Transcription Yves Degoix le 08/12/2013





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Description Historique et Topographique du Duché de Bourgogne
1767
Par M. COURTÉPÉE, prêtre, sous-principal-préfet du collège de Dijon
Et par M. BÉGUILET avocat, notaire de la province, correspondant des Académies Royales des Sciences et des Belles-Lettres, honoraire des institues de Bologne, des arcades de Rome etc.
transcription Yves Degoix le 08/12/2013


Vin (tome 2/6 ; pages 541 à 551)
Les Beaunois se prétendent dans la possession exclusive des meilleurs vins de Bourgogne. Cependant les climats de Chambertin & de Beze, dans le Dijonnois ; ceux de Morey, Chambole, Vône, où se trouve la Romanée, Vougeot, de St. George dans le Nuyton, leur disputent avec raison la préférence. Pour s’en tenir uniquement à ce qui concerne le Beaunois, tous les connoisseurs, suivant d’ailleurs les prix, conviennent que Volnay est le vin le plus léger, le plus fin, le plus de primeur ; Pomard a plus de corps & de franchise, se soutient mieux dans les pays chauds ; Beaune a plus de couleur, est plus agréable à boire, & encore plus franc ; Savigny & Chassagne sont plus moëlleux à la seconde & troisième feuille ; quelques cantons d’Alosse, & surtout le Corton, prétendent les égaler au moins par la finesse ; Pernan est plus ferme qu’Alosse, mais il n’en a pas le bouquet, excepté les Vergelesses qui valent les bons climats de Savigny : Montélie, du côté de Volnay, équivaut le Savigny & surpasse Auxey ; celui-ci a de la force & de la légéreté, n’a pas la franchise de Savigny, quoiqu’en dise M. Gandelot, qui l’a trop exalté, au jugement des fins Gourmets. On compare au Volnay le Santenot de Meursault, dont les vins blancs sont excellens & méritent leur réputation ; mais le Montrachet l’emporte sur tous les vins blancs de Bourgogne & de l’Europe. On distingue encore les rouges de Morgeot, le Clavoillon, les Gravières, le clos Tavannes, & les vins de Santenay. Quoique les climats de Beaune, Pomard & Volnay soient supérieurs aux autres, il y a néanmoins un certain nombre de cuvées distinguées des autres, dont les possesseurs sont connus : ils doivent soutenir par honneur, & et pour leur propre intérêt, la réputation du vin qu’ils envoient.
C’est ici le lieu de donner une courte notice de la vigne en Bourgogne, & de dire un mot de la réputation de ses vins.
Nous avons donné l’histoire générale de la vigne & des vins dans l’Œnologie ; nous allons seulement rapprocher ici les principaux traits qui peuvent concerner le Beaunois : tout ce qui regarde la culture & la meilleure façon des vins sera réservé pour une dissertation particulière annoncée dans la préface.
Long-temps avant César, les Marseillois & les Habitans de la Gaule Narbonnoise avoient des vignes ; mais il n’y en avoit point dans le reste des Gaules. Les Belges défendoient dans leur pays l’entrée du vin, comme étant capable d’amolir le courage ; mais les Celtes étoient si passionnés pour cette liqueur, qu’ils donnoient un Esclave pour un pot de vin. Dans la suite, soumis aux Romains, ils s’appliquerent tellement à la culture de la vigne, tirée de Marseille, qu’ils négligerent celle de leurs terres. Domitien, dans une année de disette de bled, ordonna d’arracher la moitié des vignes, & défendit d’en planter à l’avenir, l’an de J.C. 92. L’excellent Empereur Probus, dont le règne fut trop court pour le bonheur de l’humanité, favorisa toutes les parties de l’agriculture & protégea spécialement celle de la vigne, en accordant aux Gaulois la liberté de la multiplier en 282. Les entraves rompues, les côteaux enchantés du Rhône & de la Saone, & ceux du pays des Eduens, furent bientôt couverts de ceps ; il y en eut même à Autun : & l’on seroit porté à croire que par reconnoissance pour les Romains, Vône aura donné à son meilleur climat, le nom de Romanée, à Romanis.
Sous Constantin le Grand, qui honora deux fois le pays des Eduens de sa présence, les vignes du Pagus Arebrignus étoient déjà si vieilles, qu’au rapport d’Eumene, on y trouvoit à peine la taille ; d’où M. Gandelot pense qu’elles étoient d’une autre espèce que celles que nous cultivons : c’est plutôt parce qu’on en avoit alors moins perfectionné la culture.
Dans le VIe. siécle, les côteaux de la bonne Bourgogne jouissoient déjà d’une si grande réputation, qu’on en comparoit les vins aux meilleurs de l’Italie, & qu’on avoit cessé d’en faire venir de Gaza en Palestine, qui faisoit l’extraordinaire des bonnes tables dans la Province Romaine, dès le temps de Pompée, comme nous l’apprend Grégoire de Tours en parlant de nos côteaux : Montessunt uberrini, vinesque repleti, qui tam nobile incolis Falernum porrgunt, ut respuant Scalonum,(pour Ascalonum Gazor). (Hist. de Fr. liv. 3, ch. 19).
Sous Philippe Auguste les vins de Beaune soutenoient leur renommée. Le Poëte Guillaume Breton en parle ainsi dans sa Phil. liv. I :

Frugiserot jugunda solo nihilominùs illi (Duci. Burg.)

Cùm multis suberat aliis vinosa Bealna,

Indicens cerebris vino sera bella rubenti.
Les Ducs de la première Race avoient leurs clos à Chenove, à Vône, à Pomard, à Volnay . . . . . . . & faisoient présent de leur vin aux têtes couronnées. La ville de Rheims, en 1328, consomma trois cents pièces de vin au sacre de Philippe de Valois : la plus grande partie étoit de Beaune, & coûtoit, tout frais faits, 56 liv. la queue ; celui de Rheims 10 liv. ; celui de Saint-Pourçaint 24 liv.
Les Etats assemblés à Paris le 7 Décembre1359, octroyerent au Dauphin, depuis (le) Roi Charles V, l’imposition d’un sol par livre de sel, 15 s. sur chaque queue de vin François, & 24 s. sur celui de Bourgogne. Cluni & Cisteaux en fournissoient à la Cour Romaine, séante à Avignon, durant le XIVe. siécle. Jean de Bussieres, qui d’Abbé de Clervaux, le devint de Cisteaux en 1359, envoya trente pièces de vin de Vougeot à Grégoire XI, qui lui en fit de grands remerciements, & lui promit de se souvenir de ce présent ; en effet, quatre ans après, il le créa Cardinal en 1375.
Pétrarque attribue au bon vin de Bourgogne, l’obstination des Cardinaux à ne pas retourner à Rome. «  C’est, dit-il, qu’en Italie il n’y a point de vin de Beaune, & qu’ils ne croient pas pouvoir mener une vie heureuse sans cette liqueur ; ils regardent ce vin comme un second élément & comme le nectar des Dieux. » Beatam sine Belnâ vitam agi posse diffidum, & ab iis ut Deorum nectar celebratur. Tome II. C’est ce qu’il écrivoit très-sérieusement, sur la fin de ses jours, au Pape Urbain V, pour l’exhorter à venir siéger à Rome, vers l’an 1366.
Durant le schisme déplorable qui désola l’Eglise pendant quarante ans, & qui ne finit qu’au Concile de Constance, le Duc Philippe le Hardi fut député par le Conseil du Roi, en 1395, pour tâcher de l’éteindre. Il fit de riches présens au Pape Benoît XIII, qui résidoit à Avignon, donna aux Cardinaux d’Albanes & de Viviers vingt queues de vin de Beaune ; mais il ne put rien changer à leurs dispositions. Jean sans Peur son fils en fit distribuer autant aux Maîtres en divinité du Concile de Constance, en 1415, afin d’épargner à la doctrine & à la mémoire de Jean Petit, son Théologien, une flétrissure bien méritée.
Philippe le Hardi régala de son bon vin les Députés des Rois Charles & Edouard, durant les conférences pour la paix à Bruges, & en envoyoit à Paris & dans les Cours Etrangères. Les Villes en faisoient présent à nos Rois lorsqu’ils les honoroient de leurs visites. Les Bourgeois de Bayeux présenterent au Connétable du Guesclin, en Mars 1377, une pipe de vin de Beaune, un muid d’avoine & un demi-cent de cire ouvrée. Le vin coûtoit 26 liv. l’avoine 9 liv. & la cire 12 liv. Ce vin passoit pour le premier de l’Europe. D’où vient ce vers vulgaire cité par Chasseneuz au XVIe. siécle.

Vinum Belnense super omnia vina repone.

Et cet autre :

Et fine Volnao gaudia riulla mero.
Erasme, dans ses lettres, attribue au vin de Beaune sa guérison des maux d’esthomac & de colique, & en célébre l’excellence. Il voulu même s’établir en France, non, disoit-il, pour y commander les armées, mais pour y boire du vin de Beaune. «  O heureuse Bourgogne (s’écrie-t-il dans sa lettre à Laurinus, datée de Basle en 1522), qui mérite d’être appellée la mere des hommes, puisqu’elle leur fournit de ses mamelles un si bon lait ! » O felicem vel hoc nomine Burgundiam, planèque dignam quoc MATER HOMINUM dicatur, postéà quàm tale lac habet in uberibus ! . . . . . . Itàque facili negotio possum adduci ut totus demigrem in  Burgundiam.
Roger de Colecyre, poëte sous François Ier. disoit en 1527 :

Picard, Normands, Bretons & Navarrois,

Ces vins clairets de Beaulne & Auxerrois

Plus aimerorient que toute aure ustensile.
Louis XIV permit de transporter sur la Moselle & la Meuse les vins de Beaune, dont il fait le plus grand éloge dans l’Arrêt de son Conseil de 1662. Durant la convalescence de ce Monarque, après une longue maladie, son Médecin Fagon donna en 1680 la préférence aux vins de Bourgogne à ceux de Champagne : décision heureuse, qui doubla le prix de nos vins, & excita une petite guerre au Parnasse entre Charles Coffin, Poëte Champenois, & Benigne Grenan, Poëte Bourguignon ; & une dispute entre Hugues de Salins, Médecin à Beaune, & LEPESCHEUR, Médecin de Rheims. Le premier fit imprimer en latin sa défense du vin de Bourgogne à Beaune, en 1701, & 1705 3e. édition. Cette décision avoit déjà été approuvée par la Faculté de Médecine de Paris, où M. Arbinet soutint, dans une thèse publique en 1665, que le vin de Beaune étoit de tous les vins le plus agréable & le plus salutaire : Vinum Belnense esse postuam suavissinum, sic & saluberrimun ; soit à cause du sol, de l’aspect du soleil, soit à cause de l’approche du méridien, de trois degrés plus que Rheims.
Le Cardinal de Bonzy fit présent à Sobiesky, Elu Roi de Pologne, de vins de Beaune qui furent trouvés excellens. Tavernier dit en avoir bu à la Cour du Roi de Perse sur la fin du dernier siécle. Les plants du vin si renommé du Cap ( de Bonne Espèrance aux Hollandois), ont été pris à Beaune & dans les environs. Ce qui est singulier, c’est que ce plant n’a réussi qu’au Cap seul : il a par-tout dégénéré. Le Grand Dauphin & le Prince de Condé demanderent à M. Brunet, établi à Paris, pourquoi le vin des plants qu’il avoit procurés, étoit bien inférieur à celui de Beaune ? Il répondit qu’on n’avoit pu apporter avec les plants la terre et le soleil. Les Ducs de Berry & de Bourgogne ayant passé dans cette dernière Province & goùté de son vin, le trouverent si délicieux, qu’ils renoncerent au vin de Champagne. Le Duc d’Anjou, depuis Philippe V, Roi d’Espagne, qu’ils accompagnoient en 1700, résolut de ne boire à Madrid que du vin de Bourgogne. Les Rois du nord n’en usent pas d’autre. Le Majordome du Pape rapporte tous les ans dans ses comptes un article de dépense en vins de Beaune.
Le célèbre M. de la Monnoie avoit donné le Dictionnaire Espagnol d’Oudin à un ami qui lui envoya douze bouteilles de vin de Beaune ; sur quoi le Poëte fit une épigramme qui finissoit ainsi :

Unam quippè meo disces de munere linguam :

Omnibus at linguis per tua dona loquar.
Ainsi, on peut justement appliquer au Beaunois le mot de Pline sur la Campanie : « Bacchus & Cerès y disputent à qui produira de meilleurs fruits & en plus grande abondance (I). »
Il seroit seulement à desirer qu’on y exécutât l’Ordonnance de Philippe le Hardi, datée de Dijon en 1395 : » Apprenant, dit ce Prince, que dans la Côte, où croît le meilleur vin du Royaume, dont N.S.P. le Pape, monsieur le Roi, & plusieurs autres grands Seigneurs ont coutume par préférence de faire leur provision, on avoit depuis peu emplanté du Gamais très-mauvais & déloyau plant ; ce qu’à mainte-fois deçu les Marchands étrangers, dont nos Sujets sont moult domagés & apauvris : ordonnons que les plants de gamais soient copés & extirpés dans un mois, sous peine à chacun de 60 fois d’amende. »
Une pareille Ordonnance seroit bien nécessaire en ce temps, où l’on a multiplié ce plan déloyal, dans des champs qui rapporteroient de bon froment.
Philippe le Bon, par Jugement rendu à Bruxelles en 1459, en confirmant les Statuts de Beaune, reconnoît « qu’il étoit défendu de toute ancienneté d’y mettre des vins en dépôt, autres que ceux du crû des Habitans, attendu que les vins de gamés étant nouveaux, pourroient tromper les Marchands étrangers par leur douceur : comme les ducs de Bourgogne ont toujours été réputés être Seigneurs des meilleurs vins de la Chrétienneté, il veut maintenir la réputation des vins de Beaune, Pomard & Volnay, les Habitans n’ayant guere autre marchandise. . . . »
Le plant de Malaga, dont plusieurs Propriétaires de maisons à la Ville & à la campagne, ont garni leurs murs au midi, a été apporté à Beaune par M. l’Abbé Gandelot. On y voit encore un plant nommé le plant Précoce, connu depuis quinze ans, qui mûrit un mois avant le pinot ou noirien,etc. etc.
(I) Ad hos sinus incipiunt vitiferi colles et temulentia nobilis succo per omnes terras inclyto, atque summum Liberi patris cum Cerere certamen. (hist. nat. liv 3, chap. 5).

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