Interview leos carax





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Ce qui vous intéresse, c'est les questions, là, pas les réponses ?
Ben à l'époque... je peux pas dire que c'est un livre que j'ai compris, hein. Y'avait une chose d'émotion... Parce que je pense effectivement que la relation... enfin, le mot soeur est le plus beau mot, et parce que je peux... maintenant que j'ai fait plus d'un film, je sais à peu près ça... ce que je fais, ça tourne autour de la soeur tout le temps.
Les acteurs sont pas interchangeables, mais les projets, jusqu'à ce qu'ils se fixent, y'a plusieurs projets à la fois... Mais c'est toujours le même garçon et la même fille... Enfin, le même acteur et la même actrice... Donc à partir du moment que je sais que je ne travaille plus avec Juliette Binoche ou Denis Lavant, qui étaient mes complices pour les films d'avant, il faut découvrir...

Qu'est-ce qui fait qu'on se décide ?
C'est un peu différent qu'il s'agisse de la fille ou du garçon, évidemment. Mais... en fait c'est pas si différent... Disons que la femme, c'est un peu plus simple parce qu'il y a cette chose de séduction. Y'a pas de raison, on prend la personne qui vous séduit le plus. Elle est forcément juste pour le film... et le garçon aussi, en quelque sorte. Mais le garçon, je veux jamais le connaître dans la vie, disons. Sur les tournages, même si j'ai aimé beaucoup Denis Lavant et même si j'aime beaucoup Guillaume, on ne se connaît pas.

Et c'est vrai pour l'actrice qui joue Isabelle, pour Mlle Golubeva ? Y'a que pour elle qu'il faut qu'il y ait ce choc, les autres après c'est choisir des acteurs, ou c'est...
Autour, oui, c'est un travail plus classique. Un film, c'est pas un harem. On choisit pas des amoureux et des amoureuses partout, il faut une ou deux personnes, faut trouver un rapport avec... y'a le producteur qui est important, y'a d'autres personnes importantes. Quand on fait le casting aussi, et qui vous testent et qu'on teste. Mais il faut comme ça trois-quatre complices sur un film, quand même...

Mais l'essentiel c'est ce qui se passe entre le metteur en scène et celle, celle je dis bien, qui joue le rôle principal...
A égalité celle et celui.

Et sur le tournage, ça donne quoi, un espèce de rapport passionnel permanent ou de travail simple ?
Non, non, c'est pas très simple... ...je sais plus... c'est pas simple, ça je sais. Mais je pensais pas pouvoir faire ce film, Pierre ou les ambiguïtés... Une fois que j'ai pensé peut-être revenir au cinéma, j'ai pensé que je trouverais jamais Pierre et que je trouverais jamais Isabelle... Et c'est après avoir vu ce visage de Katerina Golubeva très furtivement, à Berlin, sur un écran, et puis un an après, en la recherchant, de l'avoir rencontrée, que j'ai pensé que j'avais Isabelle... Mais Isabelle était Russe donc... la soeur de Pierre était Russe... ou de l'Est, disons, un pays de l'Est... et en même temps y'avait cette guerre à l'Est... tout près... tout près, mais à l'Est... et bon, moi j'avais été quelques fois là-bas, en Bosnie, et j'avais été un jour à un enterrement d'un jeune Musulman qui s'est fait descendre par un sniper et on m'avait dit que... enfin je l'avais vu... mais on m'avait dit que ce cimetière avait été bombardé peu de temps avant. Et rentré en France, j'avais eu ce rêve qui ouvre le film qui est des avions qui bombardent des cimetières... des tombes... Là j'avais pensé que cette Isabelle était peut-être... elle pouvait surgir d'une de ces tombes bombardées et sortir et s'avancer vers nous... Donc j'avais trouvé une partie comme ça, juste... Juste voilà, je trouvais un visage sur un écran à Berlin, il se passe des choses en Bosnie, et ça dessine une dimension du film à faire...

Qu'est-ce qui provoque le départ du cinéma quand on a fait, c'est la fatigue ou c'est autre chose ?
Le dégoût est assez automatique après chaque projet. Je pense que c'est naturel. C'est la déception de soi, qui par facilité et puis par contagion se propage aux films des autres... On mélange un peu tout dans ces moment-là.

Mais donc, là, après avoir fini Pola X, et qu'il y ait eu Cannes et tout ça, vous êtes capable de vous dire j'ai plus envie de faire du cinéma ?
Non, là c'est trop tôt. C'est toujours à retardement... Quand le film sort... J'ai toujours fini mes films une semaine avant la sortie... et puis je dis finir, parce qu'il faut dire finir, parce qu'il sort mais il faut déjà que je me convainque que c'est fini, que la copie telle qu'elle est, c'est à dire totalement imparfaite et bâclée c'est l'original, si vous voulez.

Vous seriez capable de rester encore des mois ?
Ah non, je suis pressé de finir, c'est un soulagement, mais à la fois c'est un soulagement et un échec, déjà.

Mais faire du cinéma, c'est une espèce de torture ou... ?
Non... les meilleurs moments de ma vie je les dois au cinéma. Non... c'est mélangé. Là vous posez la question du dégoût mais y'a aussi de la joie tout de même.

Qu'est-ce que vous aimez ? Ecrire ? Tourner ? Monter ? Tout ?
J'aime le montage et... je peux aimer des moments de tournage quand y'a pas d'ego en jeu, de personnes et disons, quand l'argent se fait à peu près discret ou pas trop trop présent quand même. Y'a des moments où je pense que j'ai trouvé quelque chose, où on a trouvé quelque chose... Ca dure quelques minutes, ou quelques jours, ou un jour... et dans ce cas-là c'est partagé... C'est pas quelque chose qu'on éprouve seul.

Y'a pas de miracle continu pendant un tournage ?
Mon tournage le plus heureux a été Mauvais Sang... Je pense qu'il y a eu de grandes périodes heureuses, oui.

Et Pola X, c'est un tournage relativement heureux ou pas ?
Non, pas heureux, Pola X, non.

Pourquoi ? Parce que c'est trop difficile... Parce que les relations avec l'équipe...
Pola X, parce que... c'est le premier film que je fais seul, j'estime... J'ai eu la chance à vingt ans d'avoir trouvé mes complices pour dix ans de cinéma, finalement. J'ai fait mes trois premiers films de vingt à trente ans, disons, dans les années 80, avec des gens que j'ai rencontrés dès le départ, mon chef opérateur... pour dire "mon"... mon acteur, mes actrices...

Y'avait Escoffier à l'image...
Denis Lavant, Mireille Perrier, Juliette Binoche... Alain Dahan à la production, qui est mort après les Amants du Pont-Neuf... Mon camarade Elie Poicard quelque part pas loin. Les assistants... J'ai fait trois films avec les mêmes gens.

Avec l'idée que ça durerait éternellement ?
Non.

En sachant que non ?
Non, y'avait pas d'enjeu là-dessus... Mais je réalisais que j'avais une chance. Que ces rencontres avaient été une chance... J'aurais pu bien ne pas trouver Denis Lavant, ou Mireille, ou Juliette et donc, disons, ne pas tourner. Ce n'est pas des gens interchangeables... C'est des films qui ont été faits pour ces gens-là, avec ces gens-là.

Et le changement c'est très dur ? Vous êtes passé d'Escoffier à quelqu'un que vous ne connaissiez peut-être pas...
Ben le changement, je l'ai voulu... A partir du moment où j'ai... je sais pas si c'est décidé ou quoi... mais de... je me suis remis au cinéma, je voulais des gens nouveaux autour. J'ai gardé mon assistant du dernier film et ma monteuse, et puis à la production, un associé aussi.

On n'arrive pas à le croire quand vous dites "j'ai décidé de refaire du cinéma" vous vous voyez un jour décider de ne pas refaire du cinéma ? De ne plus en faire ?
Je me souviens pas bien... C'est entre la décision et la peur, la crainte... C'est pas tellement penser qu'on ne peut plus en faire... c'est à dire qu'on est bloqué... on ne peut plus en faire... C'est une chose... Mais c'était un trou puisqu'on ne sait absolument pas qu'est-ce qui pourrait remplacer...

Qu'est-ce que c'est la peur ?... C'est la peur... c'est le fameux papillon dans l'estomac dont parlent certains metteurs en scène quand ils arrivent au tournage ? Y'en a qui disent que même à leur dixième ou quinzième film, quand ils commencent un film, y'a une espèce de tétanisation...
Non, moi j'ai pas peur au moment des tournages... Non, je parlais de entre les films. Enfin, je parlais entre le Pont-Neuf et Pola X...

C'est indiscret de vous demander ce que c'est que cette peur ?
Je sais pas trop... Je me souviens plus trop... Ca fait quelques années déjà.

Vous avez senti la peur arriver et vous l'avez vue partir beaucoup plus tard ?...
Non... mais c'est tout ce qu'on a dit déjà, c'est la peur, ou le dégoût, la déception, c'est la même chose.

La déception, c'est quoi ? C'est que les films ne sont jamais ce que vous... Ils ressemblent pas tout à fait au rêve que vous aviez ?
Non, non c'est pas ça du tout. Parce qu'il n'y a pas de rêve si vous voulez.

C'est un problème d'ambition... ?
Y'a pas de rêve. Un film est pas la réalisation d'un rêve, et la déception, elle est abstraite, dans la mesure où je revois jamais mes films, donc je me dis pas, tiens, c'est raté, ou quelque chose comme ça... C'est profondément de savoir, on sait. Mais je pense... toute personne sait... qu'elle fonctionne par échecs successifs et que c'est une chose de le savoir. C'est plus dur après le projet... même si on le sait. On peut se rassurer avec les échecs des autres, des fois, mais c'est un peu mesquin...

Mais y'a pas des reconnaissances extérieures qui rassurent un peu ?
Si... Si... bien sûr. Je ne sais pas si une personne peut fonctionner vraiment seule. Personne pourrait fonctionner par exemple seul contre tous. Un type qui ferait des fims qui... si y'a pas sa mère ou son amoureuse... ou quelqu'un... ça ne peut pas exister, ça... Donc y'a toujours ça, oui... Mais bon, c'est pas forcément des vivants... Je revois un couloir... un long couloir et puis j'étais bloqué là un certain temps... des semaines, des mois, et y'avait une cabine téléphonique au bout... et je faisais les cent pas dans ce couloir avec mon carnet d'adresses, mon carnet de téléphone et... en me disant que j'avais oublié d'appeler quelqu'un... Y'a quelqu'un que je devais absolument appeler, je me souvenais pas qui... et c'était la personne qui savait ce que je foutais là et comment en sortir et... j'arrivais à la cabine téléphonique, j'avais pas trouvé, je refeuilletais mon agenda etc... Donc c'est cette personne, quand on demande pour qui vous faites un film, ça serait cette personne-là... Et je pense que cette personne-là, c'est Isabelle... Isabelle dans Pola X c'est cette fameuse soeur... Donc ça serait cette soeur...

Pourquoi faites-vous des films au lieu d'écrire ?
Parce que je pense que on peut pas... Parce que l'imposture passe mieux au cinéma que dans l'écriture.

Toujours parler d'échec, d'imposture, y'a une espèce de vision du monde, comme ça, absolument...
Non, pour moi c'est pas des choses sinistres du tout... C'est des choses inhérentes à l'homme et puis c'est intéressant. C'est pénible quand on va mal mais sinon c'est des choses qu'il faut se coltiner comme tout le monde, c'est des choses même... Y'a une phrase de... chais plus qui sur l'imposture... sur la joie de l'imposture. Non, c'est pas douloureux... C'est pas forcément douloureux.

Mais vous avez ce sentiment permanent ? L'imposture...
L'imposture, oui.

Mais l'imposture, c'est quoi ? C'est je prétends être quelqu'un que je ne suis pas ?... Les gens croient que je fais ça, mais c'est pas ça du tout ?... Ils croient à côté de la plaque...
L'imposture, ça commence dès la sortie... L'imposture, c'est qu'on n'est pas à sa place et qu'on a volé la place... Déjà, l'imposture, c'est qu'on ne sait rien faire et qu'on essaye quand même... C'est qu'on fait semblant d'écrire sa vie alors que c'est les autres qui l'écrivent pour soi... C'est mille choses. Mais Pierre est un beau roman sur l'imposture. Et le titre de Cocteau, Thomas l'imposteur, est un des plus beaux titres de roman. Moi j'aime bien les personnages d'imposteurs.

Et c'est tenable ?
Mais c'est pas l'imposteur... Y'a l'imposteur pervers, ou l'imposteur qui en fait un métier... Ca c'est intéressant comme personnage !... Mais là je parlais pas de cette imposture-là, je parlais de l'imposture... comme je dis... inhérente. On fait semblant de cadrer, on fait semblant de poser des questions, on fait semblant de tenir le micro... C'est celle-là.

Mais en quoi est-ce que c'est plus faire semblant que faire ?
Je sais pas... Ca m'apparaît comme ça mais je sais pas pourquoi...

Et quand vous tournez un film, vous avez cette sensation ? Le metteur en scène que vous êtes...
Non, quand je tourne, y'a quand même un élan, qui fait qu'on ne peut pas être là-dedans, sinon on tourne pas... Y'a cette impression quand on cherche l'argent, par exemple, évidemment... "Donnez-moi de l'argent, je sais faire", c'est ça qu'on dit. Et on doit pas être dupe, parce qu'on m'en donne pas souvent donc... c'est ça... Mais après, sur le tounage, non, sur le tournage, non, je peux même me dire que je me sens à ma place... C'est presque ça... que sans la caméra, je me fais l'effet d'un con et que avec la caméra, j'existe un peu... à des moments, peut-être pas tous les jours...

Et c'est les seuls moments où vous vous sentez commme ça ?
Non, y'a des moments dans la vie... dans les relations... mais disons, seul, oui.

Est-ce que vous avez le sentiment de votre singularité par rapport aux autres de cinéma, qu'ils soient metteurs en scène... ? Vous vous sentez ailleurs ?
Non, mais je les rencontre pas les cinéastes. J'en ai peut-être rencontré trois-quatre... en presque vingt ans... Ceux que j'ai rencontrés étainet plutôt... forcément plutôt un peu proches au moins... J'ai pas rencontré les autres...

On se demande toujours si... d'abord est-ce que tout ça se passe dans la solitude, dans l'angoisse, ou est-ce qu'à part ça y'a un Leos Carax qui a deux-trois amis très fidèles ?... Est-ce qu'il vit tout seul ou est-ce qu'il vit en bande ? Quand il réfléchit, quand il pense, est-ce qu'il se parle à lui-même ou à d'autres ?
Je vis seul... mais je suis bien entouré, enfin, j'essaye d'être bien entouré...

Et l'ensemble du dialogue est avec vous-même ou avec ceux qui vous entourent bien ?
Les deux...

...Vous parlez d'échec tout le temps, bon, c'est d'échec par rapport à un rêve d'ambition, par rapport à soi-même ? Comment est-ce qu'on peut parler d'échec tout le temps ?
J'ai parlé d'échec ? ...Là...

Dans la conversation.
Ah plutôt... mais j'ai répondu à ça je crois... C'est pas échec, c'est des bons échecs...

Ca rend pas éperdument malheureux vingt-quatre heures sur vingt-quatre ?
Non, pas du tout.

Guillaume Depardieu, il dit "Mais Carax, vous vous rendez compte, il est très drôle."
Ben j'espère.

C'est vrai une interview, c'est pas le rêve pour le montrer...
Non, en plus les gens voudraient qu'à la télévision... Je dis pas qu'on est pas là pour rigoler si... mais...

Qu'est-ce qui vous fait rire dans la vie, par exemple ?
Chais pas... la phrase de Groucho Marx... Je voudrais pas appartenir à un club qui m'accepte comme membre, par exemple...

Un club qui m'accepte comme membre n'est pas assez chic pour moi.
Voilà. Là je trouve ça parfait !... On peut peut-être conclure là-dessus...

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