur et puis... les gens ils disent "coupez" tout le temps, tout le temps, tout le temps. Et après vous arrivez avec un film, comme dit Jean-Yves, décevant, parce que vous avez été coupé à droite, à gauche... C'est pas des questions tellement d'argent, de combien de temps, tout ça, même si ça joue, mais on vous laisse pas travailler dans votre coin, quoi, même quand vous faites un petit... c'est un petit film, celui-là. Un petit film donc ça se fait quand même plus dans le coin que d'autres films, je suppose, qu'un film qui coûterait... celui-là coûte 25, enfin 250... quand même... enfin... voilà.

FC1-- Nous sommes au bout de cette émission, Leos Carax et Jean-Yves Escoffier, alors moi je vous propose de la conclure comme nous l'avons commencée, c'est à dire que votre magnétophone est là et après tout...
Le jour où tu viendras ,
 Le jour où tu viendras...
[Barbara] Je regarde ma montre. Ce bracelet montre qui continue à vivre au bras des soldats tués, qui poursuivra son tic-tac dans quelques minutes sur mon cadavre. Et j'avais tant de choses à vous dire. Et je ne les ai pas dites. Et il me semble bien qu'il ne me reste pas le temps de vous les dire. Et peu importe, puisque ces mots que je dirais n'ont pas plus de réalité que le reste. Mesdames, Messieurs. Voici mon toast funèbre. J'étais le véhicule d'une force qui veut vivre à ma place. Qu'elle vive ! Elle verra ce que c'est. Je rentre dans la bouche du zéro dans le soir. Je lève mon verre de rhum. Vous savez à quel genre d'invités on le propose.
 […] Le jour où tu viendras 
Le jour où tu viendras
 Le jour où tu viendras ne prends pas tes bagages
 Que m'importe après tout ce qu'il y aurait dedans
 Je te reconnaîtrai à lire ton visage 
Il y a tant et tant de temps que je t'attends
 Tu me tendras les mains je n'aurais qu'à les prendre
 Et consoler les voix qui pleurent dans ta voix
 Je t'apprivoiserai les lumières éteintes
 Tu n'auras rien à dire je reconnaîtrai bien 
Le tout petit garçon au regard solitaire
 Qui cachait ses chagrins dans les jardins perdus
 Qui ne savait jouer qu'aux billes ou à la guerre
 Qui avait tout donné et n'avait rien reçu Si je venais vers toi je viendrais sans bagages
 Que t'importe après tout ce qu'il y aurait dedans
 Tu me reconnaîtrais à lire mon visage
 Il y a tant et tant de temps que tu m'attends
 Je te tendrais les mains tu n'aurais qu'à les prendre
 Et consoler les voix qui pleurent dans ma voix
 Tu m'apprivoiserais les lumières éteintes
 Je n'aurais rien à dire tu reconnaîtrais bien
 La toute petite fille aux cheveux en bataille 
Qui cachait ses chagrins dans les jardins perdus
 Et qui aimait la pluie le vent et la paille 
Et le frais de la nuit et les jeux défendus Quand viendra ce jour-là sans passé sans bagages
 Nous partirons ensemble vers un nouveau printemps
 Qui mêlera nos corps nos mains et nos visages
Il y a tant et tant de temps que l'on s'attend
A quoi bon se redire les rêves de l'enfance 
A quoi bon se redire les illusions perdue s
Quand viendra ce jour-là nous partirons ensemble
 A jamais retrouvés à jamais reconnus [Barbara, Sans Bagages, 1964]

FC1-- Une dernière question, Leos Carax, avant d'envoyer notre générique final... Non, bon !
Eh bien très bien, envoyons le générique final.

A L'IMPOSSIBLE ON EST TENU
Les Inrockuptibles,
 n°32, décembre 1991.

Paris, un après-midi d'automne ensoleillé. Dans un café du quartier latin, Leos Carax parle d'Iggy Pop et
du bac C, de cabrioles et de résistance, de la lourdeur des hommes et de purée de rat, de femmes filmées et d'inespéré.


Interview par R Christian Fevret et Serge Kaganski

Sur votre répondeur téléphonique, on entend The Passenger d'Iggy Pop qu'on retrouve dans vos films, tout comme David Bowie.
J'ai d'abord connu Bowie. Je suis d'une famille à moitié américaine - par ma mère... A 12-13 ans, au début des années 70, j'avais une relation très bizarre avec Marilyn Monroe. Mon idée, une idée d'enfant, était que si j'avais connu Marilyn, elle ne serait pas morte comme ça... J'étais allé aux Etats-Unis un été et j'avais enquêté là-dessus, j'avais rendu visite et écrit à beaucoup de gens qui l'avaient connue. Et aux Etats-Unis, dans les revues, on trouve des publicités du style "Achetez ces trois disques pour 30 F, et vous en aurez un gratuit". J'y avais répondu et ils m'avaient envoyé un double disque qui s'appelait Images, le premier disque de Bowie, de 66-67. J'ai donc reçu ça sans savoir qui était Bowie, je l'ai ramené en France... J'ai un problème avec les dates mais je devais avoir 12-13 ans, vers 72-73. C'était un disque à la Kurt Weill, avec beaucoup de petites chansons inventives, avec des trombones...Iggy Pop c'est venu plus tard, en arrivant à Paris. Depuis, j'ai toujours été intrigué par les rapports entre eux : l'espèce de démon inspiré, pur et dur, qu'était Iggy Pop, et l'ange surdoué, trop malin et friqué, qu'était Bowie. Un jour, j'ai lu une drôle d'interview où Bowie racontait comment il avait sorti Iggy Pop du caniveau et de la drogue. Ca finissait sur une image formidable : Iggy Pop et Bowie faisant du schuss côte à côte dans la poudreuse, en Suisse... Dans la poudreuse, j'aimais bien ça... Je m'étais dit - parce que j'ai toujours eu envie de fairre un film qui parle du rock, ou plutôt de ce qu'il en reste - que je tournerais un portrait de Dorian Gray avec eux. Mais je ne savais pas qui ferait la partie diabolique, Bowie ou Pop. Aujourd'hui, c'est drôle, ça s'inverse. Bowie, celui qui a eu la reconnaissance, le succès, tout, n'intéresse plus grand monde. Alors qu'Iggy Pop a une maturité tout à fait belle aujourd'hui, qui va en faire une espèce de papa du rock dur. Je ne pensais pas aller à son récent concert à l'Olympia - je n'ai pas été au concert depuis quinze ans, je trouvais ça déprimant. Mais j'y suis allé, et Iggy a juste fait un petit strip-tease extrêmement beau au milieu du concert, il était à poil avec sa guitare en bandoulière, j'ai trouvé ça formidable. Un jour, je ferai quelque chose avec lui.

Votre rapport avec la musique ou le rock tenait-il surtout à des personnages clés comme ceux-ci, ou étiez-vous un fan total?
Au lycée, jusqu'à une certaine période - ensuite je me suis renfermé tout à fait -, j'étais assez voyou. Avec un ami, lui aussi américain, on avait un réseau : on allait piquer des disques au centre commercial de la Défense pour les revendre au lycée. Les élèves nous faisaient des listes de demandes, on a connu pas mal de choses comme ça... Mais déjà, au début des années 70, le rock était quasiment fini. c'est comme le cinéma, comme à la guerre : il y a les éclaireurs, ceux qui vont en première ligne et se font descendre tout de suite, les mecs morts dans les années 60, Jimi Hendrix ou je ne sais qui... Après arrivent ceux de l'arrière-garde, qui ne savent même plus pourquoi ils combattent, très protégés et beaucoup moins intéressants. Ce n'est même pas une nostalgie, c'est l'idée qu'on arrive après les choses. Par contre, le jus, l'électricité qu'il y a eu dans ce mouvement-là, je l'ai toujours recherché dans la vie, le cinéma, le montage...

Et le punk ?
Les punks, c'étaient d'autres éclaireurs qui sont morts en première ligne très vite, mais c'ets tombé au moment où j'ai commencé à aimer le cinéma et à le choisir. Je n'étais plus très relié aux choses du monde. J'étais content que ça existe, laos je n'étais pas dedans. Lorsqu'on était adolescent, il existait une barrière entre le rock anglo-saxon et la variété française, qui symbolisait les parents, la vieille France.
Les hontes qu'on peut avoir quand on est enfant, c'est très étrange... J'étais très décalé, j'adorais Charles Aznavour et Barbara, Leonard cohen, des choses qui n'intéressaient pas du tout mes camarades. Et Dylan.

Etiez-vous avide de nouveautés, lisiez-vous la presse ?
Je n'étais pas du tout comme ça... C'était une enfance bourgeoise normale, avec des morts, des suicides, du sang, de l'alcoolisme, de la folie mentale, des détresses, des divorces... Et moi, j'étais extrêmement épargné, je n'étais pas trop relié... C'est pour ça que je ne sais pas comment venaient les choses, comment sont venues les musiques que j'ai écoutées. Je sais que j'étais fidèle, je n'écoutais pas trente-six personnes. A cette époque, j'étais très protégé, j'avais une espèce de voix off du Bon Dieu avec moi. Si je descendais l'escalier de la maison, la voix off disait : "Et puis il descendit l'escalier de la maison"... Je n'ai pas trop de souvenirs de l'extérieur. Ensuite, la voix off s'est tue, alors j'ai fait du cinéma...

Une choses est restée de l'enfance : Hergé et Tintin. Qu'est-ce qu'y vous y fascinait au point de le garder encore ?
J'ai relu Tintin il y a quelques années, je voulais en tourner un avec Juliette dans le rôle de Tintin. On a racheté tous les albums... J'aimais bien l'idée du grand reporter absolument enfant, puisqu'il a 15 ans. L'image de cet enfant qui parcourt le monde et ne doit rien à personne. On ne luit connait pas de parents, c'est une enfant orphelin qui se choisit une famille mais qui, même vis-à-vis d'elle, reste absolument détaché. Qui, comme reporter, doit être ouvert au monde mais qui est aussi fermé au monde. On ne lui connait pas de femme, par exemple. Tout ça était très intriguant. Mais je ne lisais pas d'autres bandes dessinées. A part, pendant un moment, Strange. Je crois aussi que dans Tintin, il y avait toujours le même nombre de pages, 32 ou 62, c'était rassurant.

Quel était votre rapport avec la littérature ?
Le roman. Les Trois mousquetaires. Des Trois mousquetaires jusqu'à Céline, Dumas, beaucoup. Pour moi, la lecture était une excuse noble pour me retirer. Avec beaucoup de jubilation. Et j'aimais les romans, suivre les personnages sur les années. Vingt ans après était pour moi le chef-d'oeuvre absolu. Aujourd'hui, je lis moins. J'aime lire des éclats, une page, une lettre de Céline, un poème de Char ou une phrase de Ramuz. Ca me suffit.

Le roman, c'était l'idée de retrouver des personnages sur la durée d'une vie ?
C'était l'horreur de voir l'infidélité de chaque destin par rapport à sa courbe de départ. Il serait naïf de se dire "Moi je serai fidèle"... ceux qui ne trahissent pas en prennent trop plein la gueule. Et donc se referment. Cette fermeture, qui se veut garante de la fidélité, les modifie.

Jusqu'à maintenant, avez-vous le sentiment d'avoir été fidèle ?
Non, j'ai l'impression d'un bordel total, d'un foutoir. J'ai abandonné l'idée de tout ligne tracée... Je papillonne... Mais c'est peut-être lépoque qui veut ça. Elle est tellement ectoplasmique, on est poussé à fureter comme un fou pour trouver son angle d'attaque à soi... ne pas passer sous le rouleau compresseur. Dans des époques où les choses étaient plus claires, je pense qu'il était plus simple de se définir. Et je suis trrès sensible à la rumeur ambiante.

A certaines époques, c'était plus facile ?
Les guerres... La jeunesse a soif de guerre. Qui est-on lorsqu'on ne sait pas si on n'aurait pas été collabo ? Il faut donc se mettre en situation de guerre pour se tester. Et avec ce film, j'ai croisé les collabos. A la prochaine, je saurai à quelles portes sonner et qui éviter.

Vous avez commencé à aimer le cinéma vers 16 ans ?
J'ai très tôt aimé les femmes filmées. Mais le cinéma assez tard. Je n'ai pas de souvenir d'enfance, mais il y en a quand même un... Le soir où la speakerine a annoncé que l'actrice de Chapeau melon et bottes de cuir allait changer à partir de l'épisode suivant, je me rappelle avoir été d'une mélancolie totale, avoir pleuré... Plus tard, j'allais voir des Charles Bronson, des choses comme ça. Ensuite, en arrivant à Paris, à 16 ans, j'ai découvert d'autres films avec d'autres femmes. Et que, derrière l'écran, il y aavait un type avec une machine. L'homme et la femme avaient un jour partagé ce que je voyais là, assis dans mon fauteuil, tout seul. c'était donc ça que je voulais faire, me lever, sortir du noir, et partager.

Lorsque vous avez commencé à aimer le cinéma, quelle était la nature de vos rapports avec lui ? Fréquentiez vous les salles frénétiquement ?
Oh oui ! C'était la cinémathèque forcément. Les films muets à la Cinémathèque. Je me suis dit que les films muets avaient été faits pour moi. C'était à un moment où je ne parlais pas, j'étais dans cette salle réconfortante avec un passé qui ne m'étouffait pas, je ne connaissais personne. Ca a duré peu de temps, trois-quatre ans, mais j'y allais très souvent. C'était comme si j'avais dormi pendant dix-sept ans et que, au réveil, j'avais trouvé mon pays.

Y a-t-il eu un déclencheur particulier pour cette frénésie ?
La vision d'un film... A une séance de midi au Saint-André des Arts, j'arrivais juste à Paris. C'était un vieux film, je me suis dit "Il y a un type qui, il y a des années, a prémédité son coup, il savait que je viendrais dans cette salle un jour, il a fait ce film pour bouleverser ma vie." En sortant, j'ai trouvé un billet de 500F sur le trottoir, j'ai pensé "Ce sera mon premier argent de cinéma, je le mettrai dans mon premier film." Et là, ça a été vite.

Lorsque vous fréquentiez assidûment les salles, qu'est-ce qui guidait vos choix ?
J'avais rencontré un garçon qui s'appelait Elie Poicard, qui m'a initié à ce moment-là. Après, ça va vite. A partir du moment où on découvre Lilian Gish dans un Vidor, on va la vois dans un Griffith ; puis on va voir d'autres Griffith sans Lilian Gish, etc. J'ai voyagé très vite à l'intérieur de vieux films comme ça, tout seul.

Et les écrits sur le cinéma ? Des revues comme les Cahiers ?
Oh non, les Cahiers étaient déjà morts. Non, pas la littérature du cinéma... J'ai fait un court passage là-dedans, mais en tant que petit profiteur sournois.

Pour des adolescents comme nous, le rock était une espèce de mode d'emploi de la vie. En était-il ainsi pour vous avec le cinéma ?
Ca remplaçait pour moi le flipper. J'avais un rapport dingue avec le flipper, un rapport de malade, de drogue, je passais mes journées seul devant. C'était un certain flipper, dans un certain café. Le flipper était disposé de façon à ce que je puisse voir une fille qui s'appelait Florence, que je ne connaissais pas mais qui était au lycée avec moi. Je me suis dit que la caméra serait comme un flipper extrêmement plus puissant, puisque je pouvais convoquer la jeune fille, toujours avce une machine entre nous, et partager une liberté avec elle... Mais non, le cinéma n'a jamais été une chose sociale.

Etait-ce, à l'instar de Truffaut et Garrel, un moyen de parler aux filles ?
Plutôt une manière d'inventer quelque chose avec une fille. Jamais l'idée du constat... Inventer la relation avec la fille et le monde et toujours se méfier de la caméra qui constate. Je préfère la caméra qui dénoue les choses à la caméra qui noue les choses existantes.

Aviez-vous déjà le sentiment ou la volonté de voir la vie à travers le cinéma ?
J'avais eu pendant très longtemps le sentiment d'être quelqu'un de transparent, je n'étais pas au monde. Quand on était enfant, ma soeur me disait de me pousser de devant la télé, "Ton père est pas vitrier" disait-elle. Moi je pensais toujours "Dommage". Il y avait cette idée d'être transparent au monde. Filmer quelqu'un, c'est aussi se donner au regard de l'autre, celui ou celle qu'on filme vous regarde. C'est une façon de ne pas se cacher. Et puis la caméra amenait un courage... Je me sentais rapide dans la tête mais j'étais lent vu de l'extérieur. La caméra m'aidait à la vitesse dans les relations.

Vous avez eu votre bac à 16 ans. Votre scolarité fut rapide et efficace.
Je n'ai pas du tout souffert de l'école, j'y étais seul mais entouré... Je regardais ce monde qui ne me regardait pas... Un monde extérieur mais toujours là, inchangé, jour après jour. C'était facile, rassurant... Je comprends que certains adolescents puissent devenir perdus ou clochards après l'école. L'ecole donne l'illusion qu'on sera toujours protégé par la communauté, même si on n'aime pas cette communauté... Je ne sais plus du tout pourquoi je me suis retrouvé en section mathématiques. Je n'ai jamais travaillé les choses apprises. Un mois avant le bac, un vieux monsieur qui habitait ma rue m'a fait bosser comme un fou. il m'a dit "Vous savez tellemnt rien qu'il faut parier sur ce que sera l'examen... Mais si on ne tombe pas juste, vous êtes foutu..." et il est tombé juste et j'ai été le seul de la classe à avoir le bac du premier coup, alors que j'étais bon dernier en maths-physique-chimie... C'était très jubilatoire.

Vous étiez jusque là un élève modèle ?
Pas du tout... Je ne travaillais pas. Ou alors ça tenait au prof... J'ai bien aimé un professeur de philo qui s'appelait Robert-Amédée Gauthier, je lisais les livres dont il parlait. Sinon, j'étais tout à fait largué... Mais j'étais transparent, je n'existais pas trop... Ah si, on avait eu une très jolie professeur de maths en seconde, mademoiselle Kleinfelden, qui m'avait un peu éveillé aux mathématiques, je suppose qu'elle avait du charme.

Vos parents vous destinaient-ils à quelque chose ?
Mes parents, c'était un champ de bataille, il n'y avait plus de parents à ce moment-là.

Et vous ?
Je savais que je ne ferais plus d'études. Tant que c'était obligatoire, j'y étais, mais je n'allais pas me foutre moi-même en taule. Je voulais être grand reporter, voyager et raconter ce que je vois. J'avais voulu être océanographe ou astronaute, mais il fallait encore des études... L'année où j'ai quitté la banlieue, j'ai eu la maison d'enfance à moi... C'est là que j'ai eu cette histoire de flipper, il fallait de l'argent pour jouer, alors j'ai commencé à travailler un peu, comme colleur d'affiches. En même temps, j'ai découvert le cinéma et je me suis mis à écrire tout de suite.

La majorité des cinéastes viennent d'un parcours universitaire ou professionnel assez long et logique. De vous, on ne connait que votre passage aux Cahiers et les cours de Daney et Toubiana à Jussieu.
Pas du tout, c'est faux. Je savais qu'il y avait des projections gratuites dans les facultés à Paris, donc j'allais voir les films. Mais je n'étais pas du tout étudiant. Et puis un jour, Daney ou toubiana, à qui je n'avais jamais parlé, m'ont proposé d'écrire si je voulais me faire un peu d'argent. J'ai dit oui, j'ai été voir un Stallone et j'ai écrit dessus, mais je n'ai quasiment rien fait.
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