Interview leos carax





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Vous disiez être un peu dépressif à la fin des tournages. Vous n'êtes pas satisfait de vos films ?
Boy meets girl, j'étais aveugle sur le film. J'avais eu besoin de le faire, mais le résultat ne m'intéressait pas. Les Amants est le premier de mes films que je ne vois pas. C'est à dire que je ne l'ai pas vu depuis la fin du mixage et que je sais que je ne le reverrai pas avant deux ou trois ans. C'est aussi le seul que je pourrai revoir dans vingt ou trente ans, et qui gardera la forte empreinte de quelque chose... Son imperfection est vivante, elle n'est pas figée. C'est un film suffisamment risqué pour grandir sans moi.

Le public semble bien accueillir les Amants. Pour vous, c'est important ?
Ce qui compte, c'est que le film soit arrivé jusque là. Un soulagement immense... Après, des entrées, il n'y en aura jamais assez. Moi, je serai content s'il y a dix-sept millions d'entrées. Mais bon, ça reste anecdotique... On sait combien de gens rentrent dans les salles mais on ne sait pas comment ils en sortent. J'aimerais savoir.

Si le film avait été un échec auprès du public, comment auriez-vous réagi ?
Avec tristesse et hargne.

Vous vous êtes rendu compte que vous n'aviez que le cinéma. Cela signifie-t-il que vous seriez incapable de le quitter ?
Ca va dépendre de la vie mais... je pense que oui. Et puis ça ferait trop plaisir à trop de gens.

Lorsque vous dites "Je me suis rendu compte que je n'avais que le cinéma", est-ce avec bonheur ou avec regret, celui de ne pas avoir autre chose ?
Je trouve que la mise en scène n'est pas très bonne pour la santé, et moi j'ai toujours eu envie de choses physiques. Chanter, jouer, faire des acrobaties. Je m'arrange, dans les films que je fais, pour travailler ces choses-là aux côtés des acteurs. Mais peut-être que si je pouvais jouer, j'arrêterais de tourner pour un moment.

Vous envisagez d'être acteur ?
Oui.

Vos expériences avec Garrel (Ls ministères de l'art) ou Godard (King Lear) vous avaient déjà donné cette envie, ou est-ce un sentiment plus récent ?
Non, les actrices avec qui j'ai vécu... On a toujours un peu joué la comédie ensemble, dans la vie. Juliette et moi avions un projet, un film où elle était marchande de crêpes et moi balayeur, qu'elle aurait dirigé et dans lequel j'aurais joué, avec elle... J'ai toujours voulu que ça tourne autour de la caméra, comme dans le jeu des chaises musicales, qu'on puisse désocler la caméra et la retourner. Parce que le danger, le beau risque du cinéma, il est de part et d'autre de la caméra...

Dans vos propres films c'était envisageable ? L'avez-vous envisagé ?
Non, mes propres films étaient trop épuisants à faire. Pour l'instant.

Vous dites aimer les choses physiques. avant le cinéma, avez-vous pensé à des activités plus purement physiques : acrobate, danseur, même chanteur dans un groupe de rock ?
J'ai été batteur dans un groupe quand j'avais 12-13 ans. Je jouais à l'instinct. A la punk. Je devais être encore plus brouillon que ça... J'aimerais bien reprendre la batterie. Sur le tournage, je faisais de la danse avec Juliette et de l'acrobatie avec Denis et Juliette, des sauts périlleux, des flips arrière... Les cabrioles, les élans, j'aime tout ça. Et quand je suis au repos, j'ai la vision qui s'embrume, je n'arrive plus à faire le point. J'ai toujours besoin de retrouver l'acuité par les pirouettes.

Cette envie de cabrioles vous est-elle venue au contact de Denis Lavant ?
Oui, Denis m'a beaucoup apporté. Enormément. C'est un garçon extrêmement poétique, dans sa façon de vivre et de se donner.

Vous n'aviez pas décelé ses capacités physiques dans votre premier film ?
Boy meets girl parlait d'un autiste bavard, il n'y avait donc pas d'espace pour ça. C'était l'histoire d'un garçon qui regarde son nombril et se prend des lampadaires dans la figure. Alors que l'acrobatie... Sur les Amants, on avait un maître d'acrobatie et une fille pour la danse : ils nous ont appris que tout cela était une histoire de regard. Pas une histoire de muscle. Le saut périlleux arrière, par exemple, est un travail des yeux. La force est dans les yeux. Moi qui suis assez inquiet parce que j'ai la vue qui descend depuis dix ans, j'ai retrouvé la vision en travaillant les cabrioles. Le regard est électrique. Le maître d'acrobatie est à côté de vous, à la parade, il vous tient par la ceinture. Avec lui, vous faites au ralenti le mouvement du saut périlleux arrière, et si vous voyez tout le paysage défiler, si vous saisissez l'espace avec les yeux, ensuite, sans entraînement des mollets... hop !... Ca a à voir avce le rêve, si le rêve est précis, qu'on arrive à l'enregistrer, on peut exécuter.

Il y a dans vos films un aspect moins physique, les jeux avec les mots et le sens des mots.
Ca vient du café. Dans les cafés, les gens n'arrêtent pas de faire des jeux de mots... Il y a dans le film une clocherde, Josiane, que j'ai revue avant-hier. Une ancienne putain, vieille maintenant, avec une voix de sorcière, qui parle comme une mitraillette. Et ce ne sont que des jeux de mots, totalement fous, totalement inventifs... Mais à vrai dire, je ne supporte plus les jeux de mots, les jeux de mots de l'époque... sur les affiches, ou dans la presse. Là, ça me dégoûte. J'aime lorsqu'ils sont dans la vie. L'histoire de Camembert par exemple, elle amusait Klaus. A partir du moment où elle l'amuse, on la tourne. Si elle ne l'amusait pas, je ne l'aurais pas filmée... J'aime bien aussi la façon dont les filles racontent les blagues, elles s'emballent toujours, elles rigolent d'avance et ratent la chute. J'avais donc envie que Juliette raconte une longue blague.

En poussant cette logique, peut-on imaginer que vous vouliez un jour tourner une pure comédie ?
Tout à fait. C'est inscrit. L'ambition première... La comédie et la musique sont les deux horizons.

Une scène de café comme celle de Boy meets girl où Denis Lavant commande un verre de lait pendant que le type au téléphone épelle son nom, Alfred Bouriana, c'est le genre de scène que vous voyez au café ?
Celle-là est inventée. Les gens au téléphone ont tellement l'air de mutants quand ils sont dans les lieux publics... J'ai beaucoup fait les cafés. A chaque film, on découvre un nouveau café... En général, c'est réconfortant, ça s'appelle "le Bon Coin", "le Relais"...

Quand Boy meets girl est sorti, vous aviez dit que si ça ne marchait pas, vous feriez autre chose, vous voyageriez... Pourtant, à la vision de vos films, on a l'impression que vous seriez incapable de quitter Paris.
C'est une question d'âge. C'est comme la décision de faire un enfant. Avoir un enfant, faire des grands voyages... Tout ça, je le ferai. Peut-être maintenant... Mais les enfants, les voyages, le cinéma... tout ça, c'est la même chose.

Alex dit dans Boy meets girl : "Je mourrai en 2040 à Paris". Vous êtes retenu, ancré à Paris ?
C'est une peur. Dans les films, on met toutes ses peurs, on cache ses espoirs... C'est ce que disait le conte arabe, on n'affiche pas ses rêves.

La vieillesse est un thème qui revient souvent dans vos films. Que craignez-vous, la vieillesse ou le vieillissement ?
Moi, j'ai craint la vieillesse à partir du moment où j'ai été rassuré sur le fait que je ne mourrai pas jeune. Et depuis, j'ai plutôt l'impression de rajeunir. Je ne suis donc pas angoissé, pour l'instant. Je suis plus inquiété par la vieillesse ambiante que par la mienne. Ca fait un paquet d'années que je suis sorti de l'adolescence, j'ai 30 ans, je ne suis plus un jeune cinéaste. Je m'intéresse à la jeunesse des choses, pas la jeunesse de l'âge.

Aujourd'hui, arrivez-vous avec le cinéma à parler d'amour aux femmes, à la femme que vous aimez ?
Parler à la femme ?
Non. Parler ensemble, oui, plus qu'avant. C'est mon premier film à égalité avec Juliette et Denis... aux garçons aussi, donc. Voilà la victoire du film, pour moi.

En ce sens, boucle-t-il une trilogie ?
Oui, mais pas préméditée. Je voulais donner un titre à la trilogie, je ne l'ai pas trouvé. D'abord, ça s'appelait l'Amour de la fille et du garçon, ensuite 20 ans et des poussières, et finalement, je n'ai pas donné de titre... Oh oui, c'est fini, Alex, c'est fini, je ne tournerai plus - enfin, pas tout de suite - avec Denis et Juliette. Ca finit ouvert. C'est plus la fin de l'aventure des trois films que la fin des Amants du Pont-Neuf.

Si on vous avait dit, au moment de Boy meets girl, que ça finirait ouvert, auriez-vous été surpris ?
C'est un progrès dont je suis fier. Que je dois à Juliette, et aux rencontres avec Jean-Yves, Denis, Alain Dahan, Albert Prévost, l'équipe de ce film.

Savez-vous déjà ce que vous voulez filmer ?
J'ai envie de rencontres. J'ai envie qu'une actrice, ou une rappeuse, ou un producteur ou je-ne-sais-qui me demande un film. J'ai des projets à moi, mais j'espère toujours qu'un projet va se glisser, à la demande de l'un ou de l'autre. Je ne veux plus faire de films seul. Je veux partager le cinéma avec d'autres parce que c'est à peu près tout ce qu'il reste.
Interview de Leos Carax émission Métropolis,
diffusée sur
ARTE le 22 mai 1999. 
[Pierre-André Boutang, Dominique Rabourdin]

La palme d'or du film le plus discuté, peut-être le plus détesté, mais aussi le plus admiré, sera décernée sans aucune contestation à Pola X de Leos Carax, sans que l'on puisse très bien débrouiller si ces réactions virulentes sont provoquées par Herman Melville, l'auteur de Pierre ou les ambiguïtés, le roman fidèlement adapté par Carax, par le film peut-être trop intense pour les fragiles estomacs des festivaliers, ou par le personnage Carax, sur qui tout le monde a un avis sans le connaître vraiment, puisqu'il a le mauvais goût de se protéger, sauf dans ses films, Boy meets girl, Mauvais Sang ou les Amants du Pont-Neuf.
Mais Carax a accepté pour une fois de parler à visage découvert. Puisqu'il ne pratique s la langue de bois, écoutons-le pour en savoir un peu plus sur lui...

 Ce qui m'intrigue, c'est que c'est un homme qui n'a jamais voulu se montrer, tel Pierre dans le roman de Melville, qui refuse qu'on fasse des photos de lui C'est quoi, c'est... ? Puisqu'on a fait un film et qu'il est à Cannes, il faut bien parler, il faut se monter devant une caméra même si on déteste ça ?
J'ai pas de détestation de tout ça... Je crois que je le faisais d'abord pour me protéger. J'ai commencé le cinéma assez jeune et je me suis protégé comme ça, ou, je me suis protégé en faisant des échecs aussi, mais y'avait une chose comme ça... Vous me l'avez reproché, donc je peux dire qu'il y a un certain mépris pour ça, pour la presse ou pour tous ces visages qui s'affichent. Là j'sais pas pourquoi je peux le faire aujourd'hui plus qu'hier...

C'est plus facile ?
Ben on en a parlé avant-hier, j'ai dit d'accord. Mais sinon... si j'étais un tigre dans la brousse, j'irais bouffer celui qui essaye de me filmer... a priori... l'homme n'est pas un animal... n'a pas été conçu pour être... Il a été conçu pour être visible derrière un arbre ou être visible dans une relation à deux, à trois, dans un petit clan ou quelque chose... et puis après voyager pour rencontrer d'autres... mais il a pas été conçu pour être exposé à cinquante millions de crétins à la fois. A mon avis c'est forcément... même sans être mystique ou religieux, ça doit déteindre...
Dans les temps qui précèdent chaque film, je récolte tout ce que je peux c'est vrai...

Vous fonctionnez beaucoup avec un système de choses qui viennent enrichir l'envie que vous avez, je sais pas, la peinture, la musique, les livres...
Ouais je fonctionne à peu près que comme ça... Y'a à chaque film, par un ou deux amis, des fois par les acteurs ou les gens qui travaillent sur le film qui m'apportent quelque chose. Sinon c'est par les livres. Je vais pas dans les musées... Les photographies des peintures... Mais je connais très mal la peinture, je la connais pas si je peux dire...

Si on vous demandait qui vous aimez, comme ça. Y'a pas un peintre ?
Y'a des individus dont je peux pas dire que je connais l'oeuvre... Mais je peux dire... Bram Van Velde a été important... mais aussi bien son visage que ses quelques traces d'écriture... pas d'écriture, de dialogues qu'il a pu avoir. Bram Van Velde : On vit des instants dans la peinture si intenses que dans la vie normale, on peut pas les vivre. Et si donc on est pas capable de faire, on est dans un état un peu accablé, un peu découragé. Tout le monde a des choses à faire, enfin ça semble et on regarde, on regarde...
Les peintures viendraient presque... j'ai découvert les écrits avant, puis la peinture, puis le visage. C'est ça... j'ai pas de culture au sens... enfin ni études, ni les musées, ni tout ça...
Non, c'est des rencontres de hasard et elles sont assez rares et elles se suffisent... Enfin... je suis pas affamé de découvertes, malheureusement peut-être, mais je sais pas... une découverte peut me faire deux-trois ans facilement. Céline, à dix-huit ans, m'a duré deux-trois ans... Ramuz à une autre époque...

Ramuz c'était pourquoi ? le lyrisme ?
Ramuz ? Ben pareil, Ramuz ça a commencé par un 45 tours, pas par l'écrit... C'est à dire que sur le montage de j'sais plus lequel de mes films... ben le premier, je crois... oui le premier film que j'ai fait, la monteuse avait amené un 45 tours avec la voix de Ramuz, l'Amour de la fille et du garçon... et c'était tellement extraordinaire, cette voix et ce texte, que je pouvais plus que lire après... Après, y'a un très beau 33 tours qui est quasiment introuvable, Ramuz qui dit ses propres textes. Avec le disque de Céline où il parle du style... Je crois qu'il y a vingt minutes de monologue qui commencent par "Vous m'avez invité pour vous parler dans ce décor de chaises électriques..." et puis il parle pendant vingt minutes, il part sur le style... Ca c'est des disques que j'ai en édition d'époque... parce que je collectionnais les voix quand j'avais... à cet âge-là quoi, vers dix-huit ans je collectionnais les voix. Donc j'ai beaucoup de documents parlés d'écrivains ou des choses comme ça...

Souvent, même dans les années où Ulrich avait cherché sa voie seul et non sans insolence, le mot de soeur avait été chargé pour lui d'une nostalgie vague, bien qu'il n'eût jamais songé alors qu'il possédait une soeur réelle et vivante. Il y avait là une contradiction d'origine obscure (...) [Robert Musil, l'Homme sans qualités]

Musil c'est très récent... C'est évident d'arriver à Musil quand on lit Pierre ou les ambiguïtés... Y'a deux grands romans sur l'inceste frère-soeur, disons, pour parler comme ça... Y'a Pierre ou les ambiguïtés de Melville et y'a l'Homme sans qualités de Musil, donc je l'ai lu y'a... deux-trois ans avant le tournage. Pierre ou les ambiguïtés c'est un ami, Elie Poicard, qui me l'a passé dans la collection blanche de Gallimard, et... j'ai jamais beaucoup lu et j'ai trouvé ça ardu. Y avait la première page, je me suis dit je sais pas si c'est quelque chose que je vais avoir du plaisir à lire. Et puis après je l'ai lu et voilà, c'était "mon livre"... C'est un livre suffisamment mystérieux pour que je le comprenne pas et suffisamment frère pour que... disons, je me sens tout-à-fait dans ces ambiguïtés-là... C'est à dire, c'est pas un livre réponse, c'est pas un livre qui me dit qui je suis, mais qui a toutes les bonnes questions pour moi.

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