Les sondages : peut-on mesurer l’opinion ?





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date de publication04.11.2017
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Les sondages : peut-on mesurer l’opinion ?

Pascal PERRINEAU, directeur du CEVIPOF, indique que la volonté de mesurer l’opinion est ancienne. Il existe un débat très vif sur l’opinion publique elle-même entre ceux qui pensent que l’on a atteint une science exacte de l’opinion publique et quelques sociologues qui défendent l’idée qu’elle n’existe pas. D’où deux questions pour traiter ce thème :

  • Qu’est-ce qu’on mesure ?



Jean-luc PARODI commence par montrer qu’il n’existe pas une opinion publique mais trois :

  • celle dont on rêve : l’opinion publique éclairée (cf. textes du XVIIIè siècle) de personnes délibérant entre elles. On la retrouve chez Habermas.

  • l’opinion publique exprimée : c’est celle sur laquelle s’appuient les historiens et les politiques. On peut rappeler le père Combe qui raconte qu’il rentre chez lui en interrogeant des personnes et sait ainsi ce qui se passe en France.

  • l’opinion publique sondagière qui existe depuis Gallup.

Ces trois opinions publiques sont constamment en concurrence et les trois prétendent parler au nom du plus grand nombre. Cela pose problème car on peut trouver des contradictions.

Depuis quelques années, on voit apparaître le sondage délibératif qui tend à retrouver l’opinion publique éclairée. On interroge des citoyens puis on les fait rencontrer, dans un second temps, des experts et assister à un débat pour/contre. Dans un dernier temps, on interroge à nouveau le panel de citoyen.

Enfin, il y a une opinion manifestée. Il existe des sondages sur les manifestants depuis 15 ans environ en France. Lors des grandes manifestations contre F. Bayrou, il y a eu de séries de sondage. Pour la plus grande partie, les opposants étaient de gauche et membres de l’Education nationale. Parce qu’ils ont ces deux caractéristiques, leur parole est moins importante car on s’attendait à cette prise de position par avance.
Pascal PERRINEAU indique qu’il y a des opinions publiques en concurrence : les responsables de journaux, les politiques, les intellectuels…et il en va de même pour l’opinion publique exprimée.

Enfin, Jean-Luc PARODI insiste sur le problème de la mesure. Il faut mettre des chiffres bruts en relation. Des baromètres sont apparus pour mesurer l’opinion à intervalle régulier avec les mêmes questions de façon à connaître des groupes et des sous-groupes.
Jean-Jacques BECKER revient sur la question de l’opinion publique en 1914. Est-il utile de mesurer l’opinion ? L’opinion publique joue-t-elle un rôle en histoire ? Pour J.-J. BECKER, la réponse est probablement « oui » mais ce rôle diffère selon la période. Il n’y a pas d’histoire sans les effets de l’opinion publique même si celle-ci est versatile.

D’autre part, pouvait-on mesurer l’opinion publique avant les sondages ? En 1916, après Verdun et la Somme, le moral baisse. En 1917, Pétain qui est alors un jeune général, prend le commandement et arrive à faire croire que, grâce à lui, on va gagner la guerre. On connaît aujourd’hui le moral et l’opinion par l’analyse des journaux (même s’il s’agit parfois plus de l’opinion des journalistes), par l’adhésion aux partis politiques, par l’analyse des mouvements sociaux…Mais, il faut aussi prendre en compte le contrôle postal qui va devenir le moyen de contrôle de l’opinion publique. Dès 1914, le Ministre de l’Instruction publique pense que les instituteurs pourraient fournir de bons témoignages de l’opinion publique.
Dominique REYNIÉ rappelle le rôle de l’Etat. Il met en œuvre le contrôle postal. Les gouvernements pensent toujours que l’on peut mesurer l’opinion publique et savoir ce que le peuple pense. Dès le Livre des morts, dans l’Ancien Testament, on peut lire cette phrase : « Que dit-on de moi autour de vous ? » ; dans Les mille et une nuits, on voit que le souverain se déguise pour aller se fondre dans la foule. Louis XIV défend l’idée, lorsque les impôts rentrent rapidement, que ses sujets sont contents…

Au XVIIIè siècle, on utilise beaucoup le terme de « peuple » (qui s’oppose à celui de « populace ») ; il va être magnifié ensuite par J. Michelet. Le terme « foule » qui, au départ, désigne un groupe ordonné va ensuite nommer les socialistes, les athées…Il finit par devenir péjoratif car la foule a l’image d’un groupe irrationnel, voire hystérique (par exemple lorsqu’il désigne un groupe de femmes)

La notion de « public » a été proposée par le sociologue Gabriel Tarde, à partir de la sociologie américaine. Il existe alors une réflexion sur le collectif que l’on peut former sans savoir que nous sommes ensemble.

Quand on passe de la « foule » au « public », on ne sait pas quantifier mais on cherche à estimer (c’est le cas des études sur l’électorat par exemple).

Enfin, le propre de la démocratie est de publier les résultats des sondages et les informations sur l’opinion publique non mesurées par l’Etat. L’invention de l’échantillon a permis à la société civile de s’emparer du sondage (seul le recensement est une étude sur la population entière).
Se pose enfin le problème de la fiabilité de l’instrument de mesure (échantillon, type de question posée, redressement, marge d’erreur). Ce problème se pose encore plus lorsque le sondage est aux mains des médias qui interprète les résultats dans un second temps. Stéphane ROZES qui dirige l’institut de sondage C.S.A. indique qu’il lui faut faire la mesure la plus précise possible et, dans un second temps, interpréter les outils. Si l’outil s’est amélioré, le débat sur le sérieux du sondage persiste car il y a une hausse des refus de réponse (20% aujourd’hui contre 10 auparavant), le nombre de téléphone portable augmente fortement (mais on peut y accéder pour S. ROZES). Dernièrement, il subsiste une véritable difficulté à demander ce que les gens vont faire dans le futur car le résultat peut être différent du comportement réel. L’interrogation demeure en particulier lors des grands scrutins politiques. Le rapport de l’individu à la société et à la politique se construit différemment : l’individu ne se définit plus comme appartenant à un collectif.

Le sondage ne fige pas l’opinion. Les journalistes et les hommes politiques voulaient analyser les sondages de l’élection présidentielle de 2007 sur les contenus gauche/droite or ce n’était pas la question puisque la personnalité des individus se présentant aux suffrages étaient primordiaux (en particulier S. Royal et N. Sarkozy). Enfin, il existe un problème d’interprétation : un même individu peut réagir de façon différente par rapport à un même événement (cf. le rapport aux grèves).
La conférence se termine sur cette question : Est-ce que des résultats de sondages peuvent modifier un vote ?

Pour S. ROZES, les effets sont limités : si on prend le cas des Etats-Unis, les résultats de la côte est n’influencent pas le vote de la côte ouest alors même qu’ils sont connus au moment du scrutin.

Pour J.-L. PARODI, cela peut influencer mais de manière très faible car d’autres éléments pèsent plus (question du chômage, problèmes de société, personnalité des candidats…). Une étude a été menée par rapport au vote lors du référendum de Maastricht : alors que les chiffres de victoire du « oui » ont été matraqués dans les sondages, on ne trouve que des traces infimes que les électeurs ont changé de vote lorsque le « non » a monté dans les études parce qu’ils voulaient que le « oui » l’emporte de peu.

J.-J. BECKER revient sur le second tour des élections législatives de 2007 où la gauche a opéré une amélioration de ses résultats par rapport au premier tour. On peut l’expliquer par le piège tendu par L. Fabius à J.-L. Borloo, sur les plateaux de télévision, au sujet de la T.V.A. sociale mais l’affaiblissement de la droite n’est-il pas dû simplement au fait qu’elle était donnée très largement victorieuse ?
Rédaction du compte rendu réalisé par Christophe Barat

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